L’eau dort – Glen Cook

Une pluie de révélations !

eau_dort_1L’eau dort est le neuvième et avant-dernier tome du cycle de la Compagnie Noire (il n’est estampillé tome 10-11 dans l’édition française qu’en raison de la coupure systématique en deux livres depuis le roman précédent). C’est aussi le troisième volume du sous-cycle des Livres de la Pierre scintillante. Comme à mon habitude, je vous en propose la critique complète en une seule fois.

Après l’incroyable retournement de situation de la fin du roman précédent, et le cliffhanger associé, il était évident que beaucoup de choses allaient changer dans celui-ci. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas vraiment, en revanche, est l’avalanche de révélations, qui jettent du coup un tout nouvel éclairage sur les livres antérieurs. J’ai toujours loué le fait que chaque tome de la Compagnie Noire change quelque chose (le narrateur, le mode de narration, le lieu de l’action, la temporalité, etc) par rapport à son prédécesseur, mais celui-ci constitue probablement le changement le plus radical de tous, à la fois en terme de protagonistes et de transmission d’informations au lecteur : Cook était resté jusque là très opaque sur certains points, et dans L’eau dort, il change complètement sa manière de faire, noyant presque le lecteur sous des révélations qui, pour certaines, sont complètement inattendues.

Attention, par contre : arrivé au tome 9 d’un cycle, les spoilers sur les romans précédents sont plus ou moins inévitables, mais sur ce livre en particulier, il est quasiment impossible d’en faire une chronique sans vous spoiler horriblement ses prédécesseurs. Je vous garantis une absence de spoilers majeurs sur les événements propres à ce tome 9, pour le reste la lecture de cette critique est à vos risques et périls. Si vous ne voulez pas vous gâcher certaines surprises de taille si vous n’avez pas encore fini Elle est les ténèbres, je vous conseille de passer directement à la conclusion.  Continuer à lire « L’eau dort – Glen Cook »

The Shadow Throne – Django Wexler

La Révolution, en direct live, caméra à l’épaule

shadow_throne_wexlerThe Shadow Throne est le deuxième tome du cycle The Shadow Campaigns, après Les Mille noms. Au total, il compte 5 romans et deux nouvelles, dont The penitent damned. La lecture de ce dernier texte est d’ailleurs conseillée avant d’attaquer ce tome 2, car il présente le Duc Orlanko qui aura un grand rôle à jouer dans les intrigues de Cour au centre du livre, ainsi que son âme damnée, Andreas.

Alors que Les Mille noms était inspiré par la Campagne d’Égypte de Bonaparte, ce tome 2, lui, fait intervenir, à l’inverse de notre propre Histoire, la Révolution après cette expédition outre-mer. Le Roi du Vordan est mourant, son fils est décédé lors de la guerre précédente, sa fille de 19 ans est perçue comme une ingénue, et tout le monde sait que le vrai pouvoir va en réalité revenir à Orlanko, le redouté ministre de l' »Information » (comprenez chef de la Police Secrète). Mais tout le monde n’est pas résigné à accepter ce destin funeste, et une cabale se met en place pour enlever le pouvoir des mains de la future reine et surtout de celles du Duc. A sa tête, la princesse en question (sous une fausse identité), qui organise donc la Révolution… contre son propre trône !  Continuer à lire « The Shadow Throne – Django Wexler »

La souveraine des ombres – Chris Evans

Sur une base extrêmement originale et dépaysante par rapport à la Fantasy classique, l’auteur nous livre un roman qui ne tient pas totalement ses promesses, mais qui reste sympathique

souveraine_des_ombresChris Evans est un historien militaire canadien vivant aujourd’hui à New York. Ancien cadre dans diverses maisons d’édition, il est désormais écrivain à plein temps. Avec Django Wexler (Les Mille noms) et Brian McClellan (La promesse du sang), il est considéré comme un des auteurs les plus emblématiques de la Flintlock Fantasy, nouveau sous-genre qui émerge depuis quelques années et tente d’aller au-delà des codes médiévaux-fantastiques de la Fantasy traditionnelle. Il en est même un des pionniers, puisque son livre est paru bien avant ceux de ses petits camarades : 2008 (en VO, la VF date de 2011).

