Terre – David Brin

Une anticipation en partie brillante, mais en majorité bancale (et surtout datée), des ressorts de l’intrigue complètement irréalistes, une narration trop éclatée, un livre bien trop long et ressemblant beaucoup trop à un essai et pas à un roman, un rythme très mal maîtrisé

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Avant de vous expliquer en détails pourquoi, malgré certaines qualités, je ne conseille pas ce roman, je tiens à préciser une chose importante : j’aime beaucoup David Brin et ce que j’ai lu du reste de son oeuvre. Son cycle Marée Stellaire / Élévation / Jusqu’au cœur du soleil est un modèle en matière d’univers où les races extraterrestres foisonnent et bien évidemment pour tout ce qui concerne le processus consistant à amener des animaux terrestres à une intelligence / conscience de niveau humain. J’ai juste un problème avec ce roman précis, le reste de la production de Brin est parfaitement recommandable.

Deuxième précision importante : il ne s’agit que d’une réédition en un tome unique d’un roman sorti chez nous en 1992 en deux tomes, et rédigé en réalité en 1989. Vous allez vite comprendre à quel point cette précision est importante pour juger la qualité du roman.

Ce roman est un véritable Planet Opera dont le sujet est… la Terre ! Eh oui, pas besoin d’aller sur Arrakis ou Ténébreuse pour donner dans ce genre là, la bonne vieille planète bleue peut parfaitement faire l’affaire, surtout si on change 2-3 facteurs écologiques, sociaux et technologiques clefs. Attention par contre, malgré ce que vous pourriez imaginer, ce livre ne relève pas de la Hard-SF. Oui, il y a tout un tas d’éléments qui pourraient vous faire croire le contraire, mais comme l’explique l’auteur en personne dans son interminable postface, ils sont soit complètement imaginaires (ses noeuds cosmiques et autres types exotiques de singularités), soit tellement spéculatifs (des couches supraconductrices à très haute température près du noyau terrestre) qu’en pratique, ça revient au même. Donc c’est comme le Canada Dry, ça a parfois la couleur de la Hard SF, mais ce n’en est pas.

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Inexistence – David Zindell

Un roman qui réussit l’exploit d’être à la fois le livre qui ressemble le plus et le moins à Dune, un incontournable de la SF Transhumaniste et de la Hard-SF

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Cette critique est dédiée à mon ami Renaud, grand admirateur de Dune et de Hard-SF s’il en est. 

Vous avez aimé Dune de Frank Herbert, voire même vous lui vouez un véritable culte et vous êtes à la recherche d’un autre livre qui lui ressemble sur de multiples aspects ? Ne cherchez plus (ou plutôt si, vous allez chercher longtemps, mais pour d’autres raisons ; voir plus loin).

Inexistence est le chef-d’oeuvre de David Zindell et le tome inaugural d’un cycle de quatre romans (dont deux ont été traduits en français, le second étant coupé en deux tomes). Gene Wolfe en personne a déclaré, au sujet de Zindell, qu’il était « un des plus grands talents qui étaient apparus depuis Kim Stanley Robinson et William Gibson, peut-être même le plus grand ». L’auteur américain n’écrit pas que de la SF, puisqu’il a aussi publié un cycle de Fantasy (intégralement traduit). Après un long silence de dix ans, il a sorti, en juillet 2017, un standalone, The idiot gods, consacré aux orques (les animaux, pas la race fantastique) et à leurs ennuis avec ces idiots d’humains.

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La grande route du Nord – tome 2 – Peter F. Hamilton

Un second tome très supérieur au premier, un très bon roman dans l’ensemble, mais pas dépourvu de (gros) défauts cependant

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Lors de ma critique du tome 1, j’ai eu l’occasion de dire que j’avais trouvé le rythme lent (trop sans doute), que les flash-backs et le personnage d’Angela étaient très intéressants, que le découpage en deux tomes de l’édition française tombait à plat (plus que dans les romans précédents d’Hamilton), que j’avais trouvé ce début de roman moins prenant que les autres livres de l’auteur, et surtout, que celui-ci semblait tourner, pour la première fois, en rond, alors qu’il était jusque là caractérisé par une imagination assez prodigieuse.

Après avoir lu le tome 2, donc l’ensemble du roman, je suis désormais en mesure de nuancer ou d’infirmer complètement certains de ces points, et (malheureusement) de dire à quel point j’avais raison sur certains autres points (le manque de renouvellement). Continuer à lire « La grande route du Nord – tome 2 – Peter F. Hamilton »

La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton

Hamilton ne se renouvelle pas

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Ce roman plaira à quelqu’un qui n’a jamais (ou relativement peu) lu d’autres livres de Peter F. Hamilton. Pour quelqu’un comme moi, qui a part les Greg Mandel 2 et 3 a lu toute la production de cet auteur (et ça fait du volume), ce livre pose un problème conséquent de répétitivité et de renouvellement.

