Le problème à trois corps – Cixin Liu

Un très bon livre de Hard SF, faisant la part belle au mystère et au sense of wonder… à condition de ne pas lire la quatrième de couverture

trois_corpsCixin Liu (ou plutôt, sous la forme chinoise correcte -beaucoup de peuples asiatiques mettent le nom de famille en premier-, Liu Cixin) est un auteur de science-fiction chinois de 53 ans, le plus connu dans son pays. En plus d’être lauréat de neuf prix Galaxie (la plus prestigieuse récompense en matière de SF dans l’Empire du Milieu), il a aussi gagné le Hugo 2015 pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui (le premier d’une trilogie). Ce couronnement est doublement remarquable : d’abord parce qu’il est le premier auteur de nationalité chinoise a être récompensé par le Hugo, et ensuite parce que c’est la première fois que ce dernier est attribué à une traduction (c’est Ken Liu -aucune parenté- qui a réalisé cette dernière). Signalons au passage que ce n’est pas la version anglaise qui a été traduite en français, mais bel et bien la version originale en mandarin.

Une adaptation cinématographique de ce livre doit sortir en 2017. Il a été vendu à un million d’exemplaires en Chine, où il est sorti en 2007.
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Latium – Tome 1 – Romain Lucazeau

Banks et Simmons ont un digne héritier, il est français et s’appelle Romain Lucazeau

latium_1Latium est la grosse sortie de la collection Lunes d’encre, chez Denoël, de cette fin d’année 2016. Si imposant (deux millions de signes) qu’il a du être coupé en deux (le tome 2 sortira le 4 Novembre), cet ouvrage, fruit de six ans de travail, n’est cependant, aussi sidérant que cela puisse paraître, que le premier roman (mais pas le premier texte) de son auteur. Il est présenté, par le directeur de collection, comme un manuscrit comme on en reçoit peu dans une carrière, comme un parfait exemple de la SF qui fait autant rêver que réfléchir, comme une fusion de batailles spatiales flamboyantes, de théâtre classique et de philosophie, comme un digne héritier de Simmons et de Banks. Enfin, l’auteur, une pointure (Normalien de la rue d’Ulm, agrégé de philo, enseignant et chercheur en philosophie politique à Paris-IV Sorbonne et à l’Institut d’études politiques,  conseiller en stratégies économiques et consultant auprès de grandes institutions publiques françaises et internationales), a une ambition : rapprocher la SF de la littérature blanche.

Alors, Latium est-il un bon livre de SF (et d’uchronie), donnera-t-il envie de lire Corneille et Leibniz comme Simmons nous a donné envie de lire Keats, Shakespeare et Homère ? Ou la magnifique couverture de Manchu cache-t-elle un roman pédant et ennuyeux ? Continuer à lire « Latium – Tome 1 – Romain Lucazeau »

Les bas-fonds de Mesa – David Weber & Eric Flint

Les combats au sol font une entrée significative et tonitruante dans l’Honorverse

mesaLes bas-fonds de Mesa est la traduction de Cauldron of ghosts, troisième tome de la série dérivée du cycle d’Honor Harrington appelée La couronne des esclaves, après le livre du même nom et Torche de la liberté. Une fois encore, le roman est coupé en deux volumes, de respectivement 384 et 428 pages, à 19 euros l’unité.

L’action se déroule quelques mois après les événements du livre précédent, et reprend les personnages des tomes 2 et (en partie) 1. Le moteur de l’intrigue est la mission montée par Victor, Anton, Thandi et quelques autres sur Mesa, dont on commence à peine, dans la galaxie, à prendre la véritable mesure. Loin d’être « juste » la planète des esclavagistes génétiques de Manpower, ce monde est en effet au centre d’une conspiration visant à changer à jamais la nature de l’être humain et à conquérir, au passage, toute la galaxie. Si, à première vue, on pense être reparti sur les mêmes bases que dans le roman précédent (espionnage, barbouzes et black ops), on s’aperçoit, dans le tome 2, qu’on a en fait affaire à un livre beaucoup plus militarisé que ses deux prédécesseurs, se rapprochant donc en fait d’une part de l’autre cycle dérivé, et d’autre part du cycle principal consacré à Honor Harrington elle-même. A une différence près, mais colossale : cette fois, la majorité des combats se déroule… au sol, une grande première dans l’Honorverse à ce niveau d’intensité / nombre de pages.

Les deux tomes du roman couvrent une période qui s’étend sur En mission, L’orage gronde et l’Ombre de la Liberté (ce dernier étant le troisième tome de l’autre sous-cycle, Saganami, et dont la lecture est un gros plus pour la compréhension de la fin -même si elle n’est pas indispensable-). La fin du livre est le point le plus avancé atteint dans l’échelle temporelle de l’Honorverse (Octobre 1922 Post-Diaspora). Remarquons d’ailleurs, en fin de tome 2, la présence, en plus de l’indispensable Dramatis personæ, d’une chronologie complète de l’Honorverse (tirée du wikia qui lui est consacré).

