Les douze rois de Sharakhaï – Bradley P. Beaulieu

Un univers solide, une intrigue passionnante, des personnages complexes et attachants, mais une narration perfectible

sharakhaiBradley P. Beaulieu est un auteur américain de Fantasy (y compris Young Adult) qui décide de se consacrer à l’écriture au début des années 2000. Il est guidé sur cette voie par des écrivains prestigieux comme Joe Haldeman, Tim Powers, Nancy Kress et Kij Johnson. Sa Fantasy est inspirée de cultures terrestres, comme celle de l’Arabie pour le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, la culture nordique pour son cycle Tales of the Bryndlholt, ou encore celle des peuples slaves pour la série Lays of Anuskaya. Outre Les douze rois de Sharakhaï, le cycle (qui s’appelle en anglais The song of the shattered sands et en français simplement Sharakhaï) comprend une préquelle, tandis que deux autres tomes sont prévus.

Ce roman a attiré l’attention de Glen Cook en personne, qui a déclaré à son sujet : « Je suis impressionné… Une histoire extrêmement inventive se déroulant dans un univers sombre créé avec beaucoup de soin, qui n’est pas notre bonne vieille Europe médiévale. J’attendrai avec impatience la sortie du prochain tome ».  Bref, si c’est bon pour l’auteur de La Compagnie Noire, c’est bon pour moi. D’ailleurs, Stéphane Marsan en personne parle de ce livre en le qualifiant de « notre grande découverte Fantasy de l’année » (dans une interview accordée à Elbakin).  Continuer à lire « Les douze rois de Sharakhaï – Bradley P. Beaulieu »

Carmilla – Sheridan Le Fanu

Le roman qui a inspiré le Dracula de Bram Stoker

carmillaIl y a trois catégories d’amateurs de littérature vampirique : celui dont la connaissance du genre s’arrête à Twilight et la Bit-Lit; le lecteur « avancé », qui a lu les néo-classiques, dont les romans de Poppy Z. Brite, Anne Rice ou Kim Newman, ainsi que celui de Bram Stoker ; et enfin, le connaisseur, qui sait, lui, ce que ce même Bram Stoker doit à Sheridan Le Fanu. Hein, quoi, qui ça ? Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est, hélas, probable. Dracula a tellement polarisé l’attention du public, en partie via ses adaptations cinématographiques (du moins jusqu’à l’apparition de Twilight), qu’on a oublié qu’en 1879, lorsque le roman de Bram Stoker parait, la littérature vampirique existe dans l’édition anglaise depuis 1819.

Sheridan le Fanu (1814-1873), donc, était un écrivain irlandais majeur en matière de récit gothique, romantique et surtout Fantastique au dix-neuvième siècle : il était considéré comme le maître des histoires de fantômes et comme un pionnier en matière de roman de mystère (et de ce que l’on appelle de nos jours un thriller). Même si c’est aujourd’hui difficile à concevoir, étant donné qu’il a quasiment sombré dans l’oubli, grâce à son « best seller » Mon oncle Silas il était à son époque l’équivalent de ce qu’est de nos jours Stephen King. Carmilla est une de ses trois œuvres majeures, dont Bram Stoker et Anne Rice ont reconnu l’influence sur leur propre travail (Lucy Westenra et les épouses de Dracula doivent beaucoup à la vampire créée par l’auteur dublinois), et dont Kim Newman a mentionné l’antagoniste dans son Anno Dracula. Enfin, le nom de famille de Carmilla est à l’origine de celui d’une des familles de vampires du monde de Warhammer.

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La pointe d’argent – Glen Cook

Un tome 6… pardon 4… pardon 3.5… enfin, un livre surprenant quoi !

pointe_argentContrairement à la numérotation adoptée par les éditeurs français, La pointe d’argent n’est PAS le tome 6 du meta-cycle de la Compagnie Noire. Etant donné que ce roman fait le lien entre le cycle des Livres du Nord et celui des Livres du Sud, il est bel et bien le tome 4 (et pas 6) de la saga si on se place sur le plan de la chronologie interne de l’intrigue (il est peu logique de lire l’interlude entre les cycles du Nord et du Sud après avoir lu ces derniers…). D’ailleurs, il est considéré comme le tome 3.5 de la saga sur Goodreads.

