Le trône de jade – Naomi Novik

Moins de batailles aériennes, mais tout aussi passionnant

temeraire_2Le trône de jade est le second volume du cycle de Téméraire, après Les dragons de sa majesté. Le moins qu’on puisse dire est que la phase de mise en place de l’univers et des personnages est bel et bien terminée, puisque ce tome 2 démarre sur les chapeaux de roue. Inutile de dire que si vous n’avez pas lu le tome 1, il est totalement vain de vous lancer là-dedans en espérant y comprendre quelque chose, ce ne sera pas le cas.

Alors que le tome 1 se déroulait en Angleterre (et un peu en mer), celui-ci déplace l’action vers des contrées beaucoup plus exotiques, à savoir la Chine mystérieuse de l’époque Napoléonienne. Mais le récit ne concerne pas que la destination, car il laisse en fait une part prépondérante (330 pages sur 500) au voyage et à ses péripéties.

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Les Mille noms – Django Wexler

Tout à fait dans les codes de la Flintlock, ce roman est intéressant mais souffre de quelques longueurs

mille_nomsDjango Wexler est un chercheur en intelligence artificielle qui travaille pour Microsoft à Seattle. C’est aussi, et surtout, un des auteurs phares d’un sous-genre en plein boom dans l’édition anglo-saxonne, la Flintlock Fantasy. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer ce terme dans la critique du tome 1 de Téméraire, mais sans entrer dans les détails, ce que je vais par contre faire ici.

Ce roman est le premier d’un cycle prévu pour en compter cinq (plus une préquelle ; le roman 4 sort -en anglais- en août). Quelqu’un a déclaré à son sujet qu’il était aux guerres Napoléoniennes ce que le Trône de Fer était à la Guerre des Deux-Roses. Je suis le premier conscient qu’on abuse des comparaisons avec le cycle phare de G.R.R. Martin (lui le premier, d’ailleurs, qui n’en est pas avare, particulièrement envers les écrivains plus jeunes -Victor Milan, Daniel Hanover, etc- qui font partie de son cercle), et donc j’ai en général la dent dure lorsqu’elles se révèlent finalement totalement injustifiées, voire fantaisistes. Alors, est-ce le cas ici ?  Continuer à lire « Les Mille noms – Django Wexler »

Trilogie de l’empire – tome 1 – Fille de l’empire – Raymond E. Feist / Janny Wurts

Une formidable histoire de Fantasy politique au parfum asiatique

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Ce livre est rattaché aux Chroniques de Krondor de Raymond E. Feist, mais peut se lire tout à fait indépendamment, sans rien savoir ou presque de Pug et de son univers. Autre précision importante, dans ce premier tome, les éléments « Fantasy » sont très peu présents : un tout petit peu de magie à la fin, des hommes-insectes tout le long, et c’est tout. Vous pourriez pratiquement le prendre pour une fiction historique et le lire même sans être spécialement féru de Fantasy (précisons tout de même que les éléments fantasy deviennent beaucoup plus présents dans les tomes 2 et 3 de la Trilogie).

Le décor, donc, est très, très inspiré par la civilisation japonaise et en partie par la culture chinoise (et un peu par la civilisation aztèque, même si c’est peu visible dans ce premier tome). Les luttes entre clans rivaux sous l’oeil vigilant de l’équivalent du Shogun et de l’Empereur local forment le thème central du roman. C’est donc de la Fantasy politique, un peu dans une même veine que le Trône de Fer. Sauf qu’au lieu de suivre 2514 personnages, on en suit un, Mara, promise au service du Temple mais qui, par les caprices du destin, va se retrouver propulsée dans le Grand Jeu politique. Continuer à lire « Trilogie de l’empire – tome 1 – Fille de l’empire – Raymond E. Feist / Janny Wurts »

Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed

Une fantasy sortant des sentiers battus et merveilleusement écrite

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Au fil des années, les livres de fantasy que j’ai le plus appréciés sortent clairement des sentiers battus du médiéval / antique-fantastique à la Tolkien / Howard, avec ses guerriers musclés et barbares, ses elfes, ses nains, ses vastes forêts enchanteresses, etc. Throne of the Crescent Moon fait partie de ces livres de fantasy qui s’éloignent de ces stéréotypes vus et archi-revus. D’abord, grâce à son cadre, qu’on pourrait qualifier de « fantasy des Mille et une nuits » (je précise que le monde décrit n’est pas le nôtre mais un univers imaginaire, aux influences arabes, perses et africaines). Mais surtout, ce qui différencie ce livre de la fantasy classique, ce sont ses personnages, très inhabituels.

La fantasy classique suit, en matière de groupes de personnages, deux voies classiques : soit un groupe majoritairement composé de combattants, avec un magicien pour s’occuper de tout ce qui est surnaturel (ex : le Seigneur des anneaux), soit des groupes de magiciens purs et durs (ex : Harry Potter, Terremer, etc). De plus, à part à la rigueur les Hobbits ou Elric, les guerriers sont quasiment toujours très stéréotypés : grands, forts, sans foi ni loi et barbares (Conan, Fafhrd, Kane, etc), ou à la rigueur d’un certain âge, très expérimentés, en ayant vu beaucoup au cours des années, et mortellement affûtés (ex : Aragorn). Idem pour les magiciens : soit adultes, voire vieux mais très alertes (Gandalf), soit très jeunes, au grand potentiel mais encore inexpérimentés (Harry Potter). Pour finir, tous les magiciens utilisent la même sorte de magie, il est rare qu’on sorte des sentiers battus là aussi.

Throne of the Crescent Moon ne suit aucun de ces stéréotypes. Continuer à lire « Throne of the crescent moon – Saladin Ahmed »

La Septième épée – Intégrale – Dave Duncan

Des influences combinées de manière originale, une construction magistrale, un rythme parfaitement maîtrisé, une histoire puissante

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J’ai l’habitude, sans spoiler excessif, de décrire à la personne qui va me lire et qui hésite à acheter un livre les thèmes et les influences du livre en question. Cela afin qu’en fonction de ses goûts et / ou de ses lectures antérieures, cette personne puisse voir si le roman peut lui plaire ou pas. Le gros souci avec cette intégrale, c’est qu’il y a deux grosses révélations, une en fin de deuxième tome et une en fin de troisième, et que si j’en dis trop, certains d’entre vous peuvent deviner en quoi ces révélations consistent et donc ternir grandement le plaisir de la découverte (honnêtement, vous pouvez, comme moi, deviner très tôt dans le second tome la révélation de la fin de ce dernier ; pour celle de la fin du troisième, par contre, même moi je n’avais rien vu venir). En conséquence, je vais donc rester succinct, flou, voire évasif.

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Les Lions d’Al-Rassan – Guy Gavriel Kay

Une fantasy… sans fantasy, aux trois protagonistes extrêmement vivants et crédibles, et à la technique narrative très habile

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Commençons par le commencement : à quel genre littéraire ce livre appartient-il ? La question est un peu plus épineuse qu’il n’y paraît. C’est classé en fantasy, mais en fait, à part deux lunes dans le ciel et un don de Vision d’un des personnages secondaires, il n’y a aucun élément associé traditionnellement à la fantasy classique. Pas d’elfes, pas de dragons, pas de magie, rien.

En lisant la quatrième et en regardant la carte au début du bouquin, on comprend très vite qu’on est quasiment sur du… roman historique en fait. Plus précisément sur une reconstitution romancée de la Reconquista (= la reconquête par les Chrétiens des deux tiers de l’Espagne moderne conquis et administrés par les Maures sous le nom d’Al-Andalus entre 711 et 1492, un lieu d’apports majeurs à la culture Islamique médiévale, avec par exemple la mosquée de Cordoue, l’Alhambra ou encore la pensée révolutionnaire d’Averroès). Continuer à lire « Les Lions d’Al-Rassan – Guy Gavriel Kay »