Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 2 – Les trouble-fête

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ApophisBien, bien, bien… Vous avez lu le premier article de cette série, vous maîtrisez la méthode du chat, vous vous sentez capable de classifier sans souci n’importe quel roman, et vous êtes prêt à découvrir les sous-genres de la SF, de la Fantasy et du Fantastique. Sauf que tout n’est pas aussi simple, car de nombreux trouble-fête se sont invités à la célébration, et vont vous rendre la tâche de classification nettement moins aisée : entre les genres hybrides, les sous-genres qui ont un complexe de supériorité et qui veulent laisser tomber le sous- pour être un genre à part entière, les conceptions d’origine étrangère qui cassent le tableau très clair avec SF, F et F et puis c’est tout, les définitions qui sont loin de faire l’unanimité (ou pire, qui sont multiples), les écrivains qui prennent un plaisir sadique à brouiller les frontières et ceux qui vont les frôler, vous allez voir que les choses ne sont pas aussi limpides que mon premier article pouvait le laisser penser.

Au passage, j’ai classé les articles de cette nouvelle série sous un tag commun (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), afin que vous puissiez y accéder aisément. 

Mélange des genres, complexe de supériorité : Science-Fantasy et Steampunk, avec un petit détour par l’Uchronie

Science-Fantasy

Certains auteurs (et pas seulement ceux de romans, comme nous allons le voir) ont décidé de combiner des éléments, des codes, des techniques, une ambiance ou une esthétique caractéristiques de ces deux grands genres que sont la SF et la Fantasy. Une autre manière de définir ce genre hybride est de dire qu’il donne une explication en apparence scientifique à des phénomènes qui ne pourraient en aucun cas exister selon les lois de la physique actuellement connues (voir plus loin). Une troisième manière de caractériser la Science-Fantasy est dans l’ambiguïté qu’elle peut laisser dans l’explication de certains phénomènes (et qui, au passage, relèverait plus, dans la conception française, d’une certaine définition du Fantastique) : magie, pouvoirs mentaux, technologie suffisamment avancée pour passer pour de la magie aux yeux de races plus primitives ? La Science-Fantasy peut, enfin, se concevoir de deux façons : soit l’inclusion d’éléments scientifiques dans un univers médiéval- ou antique-fantastique, soit celle d’éléments Fantasy dans un univers de SF. C’est le cas de nombreux cycles qui ont tout à fait l’air d’être de banales histoires de Fantasy au début, avant de se révéler être tout autre chose, comme un univers post-apocalyptique, par exemple.

Personnellement, j’ai tendance à classifier toute SF (en apparence) qui utilise les pouvoirs psi comme de la Science-Fantasy, d’autant plus quand d’autres éléments, d’ambiance ou autre, tirent plus le livre vers la Fantasy que vers une réelle science-fiction. Dune est à cet égard, pour moi assez emblématique, d’autant plus que son côté soft-SF est extrêmement prononcé.

Le problème est que tout le monde ne s’accorde pas sur ces définitions, ni même sur la pertinence de faire de la Science-Fantasy un sous-genre (de la SF, le plus souvent). Le terme a majoritairement été utilisé dans les années 60-70, puis par Presses Pocket chez nous (il y avait, juste avant la quatrième de couverture, une autre page en papier couché à haut grammage, une sorte de couverture arrière bis, où quatre genres étaient présentés, avec un ouvrage / auteur emblématique à chaque fois, l’un d’eux étant « Les planètes de la science-fantasy », avec comme exemple Le dragon blanc d’Anne McCaffrey), et est encore employé très occasionnellement chez certains éditeurs. Le problème est qu’il est si flou et recouvre tant de choses qu’il est compliqué de l’employer à bon escient, si même il y en a un !

science_fantasyLes planètes de la science-fantasy ? Eh oui, il se trouve que dans la conception anglo-saxonne, nombre de romans que nous classifierions en Planet Opera se retrouvent rangés dans un sous-genre de… la Science Fantasy. Et dans cette conception, on retrouve du très, très lourd, comme Edgard Rice Burroughs ou C.S Lewis. Mais d’autres aspects ou manières de définir la Science-Fantasy mettent également en jeu de grands noms : Jack Vance, Gene Wolfe, Terry Brooks avec son cycle Shannara, évidemment, Tim Powers (voir plus loin),  d’une certaine manière Charles Stross dans son cycle de la Laverie, mais aussi et peut-être surtout Poul Anderson. En effet, ce dernier nous a offert, dans Operation Chaos (critique à venir prochainement sur le blog), un excellent exemple de l’approche « j’explique des phénomènes surnaturels dans une optique scientifique » : dans cet univers (par ailleurs uchronique), l’existence de Dieu a été scientifiquement prouvée, et la magie mise en équations. L’un des protagonistes est une sorcière, et l’autre un Loup-garou, qui peut se transformer à volonté, même sans pleine lune, vu qu’il possède un appareil reproduisant les fréquences spécifiques de lumière polarisée du satellite de la Terre.

Certains considèrent que le Steampunk est un sous-genre de la Science-Fantasy, par son approche qui consiste à prendre une technologie ancienne et de faire de ce cadre victorien une « transplantation » du futur. Je ne suis pas d’accord : d’abord, si on considère que la Science-Fantasy est un sous-genre de la SF, je trouve un peu lourd de faire du Steampunk un sous-genre d’un sous-genre (même s’il m’a paru nécessaire d’opérer une manœuvre aussi inélégante sur le blog, par exemple pour la Gaslamp Fantasy ou le Biopunk) ; ensuite, si effectivement, on peut considérer que certains (Les voies d’Anubis, par exemple) livres Steampunk mêlent des éléments Fantasy (la magie, le plus souvent) à des éléments uchroniques / rétrofuturistes, c’est loin d’être le cas de tous les livres classés dans ce (sous-) genre.

