Apophis Box – Avril 2025

« Lazare, lève-toi ! » en SF, « Apophis fait son cinéma » – Première séance, et micro-critique – « Possibly just about a couch » par Suzanne Palmer

L’Apophis Box est une série d’articles… n’ayant pas de concept. Enfin presque. Bâtie sur le modèle des « box » cadeau, vous y trouverez à chaque fois trois contenus / sujets en rapport avec la SFFF, qui peuvent être identiques ou différents entre eux, et qui peuvent être identiques ou différents de ceux abordés dans la box du mois précédent. Pas de règle, pas de contraintes, mais l’envie de créer du plaisir, voire un peu d’excitation, à l’idée de découvrir le contenu de la nouvelle Box. Le but étant aussi de me permettre de publier des contenus trop brefs pour faire l’objet d’un des types d’articles habituellement proposés sur ce blog ou dérogeant à sa ligne éditoriale standard, et bien sûr de pouvoir réagir à une actualité, à un débat, sans être contraint par un concept rigide.

Vous pouvez retrouver les Apophis Box précédentes via ce tag.

Au sommaire de cette box d’avril 2025 :

« Lazare, lève-toi ! » en SF

La mort et la résurrection, sous une forme ou une autre, sont très présentes en SF. Des zombies de World War Z de Max Brooks aux multiples décès « virtuels » des corps artificiels occupés en téléprésence (à la Avatar) du cycle Lazare en guerre de Jamie Sawyer en passant par la « mort » réversible dans Vision Aveugle de Peter Watts permise par les gènes vampiriques (une forme de super-hibernation pour voyages spatiaux au long cours) ou par la Propulsion Archange dans Endymion de Dan Simmons, les exemples sont innombrables. Je vais toutefois me concentrer spécifiquement sur des personnages qui sont morts puis qui ont été ramenés à la vie longtemps après leur trépas par une civilisation plus avancée que la leur, humaine… ou pas. J’attire votre attention sur le fait que les deux derniers de ces trois exemples impliquent des spoilers des romans concernés, un (mineur) sur la fin du deuxième et un (moyen) sur le point pivot du troisième. Même si je m’empresse de préciser que connaître ces évènements ne vous gâchera pas la lecture des ouvrages concernés. Néanmoins, j’ai décidé de ne pas insérer dans cette partie de l’article l’image de leurs couvertures, afin que ceux qui ne veulent vraiment rien savoir ne se spoilent pas d’un simple coup d’oeil.

Le premier exemple est donné par 3001 d’Arthur Clarke, le dernier des quatre tomes des Odyssées de l’espace, dont font partie les magistraux 2001 et 2010, ainsi que le parfaitement dispensable 2061 : Odyssée trois. Et le pire est que 3001 réussit à faire pire que ledit prédécesseur dès son postulat de départ : il s’ouvre en effet sur une scène où un remorqueur spatial collectant des comètes dans la Ceinture de Kuiper tombe par hasard sur le corps de Frank Poole, qui, tenez-vous bien, est ensuite ramené à la vie (grâce à la technologie avancée des humains de cette époque) alors qu’il est mort depuis mille ans, exposé au vide spatial, aux radiations, au zéro absolu ou quasiment, et j’en passe. Pour un auteur de Hard SF, ce postulat de départ est tellement grotesque que ni moi, ni la majorité des lecteurs dotés de ne serait-ce que d’un atome de sens critique ne sont parvenus à suspendre notre incrédulité et accorder quelque crédit à ce roman, qui, d’ailleurs, n’est pas vraiment meilleur sur la plupart des autres plans. On conseillera donc au débutant en SF de ne lire que les deux premiers volets du cycle et de jeter un voile pudique sur les deux autres.

