Saisons funestes – Glen Cook

A ce stade du cycle, c’est le roman le plus exigeant mais aussi un des plus intéressants

saisons_funestesSaisons funestes est le septième roman du cycle de la Compagnie noire, ainsi que le premier de son troisième et dernier sous-cycle, les Livres de la Pierre scintillante. Son intrigue est en grande partie parallèle aux événements décrits dans Rêves d’acier, et se concentre sur le siège de Dejagore. Il montre, pour l’essentiel, les luttes entre différentes factions à l’intérieur des murs de la ville, ainsi que leurs conséquences pour l’avenir, voire la survie, de la Compagnie et de sa quête de la mythique Khatovar.

D’entrée, Glen Cook surprend : on s’attend forcément à ce que Toubib et Madame se lancent à la poursuite de qui vous savez pour récupérer ce que vous savez (<– ceci est un habile dispositif anti-spoiler), et en fait, pas du tout. L’intrigue est narrée par Murgen, et fait des allers-retours entre le présent (4-5 ans après le siège de Dejagore) et la période correspondant à celui-ci. Donc, l’intrigue qui tourne autour de Kina avance en fait très, très peu. Est-ce décevant ? Une fois le livre fini, pas du tout. Même si, de prime abord, ça déconcerte (surtout si on a suivi l’ordre de lecture des éditeurs français, avec La pointe d’argent en sixième position…).  Continuer à lire « Saisons funestes – Glen Cook »

Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : Hors-série – Voyages dans le temps, uchronies, mondes parallèles et Portal Fantasy

ApophisBon, cet article n’était pas vraiment prévu (en tout cas pas à ce stade de la série), mais en attendant l’article n°3 (d’ici une semaine, à priori), qui fait le point sur les principaux sous-genres de la Fantasy, je vous propose un hors-série devant expliquer les différences entre Voyages dans le temps, Uchronies, Mondes parallèles et Portal Fantasy. Parce qu’il se trouve que je me suis aperçu que certaines distinctions n’étaient pas forcément claires pour tout le monde.

Je vous rappelle que comme chaque article de cette série, celui-ci reflète ma conception personnelle de la taxonomie de la SFFF, et ne correspondra donc pas forcément à celles que vous pouvez trouver par ailleurs sur le net ou dans des ouvrages spécialisés. Continuer à lire « Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : Hors-série – Voyages dans le temps, uchronies, mondes parallèles et Portal Fantasy »

Un secret de famille – Charles Stross

Américains, vikings et victoriens

secret_famille_strossUn secret de famille est le « second » tome du cycle des Princes-marchands, après Une affaire de famille. En réalité, il ne s’agit que de la deuxième moitié d’un roman qui comprenait initialement les tomes 1 et 2. Et pour une fois, les maisons d’édition françaises ne sont pas responsables du découpage, qui a initialement été décidé par l’éditeur anglo-saxon.

Le livre reprend donc là où le précédent s’était (un peu abruptement) arrêté. Mais pas tout à fait, cependant : le premier chapitre nous plonge, là aussi d’un coup, dans un monde d’inspiration Victorienne. « Hein, quoi ? Je croyais que le monde parallèle dans lequel Miriam avait débarqué était d’inspiration (néo)Viking ? », vous insurgez-vous… Et vous avez raison. Sauf que personne n’a jamais prétendu qu’il n’y avait qu’un seul monde parallèle ! (est-ce un spoiler ? Pas vraiment, l’éditeur en parle sur la quatrième de couverture, et de toute façon, si je ne vous révèle pas ce point, ma critique va en gros se résumer à : « C’est bien, achetez-le 😀 ).

Un petit mot sur la présentation : oui, les couvertures des versions poche sont toujours aussi pourries, mais croyez-moi, à côté de celles, signées Jackie Paternoster, des versions Ailleurs & Demain que je possède, ce sont des chefs-d’oeuvre.  Continuer à lire « Un secret de famille – Charles Stross »

Challenge Printemps-été 2016 : Le bilan

Eye_of_ApophisVous vous souvenez peut-être qu’en mars, j’avais lancé mon auto-challenge-réservé-à-moi-seul annuel dans cet article. Il est (plus que) temps d’en faire un bilan, même si sur les 11 livres, je n’en ai lu que 10 (la lecture de l’intégrale de Hordes de Laurent Genefort a été repoussée à juillet… 2018). Par rapport au challenge 2015, où il y a avait eu très peu de mauvaises surprises, le constat est ici considérablement plus mitigé, deux des romans s’étant révélés très, très mauvais. Je vais aussi en profiter, en fin d’article, pour vous donner quelques pistes pour le challenge 2017.  Continuer à lire « Challenge Printemps-été 2016 : Le bilan »