Finalement, il y a trois approches possibles : rejeter complètement l’existence d’un sous-genre appelé Science-Fantasy, et classer le livre en question, selon le cas, en SF ou en Fantasy; faire de la Science-Fantasy un sous-genre (le plus souvent de la SF); ou bien, et c’est l’approche que j’ai choisi d’adopter, en faire un genre à part entière, au même titre et sur le même plan que la SF, la Fantasy et le Fantastique. Pour moi, la Science-Fantasy présente trop de caractères distinctifs, uniques, qui la séparent, au moins en terme d’ambiance, sinon de codes, de la « pure » Fantasy ou de la « pure » SF, pour se contenter de la considérer comme un simple sous-genre. Au passage, comme je vais vous l’expliquer, c’est l’approche que j’ai également choisi d’adopter pour l’uchronie et le steampunk.

the-chargeOn peut aussi adopter l’angle de vision suivant : à partir de quel degré d’implication de la science dans l’intrigue, de quelle place en terme de nombre de pages, peut-on dire d’un livre à l’esthétique à l’écrasante majorité Fantasy qu’il est de la SF, de la Fantasy ou de la Science-Fantasy ? Prenez le cycle du Guerrier de Mars de Michael Moorcock, par exemple : à notre époque, le savant Michael Kane met au point un prototype de téléporteur, et décide de l’essayer lui-même (et non, il n’est pas transformé en mouche humaine). Sauf que pendant l’essai, quelque chose va de travers, et il se retrouve transporté dans l’espace et dans le temps, sur une planète Mars de Fantasy de l’époque des dinosaures. Il y vit alors des aventures où, certes, la science (en l’occurrence celle d’une race ancienne de la planète) joue un rôle, mais où globalement, on se retrouve avec de la quasi-Fantasy (ou du Sword & Planet, c’est comme vous voulez), avec géants bleus, arachnoïdes tout aussi hypertrophiés, la belle princesse martienne Shizala qu’il faudra sauver des griffes de l’infâme « je-sais-plus-son-nom-et-j’ai-la-flemme-d’aller-ouvrir-le-livre-qui-se-trouve-à-deux-mètres-de-moi », voleurs et assassins portant des masques (un prélude aux Grandbretons), un monde où l’épée se porte nue, passée à un simple anneau à la ceinture, tant il est sauvage et barbare. Donc la question est : parce qu’il y a de la science (un peu) dans un océan de quasi-Fantasy, est-ce qu’il faut appeler ça de la Science-Fantasy, du Sword & Planet, considérer qu’à partir du moment où tout est basé sur une certaine rationalité et sur la science, ce n’est pas de la Fantasy mais de la SF, ou considérer que parce que globalement, c’est plus de la Fantasy qu’autre chose, le prétexte SF de départ ne suffit pas à classer le livre dans un autre genre que de la Fantasy ? (sans compter le fait que scientifiquement parlant, la Mars de l’époque des dinosaures décrite est une totale impossibilité) ?

Quoi qu’il en soit, la science-fantasy a trouvé un terrain particulièrement fertile dans le Jeu de rôle, un grand nombre d’entre eux pouvant être classifiés dans ce (sous-)genre : citons Shadowrun, Torg, Space 1889 (également classé dans le Steampunk) ou encore le supplément Spelljammer à (A)D&D.

L’uchronie

Un petit détour par l’Uchronie, dont je ne vais pas parler en détails (ce n’est pas le sujet de l’article, mais si vous voulez tout savoir à ce sujet, je vous conseille fortement l’excellent livre de Lhisbei), mais que j’ai besoin de définir un minimum avant de m’attaquer au Steampunk. De plus, voilà encore une catégorie de romans qui ne fait pas l’unanimité : pour certains, simple sous-genre de la SF ou de la Fiction historique, pour d’autres (dont je suis), genre à part entière, au même titre que la SF, la F ou le F, l’Uchronie n’est, pour d’autres encore, qu’une « esthétique » et pas un genre ou sous-genre littéraire à part entière (et cette approche est encore plus souvent adoptée à propos du Steampunk).

uchronieL’uchronie, donc, est le fait que suite à un événement appelé Point de divergence (un général qui fait un choix différent, des conditions météo autres, l’entrée en économie de guerre des années avant, des inflexions des programmes scientifiques plus précoces, des alliances basées sur des critères différents qui changent le rapport de force, un personnage historique clef qui survit / meurt alors que dans notre réalité il est mort / a survécu, etc), l’histoire se déroule différemment de celle que nous connaissons : l’Empire romain survit jusqu’à l’époque moderne, la Confédération remporte la Guerre de Sécession, les Nazis écrasent les alliés à l’aide de la bombe atomique, Kate Upton se marie avec moi, je fais le Grand Chelem huit années de suite, bref que des trucs qui changent la face du monde.

Personnellement, je fais une distinction entre la SF à mondes parallèles (où un personnage parti de notre monde peut visiter des Terres parallèles uchroniques) et ce que j’appellerais l’uchronie « vraie », où il n’existe qu’un seul monde, dont l’histoire se trouve être une variation uchronique de la nôtre. De plus, à moins que le protagoniste n’utilise une machine pour se rendre dans un monde parallèle uchronique, je ne vois pas pourquoi on classifieraient toutes les uchronies en SF : il n’y a pas de fiction scientifique dans Fatherland, par exemple. Enfin, même s’il y a un aspect science-fiction (ou autre chose, d’ailleurs, comme un aspect fantasy), pour moi le volet uchronique, à condition qu’il soit mis en avant et ne soit ni un décor, ni un vague prétexte (ou faire-vendre), prend le pas sur le reste et classe forcément le texte concerné en uchronie (ou ses variantes, comme l’uchronie de fantasy, de fiction, personnelle, etc).

Le Steampunk

Aaaaah, vous vouliez un trouble-fête, qui brouille toutes les classifications ? Eh bien en voilà un, et un beau. Le Steampunk est classé par certains comme : un sous-genre de la Science-Fantasy, un sous-genre de la SF (rétrofuturiste et / ou un dérivé du Cyberpunk), un sous-genre de l’uchronie, un genre à part entière (c’est mon approche), voire comme une simple esthétique qui ne permet pas, fondamentalement, de caractériser le roman ! Bref, plus divers, diffus et confus que ça, ça n’existe pas.

