L’épée de l’Ancillaire – Ann Leckie

Un roman nettement meilleur que le premier tome, mais toujours caractérisé par de nombreux défauts et d’un intérêt discutable

ancillary_swordCe roman, titulaire du prix Locus, est la suite de La justice de l’Ancillaire et le second des trois volumes des Chroniques du Radch. Deux constatations préliminaires : premièrement, l’éditeur nous propose le tome 2 juste un peu plus de six mois après la sortie du tome 1, ce qui est appréciable ; deuxièmement, il a fait un effort de présentation, la couverture étant nettement plus esthétique que celle du roman précédent du cycle.

Le premier tome est arrivé précédé d’une réputation flatteuse, notamment générée par le gain de la totalité des prix les plus prestigieux en matière de SF (Hugo, Nebula, etc). La réception du public français a été très contrastée : pour certains, c’est un chef-d’oeuvre de SF intelligente, sensible, militaire mais non-militariste ; pour d’autres, c’est un roman aux choix de traduction contestables (rendant la lecture pénible), à l’univers sans originalité et au rythme quasi-absent (sauf dans les 50 dernières pages).

Quoi qu’il en soit, malgré un avis mitigé sur le tome 1, j’ai fait le choix de donner sa chance à l’auteure en me lançant, dès sa sortie, dans la lecture de l’Épée de l’Ancillaire. Alors, ce roman est-il plus rythmé et plus intéressant que son prédécesseur ? Le tome 3 sera-t’il dans mon programme de lecture ? Continuer à lire « L’épée de l’Ancillaire – Ann Leckie »

Extinction Game – Gary Gibson

Original sur certains aspects, pas du tout sur d’autres, mais en tout cas passionnant

Je tiens à remercier les éditions l’Atalante pour m’avoir permis de lire la version française de ce roman en avant-première. 

Extinction_game_VFCe roman est le premier de la duologie de l’Apocalypse, et le neuvième livre de SF de l’auteur. Cet écossais est membre du Cercle d’écrivains de SF de Glasgow, qui existe depuis pratiquement trente ans et dont un autre membre éminent est Hal Duncan.

Il s’agit d’un mélange entre SF (post-apocalyptique + univers parallèles) et thriller (cet aspect étant particulièrement réussi). Ceux qui ont pensé à Patrick Lee n’ont rien gagné, c’était trop facile. Sauf qu’ici tout est poussé beaucoup plus loin que chez cet écrivain. Si le mélange post-apocalyptique / univers parallèles et le concept d’une organisation allant recruter ses agents dans d’autres univers ne sont pas originaux, ce roman n’en est pas moins un redoutable page-turner qu’on lit avec frénésie et plaisir. Le début du roman n’est d’ailleurs, à ce titre, pas forcément représentatif, surtout si vous êtes un vieux de la vieille habitué à lire des histoires mettant en jeu des terres alternatives. Enfin, il y a un certain aspect optimiste qui étonne dans un contexte post-apocalyptique. Continuer à lire « Extinction Game – Gary Gibson »

World of water – James Lovegrove

Globalement moins intéressant que le tome 1, mais avec une fin surprenante qui rattrape tout le reste

world_of_waterCe roman (en anglais) est le second tome des aventures de Dev Harmer, après World of fire. On rappelle le principe de ce cycle : Dev, agent d’Interstellar Security Solutions, voit sa conscience transférée de planète en planète dans des corps clonés, adaptés aux conditions locales, afin de régler les problèmes provoqués par les agents de Polis+, la nation IA avec laquelle la Diaspora est désormais en paix après avoir mené une longue guerre. Paix qui n’empêche donc pas les coups fourrés, du type sabotage, subversion et sédition. La particularité de la série est que chaque monde visité (un par tome) est caractéristique d’un type de planète donné : thermoplanète (similaire à Mercure) dans le tome 1, planète-océan dans ce tome 2. Comme à la fin de World of fire, le dernier chapitre du livre nous donne un aperçu de la prochaine mission de Dev (sur la planète « de vacances » Pearl 2) et le titre du livre suivant : World of air. L’aspect « élémentaire » (comme on dit en Fantasy) se confirme donc, et on peut parier sans grand risque sur un tome 4 qui s’appellera World of earth.

