Existence – David Brin

Une réponse magistrale au paradoxe de Fermi, un monument de Hard-SF

existence_brinOn ne présente plus David Brin, surtout pas sur ce blog où il a déjà fait l’objet de trois critiques différentes. Existence, publié en VO en 2012, signe son retour à l’écriture de romans après une pause… de dix ans. Sachant que Brin est capable du meilleur (Marée stellaireSaison de gloire) comme du pire (je garde un souvenir pénible de la lecture de Terre), je ne savais pas trop à quoi je devais m’attendre en commençant ce nouveau livre. Et ce même si les retours des blogueurs francophones sur la VO sont très bons. Au final, c’est tout simplement une énorme baffe : j’ai dévoré ce roman avec un enthousiasme qui n’est plus vraiment courant chez moi, un peu blasé que je suis par la lecture de dizaines de livres de SFFF par an. Ce qui va d’ailleurs rendre cette critique un peu compliquée à rédiger : en effet, une grande partie du plaisir ressenti à la lecture d’Existence tient à la révélation progressive de vérités englobées dans des couches successives de mensonges ou de trompe-l’oeil, aussi l’art délicat de la chronique sans spoil va devoir être appliqué avec adresse afin de conserver intact votre plaisir de lecture.  Continuer à lire « Existence – David Brin »

Les chevaux célestes – Guy Gavriel Kay

Un magnifique roman, comme toujours avec Guy Gavriel Kay

chevaux_celestesGuy Gavriel Kay est au centre d’un véritable mystère : auteur de fantasy reconnu (traduit en 25 langues, ayant vendu plus de deux millions d’exemplaires de ses romans), ayant participé à la mise en forme du Silmarillion avec Christopher Tolkien, écrivain au talent tout simplement immense (lisez ma critique des Lions d’Al-Rassan pour vous en convaincre…), il est malheureusement victime d’une véritable catastrophe commerciale en France. Un directeur de collection bien connu a un jour déclaré qu’en gros, se lancer dans une traduction de Kay, c’était mettre à-moitié la clé sous la porte tant les chiffres de vente étaient ridicules. Autant dire que le contraste violent entre la qualité des livres en question et leur accueil par le lectorat français, même s’il peut s’expliquer sur certains plans (fantasy sans beaucoup d’éléments fantastiques le plus souvent, à dessein peu spectaculaire, au rythme lent, introspective), reste pour moi du domaine de la pure injustice. Il faut cependant dire que la faible disponibilité des versions françaises des ouvrages de l’auteur canadien (pas de version électronique le plus souvent, introuvables neufs à part à la rigueur pour les 1-2 derniers sortis, pas d’impression à la demande) fait que, même avec la meilleure volonté du monde, il n’est plus très aisé, sur un plan technique, de découvrir son univers.

Bref… Les chevaux célestes, donc, est le premier roman d’un diptyque, le second paraissant en Novembre sous le titre Le fleuve céleste (il reprend l’univers du tome 1, mais quatre siècles plus tard). Notez que les deux tomes sont proposés par l’Atalante dans une nouvelle traduction, différente de celle réalisée par la maison d’édition québécoise Alire. Continuer à lire « Les chevaux célestes – Guy Gavriel Kay »

Children of time – Adrian Tchaikovsky

Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Continuer à lire « Children of time – Adrian Tchaikovsky »

Rêves d’acier – Glen Cook

Madame et le Temple Maudit

reves_acierRêves d’acier est le second (et dernier) des Livres du Sud, deuxième sous-cycle de la Compagnie noire (je considère, comme les américains, que La pointe d’argent fait le lien entre les Livres du Nord et ceux du Sud, et ne fait pas partie de ces derniers). Il constitue la suite directe du tome précédent et reprend exactement là où ce dernier s’est arrêté. Pour autant, il y a une différence de taille : le narrateur. Poursuivant jusqu’à son terme logique une démarche entreprise depuis deux tomes déjà et consistant à mettre la Dame de plus en plus en avant, Glen Cook en fait à la fois le Capitaine et l’Annaliste de la Compagnie noire. Dans les annales, Rêves d’acier sera donc connu comme « le livre de Madame », tout comme les précédents étaient les « livres de Toubib ».

