Sous le vent d’acier – Alastair Reynolds

Un second tome largement supérieur au premier, un livre de SF très prenant, mais…

poseidon_2Sous le vent d’acier est le second tome de la trilogie Les enfants de Poséidon, après La terre bleue de nos souvenirs. Son intrigue se déroule deux siècles après celle du tome 1, ce qui ne nous empêche cependant pas de retrouver certains personnages que nous connaissons déjà, grâce à l’allongement faramineux de l’espérance de vie permis par les nouvelles technologies. Nous suivons toutefois principalement un nouveau protagoniste, Chiku Akinya (la fille de Sunday). Un ? Pas tout à fait. Car Chiku a fait réaliser deux clones d’elle-même, ce qui fait que nous allons en réalité suivre plusieurs versions du personnage.

Si le premier tome naviguait entre Hard-SF, Postcyberpunk et Science-Fiction Trans-/Post-humaniste, c’est ce dernier aspect et lui seul qui caractérise cette suite. En effet, la progression du niveau technologique ces deux derniers siècles fait que l’univers du roman s’est éloigné des exigences de plausibilité scientifique qui caractérisent la Hard-SF.

Signalons (ça vous aura probablement sauté aux yeux) une couverture triste, cliché et un peu cheap. C’était pareil pour le tome 1 en édition grand format, pour lequel j’aurais, et de loin, préféré avoir droit à la couverture de l’édition poche, nettement plus esthétique et recherchée. Enfin, un point très important à signaler est qu’il me paraît impossible de lire ce tome 2 comme un one shot, sans avoir lu le roman précédent (alors que c’est possible dans certains autres cycles, comme celui de Stephen Aryan, pour rester chez le même éditeur).  Continuer à lire « Sous le vent d’acier – Alastair Reynolds »

Saison de gloire – David Brin

Un planet-opera féministe, initiatique et orienté SF biologique de très grande qualité, mais avec quelques défauts le privant du statut de chef-d’oeuvre

saison_de_gloireSaison de gloire est une réédition du roman La jeune fille et les clones de David Brin, dont le nouveau titre est beaucoup plus conforme à celui de la VO (Glory Season). Paru en 1993 (1997 pour la VF), ce livre, s’il n’est pas le plus connu de son auteur (il est largement éclipsé, en terme de notoriété, par le cycle de l’élévation), est en revanche un des plus réussis. Il parvient, en effet, à réaliser une alliance très rare : celle de l’aventure et du sense of wonder propre à la SF de divertissement avec la profondeur des thématiques et de leur exploitation propre à la SF (pour reprendre l’expression de Vandana Singh) « signifiante ». C’est aussi un planet opera, un roman initiatique et une histoire de Science-fiction à dominante biologique d’une très grande qualité (il fait d’ailleurs partie de mon « cycle » de lectures SF orientées biologie). Pourtant, il reste affligé de certains défauts, dont certains assez agaçants, qui font que personnellement, je ne le classifierais pas dans mes romans « cultes ». C’est « juste » un excellent roman, pas un chef-d’oeuvre. Continuer à lire « Saison de gloire – David Brin »

Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl

Une histoire avec un gros potentiel, malheureusement loin d’être complètement exprimé

plus_de_vifsFrederik Pohl (1919-2013) est typiquement le genre d’auteur dont le grand public qui lit un peu de SFFF n’a jamais entendu parler (il n’a pas l’aura de Tolkien, G.R.R. Martin ou Isaac Asimov), mais qui, pourtant, est fondamental dans le paysage SF. Au cours de sa longue carrière, il a été un éditeur, un agent littéraire et bien entendu un écrivain de premier ordre, lauréat de quatre prix Hugo et de trois Nebula, les plus prestigieux du genre (il est la seule personne a avoir reçu le Hugo à la fois comme auteur et comme éditeur – du magazine If -).

Sous sa casquette d’auteur, il est particulièrement connu des aficionados de SF pour La Grande Porte (Hugo / Locus / Nebula / prix John W. Campbell 1978), et peut-être surtout pour Planète à gogos (co-écrit avec Cyril M.  Kornbluth), satire féroce de la publicité et du capitalisme débridé. Ce spécialiste des dystopies a également écrit des livres comme Homme Plus (qui décrit, dans un futur proche, la transformation par la NASA d’un astronaute, par le biais de la cybernétique et de la chirurgie, afin de lui permettre de vivre de façon autonome sur Mars – ainsi que la transformation psychologique qui s’ensuit -) ou Plus de vifs que de morts, le roman court que je vous présente aujourd’hui.  Continuer à lire « Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl »

Le dragon ne dort jamais – Glen Cook

Ad Astra

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Bien que Glen Cook soit archi-connu pour son cycle de la Compagnie Noire, un monument de Dark Fantasy, il a aussi publié un certain nombre de livres de Science-Fiction, dont celui-ci. Comme on pouvait s’y attendre avec cet auteur, il s’agit de SF militaire, mais pas seulement : en effet, les influences de Iain Banks et de Frank Herbert planent également sur cet univers (même si elles sont éclipsées par une influence historique, celle de l’Empire Romain). Enfin, je lui trouve des points communs avec pas mal d’œuvres postérieures, du Grand Vaisseau de Robert Reed à La justice de l’Ancillaire d’Ann Leckie (à vrai dire, avant de le lire, c’est un peu comme cela que j’avais imaginé l’univers de ce dernier livre).