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Children of time – Adrian Tchaikovsky

Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Continuer à lire « Children of time – Adrian Tchaikovsky »

The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey

James S.A Corey fait son « Aux mains de l’ennemi »

abaddons_gateLa porte d’Abaddon est le troisième tome du cycle The Expanse, après L’éveil du Léviathan et La guerre de Caliban. Une chose va probablement vous sauter immédiatement aux yeux : cette fois, Actes Sud propose une couverture un minimum esthétique, contrairement à l’horreur mauve et jaune fluo du roman précédent de la série. C’est en fait celle de la version originale, signée Daniel Dociu (un nom bien connu des aficionados de MMORPG), qui a été reprise, et on espère qu’il en ira de même pour les livres suivants.

Je ne vais pas faire durer le suspense : ce roman est, et de loin, le moins intéressant des trois déjà parus (le cycle en compte actuellement 5 en VO, 3 autres sont prévus -dont un cette année-, ainsi qu’un total de 5 novellas et 2 nouvelles). En fait, ce qui y est raconté n’aurait dû constituer qu’une partie du tome suivant, à mon avis, ou au moins être raccourci pour aller à l’essentiel. Parce que là, en gros, il y a quelque chose comme 300 pages qui ne servent à rien, et qui, en plus, sont racontées non pas platement, mais qui peinent à impliquer et plus encore à passionner le lecteur. Le parallèle avec un roman du cycle Honor Harrington est assez net, ce que je vais m’employer à vous expliquer dans ce qui suit.  Continuer à lire « The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey »

L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny

L’oeuvre de Zelazny ne s’arrête pas aux Princes d’Ambre, en voici une belle démonstration

Je remercie madame Nathalie Weil, des éditions Mnemos, de m’avoir offert la possibilité de lire cette intégrale

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Alors que le français lambda a au moins vaguement entendu parler d’Isaac Asimov ou d’Arthur Clarke, le nom de Roger Zelazny, en revanche, reste en grande partie inconnu. Et même chez ceux qui le connaissent, il se réduit souvent à sa série des Princes d’Ambre, son cycle le plus « commercial ». Et pourtant… l’oeuvre de Zelazny est tellement, tellement plus vaste que ça. Décédé en 1995, à l’âge de 58 ans, l’écrivain américain était l’heureux titulaire de 3 prix Nebula et de… 6 prix Hugo, et l’auteur de 42 romans et 230 nouvelles, excusez du peu ! Conteur de grand talent, romancier cassant les codes, brouillant et mélangeant les genres, Zelazny ne nous parle pas du simple mortel, mais de celui qui est au-delà de cette condition, qui est ou est devenu un dieu ou un immortel. Le livre que je vais vous présenter aujourd’hui en est un bon exemple.

Les éditions Mnemos viennent en effet de publier, sous le nom L’île des morts, une intégrale des textes se déroulant dans l’univers de Francis Sandow, qui, outre le roman du même nom, comprend Le sérum de la déesse bleue, ainsi que cinq nouvelles. Ces textes s’inscrivent tous dans une même histoire de l’expansion humaine dans la galaxie, comme nous l’apprend la très érudite préface, expansion qui couvre deux millénaires et se divise en quatre phases. Les textes ne sont donc pas présentés dans l’ordre de leur publication, mais dans celui où ils se situent dans la chronologie interne de cet univers. La phase 1 de l’expansion est couverte par la nouvelle En cet instant de la tempête, la phase 2 par Cette montagne mortelle, Lugubre lumière et par la novella L’île des morts, la phase 3 par le roman court Le sérum de la déesse bleue, tandis que la phase 4 comprend Les Furies et Clefs pour décembreContinuer à lire « L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny »

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Sur un sujet de cauchemar (mais hélas bien réel), Ken Liu nous offre une merveille d’intelligence et de justesse

ken_liu_u731Si vous êtes un passionné de SF, il est plus que probable que vous ayez au minimum entendu parler de (sinon déjà lu) Ken Liu. Tout juste quadragénaire, venu à l’âge de 11 ans en Amérique depuis sa Chine natale, cet homme bourré de talent (il a travaillé comme programmeur informatique, avocat spécialisé en droit fiscal, avant de combiner ces deux domaines en devenant médiateur dans des litiges en lien avec la technologie, tout ça en maintenant son activité parallèle d’écrivain et de traducteur de livres chinois) est le boy wonder de la SFFF des années 2010 : il est titulaire du prix Locus 2016 (catégorie : premier roman) pour The Grace of Kings, d’un Hugo pour une de ses nouvelles (Mono no aware), sa traduction (chinois vers anglais) du Problème à trois corps de Liu Cixin est le premier roman traduit à avoir gagné le Hugo, et surtout, il est la seule personne a avoir rédigé un texte (de quelque longueur que ce soit : nouvelle, novella, roman) qui a gagné à la fois le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award, excusez du peu !

