Un livre du cycle de la Culture contrasté

La critique qui suit est un extrait d’un article synthétique analysant l’intégralité du cycle de la Culture, que vous pouvez retrouver sur cette page.
Premier sorti en VO mais troisième en VF (après L’Usage des armes et L’Homme des jeux), Une Forme de guerre décrit un événement marquant survenu au cours de la Guerre Idirane, à laquelle tous les autres romans (sauf Inversions) feront plus ou moins référence (particulièrement dans Le Sens du vent), ne serait-ce que comme repère temporel, histoire que le lecteur sache combien de temps après cette conflagration majeure l’action du livre qu’il lit se déroule (un demi-millénaire dans Excession, un et demi dans Les Enfers virtuels, etc.), ce qui permet souvent de situer ces différents ouvrages les uns par rapport aux autres dans l’histoire et l’évolution de la Culture. L’auteur décrit d’ailleurs le conflit de deux façons : dans la narration elle-même, et surtout dans le paratexte, qui en offre un résumé presque complet (causes, déroulement, pertes, conséquences, etc.). Du point de vue de l’importance de cette guerre à l’échelle du cycle entier, Une Forme de guerre est un roman qui aurait donc tout de la lecture indispensable.
Vous devez vous demander pourquoi la VF a choisi de le reléguer après deux autres romans pourtant sortis après lui dans l’édition anglo-saxonne ; la réponse est probablement de deux ordres différents : premièrement, c’est sans doute le moins bon des romans du cycle (la prose de Banks est d’une telle qualité et son imagination si extraordinaire qu’on pourra difficilement qualifier un des livres de la Culture de mauvais, toute subjectivité mise à part, du moins ; il n’en reste pas moins que relativement aux autres tomes de la Culture, celui-ci est nettement moins bon), car si le début, la dernière partie et les intermèdes (j’y reviendrai) appelés « Bilan » (suivi d’un chiffre) sont souvent très intéressants, le milieu (et on parle là de plusieurs centaines de pages) est poussif, pas toujours très intéressant, et, peut-être surtout, donne parfois plus le sentiment de lire un New Space Opera banal plutôt que celui qui fera, dans les autres « tomes », toute la singularité de Banks. Impression de classicisme, voire de déjà-vu, accentuée dans la dernière partie par une certaine ressemblance avec une œuvre antérieure (même si pas franchement connue). La deuxième raison qui fait de ce roman le moins bon du cycle de la Culture est le fait que, justement, l’action ne soit pas vue par les yeux de celle-ci (pas majoritairement, du moins), mais du point de vue de ses ennemis. Ce qui est d’autant plus paradoxal, quand on y réfléchit, que le point de vue de non-Culturiens, pan-humains ou autres, est récurrent dans le cycle, et surtout du fait que ce qui peut être perçu, sous un certain angle, comme une faiblesse, est aussi une des forces d’Une Forme de guerre : il y a une forme d’autoglorification / enjolivement (pour ne pas dire propagande…) dans la façon dont la Culture veut que le reste de la galaxie la perçoive, et Banks remet, en quelque sorte, les pendules à l’heure, en montrant un point de vue violemment contradictoire, un modèle de civilisation autre. Tout en mettant parfois carrément l’idéologie de la Culture devant ses paradoxes… pour ne pas dire ses mensonges. Tout ceci aurait été fort pertinent si, comme dans la VF, ce roman était paru après que la Culture ait été introduite au lecteur de façon plus didactique, plus naturelle, comme cela a été fait dans L’Homme des jeux, et qu’ensuite, Banks ait mis en place sa contradiction. Mais commencer par cette dernière, en revanche, n’était en fin de compte pas si pertinent que ça, ce qui tendrait fortement à donner raison à l’ordre de parution en VF. Continuer à lire « Une forme de guerre – Iain M. Banks » →