Inutile de dire qu’à lui seul, ce changement de narrateur (et de rôle de ce personnage emblématique du cycle dans son ensemble) rend déjà ce roman très intéressant, un jugement qui ne fera que se confirmer au fur et à mesure de sa lecture.

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L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Sur un sujet de cauchemar (mais hélas bien réel), Ken Liu nous offre une merveille d’intelligence et de justesse

ken_liu_u731Si vous êtes un passionné de SF, il est plus que probable que vous ayez au minimum entendu parler de (sinon déjà lu) Ken Liu. Tout juste quadragénaire, venu à l’âge de 11 ans en Amérique depuis sa Chine natale, cet homme bourré de talent (il a travaillé comme programmeur informatique, avocat spécialisé en droit fiscal, avant de combiner ces deux domaines en devenant médiateur dans des litiges en lien avec la technologie, tout ça en maintenant son activité parallèle d’écrivain et de traducteur de livres chinois) est le boy wonder de la SFFF des années 2010 : il est titulaire du prix Locus 2016 (catégorie : premier roman) pour The Grace of Kings, d’un Hugo pour une de ses nouvelles (Mono no aware), sa traduction (chinois vers anglais) du Problème à trois corps de Liu Cixin est le premier roman traduit à avoir gagné le Hugo, et surtout, il est la seule personne a avoir rédigé un texte (de quelque longueur que ce soit : nouvelle, novella, roman) qui a gagné à la fois le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award, excusez du peu !

La novella dont je vais vous parler a également été nominée pour le Hugo. C’est une histoire de voyage dans le temps mettant en jeu l’Unité 731 de l’Armée Impériale Japonaise. Tout le monde n’étant pas féru d’histoire militaire, je vais commencer par vous parler (longuement) de cette organisation, spécialisée dans la guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale.  Continuer à lire « L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu »

La pointe d’argent – Glen Cook

Un tome 6… pardon 4… pardon 3.5… enfin, un livre surprenant quoi !

pointe_argentContrairement à la numérotation adoptée par les éditeurs français, La pointe d’argent n’est PAS le tome 6 du meta-cycle de la Compagnie Noire. Etant donné que ce roman fait le lien entre le cycle des Livres du Nord et celui des Livres du Sud, il est bel et bien le tome 4 (et pas 6) de la saga si on se place sur le plan de la chronologie interne de l’intrigue (il est peu logique de lire l’interlude entre les cycles du Nord et du Sud après avoir lu ces derniers…). D’ailleurs, il est considéré comme le tome 3.5 de la saga sur Goodreads.

Il ne s’est retrouvé affublé de cette numérotation trompeuse que parce que l’Atalante a décidé de le publier après les Livres du Sud (probablement parce que certains événements décrits se déroulent en parallèle de ceux de Jeux d’ombres et de Rêves d’Acier-qui lui-même décrit des péripéties qui se déroulent parallèlement à celles de Saisons Funestes, mais c’est pas grave…-), et qu’il est donc paru en France en sixième position. Et comme J’ai Lu a suivi la numérotation de l’éditeur Nantais, la plupart des gens lisent donc ce roman après Rêves d’Acier, alors que La Pointe d’argent est la suite directe de La Rose Blanche … Ils ont donc l’impression qu’il s’agit d’un flash-back , alors qu’il n’en est rien.  Continuer à lire « La pointe d’argent – Glen Cook »

Les mensonges de Locke Lamora – Scott Lynch

Lamora’s four *

locke_lamora* (allusion au film Ocean’s eleven).                                                    Les mensonges de Locke Lamora est le premier livre d’un cycle, Les salauds gentilshommes, qui, à terme, doit en compter sept (un second cycle, lui aussi de 7 romans, se passant 20 ans plus tard, et suivant de nouveaux personnages, est prévu ensuite -l’auteur est relativement jeune, il a « seulement » 38 ans-). Trois tomes sont déjà parus (et traduits), le quatrième étant attendu (en anglais) fin septembre (il sera suivi de textes courts devant combler certains blancs dans l’intrigue des tomes déjà parus ou remonter à la source de certaines péripéties qui y sont racontées).  Ils racontent une vingtaine d’années de la vie de Locke Lamora, voleur et surtout escroc.

