Les portes de la maison des morts – Steven Erikson

Tel est pris qui croyait prendre

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(Cet article concerne l’édition Calmann-Lévy de ce roman ; pour l’édition Leha, voir ici).

Malgré un titre qui est la traduction de Deadhouse Gates, second tome du cycle du Livre Malazéen des glorieux défunts, et une couverture française qui signale que ce livre est précisément cela, il ne s’agit en fait que d’une partie du tome 2 de la VO (c’est bon, vous suivez ?). Pour lire la totalité de ce dernier, il vous faudra Les portes de la maison des morts plus La chaîne des chiens, ce dernier étant fort improprement dénommé tome III du cycle par l’éditeur français alors qu’il ne s’agit en fait que du 2.5. Les maisons d’édition françaises commencent à me fatiguer sérieusement à couper tout ce qui dépasse 650 pages dans la VO en deux tomes, ça devient pénible à force et ça génère tout un tas de confusions. Je suis bien conscient que ça présente aussi certains avantages pour le lecteur français (des traductions qui arrivent plus vite, moins d’argent dépensé si finalement le tome 1 ne plaît pas, etc), mais par le Saint Gritche, que c’est lourd ensuite à décanter pour essayer de déterminer quel élément de la VF correspond à la VO…

Je ne vais pas revenir sur les (nombreuses) particularités du cycle, si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, je vous invite à vous reporter à la critique du tome 1. Mais entrons plutôt dans le vif du sujet (je précise qu’à partir de maintenant, si je parle de tome 2 ou 3, il s’agira de ceux de la VO, je ne compte pas adopter la numérotation de l’éditeur français : pour désigner le tome III de la VF, j’emploierai désormais l’expression tome 2.5).  Continuer à lire « Les portes de la maison des morts – Steven Erikson »

Les Tombeaux d’Atuan – Ursula Le Guin

Une digne suite du Sorcier de Terremer, aussi profonde, mais adoptant un surprenant point de vue

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Ce second tome du cycle de Terremer est, à mon avis, la digne suite du premier. C’est un roman comme les éditeurs n’en ont plus sorti jusqu’à une date récente (par exemple avec la collection Une heure-lumière proposée par Le Belial’), c’est-à-dire de moins de 160 pages. Aujourd’hui, on appellerait plutôt ça une novella (terme anglo-saxon, désignant un texte dont la longueur le place entre la nouvelle et le roman) ou un « roman court » (désignation française). Lorsque je l’ai acheté, en 91, les petits livres de Fantasy et de SF de ce type étaient nombreux, chez Moorcock par exemple. De nos jours, ils ne sont que rarement vendus séparément s’ils appartiennent à un cycle, mais plutôt sous forme d’intégrale réunissant une partie significative, voire la totalité, du dit cycle.

Si je parle de la longueur de ce tome 2, ce n’est pas par hasard. En général, on s’attend à ce qu’avec aussi peu de pages, le rythme soit soutenu. Après tout, il faut raconter toute l’histoire en moins de 160 pages. Ce n’est pas réellement le cas ici. Oui, l’histoire a un début, un milieu et une fin, mais non, le rythme n’est pas soutenu. Il y a une certaine accélération vers la pré-fin, on va dire (à part les derniers chapitres), mais rien de réellement trépidant, sauf sur un chapitre peut-être.

Non, en fait, s’il y a aussi peu de pages, c’est que, comme à son habitude, Ursula Le Guin ne donne pas dans l’inutile, ne tire pas à la ligne. Et pourtant, le rythme est très lent au début, et il ne se passe pas grand-chose de trépidant, on décrit essentiellement l’ennuyeuse vie quotidienne du protagoniste. Ce qui pourrait venir contredire le début de ce paragraphe, mais ne le fait pas : le but n’est pas d’électriser le lecteur, d’accrocher son attention, le but est d’installer une atmosphère, ce qui est très différent. D’installer une atmosphère ? « Eh, mais on la connaît l’atmosphère de Terremer, on sait tout de Ged, on a lu le tome 1 ! » devez-vous vous dire. Sauf que… Continuer à lire « Les Tombeaux d’Atuan – Ursula Le Guin »

