Zendegi -Greg Egan

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Un Greg Egan très inhabituel mais de fait plus accessible que les autres

zendegi

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Greg Egan est un des auteurs les plus emblématiques de la branche dite « hard » de la SF, celle où l’aspect « science » est fortement marqué par rapport à l’aspect « fiction ». En clair, il s’agit d’une SF qui se veut un maximum cohérente / réaliste par rapport aux théories actuellement en vigueur. Personnellement, je mettrais même Egan carrément à part, dans une catégorie « hard-hard-SF », tant certaines fois on a l’impression que pour le lire ou apprécier ses histoires au maximum, il faut être titulaire d’au moins un doctorat et lire les dernières publications scientifiques en date.

En conséquence, Egan est souvent époustouflant car ses développements romanesques liés aux dernières théories sont systématiquement ambitieux et visionnaires, mais il est de fait souvent difficile à lire. Chez d’autres auteurs de hard SF, la théorie scientifique sert de germe à l’intrigue et s’efface en bonne partie devant la narration et les personnages. Chez Egan, c’est l’inverse : l’idée SF dérivée de la théorie scientifique de pointe choisie est le pivot du roman, et l’intrigue qui en est tirée ainsi que, très souvent, la caractérisation des personnages, les dialogues, etc, sont accessoires. C’est moins vrai dans ses nouvelles que dans ses romans, et les premières sont plus intéressantes, en moyenne, que les seconds.

Sachant tout cela, j’avoue avoir été particulièrement surpris par Zendegi. D’abord par le fait que ce roman prend à contre-pied tout ce que j’ai pu lire d’autre chez Egan (toutes ses nouvelles et les 2/3 de ses romans traduits en français). Ici, c’est l’histoire et surtout les personnages qui prennent le pas sur les théories scientifiques. Il y a finalement très peu de science dans le roman, et elle reste extrêmement compréhensible à tous, pas besoin d’un doctorat ou de passer sa vie sur Arxiv. D’ailleurs, on doit attendre quelque chose comme la page 240 pour avoir un peu de science, à tel point qu’on se demande si on est bien dans un Egan avant ça !

Le tour de force d’Egan est d’avoir dépeint une description extrêmement vivante de l’Iran des années 2010 et 2020, ce qui permet une bonne immersion du lecteur dans l’univers du roman et donne une forte crédibilité aux personnages. Pour une fois, Egan a soigné le contexte, ne misant pas tout sur sa théorie préférée et ses applications. Comme d’habitude, il veut nous parler de l’homme et de son futur, mais c’est fait, si j’ose dire, de façon plus humaniste. Les personnages sont plus vivants que dans la moyenne de ses autres oeuvres, l’histoire plus poignante aussi.

un dernier mot sur l’histoire, sous l’angle spécifique de la science : elle explore le thème de la réalité virtuelle et de l’upload de consciences humaines dans le cyberespace, mais aussi celui de l’automatisation et d’une forme d’esclavage virtuel de consciences humaines partielles car privées de certaines parties de leur psychisme. Comme d’habitude chez Egan, la démonstration est brillante, quoi que j’ai personnellement trouvé la fin quelque peu tronquée.

En conclusion

Ce roman constitue une bonne porte d’entrée pour découvrir l’ampleur époustouflante de la vision du futur d’Egan, car il est plus accessible, dans son écriture, que les autres romans et que beaucoup de nouvelles rédigées par cet auteur. Pour autant, il faut bien être conscient qu’il n’est pas réellement caractéristique du reste de l’oeuvre de cet écrivain, qui est plus exigeant en terme de difficulté de lecture.
Pour quelqu’un qui connaîtrait déjà Egan, ce roman peut être déstabilisant, car manquant assez cruellement de science par rapport à ses textes typiques. En clair, il est plus « fiction » que « science ». Sans compter que la description minutieuse de cet Iran des années à venir (ou celle des contes perses transposés en jeu de rôle en réalité virtuelle) peut ne pas intéresser ou passionner ceux qui veulent voir Egan nous parler en long en large et en travers de réalités virtuelles et d’upload de cerveaux dans le cyberespace (surtout que l' »intro » fait une bonne moitié du roman…). Personnellement, j’ai trouvé Zendegi intéressant, accessible, mais un peu tronqué sur la fin.

Bref, je conseille ce roman à ceux qui veulent découvrir « en douceur » (sans langage ou concepts scientifiques excessifs) l’auteur, mais pas forcément aux hyper-afficionados de Hard SF, qui, sur ce strict plan, risquent de trouver Zendegi un peu pauvre (par rapport au roman / à la nouvelle typique de l’auteur).

4 réflexions sur “Zendegi -Greg Egan

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