World of fire était intéressant et agréable à lire, sans pour autant révolutionner le genre ou accéder au statut de chef-d’oeuvre : en est-il de même pour ce tome 2 ? Je précise qu’à condition de connaître les bases de l’univers (transfert de conscience, guerre froide avec la civilisation IA Polis+), vous pouvez tout-à-fait lire ce tome 2 de façon indépendante, les romans du cycle étant assez peu connectés entre eux (à part par un héros commun).  Continuer à lire « World of water – James Lovegrove »

Le marteau de Thor – Stéphane Przybylski

Très bon roman, bon second tome, mais je ne suis toujours pas pleinement convaincu

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Ce roman est le second tome de la Tétralogie des Origines, après Le château des millions d’années. Il en a toutes les qualités (le côté haletant qui fait qu’on le dévore plus qu’on ne le lit, la reconstitution historique absolument sidérante de précision, l’ambition et la maîtrise de la structure narrative, la richesse et la complexité des personnages – du moins la plupart-), mais on y retrouve également certains des défauts du premier tome (la structure à base de flash-backs un peu trop exigeante principalement).

J’ai également constaté dans ce tome 2 l’apparition de nouveaux défauts ou l’aggravation de défauts existants qui font que, malgré d’indéniables et importantes qualités, je ne suis toujours pas à 100 % convaincu par cette Tétralogie pour le moment.  Continuer à lire « Le marteau de Thor – Stéphane Przybylski »

Le dragon ne dort jamais – Glen Cook

Ad Astra

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Bien que Glen Cook soit archi-connu pour son cycle de la Compagnie Noire, un monument de Dark Fantasy, il a aussi publié un certain nombre de livres de Science-Fiction, dont celui-ci. Comme on pouvait s’y attendre avec cet auteur, il s’agit de SF militaire, mais pas seulement : en effet, les influences de Iain Banks et de Frank Herbert planent également sur cet univers (même si elles sont éclipsées par une influence historique, celle de l’Empire Romain). Enfin, je lui trouve des points communs avec pas mal d’œuvres postérieures, du Grand Vaisseau de Robert Reed à La justice de l’Ancillaire d’Ann Leckie (à vrai dire, avant de le lire, c’est un peu comme cela que j’avais imaginé l’univers de ce dernier livre).

J’entame, avec ce roman, mon exploration de l’oeuvre de Glen Cook, qui se poursuivra avec une moyenne d’un livre par mois (ce qui peut signifier deux dans le même mois ou aucun un mois donné, tout dépendra de la densité de nouveautés le mois en question).

Ce n’est clairement pas un livre facile : l’immersion n’est pas graduelle, mais brutale. Bref, il est exigeant, mais est-il intéressant ?  Continuer à lire « Le dragon ne dort jamais – Glen Cook »

Les enfermés – John Scalzi

Le roman de la maturité littéraire

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John Scalzi a jusqu’ici publié deux types assez distincts de romans : d’une part une série de SF militaire (Le vieil homme et la guerre), et d’autre part des romans de SF isolés, ayant pour la plupart une particularité les distinguant de la SF standard : relever de la science-fantasy (Deus in machina) ou de l’humour, voire la parodie (Redshirts, Imprésario du troisième type). Rien de tel ici, et on comprend, dès la quatrième de couverture, que le désopilant ne va pas vraiment être de la partie. Cela ne veut pas dire que l’humour est absent, mais que le ton général est autre. Après tout, on parle d’une effroyable pandémie et on suit une enquête pour meurtre…

Signalons qu’un second texte est proposé à la suite du roman, dans lequel de nombreux narrateurs détaillent les événements à l’origine du nouveau monde décrit dans le livre. Ce texte, très vivant et d’une richesse exceptionnelle en terme de worldbuilding, est un gros plus par rapport au roman, qu’il complète efficacement (j’en reparle en fin de critique). Continuer à lire « Les enfermés – John Scalzi »

L’ombre de Saganami – David Weber

Une sorte de best-of des premiers tomes de la saga principale, une série dérivée quasi-indispensable à la compréhension des tomes 11 et plus de cette dernière

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Il s’agit du premier livre d’une seconde série dérivée du cycle Honor Harrington, après La couronne des esclaves qui inaugure le cycle dérivé du même nom (c’est bon, vous suivez ?). Cette seconde série dérivée, donc, connue en anglais sous le nom de Saganami, comprend pour le moment trois tomes, dont les deux premiers ont été coupés en deux livres chacun dans l’édition française. Ces 3 tomes sont donc : L’ombre de Saganami, qui nous occupe aujourd’hui, suivi de L’ennemi dans l’ombre, lui-même suivi par L’ombre de la liberté.

