The A(pophis)-Files – épisode 7 : les races imaginaires en Fantasy

afiles_3Dans ce septième épisode de la série des A-Files (des articles de fond consacrés aux grandes thématiques et éléments emblématiques de la SFFF), nous allons parler des races imaginaires (elfes, nains, orcs, etc) et de leur place dans la Fantasy, qu’elle soit ancienne ou moderne. Car tel est le premier constat : les espèces non-humaines n’ont pas toujours eu la même importance, d’une part, et d’autre part la nature même de ces races a varié au cours du temps. Et comme souvent en matière de Fantasy, beaucoup de choses s’articulent autour du même écrivain et de la même oeuvre : J.R.R. Tolkien et Le seigneur des anneaux. Que la Fantasy post-SdA s’inscrive dans la lignée de Tolkien ou en opposition à lui, elle a très longtemps été fortement influencée par cet auteur et n’a finalement commencé à s’en détacher que depuis très peu de temps.

Vous pouvez retrouver les anciens épisodes de cette série d’articles de fond via cette page ou ce tag

Un peu d’histoire

Bien qu’il soit évidemment impossible de généraliser strictement (on trouvera des contre-exemples dans chaque cas, très probablement), on peut (en très, très gros, à la hache) dégager plusieurs périodes dans l’Histoire de la Fantasy en lien avec la nature et la présence de races fantastiques dans les univers décrits dans les romans :

  • Période pré-Tolkien (j’entends essentiellement par là la période pré-Seigneur des anneaux) : la simple présence des races imaginaires / mythiques est extrêmement variable d’un livre à l’autre ; dans certains univers, elles sont anecdotiques (chez Robert E. Howard, par exemple), alors que dans d’autres, elles sont au cœur de l’intrigue ou du worldbuilding (chez Dunsany). Leur nature est également très variable, des elfes du second aux hommes-serpents du premier.
  • Période Tolkien : les races non-humaines ont une puissante présence dans le worldbuilding et l’intrigue ; de plus, Tolkien établit de nouveaux archétypes (ou en définit précisément d’autres) qui seront suivis à la lettre par des générations d’écrivains postérieurs.
  • Période anti-Tolkien : certains écrivains cherchent à subvertir les codes Tolkieniens, que ce soit en les inversant ou en les pervertissant.
  • Période post-Tolkien : une part significative, pour ne pas dire actuellement majoritaire, des écrivains de Fantasy soit ne laisse pratiquement plus de place aux races Fantastiques (lorsque, même, elles sont présentes), soit utilise des races qui n’ont plus rien à voir avec les archétypes hérités de Tolkien.

Détaillons un peu plus :

Période pré-Tolkien

snakemanVu que personne n’a établi d’archétypes, personne ne les suit. Chacun établit ses propres paramètres dans son coin, que ce soit en terme de nombres de races, de leur nature, de leur importance dans le monde, etc. Chez Robert E. Howard, par exemple, dans les aventures de Conan, il n’y a ni elfes, ni Nains, ni orcs. Les aventures mettent essentiellement en jeu des humains, quelques bêtes fantastiques éventuellement, mais la seule race non-humaine qui a un rôle (mineur) est un peuple d’hommes-serpents. Bref, rien à voir avec le Seigneur des anneaux (SdA).

Même lorsqu’il y a des elfes, par exemple (chez Lord Dunsany ou chez Poul Anderson dans L’épée brisée -publié en 1954-), ils ne ressemblent pas obligatoirement à l’archétype Tolkienien, et ils ne sont pas forcément accompagnés d’autres espèces tirées des mythes scandinaves (Nains ou Trolls).

Période Tolkien

proto_skavenLe succès du SdA impulse une période où la majorité des auteurs intègre des races fantastiques ayant un rôle significatif dans le worldbuilding et / ou l’intrigue. Dans la plupart des cas, ces races sont celles employées par Tolkien, ET elles suivent les caractéristiques définies par lui (la combinaison des deux facteurs est bien moins évidente qu’il n’y paraît de prime abord, comme le prouveront des œuvres parfois très postérieures comme le cycle des Elfes de fer par exemple).

Les univers qui n’emploient AUCUNE race fantastique, qui emploient des races autres que celles du SdA et / ou qui redéfinissent leurs caractéristiques sont l’exception plus que la règle. On peut par exemple citer Fritz Leiber qui, dans Épées de Lankhmar, invente une espèce de rats intelligents qui servira de source d’inspiration aux Skavens de Warhammer (qui sont cités jusque dans Kaamelott -épisode 41, saison 1- !).

Période anti-Tolkien

Au bout de x livres avec des elfes vivant dans la forêt et des nains guerriers vivant sous la montagne, certains auteurs décident que ça va bien aller comme ça, merci, et donnent un grand coup de pied là-dedans. Cela peut passer par une complète inversion des archétypes dans un but humoristique (dans Le vaisseau elfique de James Blaylock, les Nains sont peu expansifs et vivent dans les bois et au bord de la mer, tandis que les elfes résident dans les hautes-terres, sont amateurs de bonne chère, tonitruants et dotés d’un redoutable sens de l’humour) ou dans celui de casser les codes Tolkieniens, voyant ce qu’on peut faire avec des races redéfinies. D’où des elfes noirs sanguinaires et malfaisants (Warhammer –qui, d’ailleurs, fait cohabiter de purs codes Tolkieniens avec des inversions ou redéfinitions desdits codes-, La légende de Drizzt), des Hobbits cannibales (Dark Sun), ou les elfes de Terry Pratchett, qui n’ont rien à voir avec ceux de Tolkien. Pour certains écrivains, redéfinir la race elfique (principalement) devient un but, un axe central de leur worldbuilding.

