La loi du tyran – Daniel Hanover

Un troisième tome toujours aussi solide, même si très (trop ?) inspiré par l’histoire réelle, et avec une fin qui donne une puissante envie de connaître la suite

loi_tyran_hanoverLa loi du tyran est le troisième tome du cycle La dague et la fortune, après La voie du dragon et Le sang du roi. C’est aussi le dernier a avoir été traduit, les deux autres volumes de la saga (The widow’s house et The spider’s war) n’étant « pour l’instant » pas prévus en français (traduisez : encore une série abandonnée par un éditeur tricolore). Bref, malgré toutes les qualités que je trouve à ces romans, soyez bien conscients que si vous ne lisez pas l’anglais, vous ne connaîtrez probablement jamais la fin de l’histoire. Il faudra donc vous poser la question de savoir si, dans ce cas, commencer le cycle est pertinent ou pas. Pour ma part, je vous proposerai, dans les mois qui viennent, des critiques de ces deux ultimes tomes, avec bien entendu un mot sur le niveau d’anglais nécessaire à leur lecture.

Contrairement aux deux premiers tomes, où certains personnages étaient beaucoup plus représentés, en terme de chapitres qui adoptaient leur point de vue, que d’autres, cette fois on est quasiment sur une égalité parfaite : 10 chapitres pour Clara et Geder, 11 pour Cithrin, 12 pour Marcus (et l’Apostat). Ce tome 3 est aussi un peu plus court que les autres : environ 400 pages, contre 450 et 430.  Continuer à lire « La loi du tyran – Daniel Hanover »

Blogger recognition award

ApophisJe viens d’être nominé par Aelinel (que je remercie chaleureusement, au passage) à un tag que je trouve doublement intéressant : en lui-même d’abord, et parce qu’il va me permettre d’expliquer à chaque lecteur ce que je n’ai eu l’occasion de raconter qu’à certains d’entre eux en commentaires de certaines critiques.

Le principe de ce tag est le suivant :

  • Remercier la personne qui t’a nominé et mettre un lien vers son blog (fait)
  • Écrire un post contenant une brève histoire de ton blog (bref, je ne sais pas faire, mais l’historique est là  😀 )
  • Donner un ou deux conseils pour de nouveaux blogueurs (ce sera quatre, soyons fous ^^)
  • Sélectionner 15 autres blogs (comme à mon habitude, je ne nomine personne en particulier, si ce tag vous intéresse n’hésitez-pas à le reprendre).

Continuer à lire « Blogger recognition award »

Armor – John Steakley

Un curieux roman de SF militaire, qui ne montre pas un seul soldat la moitié du temps et parle finalement plus d’armure psychologique que d’armure de combat l’autre moitié 

armor_steakleyJohn Steakley (1951-2010) était un écrivain texan certes peu prolifique, mais dont les deux seuls romans publiés ont été, dans leur genre, assez marquants : le premier est Vampire$, qui servira de base au film du même nom réalisé par John Carpenter en 1998; le second est le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, sorti en 1984 et considéré comme un classique de la SF militaire (volet terrestre, par opposition au volet spatial à la Weber / Campbell). L’auteur travaillait depuis plusieurs années sur une suite à Armor au moment de son décès, suite qui ne verra donc jamais le jour.

On compare souvent ce roman à Starship Troopers de Robert Heinlein, mais la ressemblance n’est que superficielle, comme je vais vous l’expliquer. Ce livre a aussi une particularité : on change à plusieurs reprises à la fois de protagoniste et de mode de narration, passant de la troisième à la première personne, et inversement. Un procédé qui, sans être unique, n’en est pas moins assez peu courant, particulièrement en SF.  Continuer à lire « Armor – John Steakley »

Arachnae – Charlotte Bousquet

Maladroit, m’as-tu-lu, malsain, mercantile

arachnaeCharlotte Bousquet est philosophe de formation, mais son activité principale est liée aux littératures de l’imaginaire : romans, nouvelles, dossiers thématiques pour des revues, directrice de collection, elle sait tout faire, et exerce aussi bien dans le registre de la jeunesse que dans celui destiné aux adultes, et tout autant en Fantastique qu’en Fantasy ou encore en Dystopie.

