La dernière trouée du Cumberland – H. Paul Honsinger

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200 premières pages haletantes, suivies par 150 autres laissant plus le lecteur sur sa faim

honsinger3.inddLa dernière trouée du Cumberland est le troisième roman du cycle De haut bord. Pour l’anecdote, la fin du tome 2 annonçait que son successeur s’appellerait « Un dernier haut fait », titre tout de même plus évocateur et sonnant mieux mais qui n’a au bout du compte pas été retenu. Curieuse discordance entre l’annonce imprimée et le choix final ! Quoi qu’il en soit, ce livre met un terme (très) provisoire à la saga, puisque l’auteur avait annoncé vouloir écrire des suites et un prélude, ce dont il a été empêché par des problèmes de santé en chaîne (diabète mal équilibré, narcolepsie, infection touchant une jambe, apnée du sommeil, etc) ces deux dernières années. Il annonce toutefois un nouveau roman pour 2018, To stations my lads, ainsi qu’une novella qui voit un jeune Max transporté par les Vaaachs à 14 000 années-lumière de la Terre, dans le bras Croix-Centaure de la galaxie, The hunters of vermin.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un mot sur la couverture, de nouveau signée Gene Mollica, et encore une fois absolument superbe, avec des visages criants de vérité (et un Max qui a un vague air de Juan-Martin Del Potro !). J’aime beaucoup cet illustrateur, et même si je m’attends à des merveilles à chaque fois, je suis invariablement époustouflé par le résultat. Bravo l’artiste ! 

Situation, structure

Le récit démarre in media res, alors que le Cumberland est traqué par onze vaisseaux Krags, qu’il se cache et que l’équipage est aux postes de combat depuis… cinquante-huit heures. Depuis qu’il a transmis la réponse à l’ultimatum ennemi, notre destroyer préféré tombe en effet d’embuscade en embuscade, et celle-ci est la dernière (et la plus redoutable) en date. D’après les calculs de son ordinateur, Max n’a en effet qu’une chance sur 982966 de s’en sortir !

Ce long combat d’ouverture (85 pages sur les 340 que compte le récit proprement dit -le reste étant constitué par l’excellent glossaire-) se termine sur une scène qui, si elle est finalement relativement fréquente en SF (militaire ou hard, mais pas que, il y en a une de ce type dans le cycle de la Culture de Iain Banks), n’en fait pas moins toujours son petit effet. Mais chut !

Cette première phase est rapidement suivie d’une autre, qui montre là aussi un long combat, lui aussi très intéressant. On signalera notamment un usage très astucieux de drones « de sabotage » nommés très à-propos Gremlins lors d’un abordage particulièrement spectaculaire (et montrant une équipe aux surnoms très « colorés » !). L’ensemble de ces deux scènes nous conduit aux alentours de la page 200, et se révèle de fort bonne facture (mais bon, il faut clairement être un pur adepte de SF militaire pour apprécier ce genre de livre, faute de quoi les dialogues -basés souvent sur des ordres très détaillés et leur répétition- peuvent paraître maladroits, alors qu’ils relèvent juste des codes de ce sous-genre).

C’est après ce point là que les choses se gâtent quelque peu : après une sorte de long interlude qui fait franchement retomber le rythme et l’intérêt, s’ensuivent trois nouveaux combats. Le premier reste très intéressant parce qu’il est, cette fois, vu du point de vue Krag et qu’il utilise de façon fort efficace le piratage informatique (un point qui, à mon goût, est trop négligé en SF militaire). Les deux autres, en revanche, sont frustrants tant ils sont courts (ce qui est assez incompréhensible, d’autant plus que ce tome 3 est plus petit que ses deux prédécesseurs de 100-150 pages), surtout en comparaison de ceux, extrêmement détaillés, du début du roman. La fin réserve une scène à forte émotion, et laisse nos héros suspendus par le bout des doigts au bord de la falaise. Un tome 4 était, de fait, complètement inévitable.

Je pourrais faire la même analyse littéraire que pour le tome précédent, ou quasiment (Rapprochement à gisement constant était, à mon avis, plus… eh bien constant, justement, en terme de rythme et d’intérêt) : c’est toujours autant pétri de défauts d’écriture, ou presque (on sent quelques progrès, ou un travail éditorial plus rigoureux), comme l’info-dump (et le Docteur Sahin en candide), les plans d’une complexité démentielle de Robichaux qui se passent toujours comme prévu (il doit être un adepte de la célèbre maxime d’Hannibal Smith…), les références de geek (à Star Trek, l’Histoire militaire, etc) qui laisseront la plupart des lecteurs froids ou dubitatifs, la sur-proximité avec Tom Clancy et l’usage immodéré d’un langage ultra-militaire pas toujours propice à l’élégance du texte, etc, mais bon, peu importe, au final ça fonctionne, c’est souvent passionnant et haletant, donc que demande le peuple ? Le seul vrai changement est dans le fait d’avoir une histoire plus « compacte » (surtout dans les 200 premières pages sur 350, en gros), qui laisse beaucoup plus de place aux scènes d’action par rapport aux scènes « administratives » ou de la vie courante du vaisseau.

