World of water – James Lovegrove

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Globalement moins intéressant que le tome 1, mais avec une fin surprenante qui rattrape tout le reste

world_of_waterCe roman (en anglais) est le second tome des aventures de Dev Harmer, après World of fire. On rappelle le principe de ce cycle : Dev, agent d’Interstellar Security Solutions, voit sa conscience transférée de planète en planète dans des corps clonés, adaptés aux conditions locales, afin de régler les problèmes provoqués par les agents de Polis+, la nation IA avec laquelle la Diaspora est désormais en paix après avoir mené une longue guerre. Paix qui n’empêche donc pas les coups fourrés, du type sabotage, subversion et sédition. La particularité de la série est que chaque monde visité (un par tome) est caractéristique d’un type de planète donné : thermoplanète (similaire à Mercure) dans le tome 1, planète-océan dans ce tome 2. Comme à la fin de World of fire, le dernier chapitre du livre nous donne un aperçu de la prochaine mission de Dev (sur la planète « de vacances » Pearl 2) et le titre du livre suivant : World of air. L’aspect « élémentaire » (comme on dit en Fantasy) se confirme donc, et on peut parier sans grand risque sur un tome 4 qui s’appellera World of earth.

World of fire était intéressant et agréable à lire, sans pour autant révolutionner le genre ou accéder au statut de chef-d’oeuvre : en est-il de même pour ce tome 2 ? Je précise qu’à condition de connaître les bases de l’univers (transfert de conscience, guerre froide avec la civilisation IA Polis+), vous pouvez tout-à-fait lire ce tome 2 de façon indépendante, les romans du cycle étant assez peu connectés entre eux (à part par un héros commun). 

Le contexte

Je ne vais évidemment pas vous reparler du contexte général de l’univers (référez-vous à la critique du tome 1 pour cela), mais, Planet Opera oblige, je vais vous parler du contexte particulier de ce tome 2. Cette fois, Harmer se réveille sur Triton, une planète-océan du système de Beta Ophiuchi. Cette ancienne boule de glace s’est retrouvée, suite à un basculement de son axe de rotation, dotée d’un océan profond de 24 km. Ses deux lunes ont des effets de marée si importants que cette dernière peut atteindre les dix mètres, sans compter des ouragans dix fois plus puissants que ceux de notre bonne vieille Terre.

Ce ne sont pas tant les caractéristiques physiques de ce monde qui sont importantes, cependant, que sa position spatiale, un peu au-delà de la frontière qui sépare l’espace humain de celui de Polis+. Ce qui en fait, évidemment, un poste d’observation idéal.

Harmer est une fois encore doté d’un corps cloné adapté aux conditions locales, sauf que cette fois, les gènes utilisés ne sont pas synthétiques ou animaux, mais proviennent de l’espèce indigène, les Tritoniens. Il est donc, entre autres, doté de branchies, de membranes nictitantes, de doigts palmés, d’une peau modifiée, et de photophores (cellules bioluminescentes) sur le visage  afin de communiquer sous l’eau. Sauf qu’il y a eu un problème pendant la nano-fabrication du corps : au moment où le transfert de sa personnalité s’achève, son corps d’emprunt n’a plus que 72h maximum à vivre (et encore, avec des injections périodiques de nucléotides), ses cellules s’auto-détruisant en raison d’une anomalie dans le processus de clonage. Autant dire que remplir sa mission ne va pas être de tout repos en un temps si court…

Colonel, Mission ! 

ISS a l’habitude de « larguer » ses agents sur le lieu de l’action sans qu’ils aient une idée précise de la présence ou pas des agents ennemis ou de leur localisation, et cette fois-ci, Dev n’échappe pas à la règle. Polis+ pourrait être responsable de la montée en puissance des actions anti-humaines perpétrées par les êtres indigènes, mais ce pourrait tout aussi bien être un mouvement de résistance purement local, qui se serait radicalisé tout seul (passant du simple sabotage à des actions entraînant des pertes humaines). Il faut donc aller enquêter sur le plus grand site de peuplement de la planète, une confluence de trois cités flottantes située aux tropiques de Lei Gong (connus pour leur météo épouvantable). Et pendant ce temps, l’horloge infernale marquant l’auto-destruction de son corps fait tic-toc pour Dev Harmer…

Style & rythme

On retrouve le très bon rythme de World of Fire (ce qui signifie qu’il se passe tout le temps quelque chose et que les révélations sont faites avec un bon timing, pas forcément que ce qui se passe est toujours intéressant), avec ces chapitres bien dosés, ni trop longs, ni trop courts, et surtout le ton sarcastique et irrévérencieux du protagoniste qui était jouissif dans ce roman. Par exemple, alors que Dev s’habille, le responsable local d’ISS lui demande :

– Mr Harmer ? Vous êtes décent ?

– Jamais.