Les jardins de la lune – Steven Erikson

Hors-norme

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Les jardins de la lune est le premier tome d’une… décalogie signée Steven Erikson, auteur canadien de Fantasy et de SF. Le monde imaginaire dans lequel le cycle prend place a été co-créé avec Ian Cameron Esslemont, qui a publié sa propre série de livres s’y déroulant également (les deux auteurs ont collaboré au scénario de la totalité des livres, ce qui fait que tous sont considérés sur le même plan en terme de canonicité). La publication de la saga principale s’est étendue (en VO) de 1999 à 2011, et le cycle a fait l’objet de trois tentatives de traduction en français, la première en 2007 chez Buchet / Chastel (tome 1), la seconde en 2007-2008 chez Calmann-Lévy (tome 1 + tome 2 -coupé en deux livres-), et enfin la troisième en 2018 chez Leha, qui a l’ambition de faire paraître l’intégralité des dix tomes dans la langue de Molière. Dans cette critique, c’est la traduction Calmann-Lévy que j’examine : tout problème de traduction, de relecture ou autre particularité de l’édition que je signale ne doit donc pas être imputé à celle signée Leha.

Cette saga est totalement hors-normes sur bien des plans, que je vais essayer de dégager dans ce qui suit. Elle est largement reconnue comme une des œuvres majeures de la Fantasy des vingt dernières années, voire de la Fantasy tout court. Ce premier roman va être exigeant pour la majorité des lecteurs en raison de la densité de son intrigue, de son univers et du nombre de personnages, mais vous trouverez difficilement plus ambitieux à lire dans le genre, ou un cycle qui propose un tel impact émotionnel (à ce titre, la fin du tome 2, par exemple, est proprement extraordinaire). Ainsi, je ne saurais trop vous conseiller de lui donner sa chance car sinon, vous allez vraiment rater quelque chose d’unique.  Continuer à lire « Les jardins de la lune – Steven Erikson »

Le sorcier de Terremer – Ursula Le Guin

Un roman fondamental en matière de Fantasy et de magie

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Ursula Le Guin, considérée, au moment où j’écris ces lignes, comme « le plus grand auteur de SF vivant », est aussi une légende de la Fantasy. Très prolifique et active depuis plus d’un demi-siècle, elle est titulaire d’un nombre impressionnant de prix, dont cinq Hugo, six Nebula et dix-neuf (!) Locus.

Le sorcier de Terremer, et plus généralement le cycle de Terremer tout entier, est à mon avis un de ces cycles fondamentaux que tout amateur de Fantasy, ainsi que tout amoureux de la magie, se doit d’avoir lu. Dans mon panthéon personnel, il se place aux côtés du Seigneur des anneaux parmi les œuvres les plus incontournables et les plus chéries. Si ce blog s’appelle « Le culte d’Apophis », c’est parce que je veux vous y présenter (entre autres) mes œuvres « cultes » en SF / Fantasy / Fantastique. En voilà une. Continuer à lire « Le sorcier de Terremer – Ursula Le Guin »

Bilan 2015 : Tops et flops

Eye_of_ApophisAdieu 2015, bienvenue 2016 ! Il est donc temps de dresser le bilan de mes lectures SF / Fantasy / Fantastique de l’année. Cliquez sur le titre du roman pour accéder à sa critique complète. Avec la démesure qui me caractérise, j’ai de plus décidé d’attribuer des « Prix Apophis » dans chacune des trois catégories, si Elbakin le fait, pourquoi pas moi, hein…

Continuer à lire « Bilan 2015 : Tops et flops »

Trilogie de l’empire – tome 1 – Fille de l’empire – Raymond E. Feist / Janny Wurts

Une formidable histoire de Fantasy politique au parfum asiatique

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Ce livre est rattaché aux Chroniques de Krondor de Raymond E. Feist, mais peut se lire tout à fait indépendamment, sans rien savoir ou presque de Pug et de son univers. Autre précision importante, dans ce premier tome, les éléments « Fantasy » sont très peu présents : un tout petit peu de magie à la fin, des hommes-insectes tout le long, et c’est tout. Vous pourriez pratiquement le prendre pour une fiction historique et le lire même sans être spécialement féru de Fantasy (précisons tout de même que les éléments fantasy deviennent beaucoup plus présents dans les tomes 2 et 3 de la Trilogie).

