Anthologie Apophienne – épisode 18

L’anthologie Apophienne est une série d’articles sur le même format que L’œil d’Apophis (présentation de trois textes dans chaque numéro), mais ayant pour but de parler de tout ce qui relève de la forme courte et que je vous conseille de lire / qui m’a marqué / qui a une importance dans l’Histoire de la SFFF, plutôt que de vous faire découvrir des romans (forme longue) injustement oubliés. Si l’on suit la nomenclature anglo-saxonne, je traiterai aussi bien de nouvelles que de novellas (romans courts) ou de novelettes (nouvelles longues), qui sont entre les deux en terme de nombre de signes. Histoire de ne pas pénaliser ceux d’entre vous qui ne lisent pas en anglais, il n’y aura pas plus d’un texte en VO (non traduit) par numéro, sauf épisode thématique spécial (ce qui est le cas aujourd’hui). Et comme vous ne suivez pas tous le blog depuis la même durée, je ne m’interdis absolument pas de remettre d’anciennes critiques en avant, comme je le fais déjà dans L’œil d’Apophis.

Sachez que vous pouvez, par ailleurs, retrouver les anciens épisodes de cette série d’articles sur cette page ou via ce tag.

The Empty Gun – Yoon Ha Lee et The Fires of Prometheus – Allen M. Steele

Les deux premières nouvelles dont je vais vous parler sont au sommaire de la même anthologie de (Hard) SF, Mission Critical, forgée sous la direction d’un spécialiste (et maître) de l’exercice, Jonathan Strahan. Et je m’empresse de préciser, pour ceux qui débarquent, que, contrairement aux âneries que l’on peut lire sur internet, Hard SF ne veut pas dire « SF difficile à lire » mais bel et bien « SF solide sur le plan scientifique ». Sachez par ailleurs que cette anthologie comprend d’autres textes intéressants, au tout premier rang desquels il faut bien sûr placer l’excellent Genesong de Peter Hamilton.

La première est The Empy Gun, signée Yoon Ha Lee. Kestre était la maîtresse duelliste de la Maison Elaya, avant que celle-ci ne soit anéantie deux mois plus tôt par la Maison Tovraz. Elle se rend sur une lune à la frontière de deux univers pour y trouver l’arme qui lui permettra de mener à bien sa vendetta. Là, une étrange marchande va lui vendre l’empty gun, un pistolet d’origine extraterrestre qui n’a pas besoin de munitions. Et pour cause…

Cette nouvelle a tout du petit chef-d’œuvre. L’univers (qui n’est pas celui du Gambit du renard) a un charme fou (la lune où commence l’action passe certaines nuits dans le Transitional space, un espace-temps qui se situe de façon oblique par rapport au nôtre – rappelez-vous des Chiens de Tindalos de Frank Bellknap Long et de Lovecraft, qui se déplacent dans les angles du temps alors que les humains vivent dans ses courbes -), le contexte et l’intrigue étant situés quelque part entre DunePoumon vert et Le Faucheur de David Gunn. Il y a de savoureux dialogues entre Kestre et son assistant IA personnel (son Ombre Virtuelle, aurait dit Mr Hamilton), une superbe série de révélations dans la dernière partie, une chute saisissante, et voilà un univers à fort potentiel qu’on recroiserait volontiers dans d’autres textes.

La seconde de ces nouvelles est The Fires of Prometheus, d’Allen M. Steele. Roy est membre du service de Recherche et Sauvetage du secteur de Jupiter. Il raconte (via une narration à la première personne) la façon dont son équipe et lui ont été envoyés stopper Hal Stubbs, le premier et dernier homme à poser le pied sur Io, un des quatre satellites majeurs de la planète géante.

Il s’agit d’un très bon texte, un Planet Opera Hard SF (mais très digeste) basé sur un très beau sense of wonder et dans la lignée (à mon sens) de Ben Bova (auquel il est rendu hommage, ainsi qu’à Frederik Pohl, via les noms de vaisseaux). Le lecteur découvrira notamment les dangers de la magnétosphère de Jupiter, la création d’une variante génétiquement améliorée de l’être humain taillée pour mieux les affronter, et l’environnement hors-norme de Io. La narration est très immersive (la quasi-reconstitution policière du début est excellente), le texte plein d’émotion, et la chute, complètement inattendue, magistrale.

The Dust queen – Aliette de Bodard

Le dernier texte dont je vais vous parler aujourd’hui est au sommaire d’une autre anthologie réalisée par Strahan, Reach for infinity (dont la critique complète sera prochainement disponible sur ce blog). Il s’agit de The Dust queen, par Aliette de Bodard. Remarque préliminaire importante : malgré des similitudes en termes d’ambiance (vietnamienne et spatiale) ou de contexte, ce texte ne s’inscrit pas dans l’univers Xuya, si je me fie au site de l’autrice.

Dans une station spatiale en orbite autour d’une Mars en cours de terraformation, Quynh Ha, une « apothicaire » (traduisez pharmacologue – utilisatrice de technologie médicale), est engagée par Bao Lan, une artiste de premier plan appelée « la Reine de poussière » (et son idole d’enfance), pour qu’elle l’aide à retrouver ce qu’on lui a jadis enlevé (à sa demande). En effet, dans cet univers, il est courant de se faire « recâbler » les neurones afin d’occulter certains souvenirs ou en tout cas de réduire leur impact émotionnel. Dans le cas de Bao Lan, il s’agit de la submersion du Delta du Mékong, où elle a grandi, à cause de la montée des océans due au changement climatique. Cependant, les simulations préliminaires montrent à Quynh Ha que défaire ce qui a jadis été recâblé annihilera la profondeur, la signification et l’émotion qui se dégagent de l’art de la Reine de poussière. Ce qu’elle se refuse à faire…

Voilà un très beau texte, plein d’émotion, qui, malgré sa faible longueur, parvient à balayer de nombreuses et intéressantes thématiques : réchauffement climatique, dilemmes moraux et éthiques, question de savoir si on doit faire face à un souvenir traumatique ou profiter des possibilités offertes par la technologie pour l’occulter, de ce qui fait notre identité, etc. Avec une morale qui est « trop s’attacher aux choses que vous aimez, c’est leur permettre de vous détruire un jour ».

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5 réflexions au sujet de « Anthologie Apophienne – épisode 18 »

  1. Oh, merci d’avoir porté à mon radar cette nouvelle de Yoon Ha Lee que je ne connaissais pas. Depuis Le Gambit, je dévore ses romans, et j’y retrouve toujours la même fascination, la même profondeur de personnage et de concepts.

    The Dust queen me tente aussi beaucoup ! C’est toujours un plaisir de te lire, mais j’apprécie beaucoup ton format anthologies, les textes sont vraiment superbes à découvrir !

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    1. Merci ! Concernant les guides de lecture, cela dépend desquels on parle. Si c’est par sous-genre, celui sur la Dark Fantasy est aux deux tiers fini depuis… un gros moment (je devrais donc l’achever dans les mois qui viennent), et il y aura un micro-guide de conseils (trois) de lectures en Science-Fantasy dans l’Apophis Box de février (début de semaine prochaine). Si c’est un guide de lecture par auteur, il n’y en a aucun de prévu pour le moment. Si c’est par thématique, il y en aura deux dans les 4-8 semaines qui viennent (magicbuilding et personnages ou ambiance, je n’ai pas encore tranché).

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