Titan’s day – Dan Stout

Quelle belle couverture ! 

titan_s_dayTitan’s day est le second tome du cycle The Carter archives, après le formidable Titanshade, qui m’avait beaucoup enthousiasmé l’année dernière. Autant ne pas faire durer le suspense, mais je ressors de ce nouvel opus bien moins convaincu que par son prédécesseur, tant je l’ai trouvé poussif. J’ai eu du mal à avancer dedans, et je procrastine depuis deux jours pour écrire sa critique, c’est tout dire. C’est d’autant plus étonnant quand on voit que l’auteur le trouve plus abouti et se félicite des nouveaux outils qu’il a ajouté à son bagage d’écrivain entre l’écriture des deux romans. Je ne sais pas combien de livres sont prévus dans le cycle, mais celui-ci a, de mon point de vue, les pires défauts d’un tome de transition : il est lent, prévisible, et surtout ne fait pas franchement avancer le schmilblick. Bref, je dois dire qu’autant je suis allé vers Titan’s day sans crainte et avec enthousiasme, autant je serai nettement plus méfiant envers son (éventuel ?) successeur, et que je tiens là, pour l’instant, une de mes plus grosses déceptions de l’année.

On remarquera toutefois, au chapitre des rares points positifs, qu’encore plus que pour Titanshade, l’artiste responsable de la couverture a fourni un super boulot, et que son oeuvre est d’ores et déjà bien partie pour figurer dans les prix Apophis 2020 (ce qui ne sera certainement pas le cas du texte qu’elle illustre et habille).

Situation : je suis dépité, mais quelle remarquable couverture ! *

* Red rose in the cold winter ground, The Dig, 2012.

Histoire que les feignasses parmi vous qui n’ont pas eu le courage de lire ma critique de Titanshade y comprennent quelque chose, un petit rappel concernant l’univers : il s’agit d’un monde secondaire (imaginaire), avec des humains et sept races non-humaines (rien à voir avec les classiques elfes et nains, cependant), de la magie, etc, mais inspiré non pas par la classique période médiévale… mais par les années 70. Si, si. Avec des bagnoles, des .38 special, la télévision, des cassettes à bande magnétique, des groupes de rock, la radio, etc. Et donc une industrie, qui était initialement alimentée par la manna (avec deux « n »), un fluide magique tiré des baleines. Quand la ressource a été épuisée (rapport au massacre des cétacés : quel que soit l’univers, l’humain est un couillon), une obscure cité située très loin au nord, dans des plaines glacées, est soudain devenue le centre du monde quand on y a trouvé un carburant de remplacement : le pétrole. Cette ville, c’est Titanshade (TS pour les intimes), qui ne peut survivre dans ces solitudes septentrionales que parce qu’elle vit à l’ombre d’un mont sous lequel un Titan est torturé depuis des lustres par des démons, son agonie sans fin relâchant de grandes quantités de chaleur.

Dans le roman précédent, une enquête sur un meurtre particulièrement sanglant a conduit Carter, un flic de TS un peu looser, à faire une énorme découverte, qui a changé le destin de sa ville, menacée par l’épuisement de ses ressources pétrolières. On aurait donc pu croire que l’intrigue de ce tome 2 allait se consacrer sur ces changements, mais ce n’est pas vraiment (pour ne pas dire : vraiment pas) le cas. En effet, l’auteur décrète que l’armée de la coalition de cités-États à laquelle appartient TS débarque et met un black-out total sur le site. On voit bien l’afflux de tas de gens vers la ville, on voit qu’une élection partielle met en jeu (entre autres) une candidate populiste (leader du mouvement « nationaliste » Titan First, dont le mot d’ordre est « Titanshade for Titanshaders ») qui capitalise sur la peur des habitants de se faire voler leur bonne fortune, dans tous les sens du terme, mais fondamentalement, la TS de Titan’s Day est encore largement celle du tome précédent, ce qui est quelque peu perturbant, vu que justement, je m’attendais à ce que le worldbuilding soit modifié en profondeur suite à la révélation de la fin de Titanshade. On en apprend certes un peu plus sur le monde, quelques quartiers et traditions de la ville (dont le fameux Titan’s Day, sorte de fête « nationale » mélangeant un pseudo-4 juillet et un ersatz d’Halloween), les différentes races et la magie (mais sur ce dernier plan, le nombre de questions résolues est très largement inférieur à celui des nouvelles interrogations générées par Dan Stout), mais franchement, on reste sur sa faim à ce niveau. Un concept central est par contre assez fascinant : la magie n’a pas de règles, mais des probabilités. Donc plus on l’utilise, plus le résultat est prévisible.