Période post-Tolkien

iron_elves_1_english_coverMais l’inversion des codes elle-même n’a eu qu’un temps : à partir d’une certaine époque (compliquée à définir avec précision), plusieurs tendances se sont développées, qui avaient toutes en commun de s’éloigner des règles précédemment en vigueur, que ce soit à l’époque de Tolkien ou même avant. Ainsi, de plus en plus d’auteurs n’introduisent aucune race fantastique dans leur univers (encore moins que chez Howard), surtout en Low Fantasy ou dans certaines variétés de Fantasy Historique. D’autres introduisent un plus ou moins grand nombre de races, mais la plupart, sinon la totalité (et dans certains cas, on parle de 10-12 espèces !), n’a absolument aucun rapport avec celles de Tolkien et sont inventées de toute pièce ou inspirées par autre chose que le fonds mythologique scandinave et celtique / irlandais. C’est par exemple le cas chez Steven Erikson ou chez Daniel Hanover / Abraham. Enfin, d’autres encore prennent bien des elfes (par exemple), mais les placent dans un milieu culturel et technologique si différent de celui du SdA qu’on a peine à considérer qu’il s’agit bien de la même race (un très bon exemple est La souveraine des ombres de Chris Evans, avec ses elfes à mousquets dans une Inde de Fantasy). Pensez aussi à ceux de Jaworski, bien loin du sage archétype défini par Tolkien.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’alors que dans la période Tolkienienne, les elfes / nains / etc tels que définis par Tolkien étaient la règle, ils sont de plus en plus souvent devenus, par la suite, l’exception, soit parce qu’ils n’étaient plus présents du tout, soit parce qu’ils étaient devenus méconnaissables, soit parce qu’on les avait purement et simplement remplacés par d’autres.

La place des races imaginaires dans la Fantasy en 2018

Ou, plus précisément : en ont-elles forcément une ? C’est toute la question. Beaucoup de gens (et pendant une longue période) ont pu considérer que ces races étaient un des éléments emblématiques, voire un des éléments définissant la Fantasy. Et comme tous les autres éléments de ce genre (les épées, le monde secondaire, les dragons, la magie, etc), celui-ci a vu sa place, son côté systématique et sa pertinence reculer au fil des années. De plus en plus de romans de Fantasy ne montrent pas de dragons, pas de races fantastiques, voire pas de magie du tout (regardez la Fantasy historique à la Guy Gavriel Kay, par exemple, qui opère dans un registre ultra-low et ne garde guère du genre que le monde secondaire). Même l’épée est en train de s’effacer au profit du mousquet (Flintlock / Gunpowder Fantasy), c’est tout dire !

Bref, les races Tolkieniennes sont-elles obligatoires en Fantasy ? Nous venons de voir que non. En sont-elles emblématiques ? Plus vraiment. Sont-elles appelées à disparaître ? Oui et non. Il restera toujours une niche High Fantasy où elles prospéreront. Mais ma conviction est que l’avenir de la Fantasy est aux races autres que définies par les lectures de Tolkien ou à pas de races du tout. Il est d’ailleurs significatif que les deux plus grands cycles de la Flintlock Fantasy (The shadow campaigns et les Poudremages) n’en proposent aucune, et que The craft sequence de Max Gladstone montre certes des vampires et des Gargouilles, mais ni elfes, ni Nains.

lady_dwarfMais d’abord, pourquoi cette désaffection pour les races Tolkieniennes en particulier et les espèces non-humaines en général ? Pour les premières, la réponse me paraît liée à leur côté archétypal : qu’on le suive à la lettre (période Tolkien) ou qu’on le pervertisse (période anti-Tolkien), il n’en reste pas moins qu’il est très limité en terme de possibilités offertes. Si vous statuez qu’un Nain vit forcément sous terre et est un guerrier, et qu’un elfe vit obligatoirement dans la forêt ou sur la côte et ne combat que par nécessité (ou l’inverse, comme chez Blaylock, peu importe), ça limite tout de même lourdement vos options, à moins, justement, de proposer THE curiosité parmi ces peuples très codifiés, du genre la seule Naine magicienne du patelin (voire du monde). D’ailleurs, au passage, quitte à prendre des Nains ou des Hobbits, pourquoi ne pas remplacer votre copie de Sam par Rosie, si vous voyez ce que je veux dire ? Et puis bon, les lecteurs vont finir par se lasser de voir, chez vous ou vos petits camarades, toujours les mêmes pantins répéter une danse codifiée à l’extrême à l’identique. Avec un humain, au moins, vous pouvez inventer diverses cultures ou nations, une qui vit au bord de la mer, une dans la montagne, une dans le désert, et ainsi de suite, personne ne vous limite.

Un autre facteur préside, à mon sens, à la disparition progressive des races non-humaines dans une fraction de plus en plus significative de la Fantasy : finalement, qu’apportent-elles ? En quoi sont-elles indispensables et pas juste un facteur cosmétique ? Un elfe n’est-il pas, finalement, qu’un humain avec un masque ? Un orc violent et guerrier ne peut-il pas être remplacé par un humain barbare et belliqueux ? Et si la mine d’orichalque, là-bas, était tenue par des humains teigneux et grippe-sou plutôt que par des nains, ça changerait quoi ?

