Le sang sur le sable – Bradley P. Beaulieu

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Un très bon second tome

le_sang_sur_le_sable_beaulieuLe sang sur le sable est le second tome du cycle Sharakhaï de l’auteur américain Bradley P. Beaulieu, après Les douze rois de Sharakhaï. Et la saga fait preuve d’une belle vitalité, puisque le tome 3 est attendu (en VO) en mars 2018, le 4 en 2019 (6 sont prévus au total), et que deux novellas d’une centaine de pages sont ou vont sortir en octobre / novembre (elles seront critiquées sur ce blog dans les mois qui viennent). Je vous rappelle également que je vous propose des recensions consacrées à la nouvelle In the village where brightwine flows et à la novella Of sand and malice made. D’ailleurs, la lecture de cette dernière est un plus non négligeable pour pleinement saisir certains passages du Sang sur le sable relatifs au Prince en haillons. Un petit mot sur la couverture, un pur chef-d’oeuvre (un de plus !) signé par le génial Marc Simonetti : c’est, clairement, l’illustration de l’année, à mon sens (ça sent le Prix Apophis dans quelques semaines, lors du bilan 2017…).

Ce tome 2, donc, reprend toutes les qualités du 1, en en gommant les petits défauts. Il est long, certes (pas loin de 700 pages), mais envoûtant quasiment de la première à la dernière ligne. Bref, il confirme tout le talent de l’auteur. Et lorsqu’on sait que son autre cycle phare, Lays of Anuskaya, est réputé encore meilleur… Bref, vous allez avoir droit à beaucoup de Bradley P. Beaulieu dans les mois et années qui viennent sur Le culte d’Apophis ! 

Situation, structure

La structure est la même que dans le tome 1, à savoir une alternance de points de vue (pdv) plus des flash-backs sur le passé de Çeda (en diminution et en rapport plus direct avec les scènes se déroulant dans le présent qu’ils suivent ou précèdent, c’est à signaler). On retrouve ceux des Douze rois (notre héroïne, bien sûr, Ramahd, Emre -plus en retrait dans ce tome- et Ihsan), plus l’ajout d’un nouveau, celui de Davud.

Le moins qu’on puisse dire est que ça commence très fort, sans réel préambule : dès la scène d’ouverture, Çeda veut tuer Kiral, le Roi des rois ! Tout au long du roman, nous allons la suivre, alors qu’elle est infiltrée au sein des Vierges, dans une Main (groupe de cinq) dirigée par Sümeya. En parallèle, elle est entraînée par la Matrone Zaïde dans les techniques secrètes des Vierges, qui ont un vague parfum de Prana-Bindu parfois (et puis bon, cette mention à un « ver des sables » et cette importance des visions des avenirs possibles -du côté du Roi aux yeux de jade- n’est certainement pas accidentelle, hein ?). Et elle a fort à faire pour déjouer la suspicion d’une de ses coéquipières, Yndris, fille de Cahil (le Roi confesseur), une tête à claques arrogante de dix-sept ans, alors qu’elle tente d’assassiner les souverains ou de découvrir leurs secrets.

Ramahd, lui, passe de Charybde en Scylla, n’échappant à un péril que pour tomber dans un autre. Alors qu’une lutte de pouvoir oppose, au sein des Hôtes sans lune (la rébellion anti-Rois à Sharakhaï), le mage de sang Hamzakiir à Ishaq, le chef historique, Ramahd va devoir oublier son serment de tuer Macide, le fils du second et meurtrier de son épouse, pour servir les intérêts de son pays.

Emre a pris du poil au menton et des responsabilités au sein de l’Al’afwa Khadar, mais, ce faisant, il s’éloigne de Çeda. Il va jouer à un jeu très dangereux lorsque lui aussi va tenter de s’infiltrer à Tauriyat à la faveur d’un bluff.

Enfin, suite à une attaque des Hôtes sans lune, Davud va acquérir un rôle de premier plan et se lancer dans une aventure périlleuse pour délivrer des étudiants du Collegium enlevés en même temps que lui.

Alors oui, entre les changements de points de vue (mais bon, les chapitres sont relativement conséquents) et les flash-backs occasionnels, c’est un poil haché, mais c’est surtout passionnant, donc, finalement, peu importe !

Personnages, intrigue

Il est très intéressant de constater l’évolution des personnages, ainsi que la dynamique de leurs relations. Çeda subit le classique processus de tout infiltré chez l’ennemi : tout en n’oubliant pas pour qui et pour quoi elle combat, elle se révèle désormais incapable d’abandonner ses camarades à un sort funeste, et n’est pas ou plus dans les absolus, trouvant de l’honneur même chez certains de ses ennemis. De plus, sa relation avec Emre évolue, plus détachée ou distante qu’elle ne le fut dans le passé. Enfin, elle est sujette à une sorte de « possession » par les Asirim qui la transforme en vrai Berserk (un thème récurrent dans ce tome, d’ailleurs, puisque Hamzakiir utilise un tonique alchimique transformant certains des rebelles en kamikazes insensibles à la douleur, et ses pouvoirs de mage du sang pour créer des « bombes humaines » -le parallèle avec le terrorisme de notre monde réel est évident-), une relation symbiotique qu’elle va devoir maîtriser. Signalons d’ailleurs que les asirim sont encore plus directement impliqués dans l’histoire que dans le tome 1 (où ils étaient déjà très présents), et que les fans de nécromanciens / mages du sang (hein Nébal…) vont en avoir pour leur argent !