Bon, tout d’abord, le Steampunk, qu’est-ce que c’est ? Commençons par décortiquer le terme : il dérive de Cyberpunk, Steam- remplaçant Cyber- du simple fait que les romans Steampunk se déroulent à l’ère de la vapeur (Steam en anglais), adoptent une esthétique (néo)victorienne et utilisent souvent la vapeur pour alimenter la technologie mise en jeu. Donc, l’approche basique est d’en faire un « simple » dérivé du Cyberpunk, à l’ère Victorienne (pas forcément en Angleterre, d’ailleurs, puisqu’un certain nombre de livres se passent en Amérique) et avec un aspect rétrofuturiste : en clair, des technologies plus volontiers associées à un futur plus ou moins lointain sont mises au point au dix-neuvième siècle, comme des ordinateurs, des robots, des mecha (machines de guerre anthropomorphes géantes : pensez à Macross / Robotech), et ainsi de suite. Mais qui dit rétrofuturisme à l’ère victorienne implique un aspect uchronique : la mise au point (très) en avance de ces technologies fait forcément de cet univers une uchronie de notre monde réel.

steampunk

Jusque là, le tableau semble clair, non ? Le souci est que certains auteurs ont ajouté des éléments de Fantasy (magie) ou d’Horreur au tableau, que d’autres ont fait du rétrofuturisme à d’autres périodes historiques (Renaissance- Clockpunk-, entre-deux-guerres -Dieselpunk-, guerre froide -Atompunk-, etc), brouillant la distinction entre le fait d’être des dérivés du Cyber- ou du Steam-punk, que certains autres ont gardé l’esthétique néo-victorienne en augmentant l’aspect fantasy et en diminuant, voire en évacuant complètement les aspects rétrofuturistes et / ou uchroniques (Gaslamp Fantasy), tandis que d’autres encore ont transposé les éléments du Steampunk qui leur plaisaient dans… un monde imaginaire. Dès lors, il devient très compliqué de définir le Steampunk, car il recouvre des livres et des mondes où la magie existe, d’autres où seule la science a force de loi, car il est considéré à la fois comme un sous-genre du Cyberpunk, dont les Clock-, Diesel- ou Atom-punk (et d’autres encore) seraient des cousins, et, par d’autres personnes, comme un genre à part entière dont dérivent les trois sous-genres que je viens de citer, en bien plus droite ligne que par rapport au cyberpunk.

Certains ont une approche simplificatrice : pour eux, la caractéristique primordiale du Steampunk n’est ni le rétrofuturisme, ni l’aspect uchronique, ni autre chose, mais bel et bien l’esthétique. Dès lors, réduisant ce courant à cela, ils n’en font, selon l’ingrédient dominant du livre examiné, qu’un ouvrage de Fantasy ou de SF à esthétique steampunk / néo-victorienne / rétrofuturiste, point.

Sur ce blog, j’ai considéré que le Steampunk pouvait, selon le livre, mélanger des éléments si divers (magie, science rétrofuturiste, uchronie, etc) qu’il était hors de question de le réduire à une banale perspective esthétique, et encore moins à un sous-genre de la SF / du Cyberpunk. J’ai donc décidé d’en faire une des Catégories de base, un genre de plein droit comme la SF, la Fantasy, le Fantastique, l’Horreur, ou, comme nous venons de le voir, la Science-Fantasy. On pourra, bien entendu, être en désaccord avec cette approche.

J’aime mettre le boxon : je m’appelle Jack V. ou Roger Z, j’aime bien mélanger les genres, créer le doute, rendre floues les frontières

Il me faut dire un mot de certains auteurs, qui ont aimé, au cours de leur carrière, rendre floues les limites entre les genres, briser les barrières, casser les codes, rendre les frontières perméables. Dans leur oeuvre, ils mélangent une esthétique, des éléments distinctifs (normalement) ou des codes de la Fantasy et de la SF, ou bien passent, dans leur carrière, allègrement de l’une à l’autre. Un exemple emblématique de ce type d’écrivain est bien entendu Jack Vance, dont certaines œuvres sont de la pure Fantasy, d’autres de la pure SF, et certaines autres (le cycle de la Terre mourante) mêlent les deux dans de la Science-Fantasy.

Il faut aussi parler de Roger Zelazny, fameux casseur de codes s’il en est, dont certaines des œuvres les plus connues oscillent entre SF et Fantasy : voyez dans L’île des morts, par exemple, l’origine des pouvoirs employés par le protagoniste ou l’antagoniste est double, l’auteur proposant à la fois une explication technologique et autorisant une seconde interprétation, de nature surnaturelle.

Conceptions venues d’ailleurs : absence de Fantastique, Urban Fantasy, Low Fantasy et Réalisme Magique

Par rapport à la vision très claire séparant SF, Fantasy et Fantastique, la confusion peut venir non seulement, comme nous venons de le voir, de genres hybrides, non seulement d’auteurs brouillant intentionnellement les lignes, mais aussi de conceptions différentes, entre diverses sphères culturelles, de la nature, voire de l’existence même, de certains genres. Dans l’article précédent, nous avons par exemple vu que la notion de Fantastique était purement française, et n’existait pas dans la sphère littéraire anglo-saxonne. Mais attention l’inverse est également vrai : le vide laissé par cette importante subdivision des littératures de genre est comblé, ailleurs qu’en France, par des genres qui n’existent pas ou ne sont pas du tout connus du grand public chez nous, mais qui, pourtant, ont une certaine importance ailleurs. De plus, certains genres, comme l’Urban Fantasy, existent, sont connus et très populaires chez nous, sans que les gens ne se rendent forcément compte qu’en fait, ils occupent une niche qui devrait en fait relever d’autre chose, notamment le Fantastique.

Urban Fantasy : une définition finalement très proche… du Fantastique

A l’origine, Urban Fantasy désignait des livres de Fantasy à cadre urbain. Qui se passaient donc dans une ville, y compris dans un monde complètement imaginaire. Et c’était tout. Sauf que cette définition a évolué : elle a ensuite désigné des livres comprenant, certes, des éléments surnaturels, mais qui se déroulaient dans le monde réel, par opposition à la High Fantasy, dont UNE (et j’insiste là-dessus) des définitions est qu’elle se déroule forcément dans un monde imaginaire.

L’élément urbain est capital, car dans l’esprit du lecteur de la période précédant l’émergence de l’Urban Fantasy, les créatures surnaturelles ne pouvaient se concevoir qu’en-dehors d’une ville, en pleine forêt, collines ou montagnes, et en tout cas en-dehors de la période moderne (du 19ème au 21ème siècle, en gros). Les auteurs qui ont fait débouler le surnaturel, sortilèges et créatures, dans nos métropoles contemporaines, dans notre environnement cartésien, ont alors été acclamés pour leur coup de génie.

