Le crépuscule des dieux – Stéphane Przybylski

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Ragnarök

crepuscule_dieuxLe crépuscule des dieux est le quatrième et ultime tome de la tétralogie Origines. Après l’énorme révélation de la fin du roman précédent, il détaille la lutte entre Saxhäuser et le nouveau patron du Club Uranium, des derniers jours du régime Nazi au crépuscule des années cinquante, le véritable enjeu dépassant les deux hommes pour se révéler être le futur, voire la survie, de l’humanité dans son ensemble.

En résumant, ce dernier livre est globalement à l’image de ses trois prédécesseurs : doté de grandes qualités, mais aussi, hélas, de défauts allant de l’agaçant mais assez bénin à d’autres impactant significativement l’expérience de lecture (en tout cas la mienne). La seule évolution notable est dans la structure, bien plus facile à suivre que celles des tomes 1-3 (le 2 étant le plus exigeant), notamment via la présence d’un fil rouge qui n’était pas présent auparavant.

Au final, si ce roman se lit avec facilité, envie et plaisir, lorsqu’on tourne la dernière page, le constat est là, et il est un peu amer : la fin est peu satisfaisante, et l’ensemble du cycle est beaucoup trop calqué sur X-Files (et quelques autres références) pour réellement déchaîner l’enthousiasme du connaisseur de SF / Histoire secrète complotiste extraterrestre. Reste l’ambition de l’auteur, son formidable travail de reconstitution historique, son style particulièrement agréable, sa maîtrise d’une intrigue et d’une structure pourtant très complexes. Mais cela suffira-t’il à tous les profils de lecteur ? Ça ne m’a pas totalement suffi, en tout cas. 

Situation, structure

Le crépuscule des dieux (vous remarquerez, au passage, sur la couverture, le « X » saillant à la fin de « dieux » : je vous laisse deviner à quoi cela fait probablement référence…) se déroule entièrement dans la nuit du 24 au 25 décembre… 2017 ! Il relate la conversation entre Mr Lee (l’homme à la cigarette de ce cycle) et une jeune femme, Emma, qui est la petite-fille d’un des personnages des tomes précédents (je vais vous laisser la surprise, même si son identité est révélée assez rapidement en fait). Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle en sait long sur les luttes entre factions, que ce soit entre celles d’extraterrestres ou d’humains qui les servent. L’échange d’information entre Lee et Emma va servir de fil rouge au roman. Chaque chapitre va alterner entre cette nuit fatidique et un point situé, dans l’écrasante majorité des cas, entre 1944 et 1958 (avec quelques détours par 1963 ou une poignée d’autres époques).

Outre ce fil rouge, l’autre différence de structure par rapport aux trois romans précédents du cycle est qu’il y a moins d’allers-retours temporels, surtout par rapport au tome 1, qui était le pire à ce niveau. En général, la progression est chronologique, même s’il y a quelques vagues exceptions. Ce qui fait que c’est moins exigeant à lire que les tomes 1-3 (particulièrement le 2).

Enfin, la grosse différence est aussi qu’à part dans la première des quatre parties de l’ouvrage, nous délaissons cette fois l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale pour nous aventurer dans les territoires, jusqu’ici peu explorés par la saga, de la Guerre Froide. Sur l’ensemble du livre, l’auteur va scrupuleusement suivre le même processus que dans les autres tomes, à savoir en profiter pour nous faire vivre certains moments-clés de cette période (suicide de Himmler et de Hitler, crash de Roswell, assassinat de JFK, etc).  A part ce dernier point (je vais en reparler), la structure de ce tome 4 est donc à la fois novatrice (pour ce cycle), bien pensée et exécutée et plus facile à suivre que celles de ses prédécesseurs. 

Inspirations

Outre X-Files, qui se taille une fois encore la part du lion, ce tome 4 s’inspire aussi de la littérature ufologique américaine (Strieber, Hopkins, Mack, etc), ainsi que d’autres séries ou films que l’oeuvre de Chris Carter. J’ai noté des ressemblances avec V (celui des années 80), Independence Day (voire Oblivion) et Disparition (l’extraterrestre qui se balade parmi nous en projetant l’image d’un être humain parfaitement normal).