Alors qu’on peut se poser les mêmes questions à propos des extraterrestres dans une partie de la SF, les réponses apportées ne sauraient être les mêmes : un extraterrestre est plus réaliste que plusieurs races humanoïdes quasi-identiques vivant sur la même planète de fantasy, car ils ont pu évoluer dans des environnements différents qui, par les contraintes autres qu’ils posent, induisent une morphologie, voire une biologie, alternative. De plus, sur le plan culturel, voire psychologique, la SF est allée bien plus loin que la Fantasy n’est jamais allée (et c’est dommage, d’ailleurs, il y aurait à mon sens un gros potentiel à explorer), ce qui fait que son besoin en non-humains est bien plus grand et pertinent. La Fantasy, particulièrement celle de Tolkien, a en réalité essentiellement employé les races non-humaines comme des allégories : dans un monde en plein changement d’époque, de paradigme, les elfes représentent le monde ancien, campagnard, en train de disparaître au profit d’une société urbaine, technologique, industrielle et industrieuse, représentée par les Nains et, plus encore, par les orcs (c’est tout le sens du « sauvetage de la Comté » qui a malheureusement été zappé par Peter Jackson, y compris dans la version longue du Retour du Roi).

C’est, à mon sens, l’explication de la désaffection pour les non-humains en Fantasy : la volonté d’avoir moins de stéréotypes et de ne pas introduire d’éléments dont l’utilité profonde est douteuse, pour se concentrer sur des éléments de worldbuilding ou d’intrigue bien plus porteurs en terme de potentiel ou d’apparence de nouveauté, de fraîcheur. Et plus encore, même si, à long terme, les espèces fantastiques survivent dans une part significative de la Fantasy, celles héritées de Tolkien (qu’on suive les stéréotypes établis par ce dernier… ou pas) sont condamnées à n’occuper qu’une niche peu à peu ringardisée. Pour le grand public, qui  a découvert la Fantasy et les races de Tolkien en 2001 avec les films de Peter Jackson, tout cela a encore un relatif parfum de nouveauté, même 17 ans après. Mais pour le connaisseur en littérature Fantasy, en revanche, c’est de l’archi-mega vu et revu, ce qui fait que les elfes et les Nains ont plus de chances de survivre un peu au cinéma et à la télévision que dans les romans. A moins que les auteurs ne décident de les réinventer de fond en comble, pas en inversant les stéréotypes (guerrier / pas guerrier, gentil / méchant, montagne / forêt) mais en créant vraiment quelque chose de neuf.

insectoidUne autre piste de renouveau, déjà suivie par certains, est d’aller chercher l’inspiration ailleurs que dans les races humanoïdes issues des mythes celtiques ou nordiques, par exemple en proposant des insectes intelligents (dans la Trilogie de l’Empire de Feist / Wurts ou dans le cycle La dague et la fortune de Daniel Hanover). Parce que mine de rien, l’esprit de ruche, notamment, ou les ailes, ou un autre mode de reproduction, offrent déjà des tas de possibilités différentes de celles, finalement maigres, offertes par les sempiternels elfes ou Nains. Et là, l’argument « c’est juste un humain avec un masque » ne tient plus vraiment ! D’ailleurs, mine de rien, les races reptiliennes sont, dans la Fantasy moderne, probablement juste derrière les elfes / Nains dans le palmarès des plus représentées. Et les possibilités offertes ne s’arrêtent pas là : hommes-poissons / sirènes, les hommes-oiseaux de la légendaire tétralogie de livres dont vous êtes le héros Sorcellerie !, et j’en passe.

kenkuOn en revient d’ailleurs à un problème que je dénonce fréquemment, bien au-delà du simple cadre des races, en Fantasy en général : les races de Tolkien sont issues de mythes européens, de ses lectures et études. Pourquoi le genre dans son ensemble est-il autant focalisé sur un contexte de type européen, une technologie de type médiéval, une religion celtico-gréco-nordique (voire pseudo-chrétienne), et ne propose-t-il que des races tirées des mythes en question ? (et encore, d’une façon finalement très partielle : pourquoi n’y a-t-il pas plus de satyres, de centaures ou de minotaures en Fantasy, par exemple ?). Pourquoi ne pas proposer des Rakshasa, des Onis ou des Tengu à la place des Nains, des Trolls ou des elfes, et ce même dans un contexte européen ? Bref, la variété culturelle, c’est la vie, que ce soit dans les civilisations proposées dans votre Fantasy ou dans les races qui vont les former. Finalement, ce sont les romans les plus inspirés par le Jeu de rôle (comme Kings of the Wyld par exemple), ainsi que ceux relevant de la Fantasy orientale ou arabisante, qui s’en tirent le mieux : il y a certes (souvent) des elfes et des Nains, mais aussi des tas d’autres races, comme des sirènes / hommes-poissons, des Djinns, etc. Et même si l’auteur emploie des elfes, d’ailleurs, pourquoi se restreindre aux cultures celtico-nordiques comme Tolkien ? Pourquoi pas des elfes à macuahuitl et pyramides à degrés vénérant un équivalent de Tezcatlipoca, ou bien inspirés par l’Empire Khmer, l’Empire Gupta, voire des elfes du désert qui seraient un équivalent Fantasy des Fremen ? Imaginez un peu une Fantasy Historique où les étranges portraits de l’époque d’Akhénaton représenteraient des elfes égyptiens : quel potentiel ! Quelle redéfinition ! Quelle originalité !

