Club Uranium – Stéphane Przybylski

Club Uranium n’est pas vraiment la bombe atomique attendue… sauf dans son tout dernier chapitre

club_uraniumClub Uranium est le troisième tome de la Tétralogie des Origines, après La château des millions d’années et Le Marteau de Thor. C’est aussi la traduction d’Uranium Club, version anglaise de Uranverein, le nom du groupe de travail formé par les savants atomistes Nazis. C’est enfin le surnom que s’est choisi, dans le roman, un groupe appartenant au Comité, une officine émanant des cercles financiers, industriels et militaires issus de l’Ivy League, de West Point et d’Annapolis.

La première chose qu’on remarque est bien entendu la couverture signée Aurélien Police : son travail sur les deux premiers tomes était déjà remarquable (esthétique et captant parfaitement l’esprit et les éléments déterminants de l’intrigue des romans en question), mais là, il a clairement atteint de vertigineux sommets. Le résultat est tout simplement époustouflant. Ensuite, on constate que ce tome 3 est nettement plus gros que ses deux prédécesseurs : avec ses annexes, il atteint les 620 pages, contre 368 et 480 pour (respectivement) les tomes 1 et 2. Pour autant, le livre est facile à lire, du fait du style fluide et efficace de l’auteur et grâce à une structure cette fois plus simple et plus linéaire que dans les tomes précédents (du moins dans sa première moitié).  Continuer à lire « Club Uranium – Stéphane Przybylski »

Féerie – Paul McAuley

Des fées issues… du génie génétique ! 

féerie_mc_auley_2Paul McAuley est un auteur de Science-Fiction britannique (qui s’est également essayé à l’uchronie avec Les conjurés de Florence) plutôt orienté Hard-SF (il est botaniste de formation) mais ayant balayé un grand nombre de sous-genres au travers d’une assez prolifique carrière (plus d’une vingtaine de romans) : Space-Operas très ambitieux et situés dans un futur extrêmement lointain (son cycle Confluence, jamais traduit en France) ou centrés sur le système solaire et un futur plus proche (La guerre tranquille), Planet Opera (Sable rouge) ou encore Univers parallèles (Cowboy Angels). Il a aussi publié des novellas (romans courts), dont Le choix récemment traduit par le Belial’.

Etant donné sa formation, vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il a aussi publié quelques textes basés sur les biotechnologies, dont Les diables blancs et celui dont je vais vous parler aujourd’hui, tous deux considérés comme des piliers du Biopunk (à ce sujet, je vous invite à consulter la critique de Ribofunk pour plus de précisions). Continuer à lire « Féerie – Paul McAuley »

Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl

Une histoire avec un gros potentiel, malheureusement loin d’être complètement exprimé

plus_de_vifsFrederik Pohl (1919-2013) est typiquement le genre d’auteur dont le grand public qui lit un peu de SFFF n’a jamais entendu parler (il n’a pas l’aura de Tolkien, G.R.R. Martin ou Isaac Asimov), mais qui, pourtant, est fondamental dans le paysage SF. Au cours de sa longue carrière, il a été un éditeur, un agent littéraire et bien entendu un écrivain de premier ordre, lauréat de quatre prix Hugo et de trois Nebula, les plus prestigieux du genre (il est la seule personne a avoir reçu le Hugo à la fois comme auteur et comme éditeur – du magazine If -).

Sous sa casquette d’auteur, il est particulièrement connu des aficionados de SF pour La Grande Porte (Hugo / Locus / Nebula / prix John W. Campbell 1978), et peut-être surtout pour Planète à gogos (co-écrit avec Cyril M.  Kornbluth), satire féroce de la publicité et du capitalisme débridé. Ce spécialiste des dystopies a également écrit des livres comme Homme Plus (qui décrit, dans un futur proche, la transformation par la NASA d’un astronaute, par le biais de la cybernétique et de la chirurgie, afin de lui permettre de vivre de façon autonome sur Mars – ainsi que la transformation psychologique qui s’ensuit -) ou Plus de vifs que de morts, le roman court que je vous présente aujourd’hui.  Continuer à lire « Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl »

Infinités – Vandana Singh

SF = Social fiction

infinites_singhVandana Singh est une auteure indienne, née à Delhi mais vivant (et enseignant -elle a un doctorat en physique théorique, sa spécialité étant celle des particules-) à Boston, USA. Elle écrit des textes relevant des littératures de l’imaginaire en général, SF, Fantasy ou Fantastique, principalement en anglais mais aussi parfois en Hindi. Elle a publié des textes à destination des enfants (deux romans parus à ce jour), ainsi que des essais (l’un d’eux se trouve dans ce recueil), des nouvelles (une vingtaine, dont dix sont présentes dans Infinités) et un roman court SF, Distances.