Je m’explique : ce qui est agréable chez Hamilton, c’est qu’il crée à chaque fois des univers très détaillés et très cohérents, et que ces univers sont très éloignés les uns des autres. L’univers de la Confédération est très éloigné de celui de Dragon Déchu, lui-même complètement différent de celui de Pandore / du Vide. Ce qui me pose problème dans La Grande Route du Nord, c’est qu’il s’agit à peu de choses près de l’univers de Pandore, sauf que… ce n’est pas lui. Même méthode de voyage interstellaire, même mainmise de Grandes Familles (une en particulier) sur l’économie, seule la technologie est plus proche de la notre (même si on retrouve des « cellules intelligentes », un « maillage corporel », l’équivalent d’une « ombre virtuelle » des romans précédents, etc). En plus, on retrouve les constantes de toute oeuvre d’Hamilton : Continuer à lire « La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton »

L’abîme au-delà des rêves – Peter F. Hamilton

Hamilton fait sa Révolution et nous livre son meilleur roman depuis L’aube de la nuit

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Voilà une nouvelle production de Peter Hamilton extrêmement inhabituelle, qui défie les standards qu’il a lui-même établis. Jusque là, il nous a proposé soit des romans simples (Dragon Déchu, La Grande Route du Nord), soit des cycles complets, en général en trois volumes. Etant donné la taille de la totalité de ces romans, l’édition française les a le plus souvent coupés en deux tomes chacun (certains dépassent les 1000 pages en édition anglaise). Rien de tout cela ici. Ce nouveau cycle ne comptera que deux tomes en VO, et ce premier tome ne fait « que » 645 pages.

Il est donc évident, dès qu’on a fait ce constat, que Hamilton a changé quelque chose à son écriture. Jusqu’ici, il avait l’habitude, dans les grands cycles ou romans uniques comme L’Aube de la Nuit, Pandore ou la Trilogie du Vide, de consacrer des chapitres entiers à présenter les protagonistes, la menace contre laquelle ils vont se battre et les lieux de l’action. Rien de tout cela ici, et ce pour deux raisons. D’abord, certains protagonistes (Nigel Sheldon et Paula Myo) sont déjà connus de ses fidèles lecteurs. Ensuite, pour les nouveaux personnages (ceux du vaisseau Brandt ou ceux de la planète Bienvenido), on les découvre désormais progressivement au travers de l’action. Et ça, mine de rien, c’est un changement colossal, car ça change complètement le rythme de l’action et du roman. Un Hamilton, jusqu’ici (à part à la rigueur Dragon Déchu), c’était le Boléro de Ravel, une lente mais inexorable montée en puissance du rythme et de l’action. Dans l’Abîme, ça ressemble plutôt à un morceau de Metallica, ça commence en mid-tempo et ça finit à 200 à l’heure. Continuer à lire « L’abîme au-delà des rêves – Peter F. Hamilton »

World of Fire – James Lovegrove

Takeshi Bauer-Deckard vs L’agent Smith du Technocentre Cylon

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Soyons clairs, James Lovegrove, écrivain anglais de SF / Fantasy pourtant très prolifique, est loin d’être aussi connu chez nous que certains de ses compatriotes (Alastair Reynolds, Iain Banks ou Peter Hamilton). De fait, bien peu de ses romans ont été traduits, et on ne peut pas dire qu’ils aient la notoriété d’un Hyperion. Ce qui ne veut absolument pas dire que ce soit un mauvais écrivain, et ce roman a tout pour prouver le contraire. A vrai dire, je suis tombé dessus par hasard, et alléché par le résumé, je l’ai acheté. Ce livre a tenu toutes ses promesses, et bien plus encore.

Pour être honnête, ce roman ne brille pas par son originalité : lisez le résumé, et vous vous apercevrez rapidement, si vous vous y connaissez un minimum en SF, que le point de départ de l’histoire ressemble beaucoup à Carbone modifié de Richard Morgan, et que la faction antagoniste ressemble à une civilisation IA comme le Technocentre de Dan Simmons ou toutes celles du célèbre univers du projet Orion Arm. Mais les ressemblances avec d’autres oeuvres bien connues ne s’arrêtent pas là : les dîtes IA, contrairement à celles de l’écrasante majorité des univers SF, ont pour particularité d’être… des fanatiques religieux, alors qu’au contraire, la civilisation humaine a balayé depuis longtemps toute forme de superstition. Ceux qui ont pensé aux Cylons de la série Battlestar Galactica n’ont rien gagné, c’était trop facile. Continuer à lire « World of Fire – James Lovegrove »