Personnellement, j’ai une position bien arrêtée sur la chose : je préfère soit qu’il n’y ait pas de races non-humaines du tout, soit qu’il y en ait énormément (ce qui peut inclure les elfes / Nains / orcs, mais pas que -c’est pour moi essentiel-), comme chez Erikson ou Hanover, soit, à l’extrême rigueur, que les archétypes présents chez Tolkien soient hautement pervertis (j’ai adoré les elfes retors et lascifs de Poul Anderson dans Trois coeurs, trois lions, par exemple), mais avoir juste des races identiques à celles du maître est à mon sens, en 2018, un signe de faiblesse d’une oeuvre de Fantasy, une facilité qui ne devrait plus avoir cours. Et si possible, des races tirées d’autre chose que des Eddas, merci.

Notez, pour terminer, que les races de Tolkien se sont aussi exportées… dans la Science-Fiction : la filiation entre ses elfes et les Minbari de Babylon 5 est évidente, et celle avec les Vulcains de Star Trek l’est à peine moins (les Romuliens représentant des « elfes noirs »).

36 réflexions sur “The A(pophis)-Files – épisode 7 : les races imaginaires en Fantasy

  1. On a totalement oublié les races venant du bestiaire médiéval : cynocephales, Blemmyes, Panotis et tous les autres. Il y en a toute une floppée. certains comme les Sciapodes (humanoïdes à une seule jambe) sont trop étrange pour donner quelque chose d’intéressant ou peut être pas. Bref on a suivi Tolkien alors qu’il faudrait se replonger dans l’esprit médiéval pour des races de fantasy médiévale.

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  2. Une réflexion en passant. Je suis peut-être historiquement à côté de la plaque, mais je pense que la fantasy est soumise aux attentes de la population qui compose son public et que l’influence des jeux de rôle, et principalement D&D, a été à un moment déterminante pour asseoir la domination des races de Tolkien dans le genre. La quasi disparition des JdR au profit des jeux vidéos (quel ado aujourd’hui a entendu parler de D&D ?) a sans doute relâché la pression sur les auteurs et les maisons d’édition.

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    • Oui et non. Il y a un intervalle de 20 ans entre la parution de La communauté de l’anneau et de D&D 1ère édition, donc pendant ce temps là on ne peut pas invoquer l’influence du JdR. De plus, certes le Jdr a poussé à conserver les stéréotypes Nains et elfes, mais il a aussi généré les elfes noirs, les Hobbits cannibales, etc, et ajouté, dans les romans qu’il a inspiré, des races qu’on ne trouve pas ailleurs (ou pas souvent).

      En plus, à part pour les JdR spécifiquement tirés d’une oeuvre littéraire pré-existante (Hawkmoon, JRTM ou Stormbringer, par exemple), on peut se poser la question de savoir qui a influencé qui, vu que dans le monde anglo-saxon, ils sont beaucoup plus joueurs de JdR que nous. Un exemple célèbre est le cycle Malazéen, dont le monde a été conçu à l’origine comme une campagne de JdR (D&D puis GURPS, si je ne m’abuse).

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      • En même temps, dans cet intervalle de 20 ans entre le SdA et D&D, la littérature de fantasy ne me paraît pas encore très influencée par les archétypes des races fantastiques institués par Tolkien. Je ne vois qu’un seul exemple important (hors littérature jeunesse pure), le Shannara de Terry Brooks. Les autres auteurs de fantasy de cette époque, qui sont d’ailleurs souvent des auteurs multigenres écrivant également en SF, continuent leur bonhomme de chemin sans trop se soucier d’incorporer des elfes et des nains (ou même des trucs qui ressemblent) dans leurs univers.
        L’influence directe et assumée va mettre un peu plus de temps à se manifester, et correspond en effet plutôt à la fin des 70’s puis 80’s, c’est-à-dire à la période du succès de D&D. Cela ne signifie pas nécessairement que ce phénomène de « tolkienisation de la littérature fantasy » est généré par le succès de D&D, mais je pense personnellement que c’est en grande partie le cas, et je vais essayer de m’en expliquer :
        – Le succès du Seigneur des Anneaux n’est certes pas immédiat, mais mine de rien quand on regarde les dates d’un peu plus près, son statut de phénomène (contre-)culturel vient assez vite après sa publication, à peine une dizaine d’années, en tout cas bien avant le début de la multiplication de ses pastiches dans la littérature.
        – Ce succès du SdA a bel et bien un effet quasi-immédiat sur la littérature de fantasy : il crée un marché, les gens en redemandent, et les éditeurs vont publier davantage de fantasy en général. Mais pas de la fantasy imitant Tolkien, pas à cette époque : c’est la période d’Elric, de Lankhmar, de Terremer, de Pern, etc.
        – Il faudra attendre que les races fantastiques à la Tolkien passent par D&D, pénètrent et se diffusent dans la pop culture sous un autre format que celui des romans, pour qu’enfin des auteurs se sentent décomplexés (et moins exposés à l’accusation de plagiat) et se les approprient. On pourrait sans doute ajouter au succès de D&D celui, littéraire pour le coup, de Shannara, qui joue ce même rôle de désacralisation et de mise dans le « domaine public » des races fantastiques à la Tolkien.