J’entame, avec ce roman, mon exploration de l’oeuvre de Glen Cook, qui se poursuivra avec une moyenne d’un livre par mois (ce qui peut signifier deux dans le même mois ou aucun un mois donné, tout dépendra de la densité de nouveautés le mois en question).

Ce n’est clairement pas un livre facile : l’immersion n’est pas graduelle, mais brutale. Bref, il est exigeant, mais est-il intéressant ?  Continuer à lire « Le dragon ne dort jamais – Glen Cook »

Un feu sur l’abîme – Vernor Vinge

Un roman de référence sur le thème de la Singularité… et pour cause

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Vernor Vinge est un professeur de mathématiques (désormais en retraite), un expert de haut niveau en matière d’informatique, et un des grands noms du mouvement transhumaniste. Son nom reste attaché à un essai paru en 1993 dans lequel il prédit, en se basant sur la Loi de Moore, l’émergence d’une super-intelligence artificielle aux alentours de 2035, un phénomène connu sous le nom de Singularité. En clair, l’émergence de cette intelligence supérieure non-humaine rend la destinée (ou la survie…) de l’humanité complètement floue, imprévisible, à partir de ce point. La Singularité a été envisagée dès les années 50, mais c’est Vinge qui l’a le mieux définie et fait connaître.

Mais Vernor Vinge est aussi un écrivain de SF, bien qu’extraordinairement peu prolifique :  4 romans seulement sont parus entre 1992 et 2011, sauf que… trois d’entre eux ont obtenu le prix Hugo, le plus prestigieux du genre. Le premier, chronologiquement parlant, de ces prix Hugo est le roman qui nous occupe aujourd’hui, Un Feu sur l’abîme. C’est une oeuvre extrêmement originale et visionnaire à de multiples niveaux, comme je vais tenter de vous le démontrer.

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Cookie Monster – Vernor Vinge

Dixie Mae a le sentiment qu’elle n’est plus au Kansas

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Etant donné que je vais vous reparler très prochainement en détails de cet auteur, je ne vais pas vous faire sa bio dans cette critique, vous pourrez en apprendre plus sur lui, si vous ne le connaissez pas, dans celle d’Un feu sur l’abîme.

Cette histoire est ce que les américains appellent une novella (en France, nous employons plus volontiers le terme de « roman court »), c’est-à-dire un texte dont le nombre de mots est situé entre ceux d’une nouvelle et d’un roman. C’est le troisième sorti dans une nouvelle collection, Une heure-lumière, créée par Le Belial’ et tout spécialement dédiée à ce format intermédiaire, ainsi qu’à la publication de textes primés (Hugo, Nebula) mais jusqu’ici inédits.

Personnellement, je salue cette initiative : des textes de qualité, inédits, une édition soignée, de grands auteurs, un prix attractif, que demande le peuple ? De plus, j’ai la nostalgie de cette époque, lorsque j’étais adolescent, où on trouvait de courts romans (chez Pocket SF, principalement), de moins de 280 pages, en gros (et souvent de 150-220) pas chers, de qualité et lus en une après-midi pluvieuse ou une longue soirée lecture. Il y avait notamment des tonnes de Moorcock, qu’on ne trouve plus aujourd’hui à l’unité, seulement en Intégrales. Continuer à lire « Cookie Monster – Vernor Vinge »

Inexistence – David Zindell

Un roman qui réussit l’exploit d’être à la fois le livre qui ressemble le plus et le moins à Dune, un incontournable de la SF Transhumaniste et de la Hard-SF

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Cette critique est dédiée à mon ami Renaud, grand admirateur de Dune et de Hard-SF s’il en est. 

Vous avez aimé Dune de Frank Herbert, voire même vous lui vouez un véritable culte et vous êtes à la recherche d’un autre livre qui lui ressemble sur de multiples aspects ? Ne cherchez plus (ou plutôt si, vous allez chercher longtemps, mais pour d’autres raisons ; voir plus loin).

Inexistence est le chef-d’oeuvre de David Zindell et le tome inaugural d’un cycle de quatre romans (dont deux ont été traduits en français, le second étant coupé en deux tomes). Gene Wolfe en personne a déclaré, au sujet de Zindell, qu’il était « un des plus grands talents qui étaient apparus depuis Kim Stanley Robinson et William Gibson, peut-être même le plus grand ». L’auteur américain n’écrit pas que de la SF, puisqu’il a aussi publié un cycle de Fantasy (intégralement traduit). Après un long silence de dix ans, il a sorti, en juillet 2017, un standalone, The idiot gods, consacré aux orques (les animaux, pas la race fantastique) et à leurs ennuis avec ces idiots d’humains.