Arachnae, sorti en 2009, est le premier tome d’une trilogie de Dark Fantasy, l’Archipel des Numinées (ou plutôt, c’est la première partie d’un cycle plus grand, dont les fans de l’auteur attendent toujours la suite, si j’ai bien tout saisi). La simple association de « dark fantasy » et d' »auteur français » a de quoi intriguer, tant ce sous-genre est beaucoup plus facilement associé aux auteurs anglo-saxons, de Glen Cook à G.R.R Martin en passant par Joe Abercrombie, qu’aux écrivains hexagonaux. Ce livre de Charlotte Bousquet aurait pu prouver le contraire, si elle ne s’était pas systématiquement plantée dans le placement des curseurs : univers en carton-pâte, personnages sans âme et trop nombreux, rythme trop échevelé, niveau de langage souvent mal adapté, et surtout une énorme complaisance à décrire de façon beaucoup trop détaillée les scènes pédophiles les plus insoutenables qui soient. Donc non, la Dark Fantasy (en tout cas la bonne), ce n’est pas ça. Continuer à lire « Arachnae – Charlotte Bousquet »

Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif

Un livre souvent intéressant, mais qui est sans doute trop ou pas assez quelque chose pour trouver facilement son public (et pourtant, il le mérite !)

J’ai reçu cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie ce site, ainsi que les éditions Mnemos (pour le livre et le petit bonus constitué par le marque-page agrémenté d’un mot gentil)

kadathA la lecture du titre de cette critique, deux réactions sont possibles : soit ne pas savoir du tout ce qu’est ce « Kadath », soit être un initié des sombres secrets dévoilés par le Maître de Providence dans ses écrits impies. Dans ce dernier cas, vous pouvez aussi vous demander quelle est la différence entre cet ouvrage et Kadath – Le guide de la cité inconnue (qui vient, au passage, de bénéficier d’une nouvelle édition, et est titulaire du prix Imaginales 2011) : le livre que je vous présente aujourd’hui comprend en fait les textes du guide de la cité inconnue (« revus au format roman », pour citer l’éditeur), mais pas les illustrations de Nicolas Fructus. Et ceci, il faut le signaler, à quasiment la moitié (19 euros au lieu de 36) du prix du beau livre de la collection Ouroboros. Ce qui fait que si, comme moi, vous êtes plus intéressé par le texte que par les illustrations, ce titre sera plus adapté à vos envies que son prédécesseur.

Ce livre comprend quatre nouvelles, liées par un fil rouge, ainsi qu’un guide détaillé de la cité de Kadath et des Contrées du Rêve en général. Si vous êtes un amateur de Lovecraft et connaissez le volet onirique de son oeuvre, inutile de vous présenter ce lieu, vous le connaissez et le chérissez probablement. Sinon, pour ceux qui ne sont pas encore entrés dans l’univers du Maître du Fantastique, je vous propose un petit résumé de la place de la ville dans son oeuvre, avant de vous donner mon sentiment sur les nouvelles et les annexes. Sachez d’ailleurs que les textes du mystérieux narrateur appelé l’Innomé, qui font le lien entre les nouvelles, ainsi que les annexes, donnent même au complet néophyte une compréhension basique de l’univers onirique Lovecraftien.  Continuer à lire « Kadath – Quatre quêtes oniriques de la cité inconnue – Collectif »

Le fleuve céleste – Guy Gavriel Kay

Le tableau amer mais extrêmement émouvant de la fin d’un monde

fleuve_celesteLe fleuve céleste est la « suite » des Chevaux célestes de Guy Gavriel Kay. Il n’en reprend pas les personnages (étant donné que l’intrigue se déroule trois siècles et demi plus tard) mais l’univers est le même. Après la Chine des Tang, c’est donc celle des Song (du Nord, puis du Sud) qui sert de modèle à l’auteur canadien. Compte tenu de ce saut dans le temps, vous pouvez théoriquement lire ce roman même sans avoir lu le précédent. Toutefois, ce faisant, vous passerez à côté de nombreuses références à la Kitai de la IXe Dynastie, à Wen Jian ou à Sima Zian : cela ne nuit pas à la compréhension, mais appauvrit l’ambiance de chute d’une civilisation jadis grandiose que l’auteur veut installer.

L’Atalante nous propose une très belle édition physique, avec une superbe couverture à rabats, un dramatis personæ et une carte esthétique et fort utile. Il faut savoir qu’aucun scan ou photo sur le net ne rend justice à l’illustration, qui est en réalité d’un vert beaucoup plus beau et intense.

Pour tout ce qui concerne les fondamentaux de l’univers commun aux deux romans et leur auteur, je vous invite à vous reporter à ma critique des Chevaux célestes si besoin.  Continuer à lire « Le fleuve céleste – Guy Gavriel Kay »

Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 2 – Les trouble-fête

ApophisBien, bien, bien… Vous avez lu le premier article de cette série, vous maîtrisez la méthode du chat, vous vous sentez capable de classifier sans souci n’importe quel roman, et vous êtes prêt à découvrir les sous-genres de la SF, de la Fantasy et du Fantastique. Sauf que tout n’est pas aussi simple, car de nombreux trouble-fête se sont invités à la célébration, et vont vous rendre la tâche de classification nettement moins aisée : entre les genres hybrides, les sous-genres qui ont un complexe de supériorité et qui veulent laisser tomber le sous- pour être un genre à part entière, les conceptions d’origine étrangère qui cassent le tableau très clair avec SF, F et F et puis c’est tout, les définitions qui sont loin de faire l’unanimité (ou pire, qui sont multiples), les écrivains qui prennent un plaisir sadique à brouiller les frontières et ceux qui vont les frôler, vous allez voir que les choses ne sont pas aussi limpides que mon premier article pouvait le laisser penser.

