From darkest skies – Sam Peters

Beaucoup de potentiel, un résultat assez décevant (tout en restant d’un niveau correct)

from_darkest_skies_petersFrom darkest skies est le premier roman de Sam Peters. Les remerciements nous apprennent que l’univers du livre est issu d’une campagne de jeu de rôle (si j’ai bien tout saisi), et que l’auteur n’a lu Carbone modifié de Richard Morgan qu’après avoir écrit son propre livre. Précision heureuse, car il y a en effet certaines (vagues) ressemblances entre les deux œuvres. Mais à vrai dire, j’en verrais plus encore avec celle de Peter Hamilton, lui-même grand utilisateur de policiers du futur (Paula Myo, La grande route du Nord), voire même avec Dan Simmons (l’IA qui enquête sur sa propre mort) et Alastair Reynolds (la dite IA a été construite à partir des aperçus de la personnalité de l’épouse décédée du protagoniste disponibles en ligne, un peu comme la reconstitution d’Eunice Akinya dans la trilogie Les enfants de Poséidon).

Premier roman, donc, et cela se voit : trop ambitieux pour son propre bien, parfois maladroit ou un peu difficile à suivre, From darkest skies n’est pourtant pas dépourvu de qualités, bien au contraire. Sam Peters travaille actuellement sur la suite, Species traitor (il ne s’agit donc pas d’un one-shot, même s’il peut éventuellement se lire comme tel) et aura, on l’espère, corrigé ces défauts de jeunesse.  Continuer à lire « From darkest skies – Sam Peters »

Les feux de Cibola – James S.A. Corey

Inégal

feux_cibolaLes feux de Cibola est le quatrième volume du cycle The Expanse, par James S.A Corey (pseudonyme commun de Ty Franck et Daniel Abraham / Hanover). Le septième, Persepolis rising, paraîtra (en VO) dans très exactement un mois (et au passage, Actes Sud est vraiment à la traîne, puisque trois autres pays européens sont à jour dans les traductions des tomes 1-6). Le tome 3 s’est révélé verbeux et assez mauvais, mais il introduisait un énorme changement d’échelle dans l’univers, ce qui fait que je dois dire que j’attendais ce nouvel opus avec une certaine impatience et une curiosité encore plus grande. Mais aussi avec une certaine crainte : alors que j’avais trouvé le tome 1 bon, le 2 excellent et le 3 nettement plus mauvais, quel allait être le niveau du 4 ? Ne faisons pas durer le suspense, la qualité globale (et j’insiste là-dessus) remonte (un peu), même si Les feux de Cibola se révèle très contrasté, et très loin d’être dépourvu de défauts, qu’ils soient propres à ce roman ou commencent à émerger au niveau du cycle dans son ensemble.

Au passage, Actes Sud, qui a repoussé la sortie du livre du 7 juin à début Novembre, rend une bien mauvaise copie : je ne compte plus les tournures maladroites, les phrases qui ne veulent pas dire grand-chose, les insuffisances de la relecture (parfois énormes, comme ce splendide « une femme aux cheveux noire » p 253 ou « un carré de cette espace » p 279) ou la ponctuation occasionnellement aux abonnés absents. Pour un éditeur de ce calibre et compte tenu de cinq mois de délai supplémentaire, ce n’est pas franchement brillant, surtout à ce prix là.  Continuer à lire « Les feux de Cibola – James S.A. Corey »

La forêt sombre – Liu Cixin

Très, très intéressant

foret_sombre_liuLa forêt sombre est la suite du Problème à trois corps. Le roman a été publié en 2008, traduit en anglais en 2015, et c’est à partir d’une version révisée établie en 2016 que la VF a été traduite directement à partir du chinois, à la demande de l’auteur. Deuxième précision, utile pour ceux qui ont lu le tome 1 de cette trilogie : cette fois, vous pouvez parcourir la quatrième de couverture, il s’agit d’un résumé « normal » et pas de la médaille d’or du spoiler comme pour le livre précédent. Enfin, ultime précision, mais qui a son importance : si vous n’avez pas encore lu Le problème à trois corps, je vous déconseille fortement de parcourir cette critique, qui vous dévoilera forcément sa grande révélation (il est strictement impossible de faire autrement, à moins de réduire mon avis à c’est bien / passable / pas bien).