L’influence des aventures de Mulder et Scully est écrasante, il n’y a pas d’autre mot (même si c’est mêlé avec une transformation des deux antagonistes en super-héros très Übermensch, parfois un peu à la limite du ridicule). Et c’est bien là que réside le principal défaut de ce livre, à mes yeux.

Qualités et défauts

Les qualités sont toujours en grande partie les mêmes : structure ambitieuse mais parfaitement maîtrisée, érudition Historique, plume extrêmement agréable qui fait que ça se lit sans saturer et avec grand plaisir, dialogues et personnages impeccables, fusion plutôt réussie d’un roman Historique, de SF et d’Histoire secrète.

Je tiens cependant à signaler l’intéressante évolution du personnage de Saxhäuser, qui s’humanise (alors que paradoxalement, il a été disons… transformé par ses alliés d’une façon assez radicale), une certaine absence de manichéisme (l’épisode de la façon dont les deux Nazis se font repérer au Nouveau-Mexique montre des allemands paradoxalement plus humains que les américains de l’époque sur une question bien précise !), même si on sent parfois lourdement le poids des opinions (politiques ou autres) de l’auteur dans les thématiques abordées, et surtout la dénonciation de la récupération sans scrupules des recherches et savants nazis par les américains, notamment avec l’évocation de la mise au point du scaphandre spatial basée sur des travaux menés dans les camps de la mort (un point qui rappelle d’ailleurs L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu).

Mais, hélas, les défauts restent eux-aussi identiques : commençons-donc par une scorie mineure, mais qui m’agace personnellement toujours autant de tome en tome (d’autant plus que l’auteur a suffisamment de talent pour se passer de ce genre d’appeau au chaland), à savoir les scènes et descriptions salaces complètement inutiles. Stéphane Przybylski aime insister sur les talons aiguille, les bas de soie, les corsages tendus jusqu’à être prêts à se fendre de ses pulpeuses héroïnes (et vu sa focalisation sur les rousses incendiaires, il doit être fan d’Audrey Fleurot dans Engrenages -ce qui est bien compréhensible-), dont au moins deux (l’agent russe et Maud Alten) ont, de plus, un côté dominatrice assez affirmé, ainsi que montrer les personnages masculins en pleine « action », alors que dans les deux cas, l’apport à l’intrigue est plus que douteux. Sans compter qu’arrivé au tome 4, je ne vois pas en quoi cela sert le character-building. Nous sommes parvenus à un stade où on dénoue les fils de l’intrigue, pas où on bâtit celle-ci. Bref…

Beaucoup, mais alors beaucoup plus grave : la prévisibilité. Alors je me dois d’expliquer et de relativiser ce point : une des caractéristiques d’Origines est que ce cycle s’attache à nous faire vivre ou revivre certains événements historiques d’envergure (particulièrement ceux de la Seconde Guerre mondiale) « en direct », de l’intérieur, à hauteur d’homme. C’est à la fois ce qui fait une de ses grandes forces (surtout avec un Historien respecté derrière le clavier), mais ce qui constitue aussi une de ses faiblesses : il suffit que je vous donne la période concernée par chaque tome, et vous allez probablement deviner de quoi l’auteur va nous parler. Si vous situez, comme ici, votre action de 1944 à 1958 (en gros), il est évident que le suicide d’Hitler et le crash de Roswell, déjà, seront des incontournables, et effectivement, tel est le cas. Et c’est bien là que réside une partie du souci : vous connaissez d’avance une partie de ce qu’on va vous raconter. Ce qui n’est jamais très bon, dans un roman, il faut l’avouer.

Et le phénomène s’amplifie si vous connaissez bien les X-Files, les autres séries ou films consacrés aux extraterrestres (en général, mais surtout aux « Petits Gris ») ou si, comme moi, vous vous intéressez à l’ufologie depuis une vingtaine d’années. Et là, tout devient effroyablement prévisible, jusqu’au vocabulaire même employé, qui devient complètement transparent (Colonie, Comité, homme soigneusement machin ou bidule -coiffé sur le côté ici, manucuré chez Chris Carter-, homme à la cigarette, etc). Donc, ce point sera un (gros) défaut pour certains, et n’en sera pas un pour les autres, ceux qui n’ont jamais suivi les aventures de Mulder et Scully ou n’ont jamais entendu parler de Communion et compagnie.