La souveraine des ombres est le premier tome d’une trilogie appelée Les elfes de fer. Les trois romans ont été traduits en français, mais aucun n’a bénéficié d’une version électronique. Les deux premiers ne se trouvent plus que d’occasion, tandis que le troisième a quasi-complètement disparu de la circulation. Le recours à la VO sera donc éventuellement nécessaire.

Pour tout dire, je suis allé vers ce livre un peu à reculons, étant donné que certaines critiques disponibles sur le net étaient mitigées, voire carrément mauvaises. C’est pour cela que parmi les références en Flintlock / Gunpowder Fantasy, j’ai décidé de le lire en dernier. Mais bon, j’aime bien me faire ma propre opinion, surtout quand les recensions disponibles font le grand écart entre 2 et 4 étoiles. Et finalement, si nous ne sommes clairement pas sur quelque chose du calibre de La promesse du sang ou du Prisme noir et si ce livre n’est effectivement pas dénué de défauts, j’ai passé un moment fort dépaysant en le lisant, notamment parce qu’il combine deux des axes de développement que j’entrevois pour la Fantasy de demain : cadre non-européen et changement de paradigme historique / technologique.  Continuer à lire « La souveraine des ombres – Chris Evans »

La promesse du sang – Brian McClellan

Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) ! 

promesse_du_sangBrian McClellan est un auteur américain formé dans les ateliers d’écriture de Brandon Sanderson et Orson Scott Card, excusez du peu ! La promesse du sang, tome introductif de la Trilogie des Poudremages, est son premier roman. Il a obtenu le prix Morningstar 2014. Le cycle s’est achevé en 2015, mais une seconde trilogie, située dans le même monde, doit voir le jour cette année. De plus, neuf nouvelles et novellas (plus deux recueils les rassemblant) se déroulant également dans cet univers ont été publiées (une se passe entre les tomes 1 et 2, les autres avant le début du tome 1, parfois bien des années auparavant. Toutes donnent un éclairage sur les personnages principaux ou secondaires du tome 1). Le premier tome a été traduit en français, avant que la série ne soit abandonnée (faute de ventes, ce qui, compte tenu de l’originalité et de la qualité du livre, est pour le moins étonnant, mais peut s’expliquer par la faible mise en avant de ce titre à sa sortie), malgré le fait que le second avait été annoncé.

Le cycle est considéré comme une des références, sinon LA référence absolue de la Flintlock Fantasy. De fait, il suffit d’observer la couverture (superbe, signée Gene Mollica) et de la mettre en parallèle avec le nom de la trilogie pour comprendre instantanément, même sans rien savoir de plus sur le roman, que nous n’avons vraiment pas affaire à une Fantasy habituelle : mages, mousquets, uniforme très Napoléonien, poudre, voilà un mélange inédit, en tout cas hors de la Fantasy Historique (voir plus loin). Et non seulement ça casse les codes du médiéval-fantastique, mais en plus ça se révèle vraiment intéressant ! Le public et les écrivains anglo-saxons ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, parlant d’un des premiers romans les plus impressionnants sortis ces dernières années. Pour ma part, voilà exactement le genre de livre novateur et épique que je veux lire.  Continuer à lire « La promesse du sang – Brian McClellan »

Elle est les ténèbres – Glen Cook

Un tome 8 un peu trop long, un peu lent, mais marqué par des révélations et autres rebondissements vraiment passionnants

darkness_1_cookElle est les ténèbres est le huitième tome du meta-cycle de la Compagnie Noire, et le second des Livres de la Pierre scintillante. Alors que le tome 7 avait, de façon assez surprenante, évacué la poursuite de la Fille de la Nuit et la bataille finale contre les Maîtres d’Ombres au profit de flash-backs à l’époque du siège de Dejagore, ce roman se consacre en revanche entièrement à la vengeance tant attendue de nos héros contre leurs ennemis jurés. Et en amples détails, qui plus est : Elle est les ténèbres est, à ce stade du cycle, le plus gros des romans qui le composent. C’est pourquoi les deux éditeurs français (l’Atalante et J’ai lu) l’ont coupé en deux tomes. Personnellement, je l’ai lu en édition intégrale, semi-poche, et je vous propose donc la critique de ces deux parties (de l’intégralité du roman original) en même temps.