Au passage, en plus de la frénésie guerrière, le sang a un rôle capital dans l’intrigue, et ce sur plusieurs plans, que ce soit celui utilisé dans les actes de sorcellerie, celui versé lors de la rébellion ou celui qui coule dans les veines, l’hérédité, celle des Rois ou celle de Çeda. Et on retrouve donc logiquement le terme jusque sur la couverture. La drogue est aussi très présente dans l’histoire, ce qui n’étonnera pas ceux qui ont lu les novellas rattachées au cycle, où ce thème est récurrent.

Encore plus intéressante est l’évolution de Ramahd : il va se retrouver tiraillé, tout au long du livre, entre des intérêts ou des sentiments contradictoires, que ce soit sa relation avec Meryam par rapport à son attachement à Çeda ou le service de la couronne de Qaimir qui le force à coopérer avec les Hôtes sans lune et particulièrement avec Macide, le meurtrier de sa femme et responsable indirect de la mort de sa fille, qu’il a juré de venger. Ramahd va acquérir un côté plus sombre et ambigu et, de fait, devenir plus intéressant (tout comme Meryam, qui prend de l’importance dans ce tome 2).

Côté Emre, l’adolescent a laissé sa place à un homme, plus sûr de lui et étoile montante chez les rebelles. Lui aussi va acquérir un côté plus impitoyable, notamment lorsque les nécessités de la cause vont le conduire à tuer de sang froid un camarade ou à accepter, contraint et forcé, le meurtre d’un autre. Sa relation avec Çeda évolue elle aussi : il est moins amouraché de son amie d’enfance, et a des relations avec d’autres femmes.

Ihsan reste fidèle à lui-même, et on comprend mieux la teneur de ses plans et motivations. Au passage, on apprend à mieux connaître certains des autres Rois (Yusam et son bassin magique à la Galadriel restant un des plus fascinants), dont un qui cache un gros, gros secret. J’en profite d’ailleurs pour signaler que ce tome 2 nous offre deux énormes révélations (dont une particulièrement imprévisible), une sur les Rois et une autre sur l’ascendance de Çeda. On en apprend aussi un peu plus sur la mère de cette dernière, qui se révèle être un personnage parfois impitoyable (y compris et surtout envers sa propre fille) et finalement assez peu sympathique.

Enfin, Davud prend beaucoup d’importance dans ce tome 2 par rapport au précédent, et quelques chapitres sont vus par ses yeux. Hamzakiir (un antagoniste intéressant, au passage) va lui révéler un secret qui va changer radicalement son existence, et le pauvre va ensuite aller d’épreuve en épreuve.

Les personnages secondaires se révèlent intéressants, particulièrement les autres femmes faisant partie de la Main de Çeda. Je regretterais juste le côté assez stéréotypé de fille à papa et sale gamine d’Yndris, et la tendance de Bradley P. Beaulieu à décrire chaque femme croisée dans le récit comme une beauté digne de la couverture d’un magazine de mode. Il doit bien y avoir des filles quelconques dans cet univers, non ?

Au final, niveau personnages, nous sommes dans une application très pure des codes de la Dark Fantasy : ils sont psychologiquement multi-dimensionnels, ambigus, ni tout à fait blancs ni complètement noirs, ou bien évoluent vers plus de noirceur ou d’ambiguïté au fur et à mesure que le cycle avance. Bref, ils sont de plus en plus convaincants. Et au passage, la montée en puissance de l’aspect sombre de la magie et d’un certain côté horreur (voire gore) est lui aussi tout à fait dans les codes (y compris les plus anciens) de ce sous-genre.

Au niveau intrigue, rythme et écriture, ce tome 2 m’a paru meilleur que le 1 (qui était globalement intéressant, ce n’est pas la question), notamment grâce au maintien d’un intérêt constant tout au long des quasi-700 pages du pavé. Chaque fois que l’attention du lecteur pourrait s’effilocher un peu, boum, révélation, rebondissement, scène à grand spectacle, scène d’horreur ou de sexe (plus présent que dans Les douze rois). Bref, c’est constamment intéressant, et ça flirte même parfois avec l’envoûtant. L’écriture est plus dense et, comme je l’ai déjà évoqué, les flash-backs sont nettement mieux utilisés.

Ambiance

Il faut signaler que l’ambiance est encore plus noire que dans le tome 1, avec notamment une sorcellerie très ténébreuse, une vaste utilisation de morts-vivants ou de mutants créés par la magie du sang, et des scènes gores ou très dures (dont une de torture). Personnellement, j’adore ce côté « Mille et une nuits façon Glen Cook« , mais il peut refroidir certains profils de lectrices et de lecteurs.