Le décor, donc, est très, très inspiré par la civilisation japonaise et en partie par la culture chinoise (et un peu par la civilisation aztèque, même si c’est peu visible dans ce premier tome). Les luttes entre clans rivaux sous l’oeil vigilant de l’équivalent du Shogun et de l’Empereur local forment le thème central du roman. C’est donc de la Fantasy politique, un peu dans une même veine que le Trône de Fer. Sauf qu’au lieu de suivre 2514 personnages, on en suit un, Mara, promise au service du Temple mais qui, par les caprices du destin, va se retrouver propulsée dans le Grand Jeu politique. Continuer à lire « Trilogie de l’empire – tome 1 – Fille de l’empire – Raymond E. Feist / Janny Wurts »

Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed

Une fantasy sortant des sentiers battus et merveilleusement écrite

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Au fil des années, les livres de fantasy que j’ai le plus appréciés sortent clairement des sentiers battus du médiéval / antique-fantastique à la Tolkien / Howard, avec ses guerriers musclés et barbares, ses elfes, ses nains, ses vastes forêts enchanteresses, etc. Throne of the Crescent Moon fait partie de ces livres de fantasy qui s’éloignent de ces stéréotypes vus et archi-revus. D’abord, grâce à son cadre, qu’on pourrait qualifier de « fantasy des Mille et une nuits » (je précise que le monde décrit n’est pas le nôtre mais un univers imaginaire, aux influences arabes, perses et africaines). Mais surtout, ce qui différencie ce livre de la fantasy classique, ce sont ses personnages, très inhabituels.

La fantasy classique suit, en matière de groupes de personnages, deux voies classiques : soit un groupe majoritairement composé de combattants, avec un magicien pour s’occuper de tout ce qui est surnaturel (ex : le Seigneur des anneaux), soit des groupes de magiciens purs et durs (ex : Harry Potter, Terremer, etc). De plus, à part à la rigueur les Hobbits ou Elric, les guerriers sont quasiment toujours très stéréotypés : grands, forts, sans foi ni loi et barbares (Conan, Fafhrd, Kane, etc), ou à la rigueur d’un certain âge, très expérimentés, en ayant vu beaucoup au cours des années, et mortellement affûtés (ex : Aragorn). Idem pour les magiciens : soit adultes, voire vieux mais très alertes (Gandalf), soit très jeunes, au grand potentiel mais encore inexpérimentés (Harry Potter). Pour finir, tous les magiciens utilisent la même sorte de magie, il est rare qu’on sorte des sentiers battus là aussi.

Throne of the Crescent Moon ne suit aucun de ces stéréotypes. Continuer à lire « Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed »

Espoir-du-cerf – Orson scott Card

Le conte noir et cruel qu’aurait pu écrire une Ursula Le Guin passée du coté Obscur de la Force

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Ce roman, qui fait partie du volet Fantasy de l’oeuvre d’Orson Scott Card, et qui est paru en VO en 1983, est une nouvelle édition de la première VF, publiée chez Denoël en 1984. Un mot sur l’auteur : né en 1951, écrivant aussi bien de la SF (son fameux cycle d’Ender) que de la fantasy (c’est le cas du roman dont je vais vous parler aujourd’hui), de l’uchronie, des romans historiques, des scénarios de comics, des novélisations de films ou des dialogues de jeu vidéo (et je suis loin d’avoir fait le tour de toutes ses activités…), Card est le seul auteur a avoir reçu deux années de suite les deux prix les plus prestigieux en matière de SF, le Hugo et le Nebula.