Donc je résume la conception actuelle d’une partie (et j’insiste là-dessus) des livres de ce sous-genre : dans le monde moderne, le protagoniste, monsieur ou mademoiselle tout-le-monde, est brusquement confronté à un changement complet de paradigme, à une irruption dans son monde régi par la science et le rationnel de créatures féeriques ou mythologiques, à la découverte d’un autre monde, régi par l’irrationnel, juste sous la surface du sien (Neverwhere).

Ça ne vous rappelle rien ? Eh voui, c’est du Fantastique. Voire même, pour les contextes de futur très proche, de la science-fantasy ! Sans compter toutes les fois où ça relève de la Portal Fantasy (pensez à Alice au pays des merveilles, Narnia, L’appel de Mordant, etc) ou de l’uchronie de Fantasy et où il n’y avait vraiment aucun besoin de créer un nouveau sous-genre.

Attention toutefois, certains autres livres d’Urban Fantasy mettent en scène des agents des forces de l’ordre (au sens très large) connaissant les créatures surnaturelles qui se cachent dans notre monde (ce qui n’est pas le cas des habitants « normaux » de leur pays, qui vivent dans une illusion de rationalité), voire qui sont eux-mêmes issus de pareilles entités (demi-vampire, etc), et dont le métier consiste à les traquer, les détruire, cacher ou canaliser leurs activités aux yeux du grand public. Ils ne relèvent donc pas du Fantastique, puisque le protagoniste connaît l’existence du surnaturel et ne subit donc pas de changement choquant / terrifiant de vision du monde lorsqu’il est mis en sa présence.

Mais il n’en reste pas moins qu’une partie des livres d’Urban Fantasy devraient en fait être reclassés en Fantastique, car ils relèvent plus des codes de ce genre que de ceux de la Fantasy proprement dite.

Low Fantasy

Vous trouvez que la définition de l’Urban Fantasy présente de troublantes ressemblances avec des genres ou sous-genres existants (ce qui rend donc la pertinence de la création ou de la conservation d’un sous-genre de plus douteuse) ? Attendez de voir celle de la Low Fantasy. Ou plutôt (une fois de plus, hélas), une des définitions de ce sous-genre. Car il y a différentes conceptions de ce qu’elle est (ou pas), et surtout à quoi le Low s’oppose.

Je ne vais pas développer ici, mais un peu plus loin, mais ce que vous pouvez retenir, c’est que selon la conception / définition, la Low Fantasy présente en fait de nettes ressemblances avec la Portal Fantasy, voire avec… le Fantastique ! Dès lors, employer un terme, un sous-genre de plus, est idiot dans la plupart des cas, car ça n’apporte rien et ne fait que créer plus de confusion.

Réalisme magique

Le réalisme magique (sous-genre surtout présent dans la littérature sud-américaine) associe des éléments magiques ou surnaturels à un monde qui est, par ailleurs, réaliste et banal. Il ne s’agit pas d’inventer un nouveau monde, imaginaire, mais de révéler les éléments magiques du nôtre. Les éléments fantastiques ne sont pas expliqués, le narrateur leur est indifférent, ils ne le choquent pas, ils les accepte comme un phénomène banal. Et surtout, ces livres sont écrits dans un style qui doit faire clairement ressortir le fait que les événements magiques sont naturels, que rien d’extra-ordinaire n’a eu lieu, ce qui a pour but de conduire le lecteur a accepter le « merveilleux » comme quelque chose de normal, à considérer le surnaturel à l’égal du naturel.

Nombreux sont les auteurs anglo-saxons qui ont pointé du doigt le fait que tout cela relevait en fait tout simplement de la Fantasy, écrite par des gens s’exprimant en espagnol plutôt que dans une autre langue. D’autres ne sont pas d’accord, pointant notamment la banalisation des phénomènes surnaturels comme une différence majeure avec le Fantastique, ou ce que les anglo-saxons appellent de la « Fantasy » mais qui correspond en réalité à notre conception française du Fantastique. En effet, le Fantastique insiste sur le caractère profondément choquant, hors-paradigme, de l’irruption des éléments surnaturels dans la vie réelle, moderne, alors qu’au contraire, le Réalisme magique met sur le même plan phénomènes naturels et surnaturels, les banalise, les intègre au paradigme.

Autre différence majeure : une des définitions du Fantastique est le doute qu’il met dans la tête du lecteur / narrateur / protagoniste concernant le caractère surnaturel ou naturel (cause rationnelle mais inconnue, folie du narrateur, etc) de l’événement décrit. Dans le réalisme magique, le doute n’existe pas : le surnaturel est aussi valable et incontestable, que le réel.

Au final, alors que des trois genres (Urban- et Low-Fantasy, Magical realism) que je viens de décrire, le Réalisme magique est le moins connu (en France, du moins), c’est pourtant celui qui brouille le moins les cartes, même si par certains côtés, il se rapproche de la Low-Fantasy et fait donc double-emploi avec elle, et même s’il vient compliquer le schéma jusqu’ici très simple Fantasy / SF / Fantastique.

Monde imaginaire ou monde réel : la conception adoptée par certains de ce qui définit Fantastique, Fantasy, Low et High Fantasy

Les approches utilisables pour définir si un texte appartient au Fantastique ou à la Fantasy, à la Low- ou à la High- Fantasy sont multiples : dans le premier cas, on utilise en général le fait que le surnaturel soit habituel ou pas dans l’univers du roman, dans le second on examine soit les enjeux et positionnements moraux, soit le degré de surnaturel dans l’univers. Cependant, il existe une autre méthode d’analyse et de classification, adoptée par certains (mais que personnellement, je trouve trop prompte à générer des erreurs et beaucoup trop imprécise et restrictive), qui consiste tout simplement à examiner si l’histoire se déroule dans le monde réel ou un monde imaginaire.