Le deuxième exemple de cette thématique est Titan de Stephen Baxter, à ne pas confondre avec Retour sur Titan du même auteur, qui n’a rien à voir. À la base, il s’agit de la description d’un voyage sans retour d’astronautes américains vers Titan, satellite de Saturne, dans un mode Hard SF réaliste (compte tenu des connaissances sur ce monde disponibles au moment de sa parution, en 1997) mais digeste. Il me faut toutefois signaler que dans cette histoire très sombre, le britannique se révèle étonnamment visionnaire, à un point qui vu d’aujourd’hui, en est presque perturbant : il prédit les mouvements anti-intellectuels, le président US d’extrême-droite isolationniste, l’irrésistible ascension de la Chine, l’influence néfaste des réseaux sociaux sur les plus jeunes, la militarisation croissante du spatial, le coup de frein donné au spatial civil par un accident de navette (avant l’accident réel), et j’en passe. À la fin du roman, les deux derniers astronautes, se sachant condamnés, répandent des bactéries terriennes dans un environnement favorable à la vie sur Titan, puis décèdent. Et c’est là que l’auteur propose un épilogue, hum, solaire (^^) à un roman par ailleurs extrêmement noir (j’ai envie de dire que Titan est à Baxter ce que BIOS est à Robert Charles Wilson)  : plusieurs milliards d’années plus tard, l’évolution du Soleil a rendu Titan habitable, et des extraterrestres (des Titaniens) insectoïdes se sont développés à partir des matériaux génétiques laissés par les deux humains. Les aliens les ramènent à la vie, et lancent des sondes interstellaires pour trouver une nouvelle terre d’accueil aux enfants du Soleil. Ce retour à la vie est « moyennement » réaliste, dirons-nous, mais c’est une belle fin qui, contrairement au début du bouquin de Clarke, ne torpille pas le reste du texte dont elle fait partie.

Troisième et dernier exemple, dans De l’espace et du temps d’Alastair Reynolds le dernier survivant (un astronaute se trouvant sur Mars) de la race humaine, détruite sur les deux mondes par un virus militarisé, se tue bêtement dans un accident de buggy. (Bien) plus tard, il est ramené à la vie par une race extraterrestre qui visite le Système Solaire, qui lui donne les moyens technologiques et la forme (RADICALEMENT) posthumaniste lui permettant de mener à bien la mission qui était la sienne avant son fatal accident, celle qui devait permettre de donner un sens à son existence : prouver la Théorie du Tout, l’échafaudage théorique ultime de la Physique devant permettre de tout expliquer sans jamais pouvoir être réfuté.

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Apophis fait son cinéma : Première séance

Très tôt dans l’histoire de ce blog, j’ai décidé qu’il ne proposerait que des critiques de contenu SFF écrit, pas de films ou de séries, et ce pour plusieurs raisons différentes (à commencer par le fait que l’expert en matière d’audiovisuel dans la famille, ce n’est pas moi, mais ma sœur ; je tente de la convaincre d’ouvrir un « culte d’Apophis du cinéma » depuis des années, sans succès). J’ai commencé à assouplir cette position dans les strictes limites du périmètre de l’Apophis Box, dont une des caractéristiques est justement de ne pas systématiquement suivre la ligne éditoriale du reste de ce blog. Les exemples de séries ou de films donnés sont toutefois (presque) toujours venus en complément d’exemples littéraires, à l’appui d’un propos plus général. Je n’ai que très rarement parlé d’un film ou d’une série pour lui-même. L’évolution logique était donc précisément de faire cela.

Le but de cette nouvelle rubrique de l’Apophis Box est de vous présenter un ou plusieurs films (voire séries ou épisodes de séries), soit pour leur intérêt propre, soit liés entre eux par une thématique, une atmosphère ou un réalisateur commun, parce qu’ils peuvent intéresser ceux qui ont lu et apprécié tel ou tel roman et qui cherchent quelque chose de similaire, parce que ce sont des classiques qui seront souvent l’objet de clins d’oeil dans des romans, ou pour tout un tas d’autres raisons. Je ne prétendrai pas proposer l’acuité des analyses de blogueurs, de journalistes ou de Youtubers spécialisés, je ne m’en sens pas forcément la compétence et entrer dans des détails techniques (réalisation, etc.) n’est pas dans mon projet. Je me concentrerai plus sur des éléments de worldbuilding, d’atmosphère ou d’intrigue que sur le montage, le casting, le réalisateur ou je ne sais quoi, sauf exception très occasionnelle. Comme d’habitude avec les contenus expérimentaux sur ce blog, vos retours (constructifs) sont les bienvenus en commentaires. Si le concept vous plait, le prochain épisode sera consacré à trois films de Peter Hyams.