Comme dans le tome précédent, c’est Murgen qui est Annaliste, Porte-étendard et narrateur. Un narrateur partiellement omniscient puisqu’il continue à utiliser les capacités de Fumée à son profit, en plus de développer celles dont il a lui-même fait preuve dans Saisons funestes. Glen Cook nous fait donc voyager à travers les milliers de kilomètres et le temps, nous montrant sous forme de (petits) flash-backs certains événements ou suivant simultanément ou presque des personnages dispersés à travers un immense territoire.  Continuer à lire « Elle est les ténèbres – Glen Cook »

Saisons funestes – Glen Cook

A ce stade du cycle, c’est le roman le plus exigeant mais aussi un des plus intéressants

saisons_funestesSaisons funestes est le septième roman du cycle de la Compagnie noire, ainsi que le premier de son troisième et dernier sous-cycle, les Livres de la Pierre scintillante. Son intrigue est en grande partie parallèle aux événements décrits dans Rêves d’acier, et se concentre sur le siège de Dejagore. Il montre, pour l’essentiel, les luttes entre différentes factions à l’intérieur des murs de la ville, ainsi que leurs conséquences pour l’avenir, voire la survie, de la Compagnie et de sa quête de la mythique Khatovar.

D’entrée, Glen Cook surprend : on s’attend forcément à ce que Toubib et Madame se lancent à la poursuite de qui vous savez pour récupérer ce que vous savez (<– ceci est un habile dispositif anti-spoiler), et en fait, pas du tout. L’intrigue est narrée par Murgen, et fait des allers-retours entre le présent (4-5 ans après le siège de Dejagore) et la période correspondant à celui-ci. Donc, l’intrigue qui tourne autour de Kina avance en fait très, très peu. Est-ce décevant ? Une fois le livre fini, pas du tout. Même si, de prime abord, ça déconcerte (surtout si on a suivi l’ordre de lecture des éditeurs français, avec La pointe d’argent en sixième position…).  Continuer à lire « Saisons funestes – Glen Cook »

Rêves d’acier – Glen Cook

Madame et le Temple Maudit

reves_acierRêves d’acier est le second (et dernier) des Livres du Sud, deuxième sous-cycle de la Compagnie noire (je considère, comme les américains, que La pointe d’argent fait le lien entre les Livres du Nord et ceux du Sud, et ne fait pas partie de ces derniers). Il constitue la suite directe du tome précédent et reprend exactement là où ce dernier s’est arrêté. Pour autant, il y a une différence de taille : le narrateur. Poursuivant jusqu’à son terme logique une démarche entreprise depuis deux tomes déjà et consistant à mettre la Dame de plus en plus en avant, Glen Cook en fait à la fois le Capitaine et l’Annaliste de la Compagnie noire. Dans les annales, Rêves d’acier sera donc connu comme « le livre de Madame », tout comme les précédents étaient les « livres de Toubib ».

Inutile de dire qu’à lui seul, ce changement de narrateur (et de rôle de ce personnage emblématique du cycle dans son ensemble) rend déjà ce roman très intéressant, un jugement qui ne fera que se confirmer au fur et à mesure de sa lecture.