En effet, dans cette conception, toute histoire qui se passe dans le monde réel est forcément du fantastique, tandis que toute histoire qui se passe dans un monde imaginaire est obligatoirement de la Fantasy. Une perspective connexe veut aussi qu’un monde imaginaire signe indubitablement une High Fantasy, tandis que si le lieu de l’action est le monde réel, c’est presque à coup sûr de la Low Fantasy (il existe une variante de la Low Fantasy où des événements irrationnels se déroulent dans un monde imaginaire mais fonctionnant jusqu’ici rationnellement, avec des lois physiques et autres règles similaires à celles de l’univers réel).

Elle est belle cette optique, seulement il ne va pas falloir la laisser longtemps dehors, sinon elle va s’abîmer… En effet, du point de vue des protagonistes (Hermione, etc), la partie magique du monde d’Harry Potter n’a rien de choquant, le fait qu’un univers surnaturel co-existe avec l’Angleterre moderne n’a rien d’un changement de paradigme, c’est un fait connu et établi. La partie « découverte » n’a lieu qu’au tout début du premier livre / film, mais jamais Harry n’est effrayé, ne rejette tout en bloc en disant que c’est impossible, et il ne devient pas fou comme un protagoniste Lovecraftien. Bref, c’est évidemment à de la Fantasy que nous avons affaire (selon les définitions, à de la Low- ou Urban-Fantasy). Pourtant, selon la conception précédemment décrite, étant donné que ça se passe dans l’Angleterre moderne, ça devrait forcément être du Fantastique. On voit donc que baser la classification sur un seul critère est beaucoup trop restrictif et entraîne, de fait, de grosses erreurs.

Les définitions de la Low Fantasy sont multiples : l’un d’elles (une approche plutôt anglo-saxonne) place la distinction entre Low- et High- Fantasy dans le caractère réel / rationnel ou imaginaire / doté de lois différentes de l’univers. Pourtant, là aussi, cette définition est imprécise. Une autre définition du même terme place, elle, l’importance des éléments surnaturels (créatures, magie, etc) au cœur de la distinction entre les deux sous-genres : s’il y en a beaucoup, c’est de la High-, s’il y en a peu, c’est de la Low-. Dans les deux cas, on peut trouver des contre-exemples flagrants : Harry Potter, par exemple, est classé dans la Low Fantasy, alors que très honnêtement, c’est rempli d’éléments surnaturels jusqu’à la gueule. De plus, dans certains romans classés Low-, le degré de surnaturel est tellement bas que le lecteur peut légitimement se demander ce qui relève vraiment du surnaturel et ce qui relève plutôt de la folie du protagoniste / narrateur. Ambiguïté qui, dans une certaine conception française, signe non pas de la Fantasy (même Low-) mais… du Fantastique.

Enfin, on peut déplorer une troisième conception, qui définit la Low Fantasy comme toute oeuvre où le monde réel communique avec un monde imaginaire (à la condition qu’aucun des deux mondes ne connaisse l’existence de l’autre) : en réalité, une telle approche correspond en fait à une grosse partie… de la Portal Fantasy ! Dès lors, pourquoi multiplier les termes et les sous-genres ?

Je suis un petit iconoclaste (mais on m’aime bien quand-même) : je fais de la Fantasy (et pas du Steampunk) Napoléonienne, d’inspiration non-médiévale et non-européenne

Tout comme certains écrivains se sont rebellés, il y a une trentaine d’années, contre les codes de la High Fantasy et son carcan manichéen, d’autres ont commencé à envoyer balader, particulièrement depuis une grosse décennie, la Fantasy classique, qui présente l’étrange névrose de ne s’inspirer (dans son écrasante majorité) que du cadre européen et de l’époque médiévale. Vous ne vous êtes pas posé la question de savoir pourquoi pratiquement personne ne s’inspire (plus) de l’antiquité, de la Renaissance, de l’empire aztèque, de l’Afrique pré-coloniale ou d’autres lieux, civilisations ou périodes historiques ? Pourquoi des centaines d’auteurs vous ressortent le même gloubi-boulga d’influences celto-romano-nordiques et le même contexte médiéval ? Pourquoi la technologie ne dépasse jamais le stade de la catapulte et de l’arc long / de l’arbalète ? La réponse : manque d’imagination, pas envie de se coltiner les recherches, manque de courage par rapport à un lectorat à l’inertie et au conservatisme qui ne sont plus à démontrer (et qui, paradoxalement, gueule chaque fois qu’il en a l’occasion parce qu’il en a « marre de lire toujours la même chose »).

flintlock_fantasyDonc, certains auteurs se sont mis à écrire de la Fantasy tirée des Mille et une nuits, dans un cadre qui sent bon les épices de la Route de la soie, dans un univers inspiré par les Aztèques, les japonais et les chinois, et encore, ce n’était que le début de la révolution. Car justement, de jeunes fous furieux ont changé l’époque et le niveau de technologie, soyons extravagants, tiens : pourquoi s’inspirer de l’époque médiévale lorsqu’on peut placer son histoire dans l’équivalent de la Révolution française (les Poudremages), et pourquoi restreindre ses personnages (ou ses antagonistes) à la technologie du Moyen-âge lorsqu’on peut faire faire à son univers sa propre Révolution industrielle d’un seul mouvement de plume ? Avouez tout de même que c’est drôlement plus excitant de voir des régiments d’elfes armés de mousquets et de canons aller se fritter avec des créatures surnaturelles dans une Inde de Fantasy que de continuer à lire un 2867ème livre med-fan, non ?

Bref, nous avons assisté à l’émergence de nouveaux genres, comme la Gunpowder Fantasy (comme son nom l’indique : fantasy à poudre) ou son sous-genre, la Flintlock Fantasy (d’inspiration plus spécifiquement Révolution industrielle / Napoléonienne). Car attention, toute Gunpowder n’est pas de la Flintlock, cf Brent Weeks.

