Dark Matter – Blake Crouch

Le chat l’homme de Schrödinger

dark_matter_crouchBlake Crouch est un écrivain américain exerçant dans les registres de la Science-fiction, de l’horreur et du thriller. Il est plus particulièrement connu pour être l’auteur de la trilogie ayant servi de base à la série télévisée Wayward Pines. Le protagoniste de Dark Matter (rien à voir avec la série ou le comic du même nom), Jason, alors qu’il fait des courses, est kidnappé par un homme masqué, qui lui pose tout un tas de questions personnelles, lui vole ses vêtements, puis lui injecte des drogues. Lorsque Jason se réveille, quelques heures plus tard, il n’est plus dans une usine désaffectée, mais dans un laboratoire, où on l’accueille comme le messie, disant que cela fait 14 mois qu’il a disparu en réalisant une expérience scientifique révolutionnaire. Tout le monde le connaît, mais lui ne connaît personne. Il s’enfuit, retourne chez lui, découvre une maison à la décoration complètement différente, vide de sa femme et de son fils. Après quelques recherches, il s’avère que Daniela ne s’est jamais mariée avec lui, et donc que leur fils Charlie n’est jamais né. A partir de là, personnage et lecteur vont se poser tout un tas de questions : est-il fou ? Est-ce une expérience, un mauvais trip, un jeu de télé-réalité à la Truman Show ? Ou la vérité est-elle bien plus extraordinaire que cela ?

D’habitude, je ne spoile pas le contenu d’un livre dans sa critique. Mais pour pouvoir réaliser celle-ci, je vais devoir le faire, à un certain degré. Du coup, si vous poursuivez votre lecture, sachez qu’une partie des secrets du livre vous sera révélée. Personnellement, je m’étais lourdement auto-spoilé avant de le commencer en lisant des critiques US ou françaises devant m’aider à valider (ou pas) mon achat, donc je peux dire en toute confiance que le roman reste prenant malgré ça. Toutefois, vous êtes désormais prévenus (dans le même ordre d’idée, ne jetez pas un coup d’œil au classement par catégories de ce roman sur ce blog…).  Continuer à lire « Dark Matter – Blake Crouch »

Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : Hors-série – Voyages dans le temps, uchronies, mondes parallèles et Portal Fantasy

ApophisBon, cet article n’était pas vraiment prévu (en tout cas pas à ce stade de la série), mais en attendant l’article n°3 (d’ici une semaine, à priori), qui fait le point sur les principaux sous-genres de la Fantasy, je vous propose un hors-série devant expliquer les différences entre Voyages dans le temps, Uchronies, Mondes parallèles et Portal Fantasy. Parce qu’il se trouve que je me suis aperçu que certaines distinctions n’étaient pas forcément claires pour tout le monde.

Je vous rappelle que comme chaque article de cette série, celui-ci reflète ma conception personnelle de la taxonomie de la SFFF, et ne correspondra donc pas forcément à celles que vous pouvez trouver par ailleurs sur le net ou dans des ouvrages spécialisés. Continuer à lire « Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : Hors-série – Voyages dans le temps, uchronies, mondes parallèles et Portal Fantasy »

Un secret de famille – Charles Stross

Américains, vikings et victoriens

secret_famille_strossUn secret de famille est le « second » tome du cycle des Princes-marchands, après Une affaire de famille. En réalité, il ne s’agit que de la deuxième moitié d’un roman qui comprenait initialement les tomes 1 et 2. Et pour une fois, les maisons d’édition françaises ne sont pas responsables du découpage, qui a initialement été décidé par l’éditeur anglo-saxon.

Le livre reprend donc là où le précédent s’était (un peu abruptement) arrêté. Mais pas tout à fait, cependant : le premier chapitre nous plonge, là aussi d’un coup, dans un monde d’inspiration Victorienne. « Hein, quoi ? Je croyais que le monde parallèle dans lequel Miriam avait débarqué était d’inspiration (néo)Viking ? », vous insurgez-vous… Et vous avez raison. Sauf que personne n’a jamais prétendu qu’il n’y avait qu’un seul monde parallèle ! (est-ce un spoiler ? Pas vraiment, l’éditeur en parle sur la quatrième de couverture, et de toute façon, si je ne vous révèle pas ce point, ma critique va en gros se résumer à : « C’est bien, achetez-le 😀 ).

Un petit mot sur la présentation : oui, les couvertures des versions poche sont toujours aussi pourries, mais croyez-moi, à côté de celles, signées Jackie Paternoster, des versions Ailleurs & Demain que je possède, ce sont des chefs-d’oeuvre.  Continuer à lire « Un secret de famille – Charles Stross »

Armor – John Steakley

Un curieux roman de SF militaire, qui ne montre pas un seul soldat la moitié du temps et parle finalement plus d’armure psychologique que d’armure de combat l’autre moitié 

armor_steakleyJohn Steakley (1951-2010) était un écrivain texan certes peu prolifique, mais dont les deux seuls romans publiés ont été, dans leur genre, assez marquants : le premier est Vampire$, qui servira de base au film du même nom réalisé par John Carpenter en 1998; le second est le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, sorti en 1984 et considéré comme un classique de la SF militaire (volet terrestre, par opposition au volet spatial à la Weber / Campbell). L’auteur travaillait depuis plusieurs années sur une suite à Armor au moment de son décès, suite qui ne verra donc jamais le jour.

