Replay – Ken Grimwood

Un chef d’oeuvre méconnu

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Bon, soyons clair, ce roman ne bénéficie pas de la notoriété d’un Dune ou d’un Hyperion. Et pourtant… c’est un vrai chef-d’oeuvre. Non pas parce qu’il exploite un thème particulièrement original (à la base du moins, parce que le développement de ce thème réserve quelques surprises), mais parce que l’écriture et la description de la psychologie des personnages sont tout bonnement exceptionnelles.

Le thème de la boucle temporelle, où le héros garde toute la mémoire de l’itération précédente, n’est pas à proprement parler original. On l’a souvent vu en SF écrite, en film et surtout dans des séries TV (où en général, il bénéficie d’un traitement plus ou moins humoristique). Là où Replay devient intéressant, c’est sur l’ampleur de la boucle, des dizaines d’années. Et là où il devient carrément intéressant, c’est dans le twist introduit dans le mécanisme dans le dernier tiers du roman. Et finalement, dans ses deux derniers chapitres, le roman devient un chef-d’oeuvre grâce à un second et un troisième twist. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais disons que tout n’est pas aussi classique qu’on pourrait le croire de prime abord dans ce mécanisme de boucle temporelle qu’on pourrait croire à priori vu et revu. Continuer à lire « Replay – Ken Grimwood »

Le Paris des merveilles – tome 3 – Le royaume immobile – Pierre Pevel

Un tome 3 qui même rédigé dix ans après les deux autres, reste dans le même esprit

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Si vous lisez cette chronique, c’est que vous avez lu les deux premiers tomes et que vous vous demandez si le tome 3 reste dans le même style et le même niveau de qualité que ses prédécesseurs. Surtout si vous êtes au courant du fait que ce nouveau roman, paru en 2015, a été rédigé 11 ans après les deux autres. Vous pouvez alors vous poser deux questions :

1/ Est-ce que le fait qu’il y ait eu un écart de dix ans entre les tomes 2 et 3 a pu jouer sur le style ou le ton général ?
2/ Est-ce que ce troisième tome reste de qualité ou est-ce juste un livre sur commande qui ne vaut pas vraiment le coup que je l’achète, parce qu’il va dénaturer cet univers que j’appréciais à l’époque ?

Voici mes réponses : Continuer à lire « Le Paris des merveilles – tome 3 – Le royaume immobile – Pierre Pevel »

Le Paris des merveilles – tome 2 – L’elixir d’oubli – Pierre Pevel

50 % dans la lignée du premier tome, 50 % novateur, 100 % intéressant

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Ce deuxième tome garde le style, les personnages, le cadre (en partie, nous allons y revenir) et la qualité du premier tome, pas de mauvaise surprise.

Il y a une fois encore une enquête policière, que j’ai trouvé plus intéressante que dans le livre précédent. Et nous avons encore et toujours (plus) la présence en « guest stars » de personnages célèbres, comme Merlin, Méliès, Lord Dunsany ou Arsène Lupin en personne.

La nouveauté réside dans l’introduction de flash-backs relatant la première rencontre de la baronne et de Griffont… pratiquement deux siècles auparavant. Le petit parfum d’Highlander (la série) que j’évoquais dans ma chronique du tome 1 est donc ici manifeste. Continuer à lire « Le Paris des merveilles – tome 2 – L’elixir d’oubli – Pierre Pevel »

Le Paris des merveilles – tome 1 – Les enchantements d’Ambremer – Pierre Pevel

Quand Arsène Lupin rencontre Catwoman, Alvin le Faiseur, Duncan McLeod, Sherlock Holmes, Mata Hari, Gandalf et Downton Abbey

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Pierre Pevel est un ancien journaliste, scénariste et auteur pour le jeu de rôle qui est ensuite devenu auteur de romans. Ces derniers se baladent entre Fantasy classique, Historique, uchronie de Fantasy (c’est le cas ici), voire steampunk pour l’un d’entre eux. Il est l’un des rares auteurs de SFFF français récents à être traduit en anglais, ainsi que dans divers autres langages (dont le tchèque et le bulgare), et bénéficie donc d’une reconnaissance significative à l’international.

Ce roman, le premier d’une trilogie, distille un sens du Merveilleux que le lecteur d’une Fantasy plus classique ne ressent plus depuis longtemps. Plus personne ne s’émeut devant des magiciens, des fées, des elfes ou des dragons après avoir lu des dizaines de romans de ce genre. L’exploit de Pierre Pevel est à ce niveau double : non seulement il fait à nouveau ressentir ce sentiment, grâce à ses grandes qualités d’écriture (cette dernière étant riche mais jamais pédante ou difficile d’accès), mais en plus il réussit le tour de force de mêler ce sentiment de Merveilleux, de Féerique, avec une réalité historique très proche (aux changements induits par la présence de l’Outremonde près) de celle des véritables années 1900 (du moins les années 1900 telles que se les imaginent les non-historiens…). Voilà donc l’alliance parfaite entre l’imaginaire le plus pur et la réalité la plus tangible.  Continuer à lire « Le Paris des merveilles – tome 1 – Les enchantements d’Ambremer – Pierre Pevel »