        Là où je ne suivrais pas Renaud, en revanche, c’est dans l’idée que la quasi disparition du jdr au profit des jeux vidéos jouerait ce rôle dans les attentes de la population qui compose le public de la fantasy. Les jeux vidéos (de fantasy) plongent eux-mêmes leurs racines dans le jdr, et les races de Tolkien y sont massivement représentées (avec des phénomènes de modes et de cycles, certes, mais par exemple il y a ne serait-ce que 5 ou 6 ans, quel ado n’avait pas entendu parler de World of Warcraft ?). Les races imaginaires de Tolkien sont même utilisées de manière plus archétypiques, me semble-t-il, dans beaucoup de rpg et mmo que dans les jdr papier, qui s’étaient souvent montrés assez créatifs pour les renouveler et les subvertir (y compris dans certains univers D&D, comme l’a bien noté notre hôte). Je ne pense donc pas qu’on puisse faire un lien entre disparition du jdr et disparition des elfes et des nains dans la littérature. A mon avis, ce qui s’est passé c’est que les jeux vidéos ont au contraire fini le boulot commencé par le jdr, à savoir transformer les races de Tolkien en objets pop-culturels indépendants, capables de générer leur propre niche/sous-genre. C’est visible dans la littérature récente/contemporaine de fantasy. Je pense aux Nains de Heitz, aux Elfes de Hennen, de Fetjaine ou de Barclay, aux Orcs de Nicholls. On voit également cela en BD, avec des séries à succès simplement intitulées « Les Elfes », « Les Nains », etc. Tout ce côté retour aux sources de l’archétype (la plupart du temps), parfois mélangé à un côté « faisons du neuf avec du vieux » (plus rare, mais chez les Elfes de Barclay par exemple) fait qu’il devient à mon avis plus difficile d’utiliser ces archétypes dans des ouvrages de fantasy « non-spécialisés », si j’ose dire, qui n’en feraient ni leur sujet ni leur thème central, ni leur argument de vente principal. Pourtant les archétypes en question ne me paraissent pas nécessairement épuisés par ce type d’approche « spécialisée » (*), mais je crois que c’est ce qui explique, allié à la lassitude décrite par Apophis, le fait que nous n’en voyions plus beaucoup ailleurs actuellement.

        (*)A propos de ne pas épuiser l’archétype : ce qui est assez dommage d’ailleurs. Ca pourrait probablement être mieux fait, et mieux développer l’essence de l’archétype, sans forcément se cantonner aux aspects les plus superficiels (ou même pas si superficiels, du reste : au hasard, le rapport à la forêt n’est pas à proprement parler un critère « superficiel » dans la définition de l’archétype « elfe », mais on aurait manifestement tort de croire que ce critère serait suffisant à définir son essence – sinon comment reconnaîtrait-on le caractère elfique des Minbari par exemple?). Il reste donc du travail à faire pour les auteurs, selon moi. D’après les commentaires que je peux lire de l’oeuvre de Jaworski (que je n’ai pas encore lue moi-même), c’est peut-être un peu ce à quoi il s’est attelé avec ses elfes, si je comprends bien.

        A part ça, mon commentaire global sur l’article : je trouve toute ta deuxième partie (à partir de « La place des races imaginaires dans la Fantasy en 2018 ») une fois de plus très réussie et approfondie. Avec toujours la petite différence de ressenti qui nous caractérise (:p), mais ton analyse et ta logique me paraissent tout à fait valides et pertinentes. En revanche, une partie de ton découpage en périodes au début ne me paraît pas correspondre à la réalité chronologique des publications. Si je me fie aux dates de sorties et au contenu des livres, j’ai l’impression qu’en matière de postérité romanesque le SdA suscite d’abord… pas grand-chose (années 60 et début 70), puis dans un deuxième temps, simultanément des pastiches tolkieniens et une littérature anti-tolkienienne (à partir de la fin des années 70 dans les deux cas). En gros, je suis d’accord avec ce que tu écris concernant ta période pré-Tolkien, ainsi que pour ta période post-Tolkien, mais je considère que ce que tu décris comme étant la période Tolkien n’existe pas concrètement, ou du moins qu’elle est plus tardive (à partir de la fin des années 70, et surtout dans les années 80) et se confond avec ta période anti-Tolkien (ce qui rend un découpage chronologique non pertinent dans le cas particulier de ces deux items).

        Par ailleurs, je pense que tu surestimes fortement la proportion de publications entrant dans le cadre de la définition que tu donnes des romans « période Tolkien » (celle dans laquelle les nains, elfes, etc., seraient la règle), et ce à quelque époque de l’histoire du genre que ce soit. Je persiste à penser, liste de romans/cycles sous les yeux, qu’ils ont toujours constitué l’exception. Y compris pendant les années 80, lors de la vague de pastiches tolkiniens. Ces romans ont existé, oui, mais demeuraient selon moi minoritaires face au reste de la production fantasy, même à l’époque.
        J’avais autrefois établi une liste de lecture thématique (en cours de lecture depuis des années, parce qu’avec tout ce qu’il y a à lire par ailleurs je ne picore pas dedans si souvent que ça ^^) précisément sur ces oeuvres incluant des races tolkieniennes, qui m’intéressent pour diverses raisons. Qu’est-ce qu’on a d’un minimum important : Shannara, Krondor (inspiré au départ d’une partie de D&D), les nombreux romans des licences D&D, notamment dans les univers de Dragonlance et des Forgotten Realms (dont la série à succès de Salvatore qui, si elle met en scène un héros, Drizzt, issu de la société relativement originale des elfes noirs, reste inscrite dans un univers fichtrement typique du pastiche tolkienien avec elfes dans la forêt et nains sous la montagne), plus tardivement l’univers du Sorceleur de Sapkowski et celui d’Eragon de Paolini, et encore plus récemment les séries marketées « Nains », « Elfes », etc., auxquelles je faisais référence plus haut dans ce message.
        C’est beaucoup en un sens, mais en même temps c’est très peu, comparé aux centaines de romans de fantasy (des milliers en réalité, mais afin de ne pas comparer des choux et des carottes je ne prends en compte là aussi que ceux « un minimum important », ayant laissé une trace) qui sont publiés sur la même période.

