Lords of the starship – Mark S. Geston

Dommage…

lords_of_the_starshipMark S. Geston est un auteur américain, dont Lords of the starship est le premier roman (court ; 154 pages, parfois très aérées), écrit alors qu’il était encore étudiant. Il a été publié pour la première fois en 1967. Trois autres romans, à l’aura moindre, s’inscrivent également dans le même univers. Il a été traduit en français en 1980 par Opta sous le nom Les seigneurs du navire-étoile, mais je l’ai acheté en VO, la disponibilité, la couverture et surtout le prix étant plus attractifs.

Il s’agit d’un livre sur la décadence à la fois culturelle et humaine, extrêmement noir, qui s’inscrit à la fois dans le registre post-apocalyptique et dans celui des arches stellaires. Présenté par certains comme un chef-d’oeuvre, et de fait publié dans la prestigieuse collection Gateway essentials, il se révèle effectivement solide pour un premier roman (surtout écrit par quelqu’un d’aussi jeune), mais n’en rate pas moins le coche : au bout d’un moment, et particulièrement à la fin, il s’égare dans de la Science-Fantasy, alors qu’en restant dans le pur registre SF, il aurait clairement eu plus d’impact. De plus, le ton adopté, à la limite du conte philosophique parfois, n’aide pas. Bref, sans parler de mauvais livre, j’en sors déçu, bien que sur le pur aspect des arches spatiales, il soit assez original.

Univers

L’action se déroule trois millénaires après le début de la chute de la civilisation technologique connue sous le nom de First World. Trois millénaires de guerres, de pogroms et inquisitions, à l’aide d’armes évoluées comme des bombes atomiques d’abord, puis de plus en plus primitives (au moment où le récit commence, on en est revenu à l’arbalète). 3000 ans de luttes incessantes entre des empires ou des cultes tous plus éphémères les uns que les autres. Le résultat ? Des sols (et une atmosphère) empoisonnés par endroits, quasiment stériles partout ailleurs, des villes miteuses, sous-peuplées et aux mains des gangs, des nations de pacotille, une technologie primitive, une industrie sans cesse déclinante, d’incessants et futiles conflits, et surtout, dans l’écrasante majorité des cas, l’extinction, chez l’homme, de tout élan, de toute envie, de tout espoir. Même si, en de rares endroits, l’esprit de l’ancien monde subsiste, ou bien des caches ou des reliquats de sa technologie.

Notez aussi que les effets des armes utilisées ont créé des mutants, physiques ou mentaux, qui, tués ou chassés par les nations civilisées, ont tous trouvé refuge au même endroit.

Intrigue *

* Shipbuilding, Roine Stolt, 1998 (vu la noirceur du bouquin, j’ai mis intentionnellement une musique joyeuse).

Dans le royaume miteux de Caroline, un général convoque un politicien d’envergure, responsable du Ministère de la Reconstruction. Le militaire a un plan, à la fois pour relever le pays et rendre aux habitants, qu’il qualifie « d’eunuques émotionnels », ce qu’ils ont perdu. Au cours d’une expédition, il a découvert un gigantesque complexe militaro-industriel abandonné, datant de l’ancien monde, qui servait visiblement de chantier spatial. Il veut s’en emparer (ce qui nécessitera d’envahir le royaume de Yuma et le refuge des mutants), et y lancer la construction d’une arche spatiale monstrueuse (onze kilomètres de long), le Victory, devant conduire les habitants de la Caroline vers Home, riche colonie extrasolaire entièrement aménagée avant d’être abandonnée par les hommes de l’ancien monde. Sauf que… Home est une invention de toutes pièces de sa part. Sauf que… les plans de l’astronef ne mèneront à rien qui soit capable de voler (juste à quelque chose capable d’émerveiller le plus inculte des paysans). Sauf que… il n’a en fait aucune intention d’achever l’appareil un jour ! Une planification sur 250 ans est bien établie, mais il n’a aucune intention de la suivre : l’achèvement du projet sera sans cesse repoussé dans le futur. De toute façon, peu importe, puisqu’il n’est pas destiné à la génération en cours, mais à celle du petit-petit-etc-petit-fils.