On compare souvent ce roman à Starship Troopers de Robert Heinlein, mais la ressemblance n’est que superficielle, comme je vais vous l’expliquer. Ce livre a aussi une particularité : on change à plusieurs reprises à la fois de protagoniste et de mode de narration, passant de la troisième à la première personne, et inversement. Un procédé qui, sans être unique, n’en est pas moins assez peu courant, particulièrement en SF.  Continuer à lire « Armor – John Steakley »

Au-delà du gouffre – Peter Watts

Pas besoin de champ magnétique pour croire en Watts, dieu de la Hard SF

gouffre_wattsAu-delà du gouffre est un recueil de 16 nouvelles, écrites entre 1990 et 2014 par Peter Watts. Onze d’entre elles sont totalement inédites en français, tandis qu’une autre (Nimbus) est proposée dans une nouvelle traduction. L’auteur canadien, biologiste de formation, spécialiste des fonds marins et de leur faune, est un des écrivains de (Hard) SF les plus éblouissants apparus ces trois dernières décennies. J’ai personnellement un énorme respect pour sa démarche, qui consiste à ne jamais sous-estimer, et encore moins insulter, l’intelligence de son lecteur en lui offrant du pré-mâché. Son oeuvre est riche, complexe, mais si vous faites l’effort de tenter d’y entrer, vous serez récompensé par des textes d’une rare inventivité, basés sur les théories les plus pointues de notre bien réelle science du XXIe siècle (à la Greg Egan, mais en -un peu- plus accessible au commun des mortels). Inutile, donc, de dire à quel point j’attendais la sortie de ce livre avec impatience, en immense fan de Hard-SF que je suis.

Ajoutons que la co-édition concoctée par le Belial’ et Quarante-deux (qui signe la préface, qui comprend une allusion à Orson Scott Card et à la polémique qui l’entoure que j’ai beaucoup appréciée) est superbe, avec sa couverture à rabats signée Manchu.  Continuer à lire « Au-delà du gouffre – Peter Watts »

Une affaire de famille – Charles Stross

Une Cendrillon 2.0 atterrit chez des Medicis vikings portant le costume à rayures, l’épée et le fusil d’assaut

affaire_famille_strossUne affaire de famille est un roman de Charles Stross, sorti en France en 2006. C’est le premier volume d’un cycle qui en compte actuellement six, bientôt sept, et à terme (janvier 2019, en VO), neuf (divisés en trois sous-trilogies). Seuls les quatre premiers ont été traduits. Il s’agit d’une histoire qui met en scène des gens qui ont le pouvoir de passer de leur monde (parallèle), qui est resté bloqué au stade du début de la Renaissance, au nôtre, ce qui leur permet de faire de… hum… l’import / export  transdimensionnel.

Un mot sur l’auteur : Charles Stross, écrivain anglais truculent et doté d’un solide sens de l’humour, est capable de tout écrire ou quasiment, la plupart du temps avec succès et talent (il est titulaire de trois Hugo et de trois prix Locus) : Hard-SF  transhumaniste (Accelerando), Horreur + espionnage + Fantastique Lovecraftien (cycle de la Laverie), Space-Opera (Crépuscule d’acier et Aube d’acier), anticipation + polar (Halting State), modifications temporelles et post-apocalyptique (Palimpseste), c’est un touche-à-tout de génie.

A noter, une curiosité : initialement, le roman de Stross comprenait ce qui a fini par devenir le tome 1 ET le tome 2, mais son éditeur a décidé de le publier en deux fois (ce qui explique d’ailleurs la fin abrupte de ce livre). Autre particularité : je le possède depuis… dix ans (en édition grand format Ailleurs & Demain), je pense qu’il était donc plus que temps de le lire ! Continuer à lire « Une affaire de famille – Charles Stross »

Latium – Tome 2 – Romain Lucazeau

La Chute d’Hypérion

latium_2Ce roman est donc la suite et la fin de Latium – tome 1. Il présente, avec ce dernier, des différences assez substantielles : comme le soulignait FeydRautha dans son excellente critique, il existe plusieurs grilles, ou strates, de lecture pour Latium-1 ; roman de SF, tragédie grecque, livre de philosophie, les angles d’analyse ou de vision sont multiples. C’est d’ailleurs ce qui participait à l’intérêt considérable de cette oeuvre. Latium-2 est, à mon sens, différent : si l’aspect tragédie / théâtre est encore fort, l’aspect philosophique est moins présent, et par contre l’aspect SF est (du moins, c’est mon ressenti) nettement plus mis en avant. Ce qui a une conséquence immédiate et tout à fait concrète : une plus grande facilité de lecture (non pas que le tome 1 ait été difficile à lire, c’est juste que son successeur est plus direct, dirons-nous).

