Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed

Une fantasy sortant des sentiers battus et merveilleusement écrite

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Au fil des années, les livres de fantasy que j’ai le plus appréciés sortent clairement des sentiers battus du médiéval / antique-fantastique à la Tolkien / Howard, avec ses guerriers musclés et barbares, ses elfes, ses nains, ses vastes forêts enchanteresses, etc. Throne of the Crescent Moon fait partie de ces livres de fantasy qui s’éloignent de ces stéréotypes vus et archi-revus. D’abord, grâce à son cadre, qu’on pourrait qualifier de « fantasy des Mille et une nuits » (je précise que le monde décrit n’est pas le nôtre mais un univers imaginaire, aux influences arabes, perses et africaines). Mais surtout, ce qui différencie ce livre de la fantasy classique, ce sont ses personnages, très inhabituels.

La fantasy classique suit, en matière de groupes de personnages, deux voies classiques : soit un groupe majoritairement composé de combattants, avec un magicien pour s’occuper de tout ce qui est surnaturel (ex : le Seigneur des anneaux), soit des groupes de magiciens purs et durs (ex : Harry Potter, Terremer, etc). De plus, à part à la rigueur les Hobbits ou Elric, les guerriers sont quasiment toujours très stéréotypés : grands, forts, sans foi ni loi et barbares (Conan, Fafhrd, Kane, etc), ou à la rigueur d’un certain âge, très expérimentés, en ayant vu beaucoup au cours des années, et mortellement affûtés (ex : Aragorn). Idem pour les magiciens : soit adultes, voire vieux mais très alertes (Gandalf), soit très jeunes, au grand potentiel mais encore inexpérimentés (Harry Potter). Pour finir, tous les magiciens utilisent la même sorte de magie, il est rare qu’on sorte des sentiers battus là aussi.

Throne of the Crescent Moon ne suit aucun de ces stéréotypes. Continuer à lire « Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed »

King of the wood – John Maddox Roberts

Une uchronie saisissante, un grand roman d’aventures

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Cela fait plusieurs années que j’entends parler de ce roman, considéré par certains auteurs  (ou spécialistes) d’uchronies comme une des références du genre. Après l’avoir lu, on peut dire que non seulement il s’agit effectivement d’une fascinante uchronie, mais aussi d’un grand roman d’aventures.

Le monde décrit est celui de l’amérique du milieu du quinzième siècle, mais d’une amérique complètement différente de ce qu’elle était dans notre monde à cette époque. En effet, après avoir découvert ce continent un peu avant l’an mille (comme dans notre histoire), les vikings paiens l’ont, cette fois, colonisé « massivement » pour fuir les persécutions que leur faisaient subir les vikings christianisés en scandinavie. Ils se sont donc installés là où, dans notre histoire, les treize colonies se trouvaient. Quelques décennies plus tard, ce sont les saxons chrétiens d’angleterre, chassés par la conquête normande, qui viennent coloniser ce qui, pour nous, est le québec. Les deux royaumes se livreront deux guerres aux résultats peu décisifs, tout en ayant maille à partir avec les indiens et en commerçant avec les maures, qui se sont installés en Floride, et avec les aztèques. Continuer à lire « King of the wood – John Maddox Roberts »

Replay – Ken Grimwood

Un chef d’oeuvre méconnu

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Bon, soyons clair, ce roman ne bénéficie pas de la notoriété d’un Dune ou d’un Hyperion. Et pourtant… c’est un vrai chef-d’oeuvre. Non pas parce qu’il exploite un thème particulièrement original (à la base du moins, parce que le développement de ce thème réserve quelques surprises), mais parce que l’écriture et la description de la psychologie des personnages sont tout bonnement exceptionnelles.

Le thème de la boucle temporelle, où le héros garde toute la mémoire de l’itération précédente, n’est pas à proprement parler original. On l’a souvent vu en SF écrite, en film et surtout dans des séries TV (où en général, il bénéficie d’un traitement plus ou moins humoristique). Là où Replay devient intéressant, c’est sur l’ampleur de la boucle, des dizaines d’années. Et là où il devient carrément intéressant, c’est dans le twist introduit dans le mécanisme dans le dernier tiers du roman. Et finalement, dans ses deux derniers chapitres, le roman devient un chef-d’oeuvre grâce à un second et un troisième twist. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais disons que tout n’est pas aussi classique qu’on pourrait le croire de prime abord dans ce mécanisme de boucle temporelle qu’on pourrait croire à priori vu et revu. Continuer à lire « Replay – Ken Grimwood »

La grande route du Nord – tome 2 – Peter F. Hamilton

Un second tome très supérieur au premier, un très bon roman dans l’ensemble, mais pas dépourvu de (gros) défauts cependant

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Lors de ma critique du tome 1, j’ai eu l’occasion de dire que j’avais trouvé le rythme lent (trop sans doute), que les flash-backs et le personnage d’Angela étaient très intéressants, que le découpage en deux tomes de l’édition française tombait à plat (plus que dans les romans précédents d’Hamilton), que j’avais trouvé ce début de roman moins prenant que les autres livres de l’auteur, et surtout, que celui-ci semblait tourner, pour la première fois, en rond, alors qu’il était jusque là caractérisé par une imagination assez prodigieuse.

