Cookie Monster – Vernor Vinge

Dixie Mae a le sentiment qu’elle n’est plus au Kansas

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Etant donné que je vais vous reparler très prochainement en détails de cet auteur, je ne vais pas vous faire sa bio dans cette critique, vous pourrez en apprendre plus sur lui, si vous ne le connaissez pas, dans celle d’Un feu sur l’abîme.

Cette histoire est ce que les américains appellent une novella (en France, nous employons plus volontiers le terme de « roman court »), c’est-à-dire un texte dont le nombre de mots est situé entre ceux d’une nouvelle et d’un roman. C’est le troisième sorti dans une nouvelle collection, Une heure-lumière, créée par Le Belial’ et tout spécialement dédiée à ce format intermédiaire, ainsi qu’à la publication de textes primés (Hugo, Nebula) mais jusqu’ici inédits.

Personnellement, je salue cette initiative : des textes de qualité, inédits, une édition soignée, de grands auteurs, un prix attractif, que demande le peuple ? De plus, j’ai la nostalgie de cette époque, lorsque j’étais adolescent, où on trouvait de courts romans (chez Pocket SF, principalement), de moins de 280 pages, en gros (et souvent de 150-220) pas chers, de qualité et lus en une après-midi pluvieuse ou une longue soirée lecture. Il y avait notamment des tonnes de Moorcock, qu’on ne trouve plus aujourd’hui à l’unité, seulement en Intégrales. Continuer à lire « Cookie Monster – Vernor Vinge »

Marée Stellaire – David Brin

Un incontournable de la science-fiction centrée sur les extraterrestres, un modèle de construction d’univers

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C’est avec une grande déception et une certaine tristesse que j’ai récemment fait une critique impitoyable (mais correspondant honnêtement à mon ressenti) d’un roman de David Brin, auteur que j’apprécie particulièrement par ailleurs. Pour ceux qui ne connaîtraient pas son oeuvre, il me semblait donc très important de « rééquilibrer la balance » en leur présentant son livre le plus emblématique et le plus réussi, Marée Stellaire. Sorti en VO en 1983, ce roman est titulaire à la fois du prix Hugo et Nebula, ce qui en fait, sur ce plan, l’égal de références prestigieuses comme Dune, Neuromancien ou, pour rester dans le Planet Opera, l’Anneau-Monde de Larry Niven. Il s’agit du second livre d’un cycle, dit de l’Élévation, mais c’est pour moi le véritable début de ce dernier.

Mais, allez-vous me demander, qu’est-ce qui rend ce roman si intéressant, pour ne pas dire incontournable, qu’est-ce qui en fait un des romans « cultes » d’Apophis  ? La réponse est simple : son univers. Continuer à lire « Marée Stellaire – David Brin »

Terre – David Brin

Une anticipation en partie brillante, mais en majorité bancale (et surtout datée), des ressorts de l’intrigue complètement irréalistes, une narration trop éclatée, un livre bien trop long et ressemblant beaucoup trop à un essai et pas à un roman, un rythme très mal maîtrisé

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Avant de vous expliquer en détails pourquoi, malgré certaines qualités, je ne conseille pas ce roman, je tiens à préciser une chose importante : j’aime beaucoup David Brin et ce que j’ai lu du reste de son oeuvre. Son cycle Marée Stellaire / Élévation / Jusqu’au cœur du soleil est un modèle en matière d’univers où les races extraterrestres foisonnent et bien évidemment pour tout ce qui concerne le processus consistant à amener des animaux terrestres à une intelligence / conscience de niveau humain. J’ai juste un problème avec ce roman précis, le reste de la production de Brin est parfaitement recommandable.

Deuxième précision importante : il ne s’agit que d’une réédition en un tome unique d’un roman sorti chez nous en 1992 en deux tomes, et rédigé en réalité en 1989. Vous allez vite comprendre à quel point cette précision est importante pour juger la qualité du roman.

Ce roman est un véritable Planet Opera dont le sujet est… la Terre ! Eh oui, pas besoin d’aller sur Arrakis ou Ténébreuse pour donner dans ce genre là, la bonne vieille planète bleue peut parfaitement faire l’affaire, surtout si on change 2-3 facteurs écologiques, sociaux et technologiques clefs. Attention par contre, malgré ce que vous pourriez imaginer, ce livre ne relève pas de la Hard-SF. Oui, il y a tout un tas d’éléments qui pourraient vous faire croire le contraire, mais comme l’explique l’auteur en personne dans son interminable postface, ils sont soit complètement imaginaires (ses noeuds cosmiques et autres types exotiques de singularités), soit tellement spéculatifs (des couches supraconductrices à très haute température près du noyau terrestre) qu’en pratique, ça revient au même. Donc c’est comme le Canada Dry, ça a parfois la couleur de la Hard SF, mais ce n’en est pas.

