L’araignée d’émeraude – Robert Holdstock

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Quête FedEx

raven_2L’araignée d’émeraude est le second tome de la saga de Raven, cycle qu’on doit à la collaboration de Robert Holdstock et d’Angus Wells. Alors que Maîtresse du Chaos avait été co-écrit par les deux hommes, les tomes suivants ne sont l’oeuvre que d’un seul d’entre eux, ici Robert Holdstock. Pour être tout à fait honnête, je pensais que cela relèverait le niveau (non pas que le tome 1 était mauvais, bien au contraire, même, mais je pensais que celui-ci serait meilleur), Holdstock étant un écrivain bien plus prestigieux que son comparse. Alors sur le pur plan du style, cela s’est révélé exact, mais par contre, par rapport à son prédécesseur, ce livre m’a laissé bien plus froid, pour ne pas dire que je me suis souvent ennuyé. C’est peut-être dû au fait que je suis plus dans un trip « merveilles de l’univers et de la Hard SF » ces derniers temps, mais même sur un plan purement objectif et analytique, L’araignée d’émeraude a trop de défauts pour me convaincre de toute façon. Cela ne m’empêchera pas de lire le tome 3 (que je possède de toute manière déjà, et aussi pour voir comment s’en tire Wells tout seul), mais ce ne sera clairement pas avec un enthousiasme débordant.

Au passage, même si l’image ci-dessus a l’air de dire le contraire (parce qu’elle a été retouchée -et que j’ai eu la flemme de scanner la couv’ moi-même-), la vraie couverture (physique) montre que l’illustrateur n’a lu le roman qu’en diagonale : il a certes bien dessiné Silver (de dos), mais Raven, qui est décrite à d’innombrables reprises comme une superbe blonde, aux cheveux dorés, est représentée avec des cheveux se baladant entre le mordoré et le roux. Et c’était encore pire sur celle du tome 1, où ils étaient d’un quasi-roux très sombre. Bref, voilà de quoi m’agacer avant même d’ouvrir le bouquin ! 

Intrigue et personnages *

* Suicide Blonde, INXS, 1990.

Nous sommes quelques mois après la fin des précédents événements. Raven attaque toutes les caravanes d’esclaves qui passent à sa portée, recrutant les meilleurs combattants et les plus farouches guerrières pour constituer une redoutable bande de mercenaires. Elle entraîne notamment Silver, qui, étant né près de la mystérieuse Tour d’Obsidienne, dispose d’un étrange pouvoir (très X-Men, d’ailleurs). Alors qu’elle s’apprête à aller enquêter sur un conflit qui oppose ses vieilles connaissances, Gondar Sans-Pitié des Loups des mers et l’Altan M’rystal (le second reprochant au premier d’avoir enlevé sa soeur et compagne, Krya), elle lance un dernier raid, libérant deux nouveaux guerriers, le très mystérieux Ombre de lune (qui, lui aussi, a d’étranges pouvoirs et une origine plus fabuleuse encore -le tout étant très Moorcockien-), et la belle Karmana.

Raven se découvrira un point commun avec cette dernière, qui a été également violée par un Maître d’armes. Mais quelle ne sera pas la surprise de notre héroïne d’apprendre que le bourreau de sa nouvelle amie s’appelle… Donwayne ! Ce même Donwayne qu’elle est supposée avoir occis à la fin du tome précédent ! Folle de rage, Raven décide alors de consulter un oracle, histoire de comprendre ce qui s’est passé. La Pierre de Quell (cf tome 1) étant trop éloignée, elle va plutôt consulter le cristal d’Uthaan, qui la lancera ensuite sur les flots et les routes, du désert à la glace, à la poursuite de sa Némésis, pour la détruire une bonne fois pour toutes. Mais elle découvrira que ses objectifs coïncident avec, outre ceux de Karmana, qui veut tuer son violeur, ceux de Ombre de lune également, à la poursuite d’un sorcier venu d’un autre monde, le Crugoan.