Non, son plan est tout autre : il veut donner un espoir aux gens, dans un monde qui ne connaît plus cette notion depuis bien longtemps, les rendant à nouveau productifs, enthousiastes. Le monde est un purgatoire ? Il va créer la chimère qu’un jour lointain, leurs descendants pourront embarquer sur le Victory et atteindre un monde paradisiaque. En réalité, il veut détourner les ressources théoriquement destinées au vaisseau pour les réinjecter dans le pays, créant peu à peu le paradis qu’est supposé être Home en Caroline. Pour cela, il va impulser la création de deux castes sociales, les Technos (ceux qui connaissent le plan Seldon), et le Peuple, ceux qui croient réellement à tous les bobards que ses équipes vont diffuser.

L’intrigue, qui va se dérouler sur plusieurs siècles, montrera que ce plan grandiose va dérailler non pas une… mais deux fois, et que certaines personnes qui sont supposées être au courant de tout se voient en fait cacher des choses par d’autres gardiens du plan, qui ont reçu d’autres instructions confidentielles. Sans compter ceux qui n’étaient pas supposés savoir et qui découvrent la vérité (deux fois, là encore) et ceux qui suivent globalement le plan, mais en le détournant un peu (voire carrément…) à leur profit, au passage (deux… enfin bon, vous avez compris).

Analyse et ressenti

Première remarque : l’atmosphère. Alors certes, c’est du post-apocalyptique, sous-genre dans lequel on a rarement l’impression d’être dans un concert de la Compagnie Créole. Mais quand-même… Ce roman a la réputation d’être un des plus noirs de toute la SF, et force est de constater que comme le dirait un de mes philosophes préféré, « c’est pas faux ! ». La description de la lente et inexorable décrépitude de l’âme et de la civilisation humaine est certes compensée au début par le plan audacieux du général, mais la fin en est une si frappante antithèse que ce mince espoir est balayé. Même Un cantique pour Leibowitz m’a paru moins noir, c’est tout dire ! La conséquence est que ce livre ne se destinera pas à tous les lecteurs ou à toutes les envies du moment : si vous êtes dans une humeur telle que vous cherchez plutôt du feel-good, ce n’est pas avec lui que vous trouverez votre bonheur.

Si, personnellement, cette atmosphère n’a pas été un problème, un autre point m’en a en revanche posé un vrai : à deux reprises, et tout particulièrement à la fin, le livre bascule dans la Science-Fantasy, ce à quoi je ne m’attendais absolument pas et qui ne m’a pas du tout plu. Je pense qu’il y avait bien assez à faire dans un registre purement SF et Asimovien pour éviter ça, d’autant plus que ça m’a complètement sorti du roman. On déplorera aussi certaines ellipses pas forcément très logiques quand d’autres passages s’étendent sans doute un peu trop, les micro-chapitres donnant une mise en page étonnante (et l’impression qu’il y avait un quota de pages à remplir), et certains passages (avec la jolie jeune femme, surtout, ou la créature qui tourne son moulin à prières à la fin) très étranges.

Il n’en reste pas moins que le gros du livre est une excellente Soft-SF montrant les mensonges et les conspirations du gouvernement, la lutte des classes, la chute des civilisations, l’émergence des religions (dont une qui n’aurait pas été reniée par Mr Herbert), la montée des Révolutions, la folie de la guerre (pour pouvoir mener le plan -ou plutôt, hum, les plans- à bien, certaines guerres de conquête sont « nécessaires ») et des hommes, et j’en passe, bref présente un riche et intéressant fond thématique, notamment lorsqu’on réalise que, que les nations de ce monde s’inscrivent pour ou contre le Vaisseau, c’est toute la civilisation planétaire qui est affectée, redéfinie, par lui. Ayant travaillé un bon moment il y a quelques temps sur mon article sur les arches spatiales mis en lien plus haut, j’ai aussi apprécié l’utilisation qui était faite du Victory, non pas en tant que vaisseau réel mais plutôt comme outil permettant, grâce à un Grand Mensonge, de manipuler la société, voire la planète, dans son ensemble. Et ce à plusieurs niveaux différents (et je n’en dirai pas plus).

Au final, nous voilà en présence d’un premier roman certes solide et admirable par certains côtés, mais qui frustre tant il aurait pu être tellement plus ou mieux avec quelques ajustements somme toute mineurs. Par exemple à la fin, où l’aspect science-fantasy ne s’imposait pas du tout.