Petit problème : si une partie du public a adhéré avec un grand enthousiasme à ce changement de paradigme, une autre partie (particulièrement en France, où la Flintlock a énormément de mal à prendre racine) refuse catégoriquement le mélange entre la magie à forte dose, les créatures ou races fantastiques et les mousquets, canons et autres trains ou bateaux à vapeur. C’est toujours le même raisonnement : « Il y a des éléments du monde moderne, donc ce n’est pas de la Fantasy ». Je rappelle que, statistiquement parlant, les mêmes sont souvent de gros adeptes d’Urban Fantasy (ou de Paranormal Romance) où, jusqu’à preuve du contraire, on  mixe le plus souvent monde moderne (donc… les armes et les véhicules) et surnaturel. Mais ça, c’est de la Fantasy, pour ces gens là. Bonjour la schizophrénie…

Bref, la révolution est en marche, mais elle rencontre une forte résistance sur son passage. Ce qui, dans le sillage de la science-fantasy, nous conduit à nous poser de nouvelles questions : quel est le degré maximal de science et minimal de surnaturel que peut comporter un livre tout est étant toujours qualifié de Fantasy, et pas de Science-Fantasy ou d’autre chose ? Pour ma part, c’est le degré de surnaturel et l’explication, rationnelle ou pas, des événements et phénomènes clés de l’intrigue, qui définissent l’appartenance à la Fantasy ou pas : tant qu’on ne parvient pas au niveau des armes automatiques et des véhicules à essence, je considère qu’on reste dans les limites de la Fantasy sans entrer dans celles de la Science-Fantasy ou de l’uchronie de Fantasy.

En conclusion 

Comme nous venons de le voir, selon la définition de tel ou tel genre ou sous-genre que vous décidez d’adopter, selon votre conception personnelle, selon le fait que vous acceptiez de faire de ce que d’autres considèrent comme un sous-genre un genre à part entière, le tableau, jusqu’ici simple, classant les littératures de l’imaginaire en trois grands genres, la SF, la Fantasy et le Fantastique (dans la conception française), peut singulièrement se compliquer.

Vous pouvez vous retrouver, comme sur ce blog, avec un nouveau jeu de genres, qui associe, sur le même plan, aux classiques SF, F et F, l’uchronie, la science-fantasy et le Steampunk, voire d’autres encore (je me pose toujours la question de savoir comment classer le Weird West, par exemple). Maintenant, ce n’est qu’une approche parmi d’autres, et par souci de simplicité, vous pouvez très bien continuer avec le trio SF/F/F, classant les livres selon le genre dominant, selon la méthode du chat ou une autre.

Personnellement, je suis d’autant moins gêné par l’inclusion de nouveaux genres que je classe volontiers un roman donné dans plusieurs d’entre eux, car, finalement, rares sont désormais les textes qui ne relèvent très clairement que d’un seul genre ou sous-genre.

J’espère que cet article vous aura plu, si c’est le cas, je vous proposerai prochainement une analyse / présentation des principaux sous-genres de la SF, puis de la Fantasy. Si vous souhaitez apporter une nuance, une précision, voire un démenti cinglant à un point exprimé plus haut, n’hésitez pas à le faire en commentaire, je ne prétends en aucun cas que ma vision des genres est la seule qui soit valable.

 

49 réflexions sur “Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 2 – Les trouble-fête

  1. Voilà comment sur mon blog j’ai pour le moment décidé d’avoir une étiquette « Fantastique » dans laquelle je mets le pur Fantastique ou les choses vraiment approchantes, et une étiquette SF-Fantasy où je mets tout le reste. 🙂

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    • C’est pas idiot, comme approche : après tout, la SF et la Fantasy sont clairement définies (univers rationnel pour la première, irrationnel pour la seconde), ce qui fait qu’on peut les classer ensemble, tandis que le Fantastique joue sur l’affrontement ou l’ambiguïté entre rationnel et irrationnel, ce qui permet effectivement de le classer à part. Bien joué !

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  2. Excellent article, bravo pour les recherches, l’écriture, la clarté de ce tu expliques. Tu pourrais être prof ;). Je pense que je me réfère en général aux 3 grands genres mais c’est vraiment très intéressant de lire ce genre d’articles. J’ai hâte de lire la suite!

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  3. Dès l’article 2, nous sommes passés en mode « expert ». (Buckle your seatbelt Dorothy, ’cause Middle-earth is going bye-bye!) Il va me falloir le relire plusieurs fois celui-là pour absorber. D’autant qu’on ne comprend vraiment qu’en expérimentant, et il y a de nombreux sous-genres que tu décris dans cet article que je n’ai jamais abordés. (Flintlock ? Bordel, c’est quoi donc ?). Non mais sinon, le chat ? Il parle, lance des incantations et te défouraille au mousquet ? Sale bête !

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    • Les chats sont en effet très puissants, celui qui a « adopté » mes parents ferait passer Batman pour un novice de l’acrobatie.

      Sinon, il y a déjà quelques romans de Flintlock / Gunpowder qui ont été critiqués (https://lecultedapophis.wordpress.com/category/fantasy/flintlock-fantasy/), et le mois de février 2017 sera un mois « thématique » Flintlock (tout comme ce mois de Novembre était le « mois vampirique »).

      Clairement, c’est l’article le plus compliqué à lire (et à écrire…) de la série, les autres seront plus évidents à digérer, surtout pour les lecteurs expérimentés dans ton genre. Après tout, si je te parle de Hard-SF, de Planet ou de Space Opera, tu as déjà une très grosse idée de ce qui les caractérise (ou pas), des auteurs phare du genre, etc.

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  4. Très intéressant ! Et bien complexe, j’en ai la tête qui tourne… O.o.O
    Je vante au passage « Le guide de l’uchronie », qui est à la fois passionnant, très agréable à lire et ouvert tous azimuts (ça ne parle pas que de livres, mais d’histoires en tous genres). Lisez-le !
    Pour répondre à ton interrogation concernant cette fatalité à n’envisager la fantasy que moyenâgeuse, il me semble que beaucoup de lecteurs (les lecteurs « moyens », les réguliers mais non voraces, et sans doute aussi les nouveaux lecteurs) ne recherchent pas du tout l’originalité. Ils ont aimé quelque chose et veulent retrouver quelque chose de semblable. Plus le thème est bateau, plus le livre a de chances d’attirer l’attention du plus gros du lectorat. Les autres, les curieux boulimiques, vont renifler partout et goûter à tout ! (Et ce sont ceux qu’on rencontre sur internet, les obsédés de lecture ^-^)
    Il faut alors une étoile filante, un auteur qui arrive à sortir du lot avec une histoire qui sort des sentiers battus, pour qu’un nouveau genre (ou plutôt sous-genre, voire sous-sous-genre) deviennent tendance, plébiscité.