Ce que je peux vous dire est que ce tome 2 est assez différent du premier qui, via ses flash-backs centrés sur la Révolution Culturelle, était ancré dans une certaine réalité concrète. Ici, nous sommes en très grande partie dans une SF plus spéculative, à vaisseaux et ascenseurs spatiaux, rayons à particules et toute la quincaillerie SF que vous pouvez imaginer. Pour autant, malgré quelques défauts, j’ai trouvé La forêt sombre globalement passionnant, et j’ai vraiment hâte de lire le tome 3 (l’année prochaine à la même époque ?).  Continuer à lire « La forêt sombre – Liu Cixin »

La cinquième saison – N.K Jemisin

Tout simplement brillant

cinquieme_saisonLa cinquième saison est le premier roman de la trilogie Les livres de la terre fracturée, par Nora K. Jemisin (vous trouverez un point biographique succinct dans cette autre critique). Ce cycle est exceptionnel car les tomes 1 et 2 ont obtenu les prix Hugo 2016 et 2017, une succession qui ne s’était pas produite depuis longtemps. D’ailleurs, les networks américains ne s’y sont pas trompés, puisque cet univers va faire l’objet d’une adaptation télévisée.

Je n’avais jusqu’ici lu qu’un seul roman de l’auteure, qui ne m’avait pas vraiment convaincu, notamment à cause de son incapacité à me faire vivre l’émotion ressentie ou générée par ses personnages. De plus, j’ai souvent répété que les prix Hugo récents (post-2010, à l’exception de celui attribué à Liu Cixin) ne me semblent pas relever du même niveau de qualité que ceux attribués avant cette date (ce qui fait qu’ils me rendent méfiant), et je dois avouer ne pas être très en phase avec les choix de publication du directeur de collection de Nouveaux Millénaires (je parle ici des inédits, pas des rééditions). Bref, je suis allé vers La cinquième saison un peu à reculons… et j’ai adoré. Je l’ai dévoré. Et plus je le lisais, plus je trouvais ça brillant, et ce sur de multiples plans. Alors, prix Hugo mérité, un vrai chef-d’oeuvre, cette fois ? Carrément. Si vous n’avez qu’un roman de SFFF à lire en cette rentrée littéraire, que ce soit celui-là !   Continuer à lire « La cinquième saison – N.K Jemisin »

2312 – Kim Stanley Robinson

Fuyez, pauvres fous…

2312_KSRKim Stanley Robinson (KSR) est un auteur américain de SF (et de Cli-Fi -fiction climatique-) multi-primé (un World Fantasy Award, 6 prix Locus, 3 Nebula -dont un pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui-, 2 Hugo) considéré comme un des plus importants écrivains (particulièrement de Hard-SF) du genre. Contrairement à la majorité de la SF américaine, ses thèmes de prédilection (anticapitalisme et modèles économiques et politiques alternatifs, écologie, justice sociale) le placent à gauche de la scène politique et dans une niche singulière par rapport à ses petits camarades. Malgré tout, sa fascination pour les nouvelles frontières (représentées ici par la colonisation spatiale) l’inscrit pleinement dans une des thématiques favorites de la science-fiction américaine.

L’oeuvre la plus connue de KSR reste sa trilogie martienne, un monument du Planet Opera qui décrit d’une façon extraordinairement détaillée tous les aspects (économiques, sociaux, culturels, scientifiques, techniques, etc) de la colonisation et de la terraformation (transformation en monde semblable à la Terre) de la planète rouge. Les descriptions des paysages martiens, notamment, sont si vivantes qu’on jurerait que Robinson s’y est personnellement rendu ! Malgré tout, il reste un auteur clivant, car son style froid, fonctionnel, lent, très intellectuel, à du mal à passer auprès de certains lecteurs. Je dois dire que moi-même, même si j’ai adoré la trilogie, ai ressenti de nettes longueurs sur d’autres livres, comme Chroniques des années noires, par exemple.