raven_ed

Une meilleure représentation de Raven, édition Albin Michel, 1989

Je suis resté assez frustré par les nouveaux personnages, car s’ils étaient intéressants sur le papier, ils sont pour la plupart sous-utilisés, et, pour certains, rayés d’un trait de plume (ce qui est tout à fait dans les codes de l’Heroic Fantasy -HF-, ce n’est pas la question, mais reste toujours frustrant). Seul Ombre de lune est relativement convaincant. Spellbinder reste toujours aussi intéressant (le coup du « je vais chercher mes sorts dans le futur via une transe auprès de dieux et de sorciers qui ne sont pas encore nés » est assez époustouflant, je dois dire), même si un point m’exaspère : tout ce trip « Maîtresse du Chaos » est très, très flou, on dirait plus un slogan publicitaire pour taper dans le portefeuille des aficionados de Moorcock qu’un vrai concept cohérent. Et pour ce qui est de Raven, j’aime toujours autant cette transposition des codes très machistes de l’HF dans une héroïne qui, comme le dit un personnage, n’est que merveilleuses contradictions, que ce soit celle entre sa brutalité au combat et sa douceur en tant que femme ou celle de son nom, Corbeau, et de sa splendide chevelure… dorée 😀

Je vais passer rapidement sur les qualités du bouquin (un style très évocateur -saluons d’ailleurs la qualité du travail de Michel Pagel- et ce que j’ai déjà évoqué à propos de Spellbinder et Ombre de lune, plus des dialogues assez savoureux du côté de Gondar) pour me concentrer (hélas) sur ses défauts.

Quête FedEx

Si vous êtes joueur de MMORPG (voire de RPG offline type Elder Scrolls), vous avez sans doute entendu parler des quêtes « FedEx », du nom de cette célèbre société américaine de transport de fret. En gros, ce sont des missions où tout le « challenge » consiste à se rendre du point A au B, puis au C, au D et au E, sans combat ou si peu, sans énigme, etc. Dans le pire des cas, il s’agit même de faire des allers – retours entre A et B ! Eh bien ce tome 2 de la saga de Raven m’a fait penser à ça : le très gros du bouquin se résume à une quête FedEx, où il ne se passe finalement pas grand-chose, sauf à la rigueur à la fin (une fin assez expédiée, d’ailleurs). Bref, je ne retrouve pas l’intensité du livre précédent, qui était, je trouve plus intéressant. Et autant dire que je me suis ennuyé.

Du cul, du cul, du cul

Le tome 1 était déjà à la limite de l’Erotic Fantasy par moments, mais là Holdstock a l’air de souvent se mélanger les pinceaux entre Heroic et Erotic  😀  Je n’ai toutefois pas classé ce roman dans ce dernier sous-genre, car même si le viol est un thème récurrent (Raven, Karmana, Krya) et que les scènes de sexe sont très fréquentes, cet aspect n’est pas réellement au cœur de l’intrigue. Notez toutefois que ces séquences sont plutôt bien décrites, d’une jolie façon et ni trop, ni trop peu, et que même en-dehors des scènes « explicites », la tension et les insinuations sexuelles sont quasi-permanentes. Mais bon, si c’est cet aspect qui vous intéresse, vous trouverez sûrement plus votre bonheur ailleurs (cul-Shiel -pardon, Kushiel-, Richard Morgan, etc).

Signalons, thème connexe, en un sens (^^), que le livre est un peu mou du slip, il manque de scènes spectaculaires (je citerais l’attaque du monstre marin, le sort qui permet de faire apparaître le navire fantôme et à la rigueur le combat final).

Des trous dans l’intrigue, des redites, des Deus ex machina

Ce qui m’a aussi posé problème est un certain souci de cohérence : un passage a l’air d’expliquer que Donwayne s’en est tiré grâce à un sortilège d’illusion lancé par l’infâme Belthis, tandis que la fin laisse clairement entendre que c’est un mort-vivant. Euh lol ? De plus, finalement toute l’intrigue de ce tome 2 est une redite du tome 1, où le but final était le même : zigouiller les deux mêmes fâcheux. Auquel s’ajoute ici le Crugoan, qu’il aurait bien plus pertinent, à mon sens, de mettre en avant, ainsi qu’Ombre de lune, ce qui aurait donné un roman autrement plus intéressant.