Je reviens un instant sur le mouvement populiste évoqué plus haut : l’auteur montre que même si un problème est réel (ici l’occupation militaire du site découvert par Carter, les conséquences de ladite découverte : ouvriers mis au chômage, hausse des loyers, etc), rien ne justifie qu’un groupe en désigne un autre comme bouc-émissaire. Cet aspect aurait pu être très intéressant si Stout s’était donné la peine de le développer, au lieu de se perdre dans les états d’âme / problèmes de cœur peu immersifs de Carter ou les tours et détours d’une intrigue trop tortueuse, convenue et laborieuse. Il a néanmoins une réflexion extrêmement pertinente sur un point : en gros, les jumeaux à la tête du mouvement populiste sont des requins s’attaquant à la classe ouvrière, tandis que le camp auquel ils sont opposés dans la fameuse élection partielle du vingt-quatrième district qui aura lieu dans les deux semaines sur lesquelles s’étend l’intrigue, formé de l’élite sociale et financière de la ville, s’attaque aux masses laborieuses non pas comme l’agressif squale, mais carrément comme un bateau de pêche industriel…

Néanmoins, on remarquera que tout ceci est sans aucun doute compensé par cette très belle couverture !

Intrigue, rythme : je suis désappointé, mais quelle superbe couverture !

Les événements de la fin du tome 1 ayant mis Carter sous les feux de la rampe, sa hiérarchie l’oblige à faire profil bas. Six semaines après la fin de Titanshade, il sort, ainsi, à peine d’une période où il a été confiné au commissariat, à faire du travail administratif. Et dans le TPD (Titanshade Police Department), un boulot de terrain qui n’attire pas l’attention de la presse, ça veut dire s’occuper des meurtres de prostituées au fond des allées obscures. Il faut cependant dire que celui-ci est particulièrement hardcore : on a arraché une partie de la mâchoire de la victime. Alors que Carter et Jax, son coéquipier, font une enquête de voisinage, le dispatch appelle toutes les unités à proximité dans l’immeuble d’en face, où un autre assassinat sauvage a eu lieu. Carter va y retrouver un ancien partenaire (du temps où ils bossaient tous deux aux Mœurs -trololol, Titanshade Vice !-) dont les agissements ne semblent pas très nets (alors qu’il travaille dans l’unité de lutte contre le Crime Organisé), et être peu à peu pris en étau entre la presse, sa hiérarchie, des politiciens de l’AFS aux machinations obscures, un play-boy qui se double aussi d’un sorcier, sa petite amie qui n’en est pas vraiment une et qui n’est qu’à moitié humaine, le syndicat du crime Mollenkampi, deux jumeaux dont l’un est la belle politicienne populiste intelligente et l’autre la pire brute que l’on puisse imaginer, et j’en passe. Mais surtout, Carter commence à avoir des sensations bizarres, qui le terrifient et dont il ne peut parler à personne…

Soyons clair : l’intrigue est poussive (ça commence à devenir très vaguement intéressant à 38%, et il faut attendre le dernier quart, voire 80%, pour éviter de confondre ça avec un pensum ou un somnifère), la phase de mise en place étant trop laborieuse, puis la phase de révélations / action beaucoup trop prévisible et pas terriblement immersive. Le rythme est beaucoup trop langoureux, le scénario pas franchement intéressant. Bref, visiblement, le roman n’est ni centré autour du worlbuilding (comme l’était son prédécesseur), ni sur l’intrigue, mais plutôt sur sa magistrale couverture… enfin je veux bien entendu dire sur ses personnages.

Personnages : mouais, mais en revanche, quelle formidable couverture ! *

* Snake Oil, Foals, 2015.

Bien, donc les nouveaux personnages sont très réussis et l’évolution de ceux que nous connaissions déjà passionnante ? Hum, pas vraiment, non. Les nouveaux personnages sont très stéréotypés, et peinent à intéresser. On en apprend par contre plus sur la jeunesse et les premiers pas de flic de Jax (ce qui est un bon point), et surtout Carter subit une évolution qui promet des choses très intéressantes (sur le papier, du moins) pour les tomes 3+. Impossible d’en dire plus sans divulgâcher, évidemment. Le problème étant justement que cela arrivera dans le tome suivant, et que même si la découverte progressive du changement qui l’affecte n’est pas inintéressante, cela ne suffit pas à éviter de faire des comparaisons avec Titanshade, comparaisons qui ne sont clairement pas à l’avantage de son successeur.

Et ce d’autant plus que fondamentalement, le comportement de Carter est bizarre : alors qu’on est en pleine guerre des gangs, sur fond d’occupation militaire « soft », qu’une drogue révolutionnaire envahit la ville, qu’un séisme politique et la plus grande révolution économique de l’Histoire sont sur le point de se produire, Carter est obsédé par le fait de savoir qui a tué une fille, une jeune immigrante, dans une allée miteuse. Ok, ça le rend très humain, mais bon, niveau enjeux et immersion du lecteur, comment dire… On aurait aimé que l’auteur se concentre plus sur les points précédemment décrits, hein !