Au passage, j’ai classé les articles de cette nouvelle série sous un tag commun (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), afin que vous puissiez y accéder aisément.  Continuer à lire « Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 2 – Les trouble-fête »

Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 1 – SF, F et F

ApophisA priori, on pourrait penser que n’importe quel lecteur adepte de SFFF (Science-Fiction, Fantasy et Fantastique) peut facilement faire la différence entre les trois. Pourtant, il n’y a pas un jour ou quasiment où je ne tombe pas sur une phrase, au détour d’une critique ou d’un commentaire, qui me montre qu’en réalité, un nombre surprenant de gens n’a qu’une vague idée (le plus souvent stéréotypée) de la définition, des fondamentaux, des caractéristiques distinctives et des limites de chacun de ces trois grands genres. C’est, des trois, le Fantastique qui est le plus mal loti, tant les lecteurs les moins expérimentés ont du mal à le définir précisément (ce qui n’est pas entièrement de leur faute, comme nous allons le voir).

Vous le savez peut-être si vous lisez les commentaires de tous les articles publiés ici, mais une des raisons qui est à l’origine de la création du Culte d’Apophis est justement de faire de la pédagogie dans le domaine des littératures de l’imaginaire, d’aider des lecteurs moins anciens ou expérimentés que je ne le suis (même si je suis très loin d’être une référence dans ces deux domaines) à mieux appréhender ce qu’ils lisent, à leur donner les clés qui leur font défaut. Je vais donc vous proposer une série d’articles « de fond » ayant pour ambition de vous aider à mieux comprendre les critères qui permettent de classer un roman dans tel ou tel sous-genre. Continuer à lire « Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 1 – SF, F et F »

La dame au linceul – Bram Stoker

C’est Draculette à la plage, aouh cha cha cha

dame_linceul_stokerInutile de vous présenter Bram Stoker, si vous vous intéressez au Fantastique vous avez forcément entendu parler de l’auteur de Dracula. Mais avez-vous pour autant lu le reste de l’oeuvre de l’écrivain britannique ? Après tout, elle se compose d’une douzaine de romans supplémentaires, de nouvelles et d’essais. Je vous propose donc de découvrir un livre tardif (1909) du créateur du seigneur des Vampires, La dame au linceul.

Roman gothique, épistolaire, mettant en scène une vampiresse (la dame au linceul du titre), on croit être dans les codes que Bram Stoker a contribué à créer ou du moins populariser et qui, dans l’esprit du public, caractérisent son oeuvre. Et on se trompe… car l’auteur nous réserve une surprise pour le moins inattendue en fin de roman. Fin qui, au passage, est tronquée dans l’édition française, qui omet plusieurs chapitres pour mieux la centrer sur la romance entre le protagoniste et sa dame aux yeux noirs si fascinants.  Continuer à lire « La dame au linceul – Bram Stoker »

La dame pâle – Alexandre Dumas

Le vampire, vu par… Alexandre Dumas ! 

dame_paleLa dame pâle est une nouvelle relevant de la littérature vampirique, écrite en 1849 par… Alexandre Dumas. Si, si, le légendaire auteur des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo et de La Reine Margot. Dumas qui fait du vampire, ça ne se refuse pas, d’autant plus quand la date de rédaction du texte, si elle n’en fait pas tout à fait un précurseur, le place tout de même dans une période où la créature n’a pas encore été sublimée par certains des romans qu’on cite aujourd’hui en référence, comme Carmilla (1872) ou Dracula (1897).

Précision importante : cette nouvelle ne forme en fait qu’une partie d’un texte beaucoup plus gros, appelé Les Mille et un fantômes. Ce dernier met en scène un dîner, au cours duquel les convives racontent tour à tour d’étranges histoires, dont ils ont été les héros (ou les victimes…). La dame pâle qui donne son titre à cette nouvelle est une des participantes. Le souci est que si vous ne connaissez pas ce contexte, vous allez avoir du mal à pleinement saisir l’introduction et l’épilogue. Merci qui ? Merci Apophis !  Continuer à lire « La dame pâle – Alexandre Dumas »