Pour cette « séance » inaugurale, j’ai décidé de vraiment m’éloigner des sentiers battus en vous proposant un film de SF français, sans effets spéciaux, très (trop…) méconnu, qui sera probablement rediffusé à la télévision le jour où il gèlera en Enfer, et dont le prix en DVD n’est pas particulièrement bas pour un film aussi ancien et obscur (il est toutefois visible, au moment où je rédige ces lignes, sur Prime Video). Oui, je sais, je cherche vraiment à vous ménager, pas vrai ? Ce long-métrage, sorti en 1991 et écrit / réalisé par Pierre Jolivet (le scénariste du Subway de Luc Besson), s’appelle Simple Mortel. Un linguiste, Stéphane, voit d’abord son autoradio, puis son poste de radio ou d’autres appareils électroniques émettre une voix masculine qui non seulement s’adresse spécifiquement à lui, mais qui, plus étrange encore, lui parle dans un ancien dialecte dérivé du gaélique qu’il est un des seuls sur Terre à pouvoir comprendre. La voix lui confie des missions, en apparence sans signification mais de plus en plus périlleuses, lui précisant également qu’il ne doit en parler à personne, sous peine de conséquences funestes pour la personne à qui il s’est confié, et qu’en cas de refus de sa part de les exécuter (ce qu’il fait au début, croyant à une farce), des gens mourront ailleurs (ce qui arrive effectivement). Jusqu’au jour où c’est le sort de la race humaine tout entière qui est en jeu. Une des scènes marquantes du film est d’ailleurs celle (présente dans la bande-annonce, voir plus bas) où on lui demande d’observer une étoile, qui devient brusquement plus brillante avant de disparaître, ce qui semble être le sort des races échouant aux « épreuves » qui leur sont imposées. Les plus érudits d’entre vous se souviendront que dans 3001 d’Arthur Clarke dont je parlais plus haut, sorti six ans plus tard, les Monolithes détruisent de la même façon un système stellaire dont l’espèce n’a pas réussi à remplir leurs critères évolutifs. L’auteur le disait d’ailleurs dès (le roman, pas l’année) 2001, les Bâtisseurs de Monolithes « cultivaient » l’intelligence partout dans la galaxie, et parfois, sans passion (mais fermement), ces « jardiniers » devaient arracher les mauvaises herbes.

On a cependant le sentiment qu’ici, on a moins affaire à une espèce globalement bienveillante qu’à quelque chose qui n’est pas si loin que ça de l’Horreur Cosmique, avec des entités toutefois non pas en grande partie indifférentes devant notre insignifiance mais plutôt cruelles, jouant de façon sadique avec les espèces primitives, ou bien testant sans pitié la résolution du sujet de l’épreuve à se sacrifier / sacrifier ses proches au bénéfice de l’espèce entière (le dilemme moral est un des axes centraux du film). Le protagoniste et son entourage (dans lequel on retrouve l’actrice Nathalie Roussel, l’Augustine de La Gloire de mon père et Le Château de ma mère – qui sont au nombre des longs-métrages sacrés de l’Apophisme -) vont d’ailleurs payer un lourd tribut, psychologique ou physique, aux maîtres de ce jeu cruel. Et à propos de psychologie, si, globalement, le film semble relever de la SF, il lorgne aussi vers le Fantastique, parce que le spectateur tout comme le héros se demandent si en fait, tout ne se passe pas tout simplement dans sa tête, relevant de la folie et d’une paranoïa croissante (il « entend des voix », après tout) plus que d’une réelle entité. Il est vrai que certaines missions paraissent absurdes, et que certaines morts pourraient ne relever que du hasard et autres accidents banals et malheureux, de la personne au mauvais endroit et au mauvais moment.

Le jeu de l’acteur principal, feu Philippe Volter, est d’autant plus crédible et remarquable que ce film à petit budget n’utilise (quasiment) aucun effet spécial : vous ne verrez jamais les extraterrestres (on peut d’ailleurs se demander si ce sont vraiment des aliens avancés de SF ou des entités occultes et / ou à la Lovecraft), par exemple. La seule scène « artificielle » est celle où on voit l’explosion de l’étoile. Tout se joue donc par le jeu de l’acteur et dans l’esprit du spectateur, de l’atmosphère de mystère, d’angoisse et de paranoïa à la crédibilité de ce scénario. On ajoutera que certaines scènes sont, sur le plan dramatique, très puissantes, et laissent dans l’esprit du spectateur une impression durable (j’ai vu ce long-métrage il y a plus de trente ans, ne l’ai jamais revu depuis, et en garde pourtant un souvenir assez vivace).

