L’œil d’Apophis – Numéro 17

Eye_of_ApophisDix-septième numéro de la série d’articles L’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…) ! Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui sont sortis il y a longtemps et ont été oubliés, qui n’ont pas été régulièrement réédités, ont été sous-estimés, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, sont connus des lecteurs éclairés mais pas du « grand public », pour lesquels on se dit « il faudra absolument que je le lise… un jour » alors qu’on ne le fait jamais, et j’en passe. Chaque numéro vous présente trois romans, recueils ou cycles : aujourd’hui, il s’agit de Schismatrice + de Bruce Sterling, de la trilogie Singularité de Robert J. Sawyer et de Mars de Ben Bova.

Au passage, sachez que vous pouvez retrouver les anciens numéros de l’œil via ce tag ou bien cette page. Je vous rappelle aussi que les romans présentés ici ne sont pas automatiquement des chefs-d’oeuvre ou ceux recommandés par le site à n’importe quel amateur de SFFF (si c’est ce que vous cherchez, voyez plutôt les tags (Roman) Culte d’Apophis ou Guide de lecture SFFF).

Schismatrice + – Bruce Sterling

schismatrice_plusL’univers morphos / mécas (en anglais : Shaper / Mechanist) créé par Bruce Sterling se compose d’un roman, La Schismatrice, et de cinq nouvelles, le tout ayant plus tard été réuni dans un recueil appelé Schismatrice +. Il s’agit d’une des œuvres fondatrices du Cyberpunk, bien que de nombreux éléments (dont certains, comme la forte présence des biotechnologies, soient plus typiques du Postcyberpunk que de la branche d’origine), tels que la présence d’extraterrestres et l’époque où se déroule le récit (XXIIIe – XXVIe siècle), le rendent finalement très atypique dans ce sous-genre de la Science-Fiction.

Je ne vous parlerai en détails ni des personnages ni de l’intrigue, préférant me concentrer sur l’univers et les thématiques, qui sont l’immense point fort de cette oeuvre magistrale. Bien qu’il existe encore des humains de base, cantonnés sur Terre, le Système Solaire est dominé par deux civilisations posthumaines antagonistes, l’une, les Morphos, basée sur l’utilisation de la génétique, et l’autre, les Mécas, sur celle de la cybernétique. Ce qui est très intéressant est que dans la riche histoire du futur imaginée par Sterling, les idéologies, la géopolitique, les rapports de force, évoluent constamment, ne bloquant ainsi ni le contexte, et encore moins les personnages, dans des allégeances, des paradigmes économiques, psychologiques ou des relations inter-civilisationnelles absolues et éternelles (et le débarquement des aliens n’y est certainement pas étranger). Vous risquez par contre de me dire que vous avez croisé ce genre de dualité ou d’univers souvent (il y a de fortes similitudes avec -par exemple- L’aube de la nuit de Peter Hamilton ou avec Ilium de Dan Simmons), ce qui est parfaitement naturel vu que La Schismatrice fait partie de l’Alpha et que ces références incontournables de la SF des trente dernières années sont l’Oméga.

Schismatrice + est un recueil capital dans l’Histoire de la SF, et on ne peut que déplorer amèrement que l’édition française n’en ait pas assuré la réédition continuelle, puisque au moment où je rédige ces lignes, la dernière édition date de… 2002 et n’est disponible d’occasion qu’à prix d’or. Saint Mnémos, sauvez-nous !

Trilogie Singularité – Robert J. Sawyer

éveil_sawyerDe 2009 à 2011 en VO et en 2010-2011 en VF, Robert J. Sawyer a sorti une trilogie appelée Singularité qui, comme son nom l’indique, décrit l’émergence d’une Intelligence Artificielle sur Terre, grâce à trois romans appelés Éveil, Veille et Merveille. Bof, me direz-vous. Eh bien non, pas bof. D’abord, le lieu d’émergence, ses circonstances et la nature de l’IA sont très spéciales, puisqu’il s’agit tout simplement d’une conscience qui émerge dans… l’internet. Rien à voir, donc, avec les classiques histoires de Singularité, où une machine scientifique ou militaire est très souvent impliquée et échappe au contrôle de ses créateurs. Ce qui est également fascinant est la circonstance qui va catalyser l’apparition de cette conscience, et les mécanismes informatiques qui la sous-tendent, formidablement imaginés et expliqués par Sawyer (et je m’empresse de préciser que nous ne sommes pas dans de la Hard SF, et que ça reste vraiment compréhensible par n’importe qui). La façon dont l’IA naissante va apprendre à communiquer avec nous, se bâtir un système moral, est aussi très intéressante, parce que son premier contact avec l’Humanité va avoir lieu avec une personne très spéciale : une jeune fille aveugle appelée Caitlin. Et bien sûr, ce qui achève de faire de ce cycle une grande oeuvre, extrêmement prenante et à mon avis très injustement sous-estimée et méconnue, est la formidable humanité et la virtuosité du style ultra-fluide de Sawyer.

Bref, si vous cherchez un redoutable page-turner qui va vous prendre à la gorge, qui est très positif et humaniste sans être naïf (du Hopepunk avant l’heure ?) et qui a l’avantage d’être facilement disponible en format électronique (à défaut d’une édition poche), votre quête est terminée, voici votre prochaine lecture !