La loi du tyran – Daniel Hanover

Un troisième tome toujours aussi solide, même si très (trop ?) inspiré par l’histoire réelle, et avec une fin qui donne une puissante envie de connaître la suite

loi_tyran_hanoverLa loi du tyran est le troisième tome du cycle La dague et la fortune, après La voie du dragon et Le sang du roi. C’est aussi le dernier a avoir été traduit, les deux autres volumes de la saga (The widow’s house et The spider’s war) n’étant « pour l’instant » pas prévus en français (traduisez : encore une série abandonnée par un éditeur tricolore). Bref, malgré toutes les qualités que je trouve à ces romans, soyez bien conscients que si vous ne lisez pas l’anglais, vous ne connaîtrez probablement jamais la fin de l’histoire. Il faudra donc vous poser la question de savoir si, dans ce cas, commencer le cycle est pertinent ou pas. Pour ma part, je vous proposerai, dans les mois qui viennent, des critiques de ces deux ultimes tomes, avec bien entendu un mot sur le niveau d’anglais nécessaire à leur lecture.

Contrairement aux deux premiers tomes, où certains personnages étaient beaucoup plus représentés, en terme de chapitres qui adoptaient leur point de vue, que d’autres, cette fois on est quasiment sur une égalité parfaite : 10 chapitres pour Clara et Geder, 11 pour Cithrin, 12 pour Marcus (et l’Apostat). Ce tome 3 est aussi un peu plus court que les autres : environ 400 pages, contre 450 et 430.  Continuer à lire « La loi du tyran – Daniel Hanover »

Blogger recognition award

ApophisJe viens d’être nominé par Aelinel (que je remercie chaleureusement, au passage) à un tag que je trouve doublement intéressant : en lui-même d’abord, et parce qu’il va me permettre d’expliquer à chaque lecteur ce que je n’ai eu l’occasion de raconter qu’à certains d’entre eux en commentaires de certaines critiques.

Le principe de ce tag est le suivant :

  • Remercier la personne qui t’a nominé et mettre un lien vers son blog (fait)
  • Écrire un post contenant une brève histoire de ton blog (bref, je ne sais pas faire, mais l’historique est là  😀 )
  • Donner un ou deux conseils pour de nouveaux blogueurs (ce sera quatre, soyons fous ^^)
  • Sélectionner 15 autres blogs (comme à mon habitude, je ne nomine personne en particulier, si ce tag vous intéresse n’hésitez-pas à le reprendre).

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Armor – John Steakley

Un curieux roman de SF militaire, qui ne montre pas un seul soldat la moitié du temps et parle finalement plus d’armure psychologique que d’armure de combat l’autre moitié 

armor_steakleyJohn Steakley (1951-2010) était un écrivain texan certes peu prolifique, mais dont les deux seuls romans publiés ont été, dans leur genre, assez marquants : le premier est Vampire$, qui servira de base au film du même nom réalisé par John Carpenter en 1998; le second est le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, sorti en 1984 et considéré comme un classique de la SF militaire (volet terrestre, par opposition au volet spatial à la Weber / Campbell). L’auteur travaillait depuis plusieurs années sur une suite à Armor au moment de son décès, suite qui ne verra donc jamais le jour.

On compare souvent ce roman à Starship Troopers de Robert Heinlein, mais la ressemblance n’est que superficielle, comme je vais vous l’expliquer. Ce livre a aussi une particularité : on change à plusieurs reprises à la fois de protagoniste et de mode de narration, passant de la troisième à la première personne, et inversement. Un procédé qui, sans être unique, n’en est pas moins assez peu courant, particulièrement en SF.  Continuer à lire « Armor – John Steakley »

Arachnae – Charlotte Bousquet

Maladroit, m’as-tu-lu, malsain, mercantile

arachnaeCharlotte Bousquet est philosophe de formation, mais son activité principale est liée aux littératures de l’imaginaire : romans, nouvelles, dossiers thématiques pour des revues, directrice de collection, elle sait tout faire, et exerce aussi bien dans le registre de la jeunesse que dans celui destiné aux adultes, et tout autant en Fantastique qu’en Fantasy ou encore en Dystopie.