Ou alors quand la même personne demande à Harmer comment il s’en est sorti alors qu’ils viennent de subir une attaque par un super-prédateur local, il répond quelque chose du genre :

J’aurais aimé prétendre que je lui ai fichu une trouille bleue avec mon aura de pur salaud-de-dur-à-cuire, mais il se trouve que j’ai eu de l’aide.

Une petite dernière pour la route (je ne vous en propose pas de traduction, c’est le genre de jeu de mot qui ne passe justement pas la barrière anglais / français) :

– But you know Kung Fu or something

– (Harmer) No, i don’t. I know Dumb Fu, the ancient art of dealing with morons.

Bref, personnellement, j’adore, ce n’est pas un langage intentionnellement ordurier histoire d’être racoleur comme on en croise malheureusement de plus en plus en Fantasy (gritty), mais ça donne une gouaille, une identité, une personnalité irrésistible au protagoniste. Cerise sur le gâteau, dans ce tome 2 Harmer se retrouve flanqué d’une dizaine de Marines (des vrais de vrais, hein, des Marines-de-la-mer, pas des Space Marines !), tous des femmes, menées par la Lieutenante Eydis Sigursdottir. Et autant le dire tout de suite, en matière de sarcasmes et de bons mots, il a désormais une rude concurrence 🙂

Remarquons d’ailleurs, au passage, que les personnages secondaires de ce roman sont bien plus intéressants que ceux de World of fire (peut-être parce que l’auteur leur accorde une place plus grande dans la narration). Les Marines, particulièrement Milgrom, sont un point fort du roman.

Enfin, James Lovegrove est toujours aussi à l’aise et pertinent sur l’aspect scientifique de son monde (à part à la fin, où il parle de l’ADN d’une enzyme : une enzyme est une protéine, elle n’a pas d’ADN), ce qui donne un vague mais fort agréable parfum Hard-SF au roman.

Un aspect SF militaire

La présence des Marines donne à World of water un aspect SF militaire qui était absent du tome précédent. L’équipe de Dev va se retrouver très rapidement en conflit armé avec les indigènes les plus radicaux qui, s’ils ne possèdent pas de vaisseaux interstellaires, sont néanmoins dotés de véhicules et d’armes de nature biomécanique tout ce qu’il y a de redoutable (qui donnent un petit côté Abyss à la chose, au passage). D’ailleurs, puisqu’on parle de références, on pense aussi à Avatar et évidemment à Aquablue (le second ayant, paraît-il, inspiré le premier) : les Tritoniens veulent renvoyer chez eux ces êtres d’outre-espace (= les humains) qui exploitent les ressources de leur planète. Mais pour les terriens, l’aspect économique n’est rien par rapport au point de vue unique sur les activités de Polis+ qu’offre ce monde, qui ne se contente pas de se trouver devant la porte de l’ennemi, mais qui se paye le luxe d’être un peu au-delà.

Thèmes

On retrouve une réflexion (assez convenue, il faut bien le dire) sur la façon, pour des troupes d’occupation, de traiter les indigènes et de ne pas tous les fourrer dans le même sac. Certes, il y a parmi eux des extrémistes, prompts aux actions meurtrières, mais tous ne se comportent pas ainsi.

Mais il faut préciser qu’une prophétie, donc des aspects religieux, s’ajoutent aux aspects politiques : le Dieu sous la Mer (également connu sous le nom de Roi de Glace) est supposé s’éveiller bientôt de son long sommeil et détruire le monde, parce qu’il est désormais dominé par les impies (traduisez les humains). L’adorer, c’est donc légitimer toute violence. A l’opposé, d’autres Tritoniens, adeptes du Mouvement Nautilus, sont des rationalistes prônant la coopération et le dialogue, opposés au chaos et à la brutalité. Vous l’aurez donc compris, il y a un parallèle évident avec notre bon vieux monde, puisque le livre nous parle de terroristes religieux extrémistes dirigeant une insurrection contre des forces d’occupation. Il y a aussi un parallèle interne à cet univers, puisque le Mouvement Nautilus, rationaliste, dans sa lutte contre les zélotes adeptes du Roi de Glace, est un reflet de la Diaspora humaine, qui a abandonné toute forme de religion, contre les fanatiques de Polis+ et leur foi absolue en la Singularité.

Présentation

(je précise que j’ai lu la version électronique de ce roman)

La couverture est très réussie, mais en revanche, il y a bien des choses à dire sur une des polices de caractères utilisée pour le texte. En effet, pour les communications sous-marines par bioluminescence avec les indigènes, l’auteur change de police. C’est ce qui, en général, est fait, tout livre confondu, pour marquer, par exemple, des pensées du protagoniste ou une communication télépathique. En général, on utilise l’italique pour démarquer cette partie de la narration des dialogues « normaux » et des descriptions. Sauf qu’ici, l’italique est déjà utilisé pour autre chose.