        Bref, je ne te jette pas la pierre (Pierre), mais je pense que notre regard est facilement biaisé à ce sujet et je vois deux raisons majeures à cela : 1) pour le mainstream, l’importance iconique énorme du SdA dans la représentation que les gens se font du genre fantasy ; 2) pour nous autres rôlistes et gamers, le biais induit par nos pratiques ludiques qui nous conduit à surestimer la place de la « fantasy avec des elfes et des nains », sa proportion réelle, dans la littérature fantasy. Si on ajoute les autres médias, ce que tu écris devient sensiblement plus vrai. Mais je pense qu’il faut bien faire la distinction.

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        • Je crois qu’il y a un facteur que tu n’as pas pris en compte : mon article parle (en partie) de la place laissée aux races Tolkieniennes non pas dans la Fantasy en général, mais dans les ouvrages de Fantasy mettant en scène une ou plusieurs races non-humaines. Et mine de rien, ça fait une sacrée différence. On pourrait, par ailleurs, parler des convergences entre les Melnibonéens et les elfes (noirs, certes), ou du fait que, pour moi, Pern n’a rien à faire dans une discussion consacrée à la Fantasy, puisqu’il s’agit de Science-Fantasy, ce qui est tout de même différent. Par ailleurs, les textes du cycle des épées sont, pour certains, très antérieurs (jusqu’à 15 ans) au Seigneur des anneaux, c’est leur mise en forme sous forme de fix-up qui date des années 68-88. Pour le reste, mon article inclut en effet non seulement la littérature Fantasy, mais également les jeux de rôle (certains sont cités), vidéo, séries, films (même chose, les films de Peter Jackson sont évoqués), etc. Et là, je pense que nous serons d’accord sur le fait que dans cet ensemble « élargi », l’influence de Tolkien est majoritaire, au moins à une époque (ce qui n’est plus forcément le cas aujourd’hui, du moins dans certains desdits medias).

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          • Oh ! Pour le Cycle des Epées et Pern, j’ai failli apporter ces précisions (en expliquant pourquoi je les citais malgré tout), mais je l’ai pas fait car j’ai déjà trop tendance aux accumulations de parenthèses et à la digression. J’aurais dû, car rien n’échappe à l’Oeil ! 😀
            Concernant les Melnibonéens / elfes noirs, oui tout à fait, mais cela constitue alors déjà une occurrence de contrepied anti-Tolkien, pas un hommage ou un pastiche. (Ce diable de Moorcock ne s’est d’ailleurs jamais privé de faire état, non sans un certain goût de la provoc, de sa condescedance envers son aîné ^^)

            « la place laissée aux races Tolkieniennes non pas dans la Fantasy en général, mais dans les ouvrages de Fantasy mettant en scène une ou plusieurs races non-humaines » : Ah oui, vu comme ça effectivement je comprends mieux certains aspects de l’article. De toutes façons, et en dépit des deux points sur lesquels j’avais de franches réserves à émettre, ça reste comme d’habitude un article qui fait très bien le tour de la question abordée. Je doute fort qu’on trouve plus approfondi en la matière sur internet, surtout en VF 🙂

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    • Oui, Shadowrun était un précurseur, qui a pavé la voie pour Max Gladstone par exemple dans le mélange entre technologie moderne (voire futuriste) et éléments classiques de la Fantasy (magie, nains, elfes, vampires, dieux, gargouilles, etc).

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  3. Merci pour cet article très intéressant. C’est un des aspects de la fantasy auquel je suis la plus sensible et j’avoue que je ne suis absolument plus attirée aujourd’hui par des romans mettant en scène les elfes, les nains et autres exactement à l’image de ceux de Tolkien (la seule exception dernièrement étant Jaworski qui reprend dans plusieurs nouvelles ces deux races et réutilisent des codes qu’ont connaît bien pour un rendu très réussi).

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    • Merci 🙂

      L’intelligence de Jaworski, et plus encore, celle de Fabien Cerutti, c’est d’avoir placé les elfes, nains, orcs, etc, dans un environnement de Fantasy soit Historique au sens strict (Cerutti), soit dans un monde secondaire mais très, très inspiré par l’Histoire (Jaworski). Ce qui les démarque immédiatement des stéréotypes Tolkieniens, notamment par le fait qu’elfes et nains sont beaucoup plus intégrés dans la vie des cités humaines et ne sont pas reclus dans la forêt ou sous leur montagne. Ce qui fait tout de suite moins artificiel, participe à un monde vivant, logique.

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        • Ou pas. à part dans une ville dont le cosmopolitisme est une caractéristique propre, on ne voit pas de mélange des races dans le Vieux Royaume. Au contraire, les elfes se sont reclus dans leur contrée, en interdisant aux autres races d’y pénétrer sous peine de mort, et les nains ne paraissent pas plus accueillants. Au contraire, donc, on pourrait dire que les elfes et les nains de Jaworski sont très tolkieniens, avec quelques menues variations.. les 3 seuls elfes que l’on rencontre dans « Gagner la guerre » sont des marginaux par rapport à leur espèce, cachant peut-être un peu leur classicisme.