A part la nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage et une deuxième, tous les autres textes font moins de vingt-six pages. Signalons la couverture d’une beauté époustouflante, encore un coup de maître de l’excellent Aurélien Police. Pour l’instant, tous éditeurs confondus, c’est clairement l’illustration de l’année.  Continuer à lire « Infinités – Vandana Singh »

Le prince-marchand – Poul Anderson

Truculent, tonitruant, excellent

prince_marchand_1Poul Anderson (1926-2001) est un des géants de la science-fiction, romancier et nouvelliste très prolifique (titulaire de sept prix Hugo et de trois Nebula, excusez du peu !), et également excellent auteur de Fantasy : son roman l’épée brisée reste une des œuvres les plus fondamentales du genre aux Etats-Unis. Une de ses nouvelles (présente dans le recueil Le chant du barde) est une des sources d’inspiration de James Cameron pour Avatar. Pour la petite histoire, c’était également le beau-père de… Greg Bear. Quelle famille d’écrivains de SF !

Le Prince-Marchand, premier des cinq volumes de La Hanse Galactique, nous projette au début du 25ème siècle, où nous suivons les aventures du truculent Nicholas Van Rijn, marchand interstellaire, personnage haut en couleurs au verbe haut, amateur de tabac, d’alcools fins, de bonne chère et de jolies femmes. Ce volume 1 comprend une nouvelle d’une quarantaine de pages (Marge bénéficiaire), un roman court (Un homme qui compte) qui en fait 200, ainsi qu’une chronologie de l’univers commun au Commonwealth de Van Rijn et à l’Empire Terrien (un État qui lui est postérieur) des aventures de Dominic Flandry (concernant ce dernier, je vous renvoie à l’excellent article de Lutin sur son blog Albedo). Continuer à lire « Le prince-marchand – Poul Anderson »

Ribofunk – Paul Di Filippo

Le prodigieux tableau d’un futur proche dominé par les biotechnologies

ribofunkPaul Di Filippo est un multi-instrumentiste de la littérature SFFF : cet auteur américain écrit dans des genres aussi différents que le biopunk (je vais y revenir en détails) et le steampunk (et aussi bien des romans que des nouvelles), est un critique de SF reconnu, travaillant pour pléthore de magazines US, rédige des scénarios de comics, ainsi que des essais consacrés à la science-fiction ou son écriture, excusez du peu ! Il a par contre été très peu traduit chez nous.

Le livre que je vous présente aujourd’hui est un fix-up de nouvelles (en anglais) paru en 1996 et qui est considéré comme un des pionniers du Biopunk (voir plus loin). Di Filippo est parti du constat suivant : après avoir écrit du pur Cyberpunk, il a constaté que l’évolution technique rendait de plus en plus probable une prédominance des bio-(ou nano-)technologies sur la cybernétique, la robotique ou l’électronique, ce qui rendait donc le cyber- obsolète. De plus, le -punk lui paraît très limité, car il signifie antihéros, ton noir, cynique et nihiliste, etc. Il forge donc un nouveau concept : non pas cyber-punk, mais ribo-funk. Ribo pour ribosome (la pièce maîtresse de la machinerie cellulaire devant traduire l’information génétique contenue dans l’ADN en protéines de structure ou à fonctions métaboliques) et funk pour un côté moins noir, plus chaleureux. En d’autres termes, un des ruisseaux qui, en en se rejoignant, allaient former le Biopunk. Il faut donc que je vous parle un peu de ce dernier avant de vous parler des nouvelles. Une des ambitions de ce blog est après tout de vous donner une vision plus complète des innombrables sous-genres des littératures de l’imaginaire. Continuer à lire « Ribofunk – Paul Di Filippo »

Anthologie Antiqu’idées du salon ImaJn’ère 2016 – Collectif

Un bon niveau général, encore rehaussé par la présence de trois perles

Je remercie M. Denis Piel, président de l’association ImaJn’ère, pour m’avoir donné la possibilité de lire en avant-première l’anthologie du salon 2016.

ImaJnere_2016Créée en 2010, l’Association ImaJ’nère s’est donnée pour sacerdoce de promouvoir les littératures de genre, SFFF, horreur et polar. En parallèle avec d’autres activités (comme l’édition de fanzines), elle organise depuis cette date tous les ans en sa bonne ville d’Angers, sur deux jours complets, un salon de la Science-Fiction et du policier (vous trouverez tous les détails utiles sur le site de ce dernier ou dans ce .pdf). C’est un espace d’échange, de tables-rondes et de dédicaces entre professionnels (auteurs ou illustrateurs) et le grand public.