Il ne s’est retrouvé affublé de cette numérotation trompeuse que parce que l’Atalante a décidé de le publier après les Livres du Sud (probablement parce que certains événements décrits se déroulent en parallèle de ceux de Jeux d’ombres et de Rêves d’Acier-qui lui-même décrit des péripéties qui se déroulent parallèlement à celles de Saisons Funestes, mais c’est pas grave…-), et qu’il est donc paru en France en sixième position. Et comme J’ai Lu a suivi la numérotation de l’éditeur Nantais, la plupart des gens lisent donc ce roman après Rêves d’Acier, alors que La Pointe d’argent est la suite directe de La Rose Blanche … Ils ont donc l’impression qu’il s’agit d’un flash-back , alors qu’il n’en est rien.  Continuer à lire « La pointe d’argent – Glen Cook »

Le couteau aveuglant – Brent Weeks

Un second tome mené tambour battant

couteau_aveuglantLe couteau aveuglant est le second volet du cycle Le porteur de lumière, après Le prisme noir. C’est le plus petit des trois tomes parus jusqu’ici (cette saga avait été conçue à l’origine comme une trilogie, mais va en réalité bientôt s’enrichir d’un quatrième volume), enfin si on peut qualifier de « petit » un livre de près de 700 pages.

L’intrigue débute quelques jours à peine après l’évacuation de Garriston, et met en jeu les mêmes personnages que dans le livre précédent. Si, si, y compris l’insupportable Kip. Qui, croyez-le ou pas, va devenir intéressant. Étonnant, non ? Vous retrouverez dans ce tome 2 tout ce qui vous a séduit dans son prédécesseur, sans la plupart des défauts de ce dernier (notamment son début diesel ou le personnage de Kip qui n’était absolument pas au niveau des autres).

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Magie des renards – Kij Johnson

Une délicate histoire d’amour à l’atmosphère poétique, mythique, folklorique, onirique et… Lovecraftienne ! 

magie_renards_kij_johnsonJe vous en parlais récemment sur la page Facebook du blog, le Belial’ a décidé, en prélude à la parution de la novella Un pont sur la brume (dans sa récente collection « Une heure-lumière » dédiée au format court), de vous permettre de découvrir l’auteure (Kij = Katherine Irenae Johnson) en mettant gratuitement à votre disposition jusqu’à la fin du mois d’août 2016 la nouvelle Magie des renards sur son site.  C’est de ce texte, lauréat du prix Théodore Sturgeon en 1994, dont je vais vous parler aujourd’hui. Signalons pour finir que si vous voulez poursuivre plus loin la découverte (gratuite) de cet écrivain, le Magazine Angle Mort a publié deux autres nouvelles, Mêlée dans le n°3 et Poneys dans le n°7.

Mais d’abord, deux mots sur Kij Johnson : avec trois romans et une cinquantaine de textes courts au compteur, il s’agit d’un auteur plutôt prolifique. La dame a également eu une florissante carrière en tant qu’éditrice dans des maisons prestigieuses, telles que Tor Books, TSR (la société responsable de la publication des premières éditions de D&D), Dark Horse Comics et même Microsoft. Chez TSR / Wizards of the Coast, elle a notamment été impliquée à haut niveau dans le jeu de cartes Magic et dans les lignes Greyhawk (le monde conçu par Gary Gygax himself) et Les Royaumes Oubliés (Forgotten Realms).  Continuer à lire « Magie des renards – Kij Johnson »

L’empire d’ivoire – Naomi Novik

Dogons & Dragons

empire_ivoireCe tome 4 du cycle de Téméraire est la suite directe du précédent (= il n’y a pas de temps mort du genre « après quelques semaines de repos, Téméraire et Laurence… »). Nous sommes immédiatement projetés dans l’action, alors que Téméraire, surchargé de soldats Prussiens, tente de rejoindre la côte écossaise, harcelé par des dragons français. Une fois parvenu à bon port, Laurence découvre pourquoi les Aerial Corps n’ont pas envoyé les dragons promis aux Prussiens : une maladie fait des ravages parmi ces derniers (ce n’est pas un spoiler, c’est expliqué sur la quatrième de couverture et très tôt dans le roman). Et devinez qui va être envoyé en Afrique pour trouver un remède ?

Ne faisons pas durer le suspense : malgré quelques défauts, ce quatrième volume se révèle prenant (c’est celui des 4 premiers tomes que j’ai lu le plus rapidement), et surtout, il ménage une fin absolument explosive qui va littéralement tout changer pour nos deux héros, l’humain et le dragon.

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L’insigne du Chancelier – Dave Duncan

Alexandre Dumas + Isaac Asimov = Dave Duncan

insigne_chancelier_duncanDave Duncan est un auteur que j’ai découvert (et grandement apprécié) en lisant l’intégrale de La septième épée. Cet écossais, naturalisé canadien, ancien géologue dans l’industrie pétrolière, a vendu son premier manuscrit à… 53 ans ! (en 1986). Depuis, cet écrivain très prolifique (56 romans au moment où je rédige ces lignes) a publié au minimum un nouveau livre (essentiellement de la Fantasy) chaque année.