Mars – Ben Bova

Mars_BovaMars de Ben Bova est le premier roman publié de l’énorme cycle de Planet Opera appelé Le Grand Tour (dont je vous parlais l’année dernière), mais le quatrième dans l’ordre de lecture suivant la chronologie interne de cet univers. Cependant, comme chaque tome, il a aussi été conçu pour pouvoir être lu de façon indépendante (même s’il a une suite directe : Retour sur Mars), ce qui fait que vous pouvez très bien vous en contenter, ou bien ne lire que le diptyque qu’il forme avec Retour sur Mars.

Comme son nom l’indique, ce livre nous narre la première expédition internationale sur la planète rouge, de façon réaliste, Hard SF mais tout à fait digeste, avec un héros très sympathique (la dernière phrase et scène du prologue est inoubliable !) d’origine Navajo. Tous les aspects, qu’ils soient techniques, médiatiques, liés aux conflits entre membres d’équipage, etc, sont abordés, dans un style fluide et d’autant plus prenant que très vite, des difficultés d’origine inconnue (et à la surprenante explication finale) s’accumulent, le tout faisant l’effet d’un quasi-thriller positivement haletant. Bref, s’il ne s’agit probablement pas du plus prestigieux ou réussi des romans consacrés à Mars, c’est en tout cas incontestablement un des plus prenants, avec une belle mise en avant d’un personnage issu d’une minorité. Le roman reste facilement disponible d’occasion, mais même si je risque de finir par ressembler à un disque rayé, il est dommage qu’il ne soit pas réédité !

***

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17 réflexions sur “L’œil d’Apophis – Numéro 17

  1. la trilogie de Sawyer est un incontournable à mon avis et je ne comprends pas que ce ne soit réédité . Perso, j’ai fini par les trouver en format papier Ailleurs et demain sur internet. (neuf ou occasion). Non seulement il y a la singularité mais il y a plusieurs autres idées intéressante et une science très abordable. De surcroit les personnages sont très attachants. Rollback est aussi un roman très intéressant (paru aussi en A et D). The Oppenheimer alternative est dans ma PAL et j’espère qu’un éditeur francophone va en produire une traduction.

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      • Je serais curieux de lire ce que vous avez à en dire. Lors de sa parution, Sawyer, dont le petit monde autoproclamé de la SF française n’a pas une haute opinion, avait été qualifié de gros tâcheron sur le forum du défunt site du Cafard Cosmique.
        Pour ma part, je n’ai pas (encore ?) lu ce livre. J’avais relativement apprécié Flashforward et j’ai lu aussi sa trilogie Neanderthal Parallax. J’en avais bien aimé le premier tome, Hominids (prix Hugo), mais moins la suite Humas et Hybrids.

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        • N’étant pas vraiment en phase avec la plupart des membres de ce forum, je n’aurai évidemment pas la même appréciation de ce livre et surtout de cet auteur qu’eux, même si Rollback n’est probablement pas le meilleur roman de Sawyer, ni forcément digne de figurer au panthéon des livres explorant la thématique du premier contact. Pour tout dire, le Culte d’Apophis a en grande partie été construit en opposition à l’élitisme qui régnait sur le Cafard Cosmique, pour inclure, initier des gens dans le fandom et non rester entre briscards.

          Sinon, Hominids est prévu en lecture l’année prochaine chez moi, vu que The Oppenheimer alternative m’a clairement redonné envie de lire plus de Sawyer.

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  2. Pas du tout aimé Mars. Je l’ai abandonné vers la page 100.

    En fait j’y ai trouvé les même défauts que dans Pyramides de Romain Benassaya (j’y repense parce que j’en ai longuement parlé récemment) : l’évolution des personnages m’a semblé exagérée et grossière, sans subtilité, pas crédible pour un sou. Imaginer que des gens censé être des pro, avoir travailler des années pour être la n’ai pas une once de réflexion et des antagonisme si forts, ça ne fonctionne pas avec moi.

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  3. Merci cher Apophis de remettre en lumière ce recueil si riche et enthousiasmant, je m’étais délecté il y a une vingtaine d’années de la schismatrice lu en folio poche , si je ne m’abuse , et avais remis le couvert avec la version +, régal intégral. Bravo pour tes critiques éclairantes, je suis devenu apophien malgré moi, même si je ne suis pas toujours en phase avec certaines, je demeure ravi par tes argumentaires et la richesse de tes références. Merci également pour le récent spécial Banks, le cycle de la culture est une oeuvre majeure, un enchantement à chaque relecture.

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    • Merci ! Je te comprends, pour moi aussi le cycle de la Culture, comme quelques autres (la trilogie martienne, Hypérion, les Princes d’Ambre, Pandore, etc) reste un enchantement à chaque relecture.

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  4. Je n’avais pas accroché au recueil de Sterling peut être faudrait il que je le relise.
    Par contre je plussoie sur Le Ben Bova, j’avais adoré le voyage même si j’en ai plus beaucoup de souvenir.
    Je vais jeter un oeil sur le Sawyer…

    Merci pour ces petites pastilles fortes agréables.

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