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    • Je me demande si le détestable « Rebelle du désert » ne va pas servir, en France, de déclencheur, étant donné le nombre faramineux de commentaires dithyrambiques que je lis dessus. Et compte tenu du fait que c’est un cadre non-européen avec armes à feu, ça pourrait avoir le mérite de conduire le lecteur de base à être en demande d’autre chose que le med-fan standard…

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      • Il n’est en effet pas nécessaire que le porteur du flambeau soit une oeuvre géniale. Du moment qu’elle est l’amorce, c’est déjà super. Il ne faut pas oublier qu’une grande majorité des lecteurs l’ayant adoré sont des lecteurs encore verts, qui n’ont pas le recul qu’ils auront dans quelques années. Crois-tu que tes lectures favorites de jadis, celles qui t’ont transporté, étaient toujours de la bonne littérature ? (pour moi il est possible que oui, simplement parce qu’il n’y avait que ça à la maison ! Mais je me suis rattrapée après, à me gaver de fast-books >-<).
        Je me suis souvent demandée s'il ne serait pas juste de considérer la valeur d'un livre non pas à sa valeur littéraire intrinsèque, impossible à juger (à part pour les classiques, qui ont résisté au temps qui passe) au bonheur de lecture qu'il apporte ?
        Par exemple prenons Anna Gavalda ; que j'exècre, qui écrit à mon sens très mal et se montre condescendance et facile dans la mise en scène de ses personnages. Pour moi c'est l'essence de la médiocrité, le travail d'une intelligence qui ne tire que vers le bas ses lecteurs.
        Et pourtant, quand je lis le commentaire des ses fans, comme ils semblent heureux, transportés, apaisés ! Elle leur apporte énormément… Et si on considère la lecture non pas comme un moyen de s'instruire mais comme une échappée, une bouffée d'oxygène… son succès est pleinement mérité (ma souris grince des dents, pauvre petite bête :/ )
        Si c'est pas de la magie, ça… (oui, c'est pas faux, tu pourrais me ressortir ta phrase clé ^-^- )

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        • Il y a une vingtaine d’années, j’ai lu La trahison des dieux de Marion Zimmer Bradley (en gros, son cycle Arthurien transposé dans la guerre de Troie, avec la même optique féministe). J’en gardais un souvenir très imprécis mais comme étant celui d’une lecture agréable. Il y a trois ans, je le trouve sur Amazon, neuf, à un prix ridicule. Je l’achète, le relis, et déteste de bout en bout. Comme quoi, il faut croire que l’esprit critique s’affine avec le temps, que les goûts évoluent, ou tout ça à la fois.

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          • Tout ça à la fois ! Mais il arrive aussi qu’on relise une excellente lecture et qu’on la trouve aussi bonne, voire encore meilleure, parce qu’à l’aune de notre grand âge et considérable sagesse on y trouve de nouvelles choses à digérer…
            Pour Marion ZB je ne suis jamais passée à l’acte, j’ai eu de ses livres entre les mains autrefois, mais je n’ai jamais été tentée. Maintenant je le suis encore moins !

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  5. Sur le « réalisme magique », tu démontres bien qu’il ne s’agit pas de Fantastique, mais en quoi serait-il, pour toi, distinct de la Fantasy ? Je cite Pratchett, de mémoire : « Parler de réalisme magique, ce n’est qu’une manière polie, plus acceptable aux yeux de certaines personnes, de dire que l’on écrit de la Fantasy. » Il n’a pas tout à fait tort, non ?
    Et tu passes un peu rapidement à mon goût sur l’uchronie, j’espère un futur article plus détaillé sur le sujet ! Comme toi j’ai du mal à considérer ce genre comme une subdivision de la science-fiction, peut-être parce que les uchronies que j’aime sont celles qui restent proches du roman historique… D’ailleurs depuis des années que j’en écrit et que je tente plus ou moins en vain d’en publier, je crois n’avoir toujours pas vraiment saisi quel est le lectorat « type » de l’uchronie : lecteur de SF ? de roman historique ? autre chose ? mais y a-t-il vraiment un lectorat pour l’uchronie, en fait ?

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    • Ah mais pour moi, le Réalisme magique est de la Fantasy, (de l’Urban selon la classification anglo-saxonne), point, je suis tout à fait d’accord avec Pratchett. J’ai juste cité ce genre pour montrer à quel point si on prend en compte tous les genres ou sous-genres qui ont été créés par les spécialistes, on se retrouve non seulement avec un tableau confus et ingérable, mais, encore plus grave, avec des mots différents pour désigner, fondamentalement, la même chose.

      Oui, il y aura un article plus détaillé sur l’uchronie (en 2017), là j’avais juste besoin de la présenter rapidement pour ceux qui ne connaissent pas car, pour caractériser le Steampunk, j’étais obligé d’évoquer son aspect uchronique.

      Un lectorat pour l’uchronie ? Sûrement. Pour moi, elle s’adresse avant tout à l’amateur d’histoire, à celui d’exotisme (ex : les expéditions chinoises aboutissent à la colonisation de l’Amérique avant Colomb, les Vikings font du Vinland une colonie pérenne qui s’étend sur tout le continent, etc), ou bien à celui qui aime bien se faire peur (les nazis gagnent la Seconde Guerre Mondiale, les Aztèques se lancent à la conquête de l’Europe de la Renaissance, etc) ou qui cherche, via une allégorie, à tirer les leçons de l’histoire ou à participer au devoir de mémoire. Maintenant, quelle est la taille de ce public ? Sans doute pas très grosse, mais tout de même plus que pour un sous-genre comme la Hard-SF, par exemple.