          Je souscrit par ailleurs aux propos de Lolal : ce sont bien les films, jdr, jeux vidéos et bd, qui ont rendu mainstream la référence Tolkien. La littérature, elle, est restée diversifié. Au moins celle que les éditeurs ont édité : je ne serais pas surpris que beaucoup d’entre eux aient souvent refusé des reprises d’elfes et de nains tolkieniens.

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          • Même réponse qu’à Loial : mon article ne se limite en aucun cas à la littérature. Pas plus que ma réponse à Boudicca ne se limitait à Jaworski, mais incluait également Cerutti. Pour le reste, lieu de vie mis à part, je n’ai jamais vu d’elfes chez Tolkien ayant le comportement de ceux croisés dans Gagner la Guerre. Donc aller dire que les elfes de Jaworski sont très Tolkieniens en faisant de ces personnages de simples marginaux me paraît un peu réducteur. Justement parce que c’est le seul aperçu des elfes qu’à celui qui limite son exploration de l’oeuvre de Jaworski à ce roman. Même raisonnement pour la ville cosmopolite qui serait une exception : chez Tolkien, les elfes, les nains et les humains vivent au mieux à proximité (Esgaroth), mais on ne se mélange pas dans la même ville. Donc pour moi, une exception, unique, vaut mieux que rien du tout. Le seul mélange qui existe chez Tolkien concerne les humains et les Hobbits, mais pas les nains / elfes avec les humains.

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            • Jaworski lui-même déclare que ses elfes sont une variation de ceux de tolkien, même s’ils a cherché à faire un minimum de variation du modèle :

              « J’ai également considéré que le regard des elfes devait être distinct de celui des hommes. Mais en même temps, je ne voulais pas faire la copie des elfes de Tolkien, même s’ils leur ressemblent un peu, puisqu’ils sont grands, beaux, éthérés… Mais chez mes elfes, il n’y a pas le contenu religieux qui se trouve chez les elfes de Tolkien.  »

              Pas de pub pour ce site chez moi – Apophis

              Ensuite, considérer qu’anoeth, Erin et Melanchter ne sont pas des marginaux… 3 individus pour une espèce entière, le premier étant un vagabond qui n’y vient de temps à autres « que par respect de la Vrai Tradition » que son espèce aurait oublié, le second qui  » se croit honni des siens, parce qu’il a accompli trop tard son coup d’éclat » et le 3ème « un être aigri, plein de fiel et de souffrance »… non, vraiment, je suis curieux de voir en quoi ces trois-là sont parfaitement représentatifs de leur espèce.

              Enfin, rappelons que que l’oeuvre de Jaworski était une campagne de Donjons&Dragons à la base. Avec tous les archétypes qu’on y trouvait (elfes, nains, halflings et gnomes et mêmes semi-orc)

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  4. J’ai reblogué ton article tellement j’ai kiffé. Le type d’article que j’aime.
    Cependant, je suis étonné de ne pas te voir citer la saga de Geralt de Riv de Sorceleur créée par Andrzej Sapkowski où le worldbuilding, peut-être pas aussi conséquent que Tolkien mais néanmoins très solide, est composé d’une pléiade de monstres peu connus dans la mythologie, ou traités différemment de ce que l’on a l’habitude de voir ou de lire (je pense au Leshen, aux spectres, aux différents vampires,…). L’épée de Vérité propose aussi parfois des choses bien différentes (le système de magie, les bestioles,…) ou encore les Chevaliers d’Émeraude où les fées sont un peuple à part entière comme les Elfes, pas de Nains et des hommes-Insectes qui sont les ennemis de tous.
    Je pense aussi que le désamour de la Fantasy est dû à l’évolution de la société. Beaucoup moins de personnes lisent (merci les smartphones et les émissions tv à la con) et si elles lisent, elles préfèrent des histoires « concrètes » à la Musso ou autre. Le genre Fantasy stéréotype aussi pas mal les personnes appréciant le genre, les faisant passer pour de vrais geeks no life binoclards, appréciant les JDR et vivant en aparté de la vie réelle. Gabriel Katz en fait d’ailleurs un commentaire au début de son livre « Le Puits des mémoires » Tome 1. Mais je me trompe peut-être aussi. Et je crois également qu’il y a peu d’évolution car les races (avec leurs physiques, leurs coutumes,…) sont une référence grâce (ou à cause) de Tolkien, un point d’encrage, et la peur d’aller trop dans les dérivés ou les hors pistes s’accentuent à cause de la peur du ridicule tellement Tolkien a marqué le genre. Après, tout le monde dira que c’est du vu et du revu, et dès que d’autres tentent autre chose on critiquera d’une autre façon car c’est différent et qu’on n’en a pas l’habitude.

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    • C’est difficile de tout citer, je préfère rester sur une focale large et citer quelques exemples bien précis plutôt que de tenter d’être exhaustif, ce qui serait de toute façon voué à l’échec.

      Je pense que la Fantasy est mieux lotie que la SF, à ce niveau. La première peut s’appuyer sur la mythologie, le folklore, voire les contes pour enfants, tandis que la seconde, pour le coup, a vraiment une image de littérature pour rêveur pas en prise avec les réalités quotidiennes. Une conception risible pour qui a réellement lu les livres importants du genre, qui, au contraire, offrent un regard acéré, lucide et impitoyable, voire nécessaire, sur le monde d’aujourd’hui en se servant d’outils allégoriques dans l’Ailleurs et Demain.