Comme tout salon qui se respecte, celui-ci édite son anthologie. Le cru 2016 (le salon se tiendra les 21 et 22 Mai) a pour thème l’antiquité, ses héros, son panthéon et ses peuples, tout ça revu au travers d’un prisme SFFF ou polar. L’anthologie se nomme donc Antiqu’idées. Elle réunit quinze nouvelles, dont celles d’auteurs connus comme Estelle Faye (SF / Fantasy), Fabien Clavel (SF, Fantasy, Uchronie, etc) ou Lionel Davoust (Fantastique / Fantasy). Il s’agit de courts textes, moins de 25 pages chacun. Sept d’entre eux ont été publiés auparavant chez d’autres éditeurs, les autres sont totalement inédits. Parmi ces derniers, cinq émanent de membres de l’Association ImaJ’nère, et trois des lauréats de l’appel à textes lancé en 2015. Signalons pour terminer la bonne qualité de la présentation (couverture superbe et sympathiques illustrations intérieures, dans un style un peu naïf qui colle parfaitement avec l’humour très présent dans l’anthologie).
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Mémoire – Mike McQuay

Inoubliable

memoireMike McQuay était un auteur américain de SF, décédé en 1995 d’un infarctus, à l’âge de 45 ans. Il a écrit plusieurs dizaines de romans, dont la novélisation de New York 1997 de John Carpenter, un des deux textes du volume 2 de La Cité des Robots d’Isaac Asimov, ainsi que 10 sur l’échelle de Richter, en collaboration avec Arthur C. Clarke.

Mémoire est probablement son roman le plus abouti et le plus connu. Il a fait partie des nominés pour le prix Philip K. Dick 1987. Il s’agit d’une histoire mélangeant futur post-apocalyptique (type effondrement écologique) et voyage dans le temps, mais sous une forme inhabituelle à défaut d’être originale (nous en reparlerons) : on se sert d’une drogue permettant de remonter dans la mémoire ancestrale de sa lignée et de « posséder » le corps de son ancêtre. Et quand celui-ci s’appelle Napoléon et que son descendant est un soldat bien énervé et bien instable du lointain futur, on imagine aisément (et avec effroi) les conséquences possibles… Mais le cours de l’histoire est-il si facile à modifier que cela ? Pas sûr… Continuer à lire « Mémoire – Mike McQuay »

Guerre et Dinosaures – Victor Milan

Un univers mélangeant beaucoup trop d’influences, une narration un peu trop sur courant alternatif

dinosaur_warVictor Milan est un auteur américain très prolifique et adepte, comme son ami Daniel Hanover, de l’utilisation de pseudonymes. Il a rédigé plus de 100 romans, dont certains situés dans des univers partagés célèbres, comme ceux de Star Trek, des Royaumes Oubliés, Wild Cards (série de livres popularisée par G.R. R. Martin)  ou Battletech. Il écrit aussi bien de la science-fiction (orientée cyberpunk) que de la Fantasy. Le roman qui nous occupe aujourd’hui fait partie de ce dernier genre (du moins au premier abord : les choses sont en fait plus complexes) : c’est le premier d’une trilogie qui, à terme, pourrait être étendue à un second cycle de 3 romans, plus des textes courts. La sortie du second tome est prévue (en anglais) en juillet.

Comme le souligne la citation de  G.R.R. Martin sur la couverture, ce cycle peut être considéré comme « un croisement entre Jurassic Park et le Trône de Fer ». Mais est-on sur la qualité de ce dernier ? Vous et moi avons déjà rencontré ce genre de comparaison, par exemple sur Les Mille noms de Django Wexler, et à chaque fois elle s’est révélée peu pertinente, sinon grossièrement exagérée. Ne faisons pas durer le suspense : la réponse est non, nous sommes loin de la qualité de l’illustre cycle de G.R.R Martin.  Continuer à lire « Guerre et Dinosaures – Victor Milan »

Kane – Intégrale 3 – Karl Edward Wagner

Un ultime tome très inégal

Kane_3Troisième et dernier volume de l’intégrale des aventures de Kane ! Il comprend neuf nouvelles (plus une première version de Lynortis, qui se trouvait dans le Tome 2), un poème, un fragment de quatrième roman (12 pages seulement) et un article rédigé par Karl Edward Wagner en personne et consacré à son (anti)héros. La plupart de ces textes font 20-30 pages, sauf cinq d’entre eux, qui naviguent entre 70 et 130.

Particularités de ce tome 3 : Kane y vit des aventures dans notre monde moderne, et il rencontre un autre antihéros de Fantasy fameux : Elric en personne. De plus, cette fois, sept des neuf nouvelles étaient inédites en français au moment de la publication de l’ouvrage.

Mais voyons tout cela de plus près :  Continuer à lire « Kane – Intégrale 3 – Karl Edward Wagner »