Arachnae, sorti en 2009, est le premier tome d’une trilogie de Dark Fantasy, l’Archipel des Numinées (ou plutôt, c’est la première partie d’un cycle plus grand, dont les fans de l’auteur attendent toujours la suite, si j’ai bien tout saisi). La simple association de « dark fantasy » et d' »auteur français » a de quoi intriguer, tant ce sous-genre est beaucoup plus facilement associé aux auteurs anglo-saxons, de Glen Cook à G.R.R Martin en passant par Joe Abercrombie, qu’aux écrivains hexagonaux. Ce livre de Charlotte Bousquet aurait pu prouver le contraire, si elle ne s’était pas systématiquement plantée dans le placement des curseurs : univers en carton-pâte, personnages sans âme et trop nombreux, rythme trop échevelé, niveau de langage souvent mal adapté, et surtout une énorme complaisance à décrire de façon beaucoup trop détaillée les scènes pédophiles les plus insoutenables qui soient. Donc non, la Dark Fantasy (en tout cas la bonne), ce n’est pas ça. Continuer à lire « Arachnae – Charlotte Bousquet »

Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif

Un livre souvent intéressant, mais qui est sans doute trop ou pas assez quelque chose pour trouver facilement son public (et pourtant, il le mérite !)

J’ai reçu cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie ce site, ainsi que les éditions Mnemos (pour le livre et le petit bonus constitué par le marque-page agrémenté d’un mot gentil)

kadathA la lecture du titre de cette critique, deux réactions sont possibles : soit ne pas savoir du tout ce qu’est ce « Kadath », soit être un initié des sombres secrets dévoilés par le Maître de Providence dans ses écrits impies. Dans ce dernier cas, vous pouvez aussi vous demander quelle est la différence entre cet ouvrage et Kadath – Le guide de la cité inconnue (qui vient, au passage, de bénéficier d’une nouvelle édition, et est titulaire du prix Imaginales 2011) : le livre que je vous présente aujourd’hui comprend en fait les textes du guide de la cité inconnue (« revus au format roman », pour citer l’éditeur), mais pas les illustrations de Nicolas Fructus. Et ceci, il faut le signaler, à quasiment la moitié (19 euros au lieu de 36) du prix du beau livre de la collection Ouroboros. Ce qui fait que si, comme moi, vous êtes plus intéressé par le texte que par les illustrations, ce titre sera plus adapté à vos envies que son prédécesseur.

Ce livre comprend quatre nouvelles, liées par un fil rouge, ainsi qu’un guide détaillé de la cité de Kadath et des Contrées du Rêve en général. Si vous êtes un amateur de Lovecraft et connaissez le volet onirique de son oeuvre, inutile de vous présenter ce lieu, vous le connaissez et le chérissez probablement. Sinon, pour ceux qui ne sont pas encore entrés dans l’univers du Maître du Fantastique, je vous propose un petit résumé de la place de la ville dans son oeuvre, avant de vous donner mon sentiment sur les nouvelles et les annexes. Sachez d’ailleurs que les textes du mystérieux narrateur appelé l’Innomé, qui font le lien entre les nouvelles, ainsi que les annexes, donnent même au complet néophyte une compréhension basique de l’univers onirique Lovecraftien.  Continuer à lire « Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif »

Le fleuve céleste – Guy Gavriel Kay

Le tableau amer mais extrêmement émouvant de la fin d’un monde

fleuve_celesteLe fleuve céleste est la « suite » des Chevaux célestes de Guy Gavriel Kay. Il n’en reprend pas les personnages (étant donné que l’intrigue se déroule trois siècles et demi plus tard) mais l’univers est le même. Après la Chine des Tang, c’est donc celle des Song (du Nord, puis du Sud) qui sert de modèle à l’auteur canadien. Compte tenu de ce saut dans le temps, vous pouvez théoriquement lire ce roman même sans avoir lu le précédent. Toutefois, ce faisant, vous passerez à côté de nombreuses références à la Kitai de la IXe Dynastie, à Wen Jian ou à Sima Zian : cela ne nuit pas à la compréhension, mais appauvrit l’ambiance de chute d’une civilisation jadis grandiose que l’auteur veut installer.

L’Atalante nous propose une très belle édition physique, avec une superbe couverture à rabats, un dramatis personæ et une carte esthétique et fort utile. Il faut savoir qu’aucun scan ou photo sur le net ne rend justice à l’illustration, qui est en réalité d’un vert beaucoup plus beau et intense.

Pour tout ce qui concerne les fondamentaux de l’univers commun aux deux romans et leur auteur, je vous invite à vous reporter à ma critique des Chevaux célestes si besoin.  Continuer à lire « Le fleuve céleste – Guy Gavriel Kay »