Comme avec toute série dérivée, et particulièrement celles d’Honor Harrington, vous vous posez probablement un certain nombre de questions, auxquelles je vais tenter de répondre le mieux possible afin de vous aider à déterminer si cet achat sera pour vous pertinent… ou pas : Continuer à lire « L’ombre de Saganami – David Weber »

Un feu sur l’abîme – Vernor Vinge

Un roman de référence sur le thème de la Singularité… et pour cause

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Vernor Vinge est un professeur de mathématiques (désormais en retraite), un expert de haut niveau en matière d’informatique, et un des grands noms du mouvement transhumaniste. Son nom reste attaché à un essai paru en 1993 dans lequel il prédit, en se basant sur la Loi de Moore, l’émergence d’une super-intelligence artificielle aux alentours de 2035, un phénomène connu sous le nom de Singularité. En clair, l’émergence de cette intelligence supérieure non-humaine rend la destinée (ou la survie…) de l’humanité complètement floue, imprévisible, à partir de ce point. La Singularité a été envisagée dès les années 50, mais c’est Vinge qui l’a le mieux définie et fait connaître.

Mais Vernor Vinge est aussi un écrivain de SF, bien qu’extraordinairement peu prolifique :  4 romans seulement sont parus entre 1992 et 2011, sauf que… trois d’entre eux ont obtenu le prix Hugo, le plus prestigieux du genre. Le premier, chronologiquement parlant, de ces prix Hugo est le roman qui nous occupe aujourd’hui, Un Feu sur l’abîme. C’est une oeuvre extrêmement originale et visionnaire à de multiples niveaux, comme je vais tenter de vous le démontrer.

Continuer à lire « Un feu sur l’abîme – Vernor Vinge »

Cookie Monster – Vernor Vinge

Dixie Mae a le sentiment qu’elle n’est plus au Kansas

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Etant donné que je vais vous reparler très prochainement en détails de cet auteur, je ne vais pas vous faire sa bio dans cette critique, vous pourrez en apprendre plus sur lui, si vous ne le connaissez pas, dans celle d’Un feu sur l’abîme.

Cette histoire est ce que les américains appellent une novella (en France, nous employons plus volontiers le terme de « roman court »), c’est-à-dire un texte dont le nombre de mots est situé entre ceux d’une nouvelle et d’un roman. C’est le troisième sorti dans une nouvelle collection, Une heure-lumière, créée par Le Belial’ et tout spécialement dédiée à ce format intermédiaire, ainsi qu’à la publication de textes primés (Hugo, Nebula) mais jusqu’ici inédits.

Personnellement, je salue cette initiative : des textes de qualité, inédits, une édition soignée, de grands auteurs, un prix attractif, que demande le peuple ? De plus, j’ai la nostalgie de cette époque, lorsque j’étais adolescent, où on trouvait de courts romans (chez Pocket SF, principalement), de moins de 280 pages, en gros (et souvent de 150-220) pas chers, de qualité et lus en une après-midi pluvieuse ou une longue soirée lecture. Il y avait notamment des tonnes de Moorcock, qu’on ne trouve plus aujourd’hui à l’unité, seulement en Intégrales. Continuer à lire « Cookie Monster – Vernor Vinge »

Marée Stellaire – David Brin

Un incontournable de la science-fiction centrée sur les extraterrestres, un modèle de construction d’univers

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C’est avec une grande déception et une certaine tristesse que j’ai récemment fait une critique impitoyable (mais correspondant honnêtement à mon ressenti) d’un roman de David Brin, auteur que j’apprécie particulièrement par ailleurs. Pour ceux qui ne connaîtraient pas son oeuvre, il me semblait donc très important de « rééquilibrer la balance » en leur présentant son livre le plus emblématique et le plus réussi, Marée Stellaire. Sorti en VO en 1983, ce roman est titulaire à la fois du prix Hugo et Nebula, ce qui en fait, sur ce plan, l’égal de références prestigieuses comme Dune, Neuromancien ou, pour rester dans le Planet Opera, l’Anneau-Monde de Larry Niven. Il s’agit du second livre d’un cycle, dit de l’Élévation, mais c’est pour moi le véritable début de ce dernier.

Mais, allez-vous me demander, qu’est-ce qui rend ce roman si intéressant, pour ne pas dire incontournable, qu’est-ce qui en fait un des romans « cultes » d’Apophis  ? La réponse est simple : son univers. Continuer à lire « Marée Stellaire – David Brin »