Bref, le talent de l’auteur rattrape beaucoup de choses, et ce livre reste prenant à lire, mais voilà, que ce soit sur ce tome 4 ou sur l’ensemble du cycle, sur lequel je peux maintenant tirer un bilan, on a affaire, pour moi, au défaut typique de tout premier roman (ou cycle de), à savoir un hommage beaucoup trop appuyé à l’inspirateur principal. Ce qui n’enlève rien à la singularité extrême d’Origines, via son côté roman Historique très affirmé et extrêmement réussi. Mais à titre personnel, la balade dans Le crépuscule des dieux a été sans aucune surprise, tant j’avais deviné les scènes-clés qui allaient jalonner le parcours des centaines de pages à l’avance.

Dernier défaut, pour terminer, mais non des moindres, du moins pour moi : une fin bien peu satisfaisante. Abrupte, pas entièrement compréhensible, voilà qui aurait mérité que, pour une fois (alors que je gueule contre la pratique, d’habitude), la tétralogie se transforme en cycle en 5 volumes. Parce que là, ce n’est rien de dire que je suis plus que resté sur ma faim !

En conclusion

A travers la conversation entre deux acteurs-clés du complot extraterrestre dans la nuit du 24 au 25 décembre 2017, Stéphane Przybylski délaisse en grande partie l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale (173 pages sur 432 « seulement ») pour nous plonger dans les luttes entre les deux factions aliens et leurs serviteurs de 1944 à 1958, en gros (avec quelques petits détours temporels, par exemple en 1963). Ce tome 4 a les mêmes qualités (structure ambitieuse mais parfaitement maîtrisée, érudition Historique, plume extrêmement agréable, dialogues et personnages impeccables, fusion plutôt réussie de différents genres) et les mêmes défauts que les autres (principalement une prévisibilité trop importante, surtout pour le connaisseur de X-Files), à laquelle s’ajoute une fin peu satisfaisante, à la fois abrupte et laissant sur sa faim, tant elle laisse bien des questions en suspens. Voilà qui, pour une fois, aurait mérité une tétralogie en cinq volumes ^^

Toutefois, il est important de noter que ce cycle reste parfaitement recommandable, tant on a affaire à une première oeuvre unique et d’une grande qualité globale dans le cadre de la SFFF francophone. On regrettera juste que l’auteur ne s’éloigne pas assez du canon créé par Chris Carter et quelques autres, et on espère que ses futures œuvres de SF (qu’on souhaite nombreuses et précoces !) proposeront quelque chose d’un peu plus personnel.

Pour aller plus loin

Ce livre est le quatrième tome d’une tétralogie : retrouvez sur Le culte d’Apophis les critiques du tome 1, du tome 2 et du tome 3.

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur ce roman, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de Dionysos sur le Bibliocosme, de Célindanaé et Lhotseshar sur Au pays des Cave trolls, de Blackwolf sur Blog-o-livre,

14 réflexions sur “Le crépuscule des dieux – Stéphane Przybylski

    • Pas si anachronique que ça, la prochaine saison est dans les tuyaux. Et la réponse est non, même s’il y a un alien déguisé en jeune fille blonde aux longs cheveux et qu’il y a tout de même des points communs dans le bouquin avec le Vril : êtres à la vie souterraine détenteurs de pouvoirs télépathiques, notamment.

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  1. Sûr que 1958, et le gros X du titre … amène directement à la une série culte!
    Il m’a l’air vraiment intéressant tout de même. Le seul point qui me chagrine c’est quand tu te is déçu par la fin. L’aspect prévisible est relativement présent depuis le début.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Chroniques des livres éligibles au Prix Planète-SF 2018 : A à K (par titre) - Planète-SF

  3. Pingback: La Tétralogie des Origines, tome 4 : Le Crépuscule des dieux – Au pays des Cave Trolls

    • Ah mais clairement, ce n’est pas un mauvais livre du tout, c’est juste qu’il n’est (de mon point de vue) pas franchement surprenant et que la fin est assez décevante, c’est tout. Mais sinon, je l’ai lu avec plaisir et je conseille tout à fait le cycle.

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