Les Mayans, c’est dans Sons of Anarchy ! *

* (et bientôt dans Mayans, MC). Pour la peine, hop, un p’tit tribute aux hermanos mexicanos : Unamonos, Claroscuro.

Niveau relecture et traduction, c’est dans la droite ligne du tome précédent : mauvais. Outre le fait que je retrouve toujours « afterfusers » (p 262) au lieu de post-combustion ou « marine de l’eau salée » (p 46) comme traduction extrêmement maladroite de Wet Navy (je suppose), le texte est émaillé d’erreurs de relecture grossières : missiles au lieu de vaisseaux (p 20), « ce bais » au lieu de « ce biais » (p 111), sergeot au lieu de sergent (p 153), servi de rien au lieu de à rien (p 167), le pelage du chat qui passe de noir (couleur sur laquelle l’auteur insiste lourdement à de multiples reprises) à sable (p 318), 150 mégatonnes au lieu de kilotonnes (p 349 ; là aussi, l’auteur insiste lourdement quelques dizaines de pages auparavant sur la puissance maximale des bombes thermonucléaires de la spatiale, qui n’est que de la moitié de ce chiffre), et enfin, le clou du spectacle, le pauvre Alfred Thayer Mahan, auteur de la « bible » de l’US Navy (qui a coutume de dire : « Il n’y a qu’un seul dieu, Poséidon, et Mahan est son prophète »), qui se voit rebaptisé Mayan (alors qu’il n’est ni biker, ni latino, à ma connaissance…).

En conclusion

Ce tome 3 (qui ne conclut pas le cycle) de De haut bord commence sur une base de 200 pages (sur 350) très nerveuses, nous projetant pratiquement sans discontinuer dans une action spectaculaire et l’application de tactiques très « créatives ». Après cela, les 150 dernières pages sont plus molles et offrent quelques combats supplémentaires, mais assez inexplicablement (et de façon frustrante) nettement plus courts que les précédents. Le livre se conclut sur un énorme cliffhanger, et il faudra attendre le tome suivant (annoncé, malgré les ennuis récents de santé de l’auteur) en 2018 (en VO) pour voir sa résolution. On pourrait, à part cet aspect plus « resserré » (moins de pages, plus d’action), faire la même critique sur ce tome 3 que pour le 2 : c’est souvent maladroit sur le plan littéraire, c’est plein de Deus ex machina et de plans d’une complexité démentielle qui pourtant se déroulent toujours comme prévu, l’info-dump généré par « Candide » Sahin est toujours aussi éhonté, mais bon, au final, on s’en fiche, ça fonctionne bien, et c’est tout ce qu’on demande. Même si je garde une préférence pour le tome 2 et, dans celui-ci, pour les premières 200 pages par opposition aux 150 dernières. Vivement la suite !

Pour aller plus loin

Ce roman fait partie d’un cycle : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques du tome 1, du tome 2,

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7 réflexions sur “La dernière trouée du Cumberland – H. Paul Honsinger

  1. Pour cette série c’est toujours difficile pour moi, j’ai envie de la continuer et tes avis me renforcent dans cette idée mais bon, l’échec du premier me refroidit pas mal surtout vu le prix des tomes 😛
    Enfin si un jour je les trouve à un prix abordable ou si ils sortent en poche je leur donnerais surement leur chance ^^

    Aimé par 1 personne

  2. Bon, j’ai le tome 2 à lire. Il est bien au chaud dans ma PAL. Je ne m’attends pas à des merveilles, mais de l’action tout azimut. Cela me déçoit pas mal de lire que le travail éditorial n’est pas à la hauteur.

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    • Je ne sais quoi en penser, à vrai dire. il n’y avait aucun problème sur Rédemption de Jamie Sawyer, pourtant émanant également de l’Atalante (mais ce n’était pas le même traducteur, ceci expliquant peut-être cela), éditeur qui, par ailleurs, était jusqu’ici connu pour son sérieux en la matière. Je préfère croire à des délais un peu courts ou à un manque de personnel dû au lancement cette année de la collection poche.

      Aimé par 1 personne

  3. Pingback: Guide de lecture SFFF – Découvrir la (ou progresser en) SF militaire | Le culte d'Apophis

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