Probable chef-d’œuvre de son réalisateur, Simple Mortel a pourtant fait un bide en salle et est aujourd’hui oublié, alors que, de son postulat de départ à sa réalisation particulière (SF psychologique minimaliste, sans effets spéciaux) en passant par la qualité de son interprétation et de sa mise en scène, il ne le mérite clairement pas. Si vous cherchez un film qui reprend certains de ces codes mais est plus récent (et avec un poil plus d’effets spéciaux), on vous conseillera vivement The Vast of night d’Andrew Patterson sur Prime Video.

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Micro-critique : Possibly just about a couch – Suzanne Palmer

Lorsque je rédige une critique (dans tous les sens du terme) sur un livre, en l’occurrence sur le recueil La Vie secrète des robots de Suzanne Palmer, et sur le fait que deux, voire trois des treize nouvelles me paraissaient avoir un intérêt limité, MAIS que je ne connais pas (encore) assez le reste de la bibliographie de l’autrice pour être certain de ce que j’avance, ma première idée est bien entendu de me pencher sur le problème. Surtout quand l’un d’entre vous me mâche le travail en me conseillant plusieurs nouvelles de l’autrice disponibles en ligne gratuitement (en anglais). Que ce soit clair, il ne s’agit pas d’une critique du travail des anthologistes (les Quarante-deux), que je respecte vraiment profondément (et si vous me connaissez un peu, vous savez que ce n’est pas le genre de compliment que je distribue avec prodigalité ou facilement : mon respect se mérite). De toute façon, confiez le même pool de textes à deux personnes différentes, demandez-leur de n’en retenir qu’un nombre précis, et à part quelques évidences, nouvelles primées et incontournables, vous aurez très certainement deux listes significativement différentes. Sans compter qu’une critique stérile (« J’aurais fait mieux / différemment ») n’a qu’un intérêt limité si elle n’est pas un minimum constructive (« J’aurais choisi ce texte de préférence à celui-ci pour les raisons X et Y »).

Après vous avoir parlé de To Sail beyond the Botnet, qui aurait mérité de figurer dans le recueil parce qu’elle est la suite de deux nouvelles qui sont à son sommaire et qu’elle n’est pas significativement moins intéressante qu’elles, évoquons Possibly just about a couch, qui était à l’affiche du numéro 205 de Clarkesworld et est lisible (dans la langue de Shakespeare) à titre gracieux sur cette page. Imaginez que dans la fraction de seconde suivant le Big Bang, un canapé apparaisse (oui, oui !), et que l’autrice suive son histoire en parallèle de celle du cosmos, de son début, donc, jusqu’à sa « fin » (dans une veine très « Penrosienne »), nous montrant, au passage, de généreux instantanés de l’existence de notre planète ainsi que des formes de vie et des civilisations qui s’y développent. Évidemment, vu le titre du texte et sa thématique, je ne pense pas que le fait que le texte soit franchement humoristique soit pour vous une grosse surprise. Il faut le savoir, je suis méfiant envers l’humour en SF, en appréciant une dose modérée mais goûtant peu les délires les plus débridés. Si nous sommes plutôt sur ce dernier versant que sur celui d’un Iain Banks, par exemple, j’ai pourtant vraiment beaucoup aimé cette nouvelle, ne serait-ce que pour sa bluffante (comme dirait Gromovar) écriture, d’une délectable finesse stylistique. Et je me dis, donc, que cette histoire de canapé cosmique aurait à mon humble avis pu remplacer avantageusement Dix poèmes pour les Mossums, un pour l’Homme ou R.U.R. -8 ?, dont l’intérêt me parait plus limité sur un plan littéraire, et qui sont en tout cas inférieurs, aussi bien sur le plan de l’humour que sur celui du style, à Possibly just about a couch.

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5 réflexions au sujet de « Apophis Box – Avril 2025 »

  1. Merci Apophis pour cette nouvelle rubrique axée sur le contenu de films/séries, tu nous permets encore un peu d’élargir nos horizons et de découvrir des œuvres dans nos domaines préférés, et ce de manière parfaitement ciblée 👍

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  2. Bonjour à toutes et tous. Le film « Simple mortel » est visible sur Canal + OCS, rubrique « à la demande ». Je profite de ce petit commentaire pour remercier le créateur du blog qui m’a permis de débroussailler le maquis des productions SF et Fantasy, et ainsi de découvrir des livres de grande qualité. Mille mercis

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