Mais là n’est pas l’essentiel, qui est que Latium-2 ne concrétise pas tout à fait les considérables espoirs nés à la lecture de son prédécesseur : si je prends en compte l’ensemble du roman (tome 1 + 2), je me retrouve devant un très bon livre (de SF, mais pas que, comme nous l’avons vu), un premier roman par bien des côtés impressionnant, mais cependant affligé de défauts trop importants pour que je le qualifie de chef-d’oeuvre. En fait, il me fait penser à La Chute d’Hypérion de Dan Simmons (l’influence principale de ce tome 2, et de très loin) par rapport à Hypérion : tout en étant un très bon livre, le premier ne parvenait pas à se hisser aux hauteurs stratosphériques du second, et, quelque part, décevait. Pour Latium-2, c’est la même chose : cette seconde partie met du temps à trouver son (ou plutôt un) rythme, elle use et abuse des cliffhangers faciles et d’une quantité effroyable de Deus ex Machina, se révèle extrêmement prévisible et beaucoup, mais alors beaucoup trop marquée par l’influence écrasante de Simmons, Banks et quelques autres. Continuer à lire « Latium – Tome 2 – Romain Lucazeau »

Existence – David Brin

Une réponse magistrale au paradoxe de Fermi, un monument de Hard-SF

existence_brinOn ne présente plus David Brin, surtout pas sur ce blog où il a déjà fait l’objet de trois critiques différentes. Existence, publié en VO en 2012, signe son retour à l’écriture de romans après une pause… de dix ans. Sachant que Brin est capable du meilleur (Marée stellaireSaison de gloire) comme du pire (je garde un souvenir pénible de la lecture de Terre), je ne savais pas trop à quoi je devais m’attendre en commençant ce nouveau livre. Et ce même si les retours des blogueurs francophones sur la VO sont très bons. Au final, c’est tout simplement une énorme baffe : j’ai dévoré ce roman avec un enthousiasme qui n’est plus vraiment courant chez moi, un peu blasé que je suis par la lecture de dizaines de livres de SFFF par an. Ce qui va d’ailleurs rendre cette critique un peu compliquée à rédiger : en effet, une grande partie du plaisir ressenti à la lecture d’Existence tient à la révélation progressive de vérités englobées dans des couches successives de mensonges ou de trompe-l’oeil, aussi l’art délicat de la chronique sans spoil va devoir être appliqué avec adresse afin de conserver intact votre plaisir de lecture.  Continuer à lire « Existence – David Brin »

Coeurs d’acier – H. Paul Honsinger

Un roman plus proche de Jack Aubrey que d’Honor Harrington, très sympathique mais qui ne se hisse pas vraiment à la hauteur des cycles de référence en SF militaire

honsinger_vol1_def.inddH. Paul Honsinger est un écrivain américain natif de Louisiane et vivant désormais en Arizona. Cœurs d’acier est le premier roman d’une trilogie de SF militaire (De haut bord), présentée par l’Atalante comme étant dans la lignée des cycles d’Honor Harrington ou de la Flotte perdue. Une seconde trilogie est d’ores et déjà en chantier, et d’autres romans sont prévus dans un futur indéterminé.

Ce livre raconte l’histoire de Max Robichaux, un Cajun de 28 ans, qui se voit confier le commandement de l’USS Cumberland, un destroyer chargé d’aller jouer au corsaire dans une zone spatiale franche où s’approvisionnent les Krags (des extraterrestres dont le Dieu a décrété que la race humaine devait être détruite) et de perturber leur ravitaillement et leurs échanges commerciaux. Une tâche qui va s’avérer d’autant plus périlleuse que l’équipage de son nouveau bâtiment a une lourde réputation d’inefficacité, et que certains de ses officiers vont se mutiner contre sa reprise en main de la situation et une mission perçue comme quasi-suicidaire…

Vous remarquerez l’illustration de couverture de très grande qualité, signée Gene Mollica. Le personnage très réaliste, l’effet de perspective et le remarquable travail sur les couleurs sont admirables. La troisième de couverture nous montre les illustrations des tomes 2 et 3, qui sont… encore plus belles !  Continuer à lire « Coeurs d’acier – H. Paul Honsinger »

La miséricorde de l’Ancillaire – Ann Leckie

Miséricorde, c’est enfin fini… (ou pas)

misericordeLa miséricorde de l’Ancillaire est le troisième volume des Chroniques du Radch. Ce n’est cependant pas l’ultime roman qui se déroule dans cet univers : la publication d’un nouveau livre est prévue (en VO) pour l’automne 2017 (je ne sais pas, par contre, s’il reprendra l’intrigue et les personnages de la trilogie existante, même si l’annonce faite à son sujet par l’éditeur anglo-saxon laisse à penser que ce sera le cas).

Ce roman a reçu (comme ses deux prédécesseurs) le prix Locus, édition 2016. Après un tome 2 qui faisait si peu avancer l’intrigue principale qu’il tenait en fait plus du tome 1 bis que du tome intermédiaire classique d’une trilogie, ce tome 3 lui donne-t-il une conclusion satisfaisante, voire « brillante », comme le prétend la quatrième de couverture ? Sans grande surprise, la réponse est non. Continuer à lire « La miséricorde de l’Ancillaire – Ann Leckie »