L’auteur (l’éditeur ?) a donc employé une autre police, et le moins qu’on puisse dire est que son choix est contestable : elle ressemble à de l’écriture manuelle, premier point, et la taille de police utilisée est trop petite (sans compter que le trait peu épais la rend d’autant plus difficile à lire). Je vous laisse donc imaginer à quel point il est pénible de lire ces parties de texte en anglais, dans une police type écriture manuelle et avec des lettres pas très nettes (trait trop fin) et trop petites… Bref, au bout d’un moment, ça crée plus d’agacement et de déplaisir qu’autre chose… Le choix du gras, ou d’une police plus type machine à écrire (mais différente de la police principale du texte) aurait été beaucoup plus pertinent, à mon sens.

Un intérêt en dents de scie

Si le rythme des révélations est bien dosé, et s’il se passe quasiment tout le temps quelque chose, le problème est qu’il y a un gros trou d’air dans l’intérêt ressenti par le lecteur pour les événements qui se déroulent pendant une partie du livre. Ils sont soit trop prévisibles, soit trop convenus (je trouve souvent les parallèles avec le monde réel maladroits, mais là, tout ce parallèle avec l’intégrisme et les insurgés pendant l’invasion de l’Irak / Afghanistan est un peu lourd, il faut bien le dire), soit pas super-réalistes (j’ai de gros doutes sur les algues intelligentes, personnellement), soit juste ennuyeux. J’ai donc franchement lu en diagonale pendant un moment (sachant que le problème de police de caractères fait qu’on s’agace d’autant plus vite), du moins jusqu’à la visite de Dev dans les abysses de l’océan planétaire, à partir de laquelle mon attention est revenue.

Mon souci est aussi que je trouve qu’il y a trop de parallèles avec l’histoire du roman précédent du cycle, même si, type de planète totalement différent oblige, l’ambiance n’est évidemment pas la même. Enfin, les retournements de situation incessants, s’ils donnent du rythme, finissent par être un peu fatigants. Globalement, j’ai trouvé que l’auteur ne maîtrisait pas autant son récit que dans le roman précédent du cycle.

Du moins, tout ceci est vrai jusqu’à l’avant-dernier chapitre du roman : là, on s’aperçoit que l’auteur nous a mené en bateau (enfin bon, pour un livre qui s’appelle World of water, c’était facile en même temps 🙂 ), et il fait certaines révélations qui complexifient l’univers et promettent du coup un tome 3 plus que passionnant. Sans compter que le chapitre précédent comprend une scène formidable avec les Marines, ce qui fait qu’après un trou d’air dans le dernier tiers du livre, la fin de ce dernier est franchement réussie.

En conclusion

J’ai globalement trouvé ce tome 2 moins intéressant, avec un intérêt en dents de scie et une maîtrise de la narration plus inégale que dans le premier (où je ne me suis jamais ennuyé). Pour autant, la fin rattrape tout le reste, et donne de l’envergure supplémentaire à l’univers. Au final, ça reste une lecture intéressante, et non seulement je lirai le tome 3, World of air, mais je peux dire que le petit teaser en fin de roman est plus qu’intrigant et motivant. J’ai aussi beaucoup apprécié la section de Marines féminine, et toujours autant les dialogues impliquant un Dev Harmer aussi sarcastique et irrévérencieux que dans le tome 1.

Niveau d’anglais : moyen.

Probabilité de traduction : très faible.

Pour aller plus loin

Ce roman est le tome 2 d’un cycle : vous serez peut-être intéressé par la lecture de la critique du tome 1

4 réflexions sur “World of water – James Lovegrove

  1. Oh!Oh! Des ladies « Spice » marines ! Avec du caractère, c’est un critère indispensable… Je ne sais pas pourquoi j’ai eu des images de Warhammer tout d’un coup!
    Malgré tes réserves, cela donne vraiment envie de connaître ce roman et ce cycle d’ailleurs. Je n’ai pas eu l’occasion de lire Lovegrove jusqu’ici alors que j’ai souvent vu son nom. Ce serait l’occasion. Est-ce qu’une traduction en français est prévue ?

    PS : je ne comprends pourquoi le « Sur me même thème » cela propose Terremer…

    J'aime

    • Spice Marines, excellent 🙂

      Concernant la traduction, pas à ma connaissance.

      Concernant le « sur le même thème », c’est WordPress qui génère les conseils automatiquement, et à vrai dire j’ai moi aussi du mal à comprendre sur quels critères… Pour le Peter Hamilton, ok, c’est classé dans la même catégorie, mais Atuan, en revanche, en effet, c’est très bizarre…

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: World of Fire – James Lovegrove | Le culte d'Apophis

  3. Pingback: Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 8 – Sous-genres mineurs de la SF | Le culte d'Apophis

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