Autant j’avais adoré Carter, son passé, ses aventures dans le tome 1, autant là, j’avoue qu’il m’a laissé indifférent. Donc soit le contexte actuel de confinement, pandémie, etc, a joué sur mon ressenti, soit c’est l’auteur qui n’a pas été capable de rendre une copie aussi motivante pour son lecteur cette fois-ci. J’ai toutefois un élément de réponse : j’ai lu Titanshade dans un contexte personnel très stressant l’année dernière, et j’ai malgré tout pris un énorme plaisir lors de ma lecture. Donc si je n’en ressens pas en 2020 alors que comparativement, je suis dix fois moins stressé, j’aurais tendance à dire que c’est le livre qui a un souci et pas moi. Même si j’ai aussi tendance à dire que quand on a plus de dix ans d’âge mental, on évite de confondre « j’aime pas » avec « c’est un mauvais livre ».

Bref, même pour un livre qui me paraît plus être orienté personnages qu’intrigue / univers, ceux-ci ne constituent pas vraiment le point fort du bouquin, en tout cas bien moins que sa magnifique couverture.

Mais… il y a un point bien sympathique (en plus de la resplendissante couverture)

Il y a un point du livre qui va probablement paraître anecdotique à certains d’entre vous, mais qui est le seul qui m’ait vraiment fait prendre mon pied à sa lecture : dans quel contexte de Fantasy (à monde secondaire) vous parle-t-on d’années-lumière, de niveau subatomique, de soucoupes volantes et de théories de la conspiration déblatérées par un animateur vedette à la radio ? Dans quel type de Fantasy à planète imaginaire voit-on des salles d’arcade ? Dans cette forme à la fois familière pour le lecteur et totalement novatrice pour le genre auquel le roman appartient, Dan Stout est allé plus loin que quasiment n’importe qui (hors Fantasy spatiale), y compris Brian McClellan et sa novella inspirée par le Seconde Guerre mondiale (clic), ou bien Max Gladstone (clic) / Mirah Bolender (clic), qui ont modelé leurs univers sur les années 1910-20.

Voilà donc au moins un point du livre qui rivalise avec son éblouissante couverture !

En conclusion : quelle titanesque (c’est le cas de le dire) couverture ! 

Titan’s day n’est hélas pas une suite à la hauteur de son formidable prédécesseur, l’excellent Titanshade, le worldbuilding étant en bonne partie « gelé » par un procédé peu convaincant, le rythme étant d’une lenteur géologique et l’intrigue souffrant d’une phase de mise en place poussive et d’une phase de basculement des dominos sans surprise ni caractère immersif. Les nouveaux personnages sont sans saveur, et les anciens, même s’ils évoluent (Carter en premier lieu), intéressent moins que dans le tome 1. Heureusement, une divine couverture vient presque contrebalancer un contenu qui, s’il n’est pas vraiment mauvais, est en revanche sans grand attrait. On peut même dire que Titanshade, c’est le Carter mince et sortant de chez le coiffeur de cette sublime couverture, qui regarde de haut Titan’s day, à savoir le Carter débraillé, ventripotent et avec un casque capillaire presque digne de celui du Chroniqueur sur la peinture murale.

Niveau d’anglais : facile.

Probabilité de traduction : très peu probable.

Ah, j’ai failli oublier de vous parler de cette P*TAIN DE COUVERTURE DE MALADE !

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7 réflexions sur “Titan’s day – Dan Stout

  1. Ah bin tu me donnes envie de découvrir… du moins le premier tome!
    Et oui, je trouve a couv franchement sympa aussi! 😉
    Oh bin c’est dommage que ce deuxième tome ne soit pas à la hauteur du premier.
    Il n’est pas encore édité en VF… quoique l’édition anglaise est bien attirante!
    Je vais le noter pour un prochain lors d’un prochain voyage à Londres (enfin…. quand on pourra voyager ;-))

    Aimé par 1 personne

    • Ah enfin, une femme de goût qui apprécie autant que moi la couverture, je commençais à désespérer 🙂
      Ah oui, le premier tome est excellent, ne serait-ce que du fait du postulat de départ (une Fantasy à monde imaginaire inspirée par les seventies, ça ne court vraiment pas les rues !). Pour ce qui est d’une hypothétique édition en français, j’ai de gros doutes, personnellement. Si le tome 2 avait été du même niveau, cela pouvait s’envisager, mais là… Donc à moins que le tome 3 soit monstrueux, ou d’un coup de cœur d’un directeur de collection, ça me paraît très compromis.

      Aimé par 1 personne

      • AH mais oui! je la trouve vraiment top!!
        Pareil, le postulat de départ est super alléchant! en tout cas, ça me parle.
        Ohh baaaah ça fait toujours du bien de lire en VO!
        Enfin tout dépend du style… j’ai parfois peur de « mal comprendre » dans des contextes particuliers. Ceci-dit, j’ai pas eu de souci avec Harry Potter à ‘l’époque… et on ne peut pas dire que l’univers est conventionnel…
        Par contre… je ne me lancerai pas dans de la SF en VO…. déjà en VF c’est limite 😉

        Aimé par 1 personne

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