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  5. Je partage tes réflexions sur l’avenir des races imaginaires.
    Je regrette la très faible variance dans les traits culturels des diverses races. Je regrette également l’absence de diversité des sources d’inspiration à cet égard, et ce alors même que les cultures et religions -y compris en se bornant à l’Europe- sont très très très nombreuses.
    Quid du folklore slave? Quid des croyances finno-ougriennes? Du tengrisme aux croyances scythes, du folklore basque (ou le langage sifflé qu’on retrouve dans certaines vallées) aux dieux carthaginois, en passant par les cultes à mystère de l’antiquité, le mithraïsme, le culte d’Isis?

    Je me souviens de cette description des danseuses à la hache dans ce culte antique du tréfond de l’Antaolie : elles tourbillonnent dans une débauche de voiles et d’acier et se scarifient rituellement les bras et le corps, aspergeant les dévots réunis en cercle autour d’elles de leur sang. Cela enflamme l’imagination ; cela semble irréel : pourtant, cela a existé.

    Et là, je me limite à l’Europe.

    Les sources d’inspiration inexplorées sont très nombreuses ; et le potentiel des races imaginaires me paraît très largement sous-exploité. La Fantasy prend pourtant un chemin intéressant, en s’ancrant dans la recherche historique pour le worldbuilding et en étendant petit à petit le périmètre desdites recherches.
    Cela étant posé, même en se bornant à la période médiévale, l’on peut encore explorer des territoires fort peu explorés : quelle oeuvre de fiction s’inspire du VIème, VIIème siècle? L’Empire romain d’occident s’efface, quoique son souvenir reste vivace ; les royaumes barbares se structurent, se déchirent, s’effondrent (le nombre d’assassinats au mètre carré dans les familles royales est effarant) ; l’Empire romain d’orient résiste aux pressions migratoires, aux crises, aux complots : il rayonne (Justinien), faiblit (c’est peut-être là le prix des conquêtes?), renaît (mais tourne petit à petit le dos à la philosophie antique pour lui préférer les controverses religieuses & la théologie chrétienne) et se lance dans un affrontement violent et meurtrier avec l’Empire sassanide (sur fond de lutte d’influence en Arménie + Lazique) : une paix est trouvée, mais les empires sont épuisés. Au fin fond du désert, un prophète fait des émules : les armées arabes déferlent sur l’empire byzantin et l’empire perse, ces derniers n’étant pas en mesure de résister.
    On peut aussi pousser plus loin et jeter un oeil du côté des religions sémitiques, de l’Abyssinie, de l’Afrique médiévale (sous-exploitée et très mal connue, du Mali au Songhaï, du Congo au Zimbabwe). Tant de possibilités !

    Un monde où se côtoie la mort du paganisme et des savoirs anciens ; la domination de la religion nouvelle (-et les innombrables controverses pour définir la « vraie » foi) ; la transition d’une civilisation à l’autre -romains/germaniques d’un côté ; romain/grec de l’autre + apparition sur le devant de la scène de la civilisation islamique.
    Cela aurait vraiment la classe de s’inspirer de cela. Et je pense qu’il ne serait pas trop difficile d’y ajouter une ou deux races imaginaires, avec répartition géographique qui va bien.

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    • Très intéressante cette histoire de danseuses à la hache : au niveau des haches, j’en étais resté au culte Crétois, je ne connaissais pas cette pratique religieuse Anatolienne.

      Ah, quelqu’un qui cite le Songhaï, dans mes bras ! Voilà un pays / une civilisation qui a du potentiel, tout comme la Bactriane, ou l’empire Khmer, les Incas, les Mayas, les Mexica et alliés (ou adversaires locaux), les Indiens d’Amérique, les Inuit, les Aïnous, les Moghols, les… Et c’est en faisant ce genre d’inventaire qu’on se rend compte à quel point la Fantasy est en noir et blanc et en SD, alors que le 4K en couleurs existe potentiellement !

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      • Je peux retrouver la trace des danseuses à la hache, si tu le souhaites (j’ai découvert leur existence dans un livre publié aux éditions Les Belles Lettres ; les cultes orientaux dans le monde romain de Robert Turcan, je pense).
        Et oui, je connais le Songhaï, tout comme la Bactriane, les khmers, incas, mayas ! Hélas, j’en sais encore assez peu sur les autres, mais je me soigne (d’ailleurs, je cherche désespérément une encyclopédie ou un ouvrage sérieux sur les indiens d’Amérique, les présentant exhaustivement, tribu par tribu, en remontant aussi loin que possible… Quant aux inuits, j’ai trouvé une bibliographie inespérée dans les annexes d’un livre que je viens de finir : Terreur, de Dan Simmons).

        Et oui, je pense que la Fantasy a un potentiel énorme à explorer et exploiter ! Cela demande quelques recherches, mais c’est possible !

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  6. La fantasy urbaine est une bonne réponse à ce vieillissement de la fantasy. Des séries comme Kate Daniels parviennent à mêler les bestiaires fantastiques de toutes les religions du monde dans un ensemble cohérent

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  7. Quelle érudition (comme toujours) ! Ton article est vraiment intéressant et instructif. Pour ma part, en temps que « jeune » lectrice de fantasy (jeune au niveau expérience, pas au niveau de mon âge 😉 ), je ne suis pas encore lasse des elfes à la Tolkien, et de la fantasy médiévale d’inspiration celtique, mais je comprends le besoin de nouveauté de ceux qui ont déjà tout lu dans ce domaine. Et à ce sujet, dans quel courant classes-tu La Roue du temps : Tolkien, anti-Tolkien ou post-Tolkien ?

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  8. Ping : [Bilan Février] C’est le 1er, je balance tout ! – Tanuki no monogatari

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