L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

Sur un sujet de cauchemar (mais hélas bien réel), Ken Liu nous offre une merveille d’intelligence et de justesse

ken_liu_u731Si vous êtes un passionné de SF, il est plus que probable que vous ayez au minimum entendu parler de (sinon déjà lu) Ken Liu. Tout juste quadragénaire, venu à l’âge de 11 ans en Amérique depuis sa Chine natale, cet homme bourré de talent (il a travaillé comme programmeur informatique, avocat spécialisé en droit fiscal, avant de combiner ces deux domaines en devenant médiateur dans des litiges en lien avec la technologie, tout ça en maintenant son activité parallèle d’écrivain et de traducteur de livres chinois) est le boy wonder de la SFFF des années 2010 : il est titulaire du prix Locus 2016 (catégorie : premier roman) pour The Grace of Kings, d’un Hugo pour une de ses nouvelles (Mono no aware), sa traduction (chinois vers anglais) du Problème à trois corps de Liu Cixin est le premier roman traduit à avoir gagné le Hugo, et surtout, il est la seule personne a avoir rédigé un texte (de quelque longueur que ce soit : nouvelle, novella, roman) qui a gagné à la fois le Hugo, le Nebula et le World Fantasy Award, excusez du peu !

La novella dont je vais vous parler a également été nominée pour le Hugo. C’est une histoire de voyage dans le temps mettant en jeu l’Unité 731 de l’Armée Impériale Japonaise. Tout le monde n’étant pas féru d’histoire militaire, je vais commencer par vous parler (longuement) de cette organisation, spécialisée dans la guerre biologique durant la Seconde Guerre Mondiale.  Continuer à lire « L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu »

Carmilla – Sheridan Le Fanu

Le roman qui a inspiré le Dracula de Bram Stoker

carmillaIl y a trois catégories d’amateurs de littérature vampirique : celui dont la connaissance du genre s’arrête à Twilight et la Bit-Lit; le lecteur « avancé », qui a lu les néo-classiques, dont les romans de Poppy Z. Brite, Anne Rice ou Kim Newman, ainsi que celui de Bram Stoker ; et enfin, le connaisseur, qui sait, lui, ce que ce même Bram Stoker doit à Sheridan Le Fanu. Hein, quoi, qui ça ? Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est, hélas, probable. Dracula a tellement polarisé l’attention du public, en partie via ses adaptations cinématographiques (du moins jusqu’à l’apparition de Twilight), qu’on a oublié qu’en 1879, lorsque le roman de Bram Stoker parait, la littérature vampirique existe dans l’édition anglaise depuis 1819.

Sheridan le Fanu (1814-1873), donc, était un écrivain irlandais majeur en matière de récit gothique, romantique et surtout Fantastique au dix-neuvième siècle : il était considéré comme le maître des histoires de fantômes et comme un pionnier en matière de roman de mystère (et de ce que l’on appelle de nos jours un thriller). Même si c’est aujourd’hui difficile à concevoir, étant donné qu’il a quasiment sombré dans l’oubli, grâce à son « best seller » Mon oncle Silas il était à son époque l’équivalent de ce qu’est de nos jours Stephen King. Carmilla est une de ses trois œuvres majeures, dont Bram Stoker et Anne Rice ont reconnu l’influence sur leur propre travail (Lucy Westenra et les épouses de Dracula doivent beaucoup à la vampire créée par l’auteur dublinois), et dont Kim Newman a mentionné l’antagoniste dans son Anno Dracula. Enfin, le nom de famille de Carmilla est à l’origine de celui d’une des familles de vampires du monde de Warhammer.

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L’automate de Nuremberg – Thomas Day

Le roman court qui me réconcilie (presque) avec le Steampunk

automate_nurembergThomas Day est l’identité secrète (comme ils disent dans les comics) de Gilles Dumay, directeur de collection de Lunes d’encre chez Denoël. Nouvelliste prolifique, anthologiste, pilier du magazine Bifrost, et auteur d’une quinzaine de romans, il exerce son style percutant, volontiers provocateur, souvent riche en scènes violentes ou sexuelles, dans toutes les facettes qu’ont à offrir les littératures de l’imaginaire ou plus généralement de genre : Polar, Uchronie, Fantastique, Fantasy, Science-Fiction, et, pour le livre qui va nous occuper aujourd’hui, Steampunk. Ce roman court (ou novella, comme disent les anglo-saxons) de 120 pages est proposé, c’est à signaler, au prix très attractif de 2 euros (votre serviteur l’ayant même eu neuf pour 1 seul misérable euro). Il raconte, comme son nom l’indique, l’histoire de Melchior Hauser, un automate (traduisez : robot à la mode steampunk) qui, dans la quête de ses origines et du dépassement de sa forme physique limitée, va nous faire voyager sur une Terre uchronique de l’époque Napoléonienne.  Continuer à lire « L’automate de Nuremberg – Thomas Day »

Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl

Une histoire avec un gros potentiel, malheureusement loin d’être complètement exprimé

plus_de_vifsFrederik Pohl (1919-2013) est typiquement le genre d’auteur dont le grand public qui lit un peu de SFFF n’a jamais entendu parler (il n’a pas l’aura de Tolkien, G.R.R. Martin ou Isaac Asimov), mais qui, pourtant, est fondