Children of time – Adrian Tchaikovsky

Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Continuer à lire « Children of time – Adrian Tchaikovsky »

Rêves d’acier – Glen Cook

Madame et le Temple Maudit

reves_acierRêves d’acier est le second (et dernier) des Livres du Sud, deuxième sous-cycle de la Compagnie noire (je considère, comme les américains, que La pointe d’argent fait le lien entre les Livres du Nord et ceux du Sud, et ne fait pas partie de ces derniers). Il constitue la suite directe du tome précédent et reprend exactement là où ce dernier s’est arrêté. Pour autant, il y a une différence de taille : le narrateur. Poursuivant jusqu’à son terme logique une démarche entreprise depuis deux tomes déjà et consistant à mettre la Dame de plus en plus en avant, Glen Cook en fait à la fois le Capitaine et l’Annaliste de la Compagnie noire. Dans les annales, Rêves d’acier sera donc connu comme « le livre de Madame », tout comme les précédents étaient les « livres de Toubib ».

Inutile de dire qu’à lui seul, ce changement de narrateur (et de rôle de ce personnage emblématique du cycle dans son ensemble) rend déjà ce roman très intéressant, un jugement qui ne fera que se confirmer au fur et à mesure de sa lecture.

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The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey

James S.A Corey fait son « Aux mains de l’ennemi »

abaddons_gateLa porte d’Abaddon est le troisième tome du cycle The Expanse, après L’éveil du Léviathan et La guerre de Caliban. Une chose va probablement vous sauter immédiatement aux yeux : cette fois, Actes Sud propose une couverture un minimum esthétique, contrairement à l’horreur mauve et jaune fluo du roman précédent de la série. C’est en fait celle de la version originale, signée Daniel Dociu (un nom bien connu des aficionados de MMORPG), qui a été reprise, et on espère qu’il en ira de même pour les livres suivants.

Je ne vais pas faire durer le suspense : ce roman est, et de loin, le moins intéressant des trois déjà parus (le cycle en compte actuellement 5 en VO, 3 autres sont prévus -dont un cette année-, ainsi qu’un total de 5 novellas et 2 nouvelles). En fait, ce qui y est raconté n’aurait dû constituer qu’une partie du tome suivant, à mon avis, ou au moins être raccourci pour aller à l’essentiel. Parce que là, en gros, il y a quelque chose comme 300 pages qui ne servent à rien, et qui, en plus, sont racontées non pas platement, mais qui peinent à impliquer et plus encore à passionner le lecteur. Le parallèle avec un roman du cycle Honor Harrington est assez net, ce que je vais m’employer à vous expliquer dans ce qui suit.  Continuer à lire « The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey »

Jeux d’ombres – Glen Cook

Un très bon tome, mais qui souffre de la comparaison avec ses prédécesseurs et qui n’est pas exempt de défauts parfois assez sérieux

compagnie_noire_5Jeux d’ombres est le premier roman d’une nouvelle phase du cycle de la Compagnie Noire : les Livres du Sud. Il fait suite aux trois livres du Nord (La compagnie noire, Le Château noir, La rose blanche) et au tome de transition entre les deux sous-cycles, La pointe d’argent. D’ailleurs, les événements du roman se déroulent en parallèle de ceux de ce dernier livre, du moins au début. Il est donc plus facile de saisir certaines références si on a lu La pointe d’argent en quatrième position et pas en sixième comme la numérotation adoptée par les deux éditeurs français le préconise.

Ce roman marque de très nombreux changements, dont un de taille : un complet déplacement géographique de la Compagnie vers son continent d’origine, globalement inspiré par notre Afrique terrestre. L’enjeu des Livres du sud est en effet de montrer le retour aux sources entrepris par l’unité vers sa ville de naissance, la fameuse Khatovar dont nous entendons parler depuis longtemps à ce stade.

J’attire votre attention sur le fait qu’arrivé au tome 5 d’un cycle, les spoilers sur le contenu des tomes précédents sont inévitables, ce qui fait que cette critique en contient fatalement. Par contre, elle est garantie sans spoiler majeur sur l’intrigue propre à ce roman.  Continuer à lire « Jeux d’ombres – Glen Cook »

Rebelle du désert – Alwyn Hamilton

Un roman de « Paranormal romance Weird West Arabian Gunpowder Fantasy » (avec du X-Men dedans)

rebelle_desertRebelle du désert, qui paraît chez Pocket Jeunesse, conte l’histoire de la jeune Amani, 16 ans, qui fuit sa triste vie d’orpheline en compagnie d’un bel étranger ténébreux, mystérieux et à la mâchoire carrée, un fugitif dont elle tombe amoureuse. Intrigué par ce livre Young Adult, conseillé par Elbakin, le site français de référence en matière de Fantasy, je… mais, non ! Ne partez pas ! Mais oui, vous êtes bien sur Le Culte d’Apophis ! Quoi ? Non, pas besoin d’exorciste, c’est bien moi ! Vous dites ? L’invasion des quoi ? Non, aucun être extraterrestre n’a colonisé mon cerveau…