Dans un autre registre, la ville de Sharakhaï acquiert toujours plus de personnalité et est presque tangible. De plus, Bradley P. Beaulieu est un des très rares auteurs à se souvenir que les sens de ses personnages ne s’arrêtent pas à la vue, au toucher et à l’ouïe : les odeurs et les arômes sont toujours très présents dans la narration, qui laisse d’ailleurs encore une place aux mets dégustés dans la cité (une attention au détail là aussi rare en Fantasy, mais un moyen simple de donner corps à son monde).

Enfin, l’horizon des personnages s’élargit, puisque ce tome 2 est moins confiné dans Sharakhaï elle-même : nous visitons une autre ville, Ishmantep, et la navigation sur les vaisseaux des sables est beaucoup plus présente que dans le tome 1 (à mon plus grand plaisir), et jusque sur la couverture française elle-même.

Outre le fait que la bataille finale est assez épique, la conclusion rebat pas mal les cartes et augure de grands changements de paradigme pour les personnages principaux dans le tome 3 (vivement !).

Un petit mot, pour terminer, sur l’édition : rien de significatif à signaler niveau relecture ou traduction, mais par contre on saluera la présence et la qualité des cartes, la couverture magnifique, et on déplorera par contre, comme d’habitude, l’absence d’un Dramatis personæ.

En conclusion

Ce tome 2 se révèle passionnant quasiment d’un bout à l’autre de ses presque 700 pages, grâce à un rythme élevé, de fréquentes applications de petits coups de booster (scènes spectaculaires, d’action, de sexe, révélations, rebondissements imprévus, etc), grâce à l’évolution des personnages (et de leurs relations) et à une intrigue rondement menée, sans parler d’une ambiance parfois à la limite de l’envoûtant (surtout si, comme moi, vous avez une forte affinité pour ce genre de -Dark- Fantasy de la Route de la soie / des Mille et une nuits) et qui tire (encore) plus sur la sombre sorcellerie, l’horreur, voire le gore, cette fois-ci. Bref, si vous avez aimé le tome 1, il n’y a vraiment aucune raison pour que sa suite vous déçoive. Les petits points de crispation que j’avais sur son prédécesseur ont été améliorés, notamment sur l’utilisation plus parcimonieuse et plus judicieuse des flash-backs. Et que dire des révélations explosives de ce roman, et de ce que sa fin laisse entrevoir de la suite possible des événements, sinon :  vivement le tome 3 !

Pour aller plus loin

Ce roman est le second d’un cycle : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques du tome 1 et des nouvelles et novellas associées : In the village where brightwine flows, Of sand and malice made,

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce livre, je conseille la lecture des critiques suivantes : celle de l’Ours inculte, celle de Blackwolf,

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12 réflexions sur “Le sang sur le sable – Bradley P. Beaulieu

  1. Une application très pure de la Dark Fantasy, cela me plait. Je te confirme que l’on sent que ce tome t’a plu. Vraiment. Il y a une légère différence avec ta critique du tome 1, du coup, je dirai qu’il doit être meilleur à tes yeux. Suite au premier retour, je l’avais classé dans les « j’aimerai bien le lire » et il est d’ailleurs dans ma PAL. Suite à cette critique, tu me donnes envie de le lire presque immédiatement… ah! il faut que je passe d’abord pas le tome 1! Merci 🙂
    Ma PAL t’adore, elle te considère comme un Dieu! 😉

    Aimé par 1 personne

    • Merci 😉

      Oui, je te confirme que j’ai (encore) plus apprécié ce tome 2 que le 1. De même, j’ai aimé les deux nouvelles / novellas qui se rattachent au cycle, et je viens d’en acheter deux autres (et j’en ai encore une autre en stock pour les jours de disette 😀 ). A la limite, si tu veux tester l’écriture de l’auteur, commence par Of sand and malice made, qui est considéré comme le tome 0.5 du cycle sur Goodreads. On y retrouve vraiment le mélange route de la soie / arabie / dark fantasy / sombre sorcellerie / zeste d’horreur qui caractérise Le sang sur le sable.

      Aimé par 1 personne

  2. Ah mince, je m’étais dit que je ne céderais pas pour celui-là mais tu me tentes ! J’avais été déçue par le premier qui m’avait gêné sur plusieurs points (rythme, personnage principal, manque de cohérence de l’intrigue…) mais si celui-ci est mieux il faut voir. En tout cas la couverture à elle seule pourrait me convaincre d’acheter le roman !

    Aimé par 1 personne

    • Je viens de relire ta critique du tome 1, je pense que, déjà, la diminution du nombre de flash-backs, leur meilleure insertion par rapport aux scènes dans le présent, le côté hautement inattendu d’une des deux révélations et (de mon point de vue) une cohérence améliorée de l’intrigue devraient plus te séduire. Et puis, comme tu le remarques, il y a l’objet-livre, la couverture étant (au moins) aussi belle « en vrai » que sur un écran d’ordinateur.

      Aimé par 1 personne

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