Avant de vous expliquer pourquoi vous pourriez aimer ce roman, je vais commencer par vous détailler pourquoi vous pourriez bien ne pas l’aimer :

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L’épée brisée – Poul Anderson

Un chef-d’oeuvre oublié et banni de la Fantasy

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Pourquoi devriez vous, si vous êtes un adepte de Fantasy, lire ab-so-lu-ment ce roman ?

Parce qu’il y a des elfes naviguant sur des Drakkars, des nains, des Trolls, des Sidhe, les Tuatha de Danaan, Odin et Tyr, le petit peuple et toute la Faërie, des vampires, des démons du Baïkal et des démons chinois, une épée qui a beaucoup inspiré un certain Michael M., des héros dignes des sagas nordiques et des épopées grecques, une dimension tragique et shakespearienne, des berserkers, parce que c’est superbement bien écrit, magnifiquement traduit, d’une puissance évocatrice colossale, parce qu’il y a des batailles épiques et une romance puissante, parce qu’il y a des femmes elfes sournoises et pas avares du tout de leurs charmes (si vous aussi, vous aimez le Seigneur des Anneaux mais que ses elfes tout purs vous lassent…), parce qu’on ne s’ennuie pas un instant et que ça ne fait pas 1500 pages, etc, etc, etc.

Quoi, vous n’avez pas encore acheté ce livre ? Et vous vous prétendez adeptes de Fantasy ?

Ah, vous voulez plus de détails ? Continuer à lire « L’épée brisée – Poul Anderson »

Vif-Argent – Intégrale – Stan Nicholls

Un contexte intéressant, des personnages décevants, une fin bâclée, mais au final un roman qui vaut le détour

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Une fois n’est pas coutume, nous allons commencer par une synthèse sur mon ressenti (et il y a beaucoup de choses à dire) avant d’entrer dans le détail :

En résumé

Un roman très, très inspiré par David Gemmell, mais qui n’a pas la qualité de sa production. Au chapitre des références, citons aussi David Weber (nous avons droit à des descriptions géopolitiques et du fonctionnement interne d’une dictature détaillées), ainsi que Isaac Asimov période Fondation et les Wachowski période Matrix (pour comprendre ces deux références sans que je spoile horriblement, il vous faudra lire les 900 premières pages de l’intégrale…).

L’univers est minutieusement décrit, et c’est une étonnante transposition d’un monde moderne (voire futuriste) dans un cadre Fantasy. Les personnages sont décevants, dans le sens où ils avaient du potentiel mais où celui-ci ne se réalise pas ou trop tard dans la trilogie. Le système de magie est assez original, et pourra être un gros point fort ou au contraire rédhibitoire pour vous selon votre conception de ce que doit être la magie (en gros, c’est quasiment un équivalent de la technologie dans cet univers).

L’écriture n’est pas transcendante mais pas non plus désagréable, avec de bons dialogues et des combats extrêmement bien rendus (le gros point fort du livre). Enfin, la fin est bâclée, trop de choses sont expédiées en quelques lignes ou paragraphes alors qu’il aurait fallu en faire des pages, ou même des chapitres entiers. Au final, plutôt sympathique, je recommande mais sans plus, ne vous attendez pas à un chef-d’oeuvre qui vous marquera à vie mais c’est tout de même nettement au-dessus de la moyenne de la production fantasy. Et si vous cherchez une histoire de dictature et de Résistance dans un cadre Fantasy, avec beaucoup de magie à la clef, ce livre est pour vous. Par contre, si vous aimez la magie ésotérique, les arcanes mystérieuses, vous risquez d’avoir du mal avec la sorte de techno-magie décrite. Idem si vous êtes allergique aux termes modernes dans un cadre de Fantasy.

Entrons maintenant dans les détails, et examinons les points forts et les points faibles du livre chacun à leur tour : Continuer à lire « Vif-Argent – Intégrale – Stan Nicholls »