En grand fan de KSR, de Hard-SF et de tout livre décrivant la colonisation du système solaire, il était évident que je ne pouvais pas passer à côté de 2312, surtout que j’espérais quelque chose du calibre de la trilogie martienne, mais largement étendu au-delà des frontières de la planète rouge (je savais que le roman parlait beaucoup de la terraformation de Vénus, notamment, un thème bien trop délaissé à mon goût en SF). Je vous laisse donc imaginer ma déception après avoir commencé l’ouvrage, qui s’est révélé effroyablement long, pédant, mal construit, plat et n’apporter pas grand-chose de neuf, pour ne pas dire rien. Bref, j’anticipe un peu sur la conclusion, mais franchement, si vous ne connaissez pas KSR, ne commencez surtout pas votre découverte de son oeuvre par ce roman, qui n’en vaut pas la peine. Et si vous êtes plutôt fan, comme moi… fuyez. Gardez vos éventuels bons souvenirs de la trilogie martienne, ça vaudra mieux.  Continuer à lire « 2312 – Kim Stanley Robinson »

Latium – Tome 2 – Romain Lucazeau

La Chute d’Hypérion

latium_2Ce roman est donc la suite et la fin de Latium – tome 1. Il présente, avec ce dernier, des différences assez substantielles : comme le soulignait FeydRautha dans son excellente critique, il existe plusieurs grilles, ou strates, de lecture pour Latium-1 ; roman de SF, tragédie grecque, livre de philosophie, les angles d’analyse ou de vision sont multiples. C’est d’ailleurs ce qui participait à l’intérêt considérable de cette oeuvre. Latium-2 est, à mon sens, différent : si l’aspect tragédie / théâtre est encore fort, l’aspect philosophique est moins présent, et par contre l’aspect SF est (du moins, c’est mon ressenti) nettement plus mis en avant. Ce qui a une conséquence immédiate et tout à fait concrète : une plus grande facilité de lecture (non pas que le tome 1 ait été difficile à lire, c’est juste que son successeur est plus direct, dirons-nous).

Mais là n’est pas l’essentiel, qui est que Latium-2 ne concrétise pas tout à fait les considérables espoirs nés à la lecture de son prédécesseur : si je prends en compte l’ensemble du roman (tome 1 + 2), je me retrouve devant un très bon livre (de SF, mais pas que, comme nous l’avons vu), un premier roman par bien des côtés impressionnant, mais cependant affligé de défauts trop importants pour que je le qualifie de chef-d’oeuvre. En fait, il me fait penser à La Chute d’Hypérion de Dan Simmons (l’influence principale de ce tome 2, et de très loin) par rapport à Hypérion : tout en étant un très bon livre, le premier ne parvenait pas à se hisser aux hauteurs stratosphériques du second, et, quelque part, décevait. Pour Latium-2, c’est la même chose : cette seconde partie met du temps à trouver son (ou plutôt un) rythme, elle use et abuse des cliffhangers faciles et d’une quantité effroyable de Deus ex Machina, se révèle extrêmement prévisible et beaucoup, mais alors beaucoup trop marquée par l’influence écrasante de Simmons, Banks et quelques autres. Continuer à lire « Latium – Tome 2 – Romain Lucazeau »