En conclusion

Les seigneurs du navire-étoile, réputé être un des livres les plus noirs de l’histoire de la SF, montre les efforts de l’empire de Caroline pour rebâtir à la fois une nation évoluée et l’espoir dans la psyché de l’homme, dans un monde où la civilisation s’est effondrée trois millénaires auparavant. Pour cela, un immense mensonge va être bâti : celui de la construction d’une arche spatiale devant mener les habitants vers une colonie extrasolaire paradisiaque. Le but réel étant de détourner les ressources soi-disant allouées à l’astronef pour améliorer la vie des habitants, sans jamais avoir aucune intention de l’achever. Et pour mener ce plan à bien, ses instigateurs ne reculeront devant rien, y compris les guerres de conquête.

Si le fond est plutôt solide, ce roman rate le coche en introduisant une dose malvenue de science-fantasy et en n’insistant peut-être parfois pas assez sur les thématiques sous-jacentes, pratiquant l’ellipse quand il ne le faudrait pas toujours et s’étendant quand ce n’est pas vraiment pertinent. Bref, un livre correct, important dans les sous-genres qu’il explore, mais qui aurait probablement pu être bien plus et bien meilleur.

(Si vous le lisez en VO, le niveau d’anglais n’a rien de difficile).

***

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6 réflexions sur “Lords of the starship – Mark S. Geston

  1. Ah! Mince. Je m’attendais à un joyau noir, sombre et incontournable. Je n’aurais pas une PAL aussi longue qu’une nuit polaire, je me laisserais convaincre par curiosité.
    Ce sera donc un « je passe ». AU suivant!

    Au fait pourquoi as-tu réduit ton onglet prochaine lecture. J’y piochais quelques idées, mais surtout j’aimais beaucoup cette sensation d’anticipation sur certains livres qui me charmaient éhontément.

    Aimé par 1 personne

    • Le programme de lecture complet existe toujours, mais il n’est plus public. Je l’ai conçu avant tout pour me servir d’outil, et il porte désormais tout un tas d’indications ou de codes-couleur, dont certaines qui n’ont pas vocation à être accessibles à d’autres personnes que moi. Comme, en plus, il m’arrive de changer ce qui était prévu à la dernière minute, que je n’aime pas recevoir d’e-mail disant « quand allez-vous lire ça ? » ou pire, « j’ai vu qu’il y avait un trou là, je vous propose mon roman auto-édité », j’ai décidé de m’éviter bien des problèmes en ne rendant plus le programme public.

      Maintenant, si c’est un ou une amie comme toi qui demande par mail ou équivalent (les mp Babelio, par exemple), c’est différent, je peux parler de mes futures lectures ou repérages, ce n’est pas un souci dans ce cas là 😉

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai décidé de prendre ce livre en me disant cela sera un livre vite lu, ce qui me changera après quelques gros pavé.
    Bon, déjà, j’ai pris l’édition Baen « The books Of the Wars’ (qui réunit ce titre, + deux autres plus ou moins liés), donc vite lu, pas évident. Enfin, cette partie la m’a fait une (courte en sommeil) nuit.
    Je ne l’ai pas trouvé très sombre (personnellement quand je ne m’attache a aucun individu (et le livre ne fait rien pour…), bah, j’ai du mal à succomber au désespoir), et même assez .. maladroit par moment.
    En fait, j’ai même eu l’impression parfois de lire un livre plus vieux que son age.
    Je vois sur les avis que les deux autres livres composant le recueil sont mieux notés, le début du second ne m’a pas vraiment enthousiasmé pour l’instant,mais le dernier semble parler d’un agent secret de la technologie devant implanter un micro dans la corne d’une licorne pour espionner des magiciens, c’est intrigant.

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    • Le fait que les avis sur des tomes 2+ d’un cycle soient mieux notés n’est pas une rareté, c’est même logique : vu que 20% des lecteurs d’un tome n ne lisent pas le tome n+1, en moyenne, tu n’as que les plus motivés / ceux qui accrochent le plus qui notent ce dernier. Donc des gens plus enclins à bien noter le livre.

      Sinon, pour ma part, le côté science-fantasy ayant été une douche froide, je n’ai pas l’intention d’aller plus loin dans ce cycle.

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