Après avoir lu le tome 2, donc l’ensemble du roman, je suis désormais en mesure de nuancer ou d’infirmer complètement certains de ces points, et (malheureusement) de dire à quel point j’avais raison sur certains autres points (le manque de renouvellement). Continuer à lire « La grande route du Nord – tome 2 – Peter F. Hamilton »

La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton

Hamilton ne se renouvelle pas

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Ce roman plaira à quelqu’un qui n’a jamais (ou relativement peu) lu d’autres livres de Peter F. Hamilton. Pour quelqu’un comme moi, qui a part les Greg Mandel 2 et 3 a lu toute la production de cet auteur (et ça fait du volume), ce livre pose un problème conséquent de répétitivité et de renouvellement.

Je m’explique : ce qui est agréable chez Hamilton, c’est qu’il crée à chaque fois des univers très détaillés et très cohérents, et que ces univers sont très éloignés les uns des autres. L’univers de la Confédération est très éloigné de celui de Dragon Déchu, lui-même complètement différent de celui de Pandore / du Vide. Ce qui me pose problème dans La Grande Route du Nord, c’est qu’il s’agit à peu de choses près de l’univers de Pandore, sauf que… ce n’est pas lui. Même méthode de voyage interstellaire, même mainmise de Grandes Familles (une en particulier) sur l’économie, seule la technologie est plus proche de la notre (même si on retrouve des « cellules intelligentes », un « maillage corporel », l’équivalent d’une « ombre virtuelle » des romans précédents, etc). En plus, on retrouve les constantes de toute oeuvre d’Hamilton : Continuer à lire « La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton »

Zendegi -Greg Egan

Un Greg Egan très inhabituel mais de fait plus accessible que les autres

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Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Greg Egan est un des auteurs les plus emblématiques de la branche dite « hard » de la SF, celle où l’aspect « science » est fortement marqué par rapport à l’aspect « fiction ». En clair, il s’agit d’une SF qui se veut un maximum cohérente / réaliste par rapport aux théories actuellement en vigueur. Personnellement, je mettrais même Egan carrément à part, dans une catégorie « hard-hard-SF », tant certaines fois on a l’impression que pour le lire ou apprécier ses histoires au maximum, il faut être titulaire d’au moins un doctorat et lire les dernières publications scientifiques en date.

En conséquence, Egan est souvent époustouflant car ses développements romanesques liés aux dernières théories sont systématiquement ambitieux et visionnaires, mais il est de fait souvent difficile à lire. Chez d’autres auteurs de hard SF, la théorie scientifique sert de germe à l’intrigue et s’efface en bonne partie devant la narration et les personnages. Chez Egan, c’est l’inverse : l’idée SF dérivée de la théorie scientifique de pointe choisie est le pivot du roman, et l’intrigue qui en est tirée ainsi que, très souvent, la caractérisation des personnages, les dialogues, etc, sont accessoires. C’est moins vrai dans ses nouvelles que dans ses romans, et les premières sont plus intéressantes, en moyenne, que les seconds. Continuer à lire « Zendegi -Greg Egan »

Accrétion – Stephen Baxter

Une histoire incroyablement ambitieuse, la Hard SF à son zenith

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Précision préliminaire mais qui a son importance : il s’agit du tome 4 du cycle des Xeelees, mais il peut se lire de façon indépendante sans problème. La preuve, je n’ai lu aucun des trois tomes précédents, et j’ai pu suivre l’histoire sans souci. En effet, quand l’auteur fait référence à des événements ou des personnages des tomes précédents, il a l’intelligence de les expliquer en détails. A la rigueur, une lecture utile peut par contre être Exultant, du cycle connexe des « Enfants de la Destinée ». Dans cet autre roman, Stephen Baxter brosse en effet, en parallèle à l’histoire principale, une histoire de l’univers et surtout des Xeelees qui peut être un plus pour la lecture d’Accrétion.