Ce roman, qui est, aussi ahurissant que cela puisse paraître, le premier de son auteur, a créé une formidable onde de choc au moment de sa sortie. Salué comme un chef-d’oeuvre, il a, depuis, été traduit en quinze langues. Continuer à lire « Les mensonges de Locke Lamora – Scott Lynch »

Mémoire – Mike McQuay

Inoubliable

memoireMike McQuay était un auteur américain de SF, décédé en 1995 d’un infarctus, à l’âge de 45 ans. Il a écrit plusieurs dizaines de romans, dont la novélisation de New York 1997 de John Carpenter, un des deux textes du volume 2 de La Cité des Robots d’Isaac Asimov, ainsi que 10 sur l’échelle de Richter, en collaboration avec Arthur C. Clarke.

Mémoire est probablement son roman le plus abouti et le plus connu. Il a fait partie des nominés pour le prix Philip K. Dick 1987. Il s’agit d’une histoire mélangeant futur post-apocalyptique (type effondrement écologique) et voyage dans le temps, mais sous une forme inhabituelle à défaut d’être originale (nous en reparlerons) : on se sert d’une drogue permettant de remonter dans la mémoire ancestrale de sa lignée et de « posséder » le corps de son ancêtre. Et quand celui-ci s’appelle Napoléon et que son descendant est un soldat bien énervé et bien instable du lointain futur, on imagine aisément (et avec effroi) les conséquences possibles… Mais le cours de l’histoire est-il si facile à modifier que cela ? Pas sûr… Continuer à lire « Mémoire – Mike McQuay »

La Compagnie Noire – Glen Cook

You’re in the Army now, oh oh, you’re in the Army, now*

Status Quo, 1986

black_company_1Ce roman de Glen Cook, sorti en 1984, inaugure le meta-cycle du même nom (divisé en trois cycles et 1 roman dérivé), qui compte dix volumes en anglais et 13 en français (toujours cette manie des éditeurs français de diviser tout ce qui dépasse un certain nombre de pages en deux tomes…). Il s’agit du roman 1 du cycle dit des Livres du Nord (qui en compte 3).

Il est considéré, et à juste titre, comme une référence absolue en matière de Dark Fantasy et de fantasy militaire, comme un roman très original par rapport à la fantasy de l’époque de sa parution, et comme un des grands livres du genre « gritty » (traduisez : terre-à-terre, réaliste, cynique, sans happy end, adulte, plein de sang et d’autres fluides corporels, et où aucun personnage n’est assuré de voir le début du tome suivant : outre Glen Cook, pensez aussi à Joe Abercrombie et évidemment à G.R.R. Martin).

Bien, mais qu’est-ce qui singularise donc à ce point ce roman du reste de la Fantasy ?  Continuer à lire « La Compagnie Noire – Glen Cook »

La chaîne des chiens – Steven Erikson

Une fin extraordinaire

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Malgré ce que la couverture de l’édition française affiche, il ne s’agit pas du tome III du cycle mais de la seconde partie du tome II de la VO. Nous l’appellerons donc tome 2.5. Si vous voulez vous rafraîchir la mémoire sur le tome 2.0, vous trouverez sa critique ici.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la couverture épique et esthétique. Elle attire l’œil et incite à s’intéresser au contenu du roman, même si on ne connaît pas le cycle (même si évidemment, un livre ne saurait se réduire à sa couverture -bonne ou mauvaise-).

Mais trêve de bavardages, passons au vif du sujet : cette deuxième partie du tome 2 est-elle aussi intéressante que la première, le tome 2 dans son ensemble est-il à la hauteur du premier ? Continuer à lire « La chaîne des chiens – Steven Erikson »