Bon, trêve de plaisanterie (et je m’empresse de préciser que je ne critique les goûts et lectures de personne, c’est juste que ce roman ne correspond pas spécialement aux critiques faites sur ce site -qui tendraient plutôt vers la dark fantasy guerrière, la SF militaire, transhumaniste et la Hard SF-), parlons plutôt d’Alwyn Hamilton, l’auteure : cette jolie jeune femme canadienne de 26 ans vit à Londres, après avoir passé l’essentiel de son enfance dans notre beau pays. Ce livre est son premier roman, paru cette année (la traduction a été rapide…) après que 8 maisons d’édition aient participé aux enchères. Il a depuis été publié dans neuf pays. C’est le premier volume d’une trilogie, le second devant sortir en février 2017 en Angleterre (sous le titre Traitor to the throne) et le troisième étant prévu pour 2018.

Ce roman était, d’après ce que j’en savais, la combinaison de deux sous-genres de la Fantasy qui m’intéressent beaucoup : celle des Mille et une nuits et… la Gunpowder Fantasy ! Vu l’intérêt considérable que je porte à chacune des deux, il était donc logique que je me rue sur ce bouquin, même… si c’est du Young Adult et que la quatrième de couverture ne m’inspirait pas du tout confiance. Vous l’avez compris, j’ai fait un pari, en me basant essentiellement sur la critique parue sur Elbakin : a-t-il été payant ? Pas du tout. Par contre, ce livre me réservait une grosse surprise : il relève en fait également du… Weird West !  Continuer à lire « Rebelle du désert – Alwyn Hamilton »

L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny

L’oeuvre de Zelazny ne s’arrête pas aux Princes d’Ambre, en voici une belle démonstration

Je remercie madame Nathalie Weil, des éditions Mnemos, de m’avoir offert la possibilité de lire cette intégrale

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Alors que le français lambda a au moins vaguement entendu parler d’Isaac Asimov ou d’Arthur Clarke, le nom de Roger Zelazny, en revanche, reste en grande partie inconnu. Et même chez ceux qui le connaissent, il se réduit souvent à sa série des Princes d’Ambre, son cycle le plus « commercial ». Et pourtant… l’oeuvre de Zelazny est tellement, tellement plus vaste que ça. Décédé en 1995, à l’âge de 58 ans, l’écrivain américain était l’heureux titulaire de 3 prix Nebula et de… 6 prix Hugo, et l’auteur de 42 romans et 230 nouvelles, excusez du peu ! Conteur de grand talent, romancier cassant les codes, brouillant et mélangeant les genres, Zelazny ne nous parle pas du simple mortel, mais de celui qui est au-delà de cette condition, qui est ou est devenu un dieu ou un immortel. Le livre que je vais vous présenter aujourd’hui en est un bon exemple.

Les éditions Mnemos viennent en effet de publier, sous le nom L’île des morts, une intégrale des textes se déroulant dans l’univers de Francis Sandow, qui, outre le roman du même nom, comprend Le sérum de la déesse bleue, ainsi que cinq nouvelles. Ces textes s’inscrivent tous dans une même histoire de l’expansion humaine dans la galaxie, comme nous l’apprend la très érudite préface, expansion qui couvre deux millénaires et se divise en quatre phases. Les textes ne sont donc pas présentés dans l’ordre de leur publication, mais dans celui où ils se situent dans la chronologie interne de cet univers. La phase 1 de l’expansion est couverte par la nouvelle En cet instant de la tempête, la phase 2 par Cette montagne mortelle, Lugubre lumière et par la novella L’île des morts, la phase 3 par le roman court Le sérum de la déesse bleue, tandis que la phase 4 comprend Les Furies et Clefs pour décembreContinuer à lire « L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny »

Un pont sur la brume – Kij Johnson

Un pont sur la brume, entre les époques et surtout entre les personnes

kij_johnson_pontJe ne vais pas vous refaire la biographie de Kij Johnson, ceux qui sont intéressés sont invités à se référer à cette critique. Parlons plutôt du roman court que je vous présente aujourd’hui : il est titulaire du prix Nebula et surtout du Hugo 2012, dans les deux cas dans la catégorie novella. L’attribution du second de ces prix est d’autant plus remarquable que cette année là, la concurrence était de qualité, c’est le moins qu’on puisse dire : en effet, un des autres finalistes était l’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu. L’auteur sino-américain a d’ailleurs exprimé son appréciation pour le texte de sa compatriote.