La novella dont je vais vous parler a également été nominée pour le Hugo. C’est une histoire de voyage dans le temps mettant en jeu l’Unité 731 de l’Armée Impériale Japonaise. Tout le monde n’étant pas féru d’histoire militaire, je vais commencer par vous parler (longuement) de cette organisation, spécialisée dans la guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale.  Continuer à lire « L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu »

Torche de la liberté – David Weber / Eric Flint

Une première partie frustrante, une seconde moitié beaucoup plus efficace, et surtout la découverte (enfin !) de Mesa

torche_liberteTorche de la liberté est le deuxième roman (coupé en deux tomes d’environ 375 pages chacun) du cycle La couronne des esclaves, après le livre du même nom. Il s’agit d’une série dérivée du cycle d’Honor Harrington. Le troisième tome, qui sera également coupé en deux, paraîtra fin septembre sous le titre Les bas-fonds de Mesa.

Malgré le fait que ce roman soit affligé du défaut majeur de certains des tomes tardifs de la saga Honor Harrington (il est très, très verbeux -et abuse des points de vue multiples-, au détriment de l’action et / ou du rythme), sa lecture est très utile (bien que pas à proprement parler indispensable) pour comprendre pleinement En Mission (le tome 12 du cycle principal). En effet, il donne au lecteur une image beaucoup plus complète de Mesa, une puissance qui est un acteur majeur dans tous les cycles de l’Honoverse (principal + tous les secondaires).

Ce cycle dérivé est beaucoup plus orienté espionnage et opérations clandestines que la saga principale, qui est de la pure SF militaire (lourdement mâtinée de politique). Cependant, une bonne centaine de pages du tome 2 est consacrée à une bataille spatiale d’envergure, se déroulant autour de la planète Torche.  Continuer à lire « Torche de la liberté – David Weber / Eric Flint »

Sous le vent d’acier – Alastair Reynolds

Un second tome largement supérieur au premier, un livre de SF très prenant, mais…

poseidon_2Sous le vent d’acier est le second tome de la trilogie Les enfants de Poséidon, après La terre bleue de nos souvenirs. Son intrigue se déroule deux siècles après celle du tome 1, ce qui ne nous empêche cependant pas de retrouver certains personnages que nous connaissons déjà, grâce à l’allongement faramineux de l’espérance de vie permis par les nouvelles technologies. Nous suivons toutefois principalement un nouveau protagoniste, Chiku Akinya (la fille de Sunday). Un ? Pas tout à fait. Car Chiku a fait réaliser deux clones d’elle-même, ce qui fait que nous allons en réalité suivre plusieurs versions du personnage.

Si le premier tome naviguait entre Hard-SF, Postcyberpunk et Science-Fiction Trans-/Post-humaniste, c’est ce dernier aspect et lui seul qui caractérise cette suite. En effet, la progression du niveau technologique ces deux derniers siècles fait que l’univers du roman s’est éloigné des exigences de plausibilité scientifique qui caractérisent la Hard-SF.

Signalons (ça vous aura probablement sauté aux yeux) une couverture triste, cliché et un peu cheap. C’était pareil pour le tome 1 en édition grand format, pour lequel j’aurais, et de loin, préféré avoir droit à la couverture de l’édition poche, nettement plus esthétique et recherchée. Enfin, un point très important à signaler est qu’il me paraît impossible de lire ce tome 2 comme un one shot, sans avoir lu le roman précédent (alors que c’est possible dans certains autres cycles, comme celui de Stephen Aryan, pour rester chez le même éditeur).  Continuer à lire « Sous le vent d’acier – Alastair Reynolds »

Saison de gloire – David Brin

Un planet-opera féministe, initiatique et orienté SF biologique de très grande qualité, mais avec quelques défauts le privant du statut de chef-d’oeuvre

saison_de_gloireSaison de gloire est une réédition du roman La jeune fille et les clones de David Brin, dont le nouveau titre est beaucoup plus conforme à celui de la VO (Glory Season). Paru en 1993 (1997 pour la VF), ce livre, s’il n’est pas le plus connu de son auteur (il est largement éclipsé, en terme de notoriété, par le cycle de l’élévation), est en revanche un des plus réussis. Il parvient, en effet, à réaliser une alliance très rare : celle de l’aventure et du sense of wonder propre à la SF de divertissement avec la profondeur des thématiques et de leur exploitation propre à la SF (pour reprendre l’expression de Vandana Singh) « signifiante ». C’est aussi un planet opera, un roman initiatique et une histoire de Science-fiction à dominante biologique d’une très grande qualité (il fait d’ailleurs partie de mon « cycle » de lectures SF orientées biologie). Pourtant, il reste affligé de certains défauts, dont certains assez agaçants, qui font que personnellement, je ne le classifierais pas dans mes romans « cultes ». C’est « juste » un excellent roman, pas un chef-d’oeuvre. Continuer à lire « Saison de gloire – David Brin »