Continuer à lire « Inexistence – David Zindell »

Zendegi -Greg Egan

Un Greg Egan très inhabituel mais de fait plus accessible que les autres

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Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Greg Egan est un des auteurs les plus emblématiques de la branche dite « hard » de la SF, celle où l’aspect « science » est fortement marqué par rapport à l’aspect « fiction ». En clair, il s’agit d’une SF qui se veut un maximum cohérente / réaliste par rapport aux théories actuellement en vigueur. Personnellement, je mettrais même Egan carrément à part, dans une catégorie « hard-hard-SF », tant certaines fois on a l’impression que pour le lire ou apprécier ses histoires au maximum, il faut être titulaire d’au moins un doctorat et lire les dernières publications scientifiques en date.

En conséquence, Egan est souvent époustouflant car ses développements romanesques liés aux dernières théories sont systématiquement ambitieux et visionnaires, mais il est de fait souvent difficile à lire. Chez d’autres auteurs de hard SF, la théorie scientifique sert de germe à l’intrigue et s’efface en bonne partie devant la narration et les personnages. Chez Egan, c’est l’inverse : l’idée SF dérivée de la théorie scientifique de pointe choisie est le pivot du roman, et l’intrigue qui en est tirée ainsi que, très souvent, la caractérisation des personnages, les dialogues, etc, sont accessoires. C’est moins vrai dans ses nouvelles que dans ses romans, et les premières sont plus intéressantes, en moyenne, que les seconds. Continuer à lire « Zendegi -Greg Egan »

Accrétion – Stephen Baxter

Une histoire incroyablement ambitieuse, la Hard SF à son zenith

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Précision préliminaire mais qui a son importance : il s’agit du tome 4 du cycle des Xeelees, mais il peut se lire de façon indépendante sans problème. La preuve, je n’ai lu aucun des trois tomes précédents, et j’ai pu suivre l’histoire sans souci. En effet, quand l’auteur fait référence à des événements ou des personnages des tomes précédents, il a l’intelligence de les expliquer en détails. A la rigueur, une lecture utile peut par contre être Exultant, du cycle connexe des « Enfants de la Destinée ». Dans cet autre roman, Stephen Baxter brosse en effet, en parallèle à l’histoire principale, une histoire de l’univers et surtout des Xeelees qui peut être un plus pour la lecture d’Accrétion.

Stephen Baxter est, on le sait, un des maîtres de la Hard SF. On a l’habitude, avec lui, des échelles temporelles vertigineuses, comme dans Les Vaisseaux du temps ou dans Evolution. Personne ne s’étonnera donc si l’histoire d’Accrétion s’étend sur… 5 millions d’années. En revanche, même chez Baxter, et en tout cas dans le reste de la SF, des personnages parcourant… 150 millions d’années-lumière restent peu courants, et des races manipulant des galaxies entières et la structure de l’espace-temps sur des échelles de milliards d’années et de centaines de millions d’années-lumière, ça reste franchement peu courant. Etant gros lecteur de SF depuis une trentaine d’années, je peux dire que je n’ai vu des histoires aussi ambitieuses qu’une poignée de fois, dont une bonne partie… chez Baxter lui-même. Continuer à lire « Accrétion – Stephen Baxter »

Accelerando – Charles Stross

Un roman de référence sur le thème de la transhumanité et des Singularités technologiques, mais qui ne plaira pas à tous

accelerando

Il s’agit clairement d’un roman de référence sur le thème de la Singularité technologique, c’est-à-dire le moment où la capacité de calcul informatique atteint un seuil tel que des intelligences post-humaines émergent et entraînent dans leur sillage des changements, technologiques ou autres, à une vitesse non plus linéaire mais exponentielle et qui surtout font du futur et du sort de l’humanité (ou plus généralement des intelligences précédentes) des territoires imprévisibles.

La description des étapes de la première Singularité, puis des suivantes, est minutieuse et détaillée. Car non, la Singularité n’est en aucun cas un processus unique, elle est multiple. Les intelligences (humaines ou autres) issues d’une Singularité donnée paraissent incroyablement évoluées, intelligentes et riches matériellement / technologiquement parlant aux intelligences ayant précédé cette Singularité, alors que pour les êtres issus de la Singularité postérieure, ceux issus de la première Singularité sont des arriérés à la limite de l’intelligence et vivant dans un bidonville. En clair, les Transhumains et les IA issues de la première Singularité, avec leur nanotechnologie, sont complètement dépassés sur tous les plans par les intelligences issues de la seconde Singularité, qui sont elles-mêmes rendues obsolètes par celles de la troisième Singularité, etc. Continuer à lire « Accelerando – Charles Stross »