Autre motif de frustration : des Deus ex machina, parfois en série. Le plus beau étant le moment où Raven va se faire violer, où un énorme monstre apparaît opportunément et dévore ses agresseurs, puis celui où du secours arrive pour faire couic à ladite bestiole avant qu’elle ne déguste notre héroïne à son tour.

En conclusion

J’ai pris bien moins de plaisir à lire ce tome 2 que son prédécesseur, qui m’avait beaucoup plus convaincu. Outre le fait que l’intrigue est en partie une redite de celle du tome 1, elle est peu pertinente, à cause de défauts de cohérence, de l’usage de Deus ex machina, d’un trop-plein de scènes érotiques et surtout d’un aspect quête FedEx (= qui consiste surtout en des voyages incessants sans qu’il se passe grand-chose d’intéressant) qui peine à maintenir l’attention. On est, de plus, frustré par le fait que tout ce qui tourne autour du très Moorcockien Ombre de lune ne soit pas plus développé. Seule la qualité du style vient un peu égayer ce morne ensemble, qui n’est toutefois pas à la hauteur de certaines promesses du tome 1. Je vais poursuivre avec le troisième tome, mais je ne pense pas aller plus loin dans la saga ensuite, en ne me lançant pas dans les romans non-traduits qui, de toute façon, sont réputés peu intéressants.

Pour aller plus loin

Ce roman fait partie d’un cycle : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques du tome 1,

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8 réflexions sur “L’araignée d’émeraude – Robert Holdstock

  1. De ce que j’en sais, les illustrateurs qui ne prennent pas le temps de lire le roman dont ils sont chargés de réaliser la couverture sont la norme plutôt que l’exception, ils se contentent de travailler à partir des recommandations de l’éditeur… Si bien que pour le coup, l’illustrateur n’a sans doute pas « lu le roman en diagonale », il n’a pas dû le lire du tout ! Mais dans tous les cas, on est d’accord qu’en tant que lecteur, c’est assez frustrant de se retrouver face à une illustration qui trahit l’un ou l’autre des aspects du roman…

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    • Ça dépend de l’éditeur. Quand tu vois ce que publient le Belial’ ou Lunes d’encre, par exemple, l’illustrateur, qu’il s’appelle Manchu, Aurélien Police ou tartempion, a clairement lu le roman.

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      • Même quand on a une illustration tout à fait fidèle au roman, ça ne garantit pas que l’illustrateur l’ait lu : en tant qu’auteur, je n’ai rien à redire sur les couvertures de mes romans, alors que je sais que les différents illustrateurs qui ont travaillé dessus ne les ont pas lus. Le meilleur exemple étant l’illustrateur de « Medieval Superheroes », qui a créé de superbes illustrations intérieures représentant les personnages du roman exactement tels que je les visualisais… Alors qu’il est Espagnol et ne parle pas un mot de français ! Tout s’est fait à partir des échanges entre mon éditeur et lui, pour un résultat excellent… contrairement à cette Raven blonde devenue rousse, donc !
        S’il y a des illustrateurs qui passent par ici, ça pourrait être intéressant de connaître leur expérience…

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        • Des traducteurs, des directeurs de collection, des auteurs, oui, c’est avéré, mais des illustrateurs, je ne pense pas. En tout cas personne ne s’est jamais présenté comme tel en deux ans de blog, en disant « je suis l’auteur de la couverture ».

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  2. J’en garde un bon souvenir même si je serais bien incapable de me rappeler précisément de l’intrigue (je me rappelle en revanche qu’il y a effectivement beaucoup de scènes de sexe, sans pour autant tomber dans le vulgaire). Il faudrait que je les relise un de ces jours 🙂

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