Ce roman est le premier d’une trilogie, Les lames du roi. Signalons qu’il existe une seconde trilogie dérivée et une troisième, classifiée Young Adult et nommée Les dagues du Roi (les deux n’ayant malheureusement jamais été traduites).  Le second tome des Lames du Roi montre des événements (différents de ceux décrits dans celui-ci) se déroulant à la même époque et vus par les yeux d’autres personnages (ceux de ce premier roman n’apparaissant que comme des personnages secondaires ou tertiaires). Le troisième tome place la narration du point de vue de la princesse qui est seulement évoquée dans L’Insigne du Chancelier. Continuer à lire « L’insigne du Chancelier – Dave Duncan »

Le seigneur des Isles – David Drake

Le seigneur des somnifères

seigneur_islesDavid Drake (né en 1945) est un ancien avocat également diplômé en histoire. Sans doute marqué par ses deux années de service au Vietnam (et au Cambodge) durant la guerre du même nom, il est devenu un auteur de premier plan en matière de SF militaire, avec sa série Hammer’s Slammers ou un cycle plus récent, Republic of Cinnabar Navy, inspiré par les romans consacrés à Jack Aubrey (donc par le même genre de contexte Napoléonien, anglais et naval qui a donné naissance à  Honor Harrington -qui est, elle, inspirée par Horatio Hornblower-). En plus de son propre travail, il lui est également souvent arrivé de fournir à d’autres auteurs la trame générale de leur histoire, ces derniers se chargeant de « combler les blancs ». Le moins que l’on puisse dire est que ces collaborations impliquent des noms connus des aficionados de SFFF, comme Karl Edward Wagner, S.M. Stirling ou Eric Flint.

Le  roman que je vous présente aujourd’hui est de la fantasy et pas de la SF militaire : paru en 1997, c’est le premier du cycle du même nom, qui compte 9 volumes en VO (l’auteur lui a donné une conclusion en 2008), 6 pour un premier sous-cycle et 3 pour un second (La couronne des Isles). Bragelonne a traduit les trois premiers avant (selon toute probabilité) d’abandonner la série (la dernière parution française remonte à… six ans). Et franchement, je ne peux pas jeter la pierre à l’éditeur, car ce premier tome est particulièrement médiocre, et ce sur tous les plans. Je me demande même comment il a pu aller jusqu’à trois volumes, pour être totalement franc. Continuer à lire « Le seigneur des Isles – David Drake »

Les couleurs de l’acier – K.J. Parker

Hard Fantasy

color_of_steelK.J Parker, l’auteure anglaise de ce roman, mentionnée sur la quatrième de couverture… n’existe pas. Il s’agit en fait du pseudonyme (féminin) de l’écrivain (masculin) Tom Holt, sous lequel il a publié quinze livres, une vingtaine de novellas / nouvelles / essais et reçu deux World Fantasy Award (le prix le plus prestigieux en matière de Fantasy, l’équivalent du Hugo en SF). Tom Holt a adopté cette « identité secrète » (qui a tout de même tenu 17 ans) pour déconnecter son propre travail, orienté Fantasy humoristique / parodique (à la Terry Pratchett ou Piers Anthony) de publications au ton nettement plus sérieux ou noir.

Ce roman présente plusieurs points sortant de l’ordinaire, qui le rendent plutôt original alors qu’il est pourtant bâti sur une base (un siège subi par une cité) qui ne l’est pas. C’est le premier de la Trilogie Loredan (du nom du protagoniste). Signalons les superbes couvertures qui mettent l’accent sur les différents artisanats qui sont très présents dans l’univers et l’intrigue. Continuer à lire « Les couleurs de l’acier – K.J. Parker »

Saison de gloire – David Brin

Un planet-opera féministe, initiatique et orienté SF biologique de très grande qualité, mais avec quelques défauts le privant du statut de chef-d’oeuvre

saison_de_gloireSaison de gloire est une réédition du roman La jeune fille et les clones de David Brin, dont le nouveau titre est beaucoup plus conforme à celui de la VO (Glory Season). Paru en 1993 (1997 pour la VF), ce livre, s’il n’est pas le plus connu de son auteur (il est largement éclipsé, en terme de notoriété, par le cycle de l’élévation), est en revanche un des plus réussis. Il parvient, en effet, à réaliser une alliance très rare : celle de l’aventure et du sense of wonder propre à la SF de divertissement avec la profondeur des thématiques et de leur exploitation propre à la SF (pour reprendre l’expression de Vandana Singh) « signifiante ». C’est aussi un planet opera, un roman initiatique et une histoire de Science-fiction à dominante biologique d’une très grande qualité (il fait d’ailleurs partie de mon « cycle » de lectures SF orientées biologie). Pourtant, il reste affligé de certains défauts, dont certains assez agaçants, qui font que personnellement, je ne le classifierais pas dans mes romans « cultes ». C’est « juste » un excellent roman, pas un chef-d’oeuvre. Continuer à lire « Saison de gloire – David Brin »