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      • En effet, en relisant ton article je comprends que tu assimiles le réalisme magique à la low fantasy, nous sommes donc d’accord.
        Même si ce n’est pas le sujet principal, je reviens sur la question de l’uchronie. Si je refuse comme toi de considérer le genre comme une subdivision de la SF, j’ai également du mal à considérer toute uchronie comme faisant partie d’un genre à part entière, ce qui reviendrait à mettre dans le même sac des oeuvres qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, et dont la démarche d’écriture diffère totalement… Exemples : Dans « Anti-Glace », Baxter imagine qu’une nouvelle technologie change les relations entre les États européens à la suite de la Guerre de Crimée, allant jusqu’à envoyer des Anglais sur la Lune en 1870. Dans « La victoire de la Grande Armée », Giscard imagine les conséquences militaires et politiques d’un Napoléon sorti victorieux de la Campagne de Russie. Dans le premier cas on a clairement des éléments SF, dans le second pas du tout ; le premier est un fantasme de scientifique, le second un fantasme d’historien ; le premier sera plutôt lu par des lecteurs de SF, l’autre par des lecteurs de romans historiques…
        Bref, n’a-t-on pas d’un côté quelque chose comme un « roman de science-fiction uchronique » et de l’autre un « roman historique uchronique » ? Dans ce cas on retourne à l’idée de subdivision, mais sans tout balancer indistinctement dans un absurde fourre-tout « sous-genre de la SF »…

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        • Pour moi, tout roman qui nous présente un monde dont l’Histoire a connu un cours différent du nôtre est une uchronie, ce qui me permet de le classer dans le genre (puisque j’ai décidé d’en faire un genre à part entière au même titre que la SF, la Fantasy ou le Fantastique). Après, s’il y a un aspect SF, je classe ça également en SF, avec donc un système de double-tag. Pour le reste, j’ai relativement peu chroniqué d’uchronies cette année (mais j’en ai lu beaucoup plus dans le passé, sans avoir écrit de critique dessus), c’est plutôt prévu pour 2018 (je fonctionne par grands cycles de lecture thématiques). Lorsque c’est arrivé, je me suis servi de la classification de Karine Gobled / Lhisbei, établie dans le guide ActuSF de l’uchronie, en distinguant Uchronie personnelle, Uchronie de fiction et Uchronie de Fantasy (et l’Histoire secrète, qui est pour moi un domaine connexe même si pas similaire et que j’ai intégré au même meta-genre que l’Uchronie). Il y a sans aucun doute d’autres sous-genres de l’Uchronie à créer sur le blog (tout comme vous verrez apparaître petit à petit de nouvelles subdivisions de la SF et de la Fantasy), mais pour l’instant, aucun roman critiqué n’a nécessité leur mise en place.

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    • J’aime beaucoup l’uchronie à 2 conditions :
      – base (et cadre) historique léchée; l’époque importe peu : Richelieu, WWII, Napoléon, Ère Edo, Atzéque,…
      – une bifurcation qui mélange les cartes,
      L’ensemble doit rester cohérent avec l’époque. Exemple

      Il peut y avoir des changements à l’époque romaine, du moment que nous avons des bases historiques fidèles, donc un empereur ou César ou un Consul, la Pax Romana (ou pas), les 3 strates/citoyenneté de la société d’alors, les lois, les jeux,… les légions romaines. Ensuite, l’histoire peut évoluer avec la présence de magiciens ou de dragons qui s’adaptent parfaitement dans le cadre de l’histoire, peuvent la modifier,… Mais, pas d’avions sortis de nulle part, ni de bombe A,…

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  6. Bon là, contrairement à ce qu’avais dit un internaute sur l’article précédent, ce ne sont pas les commentaires qui viennent tout compliquer, tu te débrouilles très bien tout seul ^^.
    (attention, hein : tu es clair, c’est tout ce bazar qui est embrouillé)

    Je pense avoir à peu près compris… Mais ne nous faites pas d’interro-surprise, m’sieur, on n’est pas prêts !

    Pressée d’avoir la suite, en tout cas 🙂

    PS : « Le cycle du guerrier de Mars » de Moorcock, ça ne ressemble pas au « Cycle de Mars » de E. Rice Burroughs, par hasard ? Je ne l’ai pas encore lu, donc je dis peut-être une grosse bêtise, mais c’est aussi l’histoire d’un type « téléporté » sur Mars, avec princesse et grand bonhommes (verts, là, il me semble)… (désolée, je me base sur mes souvenirs d’un article sur le film John Carter, donc je rapproche peut-être deux œuvres qui n’ont rien à voir à part « un type débarque sur Mars et sauve une princesse)

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    • Merci 🙂

      Oui, c’est plus difficile à suivre, mais le but de l’article est justement de démontrer que certaines conceptions compliquent assez inutilement un système qui, à la base (surtout si on applique la méthode du chat) est assez simple. Mais en gros, pour suivre plus facilement, il suffit de retenir la chose suivante : aux 3 genres de base (SF, F & F), on peut ajouter la Science-Fantasy (qui mêle étroitement SF & Fantasy), le Steampunk et l’Uchronie. Les autres sous-genres évoqués dans l’article, tu peux les laisser de côté pour l’instant, soit parce qu’on va les revoir dans d’autres articles, soit parce qu’ils n’ont que peu d’intérêt, vu que quand tu analyses en détails (ce qui est fait dans l’article), tu vois qu’il ne s’agit en fait souvent que d’appellations alternatives pour de la Fantasy ou du Fantastique.

      Non seulement le cycle de Moorcock y ressemble, mais c’est même un hommage à Burroughs.

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  7. Merci pour cet article très instructif, j’ai hâte de lire les prochains.
    Un topo sur la blanche-SF et/ou sur les livres dont l’élément SF n’est que prétexte est-il prévu ? (par exemple : L’Homme qui mit fin à l’histoire)

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  8. C’est là que nous nous rendons compte de la complexité de la chose. L’homme à toujours besoin d’étiqueter…
    Pour moi, il y a 3 grosses catégories dont tu as posé les critères, avec quelques sous-genres (Flintlock, Urban fantasy, space-op,…), Ensuite, je remarque des « trans-genres » qui possèdent une adaptabilité ou des capacités transversale(s), l’uchronie en est un exemple puisque nous pouvons avoir une fantasy uchronique ( du style Pierre Pevel), de la SF uchronique voire du fantastique uchronique (Stanger things). J’irai peut-être jusqu’à inclure le steampunk, faut que j’approfondisse un peu les choses, je n’avais pas prête plus d’attention à cela auparavant.

    En attendant, superbe article qui mérite d’être digéré (moelle comprise).

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  9. Superbe article. On sent que tu es fort intéressè par ces genres et merci de nous les faire découvrir. Il est vrai que c’est très complexe et pas facile de s’y retrouver. Mais merci pour ces éclaircissements.

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