Stephen Baxter est, on le sait, un des maîtres de la Hard SF. On a l’habitude, avec lui, des échelles temporelles vertigineuses, comme dans Les Vaisseaux du temps ou dans Evolution. Personne ne s’étonnera donc si l’histoire d’Accrétion s’étend sur… 5 millions d’années. En revanche, même chez Baxter, et en tout cas dans le reste de la SF, des personnages parcourant… 150 millions d’années-lumière restent peu courants, et des races manipulant des galaxies entières et la structure de l’espace-temps sur des échelles de milliards d’années et de centaines de millions d’années-lumière, ça reste franchement peu courant. Etant gros lecteur de SF depuis une trentaine d’années, je peux dire que je n’ai vu des histoires aussi ambitieuses qu’une poignée de fois, dont une bonne partie… chez Baxter lui-même. Continuer à lire « Accrétion – Stephen Baxter »

Accelerando – Charles Stross

Un roman de référence sur le thème de la transhumanité et des Singularités technologiques, mais qui ne plaira pas à tous

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Il s’agit clairement d’un roman de référence sur le thème de la Singularité technologique, c’est-à-dire le moment où la capacité de calcul informatique atteint un seuil tel que des intelligences post-humaines émergent et entraînent dans leur sillage des changements, technologiques ou autres, à une vitesse non plus linéaire mais exponentielle et qui surtout font du futur et du sort de l’humanité (ou plus généralement des intelligences précédentes) des territoires imprévisibles.

La description des étapes de la première Singularité, puis des suivantes, est minutieuse et détaillée. Car non, la Singularité n’est en aucun cas un processus unique, elle est multiple. Les intelligences (humaines ou autres) issues d’une Singularité donnée paraissent incroyablement évoluées, intelligentes et riches matériellement / technologiquement parlant aux intelligences ayant précédé cette Singularité, alors que pour les êtres issus de la Singularité postérieure, ceux issus de la première Singularité sont des arriérés à la limite de l’intelligence et vivant dans un bidonville. En clair, les Transhumains et les IA issues de la première Singularité, avec leur nanotechnologie, sont complètement dépassés sur tous les plans par les intelligences issues de la seconde Singularité, qui sont elles-mêmes rendues obsolètes par celles de la troisième Singularité, etc. Continuer à lire « Accelerando – Charles Stross »

The Expanse – tome 2 – La guerre de Caliban – James S.A. Corey

Un second tome dans la lignée du premier, au moins aussi haletant, avec des personnages plus subtils, mais plus prévisible

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Ce second tome de la série « The Expanse » reste dans la droite lignée du premier, à la fois en terme de qualité, de style de narration (polyphonique, même si ici ce sont quatre voix et non plus deux qui alternent à chaque chapitre pour nous montrer l’histoire) et de structure. C’est peut-être là d’ailleurs qu’on peut émettre une certaine critique, car la structure de l’intrigue est calquée trait pour trait sur celle du premier tome : un événement mystérieux à lieu au début, on nous présente les protagonistes ensuite (sauf Holden, que nous connaissons déjà), ces personnages se retrouvent impliqués dans l’intrigue chacun de leur côté, ils finissent par se rejoindre (comme Miller et Holden dans le premier) pour rechercher la même fille qui a disparu (sauf qu’ici c’est une fillette et pas une femme adulte comme dans le premier tome), il y a des scènes d’horreur, une grande castagne avec les créatures de la protomolécule, et un épilogue. Bref, ce copier-coller pourra gêner certains, même si les qualités d’écriture du roman font passer bien des pilules. Continuer à lire « The Expanse – tome 2 – La guerre de Caliban – James S.A. Corey »

Excession – Iain M. Banks

Un des sommets du cycle de la Culture

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La critique qui suit est un extrait d’un article synthétique analysant l’intégralité du cycle de la Culture, que vous pouvez retrouver sur cette page.

Après cinq ans passés à écrire autre chose que des livres sur la Culture (le dernier, L’Essence de l’art, étant paru en VO en 1991), Iain M. Banks revient au cycle en 1996 (1998 en VF) avec Excession. Comme L’Usage des armes, c’est un jalon essentiel dans l’évolution de la saga, à la fois parce que l’humour y prend la place qui sera désormais la sienne jusqu’à la fin, et ensuite parce que l’auteur va commencer à élargir le worldbuilding, et amorcer une entreprise de relativisation de la puissance réelle de la Culture qui atteindra son apogée dans Trames. C’est aussi un tome où on va découvrir d’autres f(r)actions plus ou moins séparatistes du courant principal que la Faction Pacifiste évoquée dans Une Forme de guerre. Encore plus intéressant, il va cette fois donner le rôle de premier plan aux Mentaux (même si l’intrigue secondaire fait la part belle à un couple d’humains), et surtout combiner les deux approches d’analyse, de challenge, de confrontation de la Culture qui ont été les siennes jusque là : il va non seulement continuer à lui tendre un miroir via une faction belliciste des Mentaux de CS qui, comme Zakalwe, trouve que les scrupules moraux de la Culture sont un carcan les empêchant de faire ce qui doit être fait, mais, après les Idirans et l’empire Azadien, il va également la confronter à un troisième système antithétique, l’Affront. Qui est une des plus grandes réussites de Banks, qu’on mesure dans la simple mais complètement antithétique, elle aussi, combinaison de mots qui définit pourtant cette race / civilisation le mieux : « joyeusement agressive » ! Continuer à lire « Excession – Iain M. Banks »