Existence – David Brin

Une réponse magistrale au paradoxe de Fermi, un monument de Hard-SF

existence_brinOn ne présente plus David Brin, surtout pas sur ce blog où il a déjà fait l’objet de trois critiques différentes. Existence, publié en VO en 2012, signe son retour à l’écriture de romans après une pause… de dix ans. Sachant que Brin est capable du meilleur (Marée stellaireSaison de gloire) comme du pire (je garde un souvenir pénible de la lecture de Terre), je ne savais pas trop à quoi je devais m’attendre en commençant ce nouveau livre. Et ce même si les retours des blogueurs francophones sur la VO sont très bons. Au final, c’est tout simplement une énorme baffe : j’ai dévoré ce roman avec un enthousiasme qui n’est plus vraiment courant chez moi, un peu blasé que je suis par la lecture de dizaines de livres de SFFF par an. Ce qui va d’ailleurs rendre cette critique un peu compliquée à rédiger : en effet, une grande partie du plaisir ressenti à la lecture d’Existence tient à la révélation progressive de vérités englobées dans des couches successives de mensonges ou de trompe-l’oeil, aussi l’art délicat de la chronique sans spoil va devoir être appliqué avec adresse afin de conserver intact votre plaisir de lecture.  Continuer à lire « Existence – David Brin »

Coeurs d’acier – H. Paul Honsinger

Un roman plus proche de Jack Aubrey que d’Honor Harrington, très sympathique mais qui ne se hisse pas vraiment à la hauteur des cycles de référence en SF militaire

honsinger_vol1_def.inddH. Paul Honsinger est un écrivain américain natif de Louisiane et vivant désormais en Arizona. Cœurs d’acier est le premier roman d’une trilogie de SF militaire (De haut bord), présentée par l’Atalante comme étant dans la lignée des cycles d’Honor Harrington ou de la Flotte perdue. Une seconde trilogie est d’ores et déjà en chantier, et d’autres romans sont prévus dans un futur indéterminé.

Ce livre raconte l’histoire de Max Robichaux, un Cajun de 28 ans, qui se voit confier le commandement de l’USS Cumberland, un destroyer chargé d’aller jouer au corsaire dans une zone spatiale franche où s’approvisionnent les Krags (des extraterrestres dont le Dieu a décrété que la race humaine devait être détruite) et de perturber leur ravitaillement et leurs échanges commerciaux. Une tâche qui va s’avérer d’autant plus périlleuse que l’équipage de son nouveau bâtiment a une lourde réputation d’inefficacité, et que certains de ses officiers vont se mutiner contre sa reprise en main de la situation et une mission perçue comme quasi-suicidaire…

Vous remarquerez l’illustration de couverture de très grande qualité, signée Gene Mollica. Le personnage très réaliste, l’effet de perspective et le remarquable travail sur les couleurs sont admirables. La troisième de couverture nous montre les illustrations des tomes 2 et 3, qui sont… encore plus belles !  Continuer à lire « Coeurs d’acier – H. Paul Honsinger »

Latium – Tome 1 – Romain Lucazeau

Banks et Simmons ont un digne héritier, il est français et s’appelle Romain Lucazeau

latium_1Latium est la grosse sortie de la collection Lunes d’encre, chez Denoël, de cette fin d’année 2016. Si imposant (deux millions de signes) qu’il a du être coupé en deux (le tome 2 sortira le 4 Novembre), cet ouvrage, fruit de six ans de travail, n’est cependant, aussi sidérant que cela puisse paraître, que le premier roman (mais pas le premier texte) de son auteur. Il est présenté, par le directeur de collection, comme un manuscrit comme on en reçoit peu dans une carrière, comme un parfait exemple de la SF qui fait autant rêver que réfléchir, comme une fusion de batailles spatiales flamboyantes, de théâtre classique et de philosophie, comme un digne héritier de Simmons et de Banks. Enfin, l’auteur, une pointure (Normalien de la rue d’Ulm, agrégé de philo, enseignant et chercheur en philosophie politique à Paris-IV Sorbonne et à l’Institut d’études politiques,  conseiller en stratégies économiques et consultant auprès de grandes institutions publiques françaises et internationales), a une ambition : rapprocher la SF de la littérature blanche.

Alors, Latium est-il un bon livre de SF (et d’uchronie), donnera-t-il envie de lire Corneille et Leibniz comme Simmons nous a donné envie de lire Keats, Shakespeare et Homère ? Ou la magnifique couverture de Manchu cache-t-elle un roman pédant et ennuyeux ? Continuer à lire « Latium – Tome 1 – Romain Lucazeau »

Children of time – Adrian Tchaikovsky

Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Continuer à lire « Children of time – Adrian Tchaikovsky »