Continuer à lire « Rêves d’acier – Glen Cook »

Jeux d’ombres – Glen Cook

Un très bon tome, mais qui souffre de la comparaison avec ses prédécesseurs et qui n’est pas exempt de défauts parfois assez sérieux

compagnie_noire_5Jeux d’ombres est le premier roman d’une nouvelle phase du cycle de la Compagnie Noire : les Livres du Sud. Il fait suite aux trois livres du Nord (La compagnie noire, Le Château noir, La rose blanche) et au tome de transition entre les deux sous-cycles, La pointe d’argent. D’ailleurs, les événements du roman se déroulent en parallèle de ceux de ce dernier livre, du moins au début. Il est donc plus facile de saisir certaines références si on a lu La pointe d’argent en quatrième position et pas en sixième comme la numérotation adoptée par les deux éditeurs français le préconise.

Ce roman marque de très nombreux changements, dont un de taille : un complet déplacement géographique de la Compagnie vers son continent d’origine, globalement inspiré par notre Afrique terrestre. L’enjeu des Livres du sud est en effet de montrer le retour aux sources entrepris par l’unité vers sa ville de naissance, la fameuse Khatovar dont nous entendons parler depuis longtemps à ce stade.

J’attire votre attention sur le fait qu’arrivé au tome 5 d’un cycle, les spoilers sur le contenu des tomes précédents sont inévitables, ce qui fait que cette critique en contient fatalement. Par contre, elle est garantie sans spoiler majeur sur l’intrigue propre à ce roman.  Continuer à lire « Jeux d’ombres – Glen Cook »

La pointe d’argent – Glen Cook

Un tome 6… pardon 4… pardon 3.5… enfin, un livre surprenant quoi !

pointe_argentContrairement à la numérotation adoptée par les éditeurs français, La pointe d’argent n’est PAS le tome 6 du meta-cycle de la Compagnie Noire. Etant donné que ce roman fait le lien entre le cycle des Livres du Nord et celui des Livres du Sud, il est bel et bien le tome 4 (et pas 6) de la saga si on se place sur le plan de la chronologie interne de l’intrigue (il est peu logique de lire l’interlude entre les cycles du Nord et du Sud après avoir lu ces derniers…). D’ailleurs, il est considéré comme le tome 3.5 de la saga sur Goodreads.

Il ne s’est retrouvé affublé de cette numérotation trompeuse que parce que l’Atalante a décidé de le publier après les Livres du Sud (probablement parce que certains événements décrits se déroulent en parallèle de ceux de Jeux d’ombres et de Rêves d’Acier-qui lui-même décrit des péripéties qui se déroulent parallèlement à celles de Saisons Funestes, mais c’est pas grave…-), et qu’il est donc paru en France en sixième position. Et comme J’ai Lu a suivi la numérotation de l’éditeur Nantais, la plupart des gens lisent donc ce roman après Rêves d’Acier, alors que La Pointe d’argent est la suite directe de La Rose Blanche … Ils ont donc l’impression qu’il s’agit d’un flash-back , alors qu’il n’en est rien.  Continuer à lire « La pointe d’argent – Glen Cook »

L’empire d’ivoire – Naomi Novik

Dogons & Dragons

empire_ivoireCe tome 4 du cycle de Téméraire est la suite directe du précédent (= il n’y a pas de temps mort du genre « après quelques semaines de repos, Téméraire et Laurence… »). Nous sommes immédiatement projetés dans l’action, alors que Téméraire, surchargé de soldats Prussiens, tente de rejoindre la côte écossaise, harcelé par des dragons français. Une fois parvenu à bon port, Laurence découvre pourquoi les Aerial Corps n’ont pas envoyé les dragons promis aux Prussiens : une maladie fait des ravages parmi ces derniers (ce n’est pas un spoiler, c’est expliqué sur la quatrième de couverture et très tôt dans le roman). Et devinez qui va être envoyé en Afrique pour trouver un remède ?

Ne faisons pas durer le suspense : malgré quelques défauts, ce quatrième volume se révèle prenant (c’est celui des 4 premiers tomes que j’ai lu le plus rapidement), et surtout, il ménage une fin absolument explosive qui va littéralement tout changer pour nos deux héros, l’humain et le dragon.

Continuer à lire « L’empire d’ivoire – Naomi Novik »