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Inexistence – David Zindell

Un roman qui réussit l’exploit d’être à la fois le livre qui ressemble le plus et le moins à Dune, un incontournable de la SF Transhumaniste et de la Hard-SF

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Cette critique est dédiée à mon ami Renaud, grand admirateur de Dune et de Hard-SF s’il en est. 

Vous avez aimé Dune de Frank Herbert, voire même vous lui vouez un véritable culte et vous êtes à la recherche d’un autre livre qui lui ressemble sur de multiples aspects ? Ne cherchez plus (ou plutôt si, vous allez chercher longtemps, mais pour d’autres raisons ; voir plus loin).

Inexistence est le chef-d’oeuvre de David Zindell et le tome inaugural d’un cycle de quatre romans (dont deux ont été traduits en français, le second étant coupé en deux tomes). Gene Wolfe en personne a déclaré, au sujet de Zindell, qu’il était « un des plus grands talents qui étaient apparus depuis Kim Stanley Robinson et William Gibson, peut-être même le plus grand ». L’auteur américain n’écrit pas que de la SF, puisqu’il a aussi publié un cycle de Fantasy (intégralement traduit). Après un long silence de dix ans, il a sorti, en juillet 2017, un standalone, The idiot gods, consacré aux orques (les animaux, pas la race fantastique) et à leurs ennuis avec ces idiots d’humains.

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Le guide de l’uchronie – Karine Gobled / Bertrand Campeis

Complet et pertinent sur le fond, très efficace et agréable à lire sur la forme

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Ce livre fait partie d’une collection de guides thématiques proposés par les éditions ActuSF, assez détaillés puisque se baladant en gros entre 290 et 350 pages, et consacrés aux littératures de l’imaginaire : uchronie dans le cas présent, mais aussi steampunk, Robert E. Howard, et ainsi de suite.

Les récits uchroniques sont ceux où l’histoire a pris un cours différent de celui pris dans notre monde, suite à un événement appelé Point de divergence. Même si vous ne le savez pas, vous avez probablement tous lu un livre uchronique un jour ou l’autre, ou bien vu un film / une série explorant cette thématique (ne serait-ce que la saga Retour vers le Futur ou Sliders). En France, le pape, le grand expert de l’uchronie est Eric Henriet (qui signe d’ailleurs la préface de cet ouvrage), qui a rédigé deux essais consacrés à ce thème : évidemment, la comparaison est inévitable avec ces derniers, aussi allons-nous nous en débarrasser immédiatement.

Le fond et la forme du Guide et des deux livres de Henriet sont différents : l’essai de ce dernier, notamment, tente d’être le plus exhaustif possible sur l’historique, la définition et les limites du genre. De plus, la présentation des ouvrages fondamentaux de l’uchronie est, chez lui, intégrée au corps du texte. Comme nous sommes sur le point de le voir, des choix très différents ont été effectués sur le Guide,  qui le rendent complémentaire des ouvrages de Henriet sans se substituer à lui. Pour résumer, là où l’oeuvre de ce dernier serait une « encyclopédie » de « 1000 » pages, ultra-complète mais ultra-dense, le Guide est une sorte de « guide du routard uchronique », plus court, mieux ciblé, et surtout beaucoup plus pratique à utiliser.  Continuer à lire « Le guide de l’uchronie – Karine Gobled / Bertrand Campeis »

What if ? 1 & 2 – Robert Cowley

D’éminents historiens, principalement militaires, imaginent ce qui aurait pu, ou même dû, être

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D’habitude, ce blog parle uniquement de SFFF et pas d’une de mes passions, à savoir l’histoire, principalement militaire. Mais il se trouve que deux livres, publiés sous la direction de Robert Cowley, sont au carrefour de celle-ci et de l’uchronie, ce qui fait qu’ils ont parfaitement leur place en ces lieux. Mr Cowley, lui-même historien militaire (spécialisé dans les conflits américains et européens s’étendant de la Guerre de Sécession à la Seconde Guerre Mondiale) et fondateur de MHQ, un magazine d’Histoire militaire primé, a convaincu certains de ses collègues (et pas des moindres, comme nous allons le voir) d’imaginer ce qui aurait pu se passer si tel événement historique ne s’était pas déroulé de la même façon, ce qui, par définition, constitue une uchronie.

Par souci de simplicité, j’ai décidé de vous présenter les deux ouvrages au sein d’une seule et même critique. Continuer à lire « What if ? 1 & 2 – Robert Cowley »

Gilgamesh, roi d’Ourouk – Robert Silverberg

Une étonnante réécriture d’un des plus anciens textes au monde

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Robert Silverberg est un des géants de la SF, auteur de romans et nouvelliste très prolifique et titulaire de quatre prix Hugo (le plus prestigieux du genre), trois Locus et six Nebula, excusez du peu !