La porte des mondes – Intégrale – Silverberg / Brunner / Yarbro

Une référence de l’uchronie enfin en version complète

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Cette intégrale rassemble quatre textes, écrits par Robert Silverberg (les deux premiers), John Brunner (le troisième) et Chelsea Quinn Yarbro (le dernier), entre 1967 (le premier) et 1990/91 (les trois autres). Le premier texte fait 150 pages, les trois autres environ 65-70.
Ils ont la particularité de se dérouler dans le même univers, créé par Silverberg dans le premier texte (La Porte des Mondes). Il s’agit d’une uchronie, c’est-à-dire d’une Terre où l’histoire a pris un cours différent de celui que nous lui connaissons. Le « point de divergence » (selon l’expression consacrée), c’est-à-dire le moment où notre histoire et celle de ce monde divergent, est la Grande Peste Noire. Sur la Terre de la Porte des Mondes, elle tue 90 % de la population européenne (au lieu de 30-50 % dans notre Histoire), ouvrant la voie à une conquête Ottomane du continent. La conséquence est que les continents américains et africain sont épargnés par le colonialisme européen, et qu’au moment où l’action démarre, dans les années 1960, les grandes puissances mondiales sont les aztèques, les incas, les russes (dont l’Empire s’étend des contrées septentrionales de l’Amérique du Nord à la Chine et au Japon), plusieurs empires africains (dont le Mali, le Ghana et le Songhaï) et bien entendu les Ottomans.

Examinons les quatre textes chacun à leur tour : Continuer à lire « La porte des mondes – Intégrale – Silverberg / Brunner / Yarbro »

Ariosto Furioso – Chelsea Quinn Yarbro

Une uchronie d’un intérêt discutable, une mauvaise Fantasy, mais paradoxalement… un excellent roman quasi-historique !

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Ce roman est une curiosité. Il arrive à mêler une Uchronie (un monde où l’histoire a pris un cours différent de celui que nous lui connaissons) et un récit de Fantasy imbriqué à l’intérieur. En effet, le protagoniste (le poète Lodovico Ariosto, qui a réellement existé), pour s’évader des intrigues de cour italiennes dans lesquelles il baigne, bien malgré lui, toute la journée, rédige une geste dans laquelle il se fantasme en guerrier intrépide combattant un effroyable sorcier dans une Amérique qui n’a qu’un rapport lointain avec celle de sa réalité.

Bien que la quatrième prétende que le procédé rappelle Le Maître du haut-Château de Dick, le rapport n’est en fait que lointain, alors qu’il est bien plus net dans un roman comme La Porte des Mondes de Silverberg. Continuer à lire « Ariosto Furioso – Chelsea Quinn Yarbro »

Le château des millions d’années – Stéphane Przybylski

Flou artistique

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Remarques préliminaires : il faut bien situer ce à quoi nous avons affaire avant de le critiquer. Il s’agit du plus gros tirage initial de l’histoire du Belial (5000 exemplaires), surtout lorsqu’on sait qu’il s’agit du premier roman de l’auteur.

Attention, premier roman mais pas premier livre, puisque Stéphane Przybylski a également rédigé plusieurs ouvrages historiques. De plus, il s’agit du premier volume d’une tétralogie (Origines), donc forcément, ce tome 1 ne peut avoir qu’un rythme relativement lent et de longues phases de présentation des personnages et de l’intrigue.

Autre remarque : je ne fais pas de spoiler, il y a un crash d’OVNI dès la… première page du roman. Continuer à lire « Le château des millions d’années – Stéphane Przybylski »

Faërie – Raymond E. Feist

Un livre puissant mais extrêmement noir au carrefour du fantastique onirique Lovecraftien, de l’horreur et de l’occulte

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Ce roman est la seule incursion de Feist, auteur majeur de la Fantasy moderne, dans le domaine du fantastique, et croyez-moi, c’est bien dommage. Il est très, très doué dans l’exercice, et j’aurais franchement souhaité qu’il écrive plus de livres dans ce genre plutôt qu’un 48ème ouvrage dans le monde de Pug.

Avant de parler du roman, il faut quand-même faire un point sur son genre, sur ce à quoi il ressemble et surtout sur ce à quoi… il ne ressemble pas et à qui il n’est PAS destiné. Avant tout, il faut bien préciser qu’à mon sens, même s’il contient quelques éléments fantasy, il ne relève pas de ce genre, alors que je l’ai déjà vu affublé de l’étiquette de dark fantasy. Clairement, il ne suffit pas d’avoir des éléments fantasy et des éléments dark pour en faire de la dark fantasy. Ou alors, cela fait référence à l’ancienne conception (pré-Glen Cook) de la Dark Fantasy, à savoir une SFFF d’ambiance sombre et horrifique qui correspond plus, dans la grille de lecture française, au Fantastique (qui, rappelons-le, n’existe pas dans la taxonomie anglo-saxonne des littératures de l’imaginaire). Non, en fait il relève beaucoup plus clairement du registre Lovecraftien, particulièrement des textes les plus oniriques du maître (je pense particulièrement à A la recherche de Kadath, à La musique d’Erich Zahn et à L’étrange maison haute dans la brume) mais pas seulement : en effet, certains passages m’ont fortement rappelé La maison de la sorcière, et la Chose Noire de Faërie peut faire penser à Brown Jenkin du texte de Lovecraft. Continuer à lire « Faërie – Raymond E. Feist »