Ce livre nous parle de la réalisation d’un pont sur « la brume », qui a moins de points communs avec celle de Stephen King qu’avec l’Ecryme créée par Mathieu Gaborit : un fleuve surmonté de cette substance corrosive coupe l’Empire en deux, et le protagoniste, un architecte et ingénieur, va devoir achever un projet de pont le traversant. Pont qui, d’ailleurs, a été représenté de fort plaisante façon par l’excellent Aurélien Police sur la couverture de l’ouvrage.  Continuer à lire « Un pont sur la brume – Kij Johnson »

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Sur un sujet de cauchemar (mais hélas bien réel), Ken Liu nous offre une merveille d’intelligence et de justesse

ken_liu_u731Si vous êtes un passionné de SF, il est plus que probable que vous ayez au minimum entendu parler de (sinon déjà lu) Ken Liu. Tout juste quadragénaire, venu à l’âge de 11 ans en Amérique depuis sa Chine natale, cet homme bourré de talent (il a travaillé comme programmeur informatique, avocat spécialisé en droit fiscal, avant de combiner ces deux domaines en devenant médiateur dans des litiges en lien avec la technologie, tout ça en maintenant son activité parallèle d’écrivain et de traducteur de livres chinois) est le boy wonder de la SFFF des années 2010 : il est titulaire du prix Locus 2016 (catégorie : premier roman) pour The Grace of Kings, d’un Hugo pour une de ses nouvelles (Mono no aware), sa traduction (chinois vers anglais) du Problème à trois corps de Liu Cixin est le premier roman traduit à avoir gagné le Hugo, et surtout, il est la seule personne a avoir rédigé un texte (de quelque longueur que ce soit : nouvelle, novella, roman) qui a gagné à la fois le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award, excusez du peu !

La novella dont je vais vous parler a également été nominée pour le Hugo. C’est une histoire de voyage dans le temps mettant en jeu l’Unité 731 de l’Armée Impériale Japonaise. Tout le monde n’étant pas féru d’histoire militaire, je vais commencer par vous parler (longuement) de cette organisation, spécialisée dans la guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale.  Continuer à lire « L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu »

Torche de la liberté – David Weber / Eric Flint

Une première partie frustrante, une seconde moitié beaucoup plus efficace, et surtout la découverte (enfin !) de Mesa

torche_liberteTorche de la liberté est le deuxième roman (coupé en deux tomes d’environ 375 pages chacun) du cycle La couronne des esclaves, après le livre du même nom. Il s’agit d’une série dérivée du cycle d’Honor Harrington. Le troisième tome, qui sera également coupé en deux, paraîtra fin septembre sous le titre Les bas-fonds de Mesa.

Malgré le fait que ce roman soit affligé du défaut majeur de certains des tomes tardifs de la saga Honor Harrington (il est très, très verbeux -et abuse des points de vue multiples-, au détriment de l’action et / ou du rythme), sa lecture est très utile (bien que pas à proprement parler indispensable) pour comprendre pleinement En Mission (le tome 12 du cycle principal). En effet, il donne au lecteur une image beaucoup plus complète de Mesa, une puissance qui est un acteur majeur dans tous les cycles de l’Honoverse (principal + tous les secondaires).

Ce cycle dérivé est beaucoup plus orienté espionnage et opérations clandestines que la saga principale, qui est de la pure SF militaire (lourdement mâtinée de politique). Cependant, une bonne centaine de pages du tome 2 est consacrée à une bataille spatiale d’envergure, se déroulant autour de la planète Torche.  Continuer à lire « Torche de la liberté – David Weber / Eric Flint »

Sous le vent d’acier – Alastair Reynolds

Un second tome largement supérieur au premier, un livre de SF très prenant, mais…

poseidon_2Sous le vent d’acier est le second tome de la trilogie Les enfants de Poséidon, après La terre bleue de nos souvenirs. Son intrigue se déroule deux siècles après celle du tome 1, ce qui ne nous empêche cependant pas de retrouver certains personnages que nous connaissons déjà, grâce à l’allongement faramineux de l’espérance de vie permis par les nouvelles technologies. Nous suivons toutefois principalement un nouveau protagoniste, Chiku Akinya (la fille de Sunday). Un ? Pas tout à fait. Car Chiku a fait réaliser deux clones d’elle-même, ce qui fait que nous allons en réalité suivre plusieurs versions du personnage.

Si le premier tome naviguait entre Hard-SF, Postcyberpunk et Science-Fiction Trans-/Post-humaniste, c’est ce dernier aspect et lui seul qui caractérise cette suite. En effet, la progression du niveau technologique ces deux derniers siècles fait que l’univers du roman s’est éloigné des exigences de plausibilité scientifique qui caractérisent la Hard-SF.

Signalons (ça vous aura probablement sauté aux yeux) une couverture triste, cliché et un peu cheap. C’était pareil pour le tome 1 en édition grand format, pour lequel j’aurais, et de loin, préféré avoir droit à la couverture de l’édition poche, nettement plus esthétique et recherchée. Enfin, un point très important à signaler est qu’il me paraît impossible de lire ce tome 2 comme un one shot, sans avoir lu le roman précédent (alors que c’est possible dans certains autres cycles, comme celui de Stephen Aryan, pour rester chez le même éditeur).  Continuer à lire « Sous le vent d’acier – Alastair Reynolds »