Ce roman, initialement publié en 1984, est en fait une réécriture (nous développerons plus loin) du plus ancien texte épique au monde (27ème siècle avant J-C !), l’Épopée de Gilgamesh, qui, mille ans avant les douze travaux d’Héraclès, narre ceux du roi Sumérien du même nom. L’auteur comble les blancs du texte antique (il fait du prologue de ce dernier une partie de plus de 100 pages) et change la fin pour que ceux qui connaissent la légende soient tout de même un minimum surpris, mais fondamentalement, c’est la même chose, sous une forme romancée.

Continuer à lire « Gilgamesh, roi d’Ourouk – Robert Silverberg »

Nuits Cristallines – Greg Egan

Une nouvelle très abordable de Greg Egan sur le thème de l’intelligence artificielle

nuits_cristallinesLorsque je qualifie cette nouvelle de « très abordable », je pense bien entendu à l’aspect hard-SF habituellement très prononcé dans l’oeuvre d’Egan, mais pas seulement : en effet, l’éditeur Le Belial’ vous propose ce texte, initialement paru dans le numéro 79 de sa revue Bifrost, gratuitement jusqu’à la fin février. Que vous soyez fan d’Egan, comme votre serviteur, ou que vous souhaitiez découvrir son oeuvre, c’est une occasion que vous ne pouvez manquer sous aucun prétexte. J’en profite pour saluer l’initiative de l’éditeur, qui pratique régulièrement ce genre d’opération.

Mais revenons à nos moutons : je vais partir du principe que vous ne connaissez pas Egan, mais que vous en avez entendu parler : il a la réputation d’être un écrivain de Hard-SF très intéressant, pour ne pas dire visionnaire, mais difficile à lire pour qui n’est pas aussi au fait que lui des avancées à la pointe de la pointe de la pointe des progrès scientifiques. De plus, il a aussi la réputation de sacrifier les personnages et parfois l’intrigue au profit de l’idée scientifique qui sert de squelette à son histoire. En clair, il est plus science que fiction. Enfin, il est globalement (du moins, c’est mon ressenti) plus à l’aise et plus intéressant dans un format court (nouvelle ou novella / roman court) que long (roman). Continuer à lire « Nuits Cristallines – Greg Egan »

Les Tombeaux d’Atuan – Ursula Le Guin

Une digne suite du Sorcier de Terremer, aussi profonde, mais adoptant un surprenant point de vue

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Ce second tome du cycle de Terremer est, à mon avis, la digne suite du premier. C’est un roman comme les éditeurs n’en ont plus sorti jusqu’à une date récente (par exemple avec la collection Une heure-lumière proposée par Le Belial’), c’est-à-dire de moins de 160 pages. Aujourd’hui, on appellerait plutôt ça une novella (terme anglo-saxon, désignant un texte dont la longueur le place entre la nouvelle et le roman) ou un « roman court » (désignation française). Lorsque je l’ai acheté, en 91, les petits livres de Fantasy et de SF de ce type étaient nombreux, chez Moorcock par exemple. De nos jours, ils ne sont que rarement vendus séparément s’ils appartiennent à un cycle, mais plutôt sous forme d’intégrale réunissant une partie significative, voire la totalité, du dit cycle.

Si je parle de la longueur de ce tome 2, ce n’est pas par hasard. En général, on s’attend à ce qu’avec aussi peu de pages, le rythme soit soutenu. Après tout, il faut raconter toute l’histoire en moins de 160 pages. Ce n’est pas réellement le cas ici. Oui, l’histoire a un début, un milieu et une fin, mais non, le rythme n’est pas soutenu. Il y a une certaine accélération vers la pré-fin, on va dire (à part les derniers chapitres), mais rien de réellement trépidant, sauf sur un chapitre peut-être.

Non, en fait, s’il y a aussi peu de pages, c’est que, comme à son habitude, Ursula Le Guin ne donne pas dans l’inutile, ne tire pas à la ligne. Et pourtant, le rythme est très lent au début, et il ne se passe pas grand-chose de trépidant, on décrit essentiellement l’ennuyeuse vie quotidienne du protagoniste. Ce qui pourrait venir contredire le début de ce paragraphe, mais ne le fait pas : le but n’est pas d’électriser le lecteur, d’accrocher son attention, le but est d’installer une atmosphère, ce qui est très différent. D’installer une atmosphère ? « Eh, mais on la connaît l’atmosphère de Terremer, on sait tout de Ged, on a lu le tome 1 ! » devez-vous vous dire. Sauf que… Continuer à lire « Les Tombeaux d’Atuan – Ursula Le Guin »