Replay – Ken Grimwood

Un chef d’oeuvre méconnu

replay

Bon, soyons clair, ce roman ne bénéficie pas de la notoriété d’un Dune ou d’un Hyperion. Et pourtant… c’est un vrai chef-d’oeuvre. Non pas parce qu’il exploite un thème particulièrement original (à la base du moins, parce que le développement de ce thème réserve quelques surprises), mais parce que l’écriture et la description de la psychologie des personnages sont tout bonnement exceptionnelles.

Le thème de la boucle temporelle, où le héros garde toute la mémoire de l’itération précédente, n’est pas à proprement parler original. On l’a souvent vu en SF écrite, en film et surtout dans des séries TV (où en général, il bénéficie d’un traitement plus ou moins humoristique). Là où Replay devient intéressant, c’est sur l’ampleur de la boucle, des dizaines d’années. Et là où il devient carrément intéressant, c’est dans le twist introduit dans le mécanisme dans le dernier tiers du roman. Et finalement, dans ses deux derniers chapitres, le roman devient un chef-d’oeuvre grâce à un second et un troisième twist. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais disons que tout n’est pas aussi classique qu’on pourrait le croire de prime abord dans ce mécanisme de boucle temporelle qu’on pourrait croire à priori vu et revu.

A ce sujet d’ailleurs, l’auteur ne fait pas faire l’impasse à son héros à tout ce qui constitue logiquement l’attitude de toute personne qui se retrouverait soudain avec une connaissance du futur : il s’enrichit, il essaye de corriger ses erreurs, de changer le monde, de réparer les pots cassés avec sa femme, il profite à plein d’une vigueur retrouvée, il cherche à comprendre le mécanisme de ce qui lui est arrivé, etc. Mais là où l’auteur est très, très fort, c’est que cette phase classique pour une boucle temporelle est remplacée, après un tiers du roman environ, par une autre phase, beaucoup plus introspective, qui permet à la subtilité de l’écriture de Grimwood et à la caractérisation psychologique exceptionnelle de ses personnages de prendre tout leur considérable essor. Car Replay est avant tout une formidable introspection, une belle oeuvre empreinte d’une douce mélancolie et une magnifique histoire d’amour, ou plutôt d’amours, ceux d’un homme pour les différentes femmes de sa vie et pour ses enfants.

L’écriture est exceptionnelle : en 430 pages environ, Ken Grimwood délivre une densité d’informations stupéfiante, et pourtant le style est très fluide et on ne sature jamais, bien au contraire. J’ai dévoré ce livre comme je ne l’ai fait que peut-être quatre fois dans ma vie. Une fois ouvert, il est quasi-impossible de le lâcher. De plus, ce livre plaira à une vaste variété de personnes, car ses thèmes multiples, de la SF à l’introspection et aux occasions perdues en passant par l’amour, parleront un peu à tout le monde. Et je ne le répéterais jamais assez : la qualité d’écriture; le style, en plus du rythme et de la construction, de l’auteur sont exceptionnels. On vit ce que vivent les personnages, on ressent leurs émotions, surtout les plus poignantes (et l’histoire fait que la pré-fin on va dire, est exceptionnellement poignante).

Par contre, ce livre pourra décevoir une catégorie précise du public (ATTENTION GROS SPOILER) : celle qui cherche une explication au phénomène de boucle. L’auteur n’en propose aucune (enfin disons si, mais il laisse clairement entendre qu’elle n’est pas vraie). Donc si vous vous attendez à un livre où le héros subit une boucle temporelle et monte toute une organisation pour comprendre scientifiquement ce qui lui arrive, vous allez être déçu. Cet aspect là est en partie traité dans le roman, mais il n’aboutit à rien. Donc c’est un livre de SF de par le moteur de l’histoire (la boucle), mais sinon pour le reste, le thème et le traitement ne sont pas vraiment SF, on est bien plus dans le domaine du fantastique. Pour ceux qui se poseraient la question, oui, il y a un peu d’uchronie (assassinat de Kennedy et changement complet de l’histoire, d’une élection précoce de Reagan à l’assassinat de Khadafi et l’invasion de l’Iran lors de la Révolution), mais ça ne forme qu’une partie mineure du livre, donc si c’est l’aspect uchronique que vous recherchez dans ce livre, vous pourriez être déçu sur ce plan. (FIN DU SPOILER).

En résumé

Un livre que son histoire et son style d’écriture consacrent comme un chef d’oeuvre, hélas trop méconnu, non seulement du fantastique, mais plus encore de toute littérature, par la sensibilité extrême mêlée à l’encre des mots qui narrent l’histoire tragique des personnages.

Pour aller plus loin

Si vous désirez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques de Yogo, de L’épaule d’Orion,

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16 réflexions sur “Replay – Ken Grimwood

  1. Ping : Un coup d’oeil sur le Bilan de février 2016 – Albédo

  2. Ping : Mémoire – Mike McQuay | Le culte d'Apophis

  3. Ping : Phenix – Bernard Simonay | Le culte d'Apophis

  4. Ping : Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl | Le culte d'Apophis

  5. Ping : Dark Matter – Blake Crouch | Le culte d'Apophis

  6. Ping : Mes vrais enfants – Jo Walton | Le culte d'Apophis

  7. Ping : Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 7 – Sous-genres majeurs de la SF | Le culte d'Apophis

  8. Ping : Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 9 – Sous-genres de l’Uchronie | Le culte d'Apophis

  9. Ping : Replay de Ken Grimwood – L'épaule d'Orion

  10. Une magnifique variation sur les possibilités de refaire l’Histoire et son histoire, j’ai vraiment été ému par la finesse et La précision des sentiments et réflexions des 2 personnages principaux, aucuns stéréotypes, révélations fracassantes ou happy end ,une belle œuvre adulte .

    Aimé par 1 personne

  11. Ping : The light brigade – Kameron Hurley | Le culte d'Apophis

  12. Le meilleur roman que j’ai lu cette année…
    J’ai eu peur à un moment à une explication vraiment trop simpliste où tout aurait été le résultat d’expériences menées par des extraterrestres (comme supposé dans le livre dans une des boucles) mais fort heureusement cette piste est vite écartée…
    De toute façon ce n’est pas le « pourquoi » qui est important dans ce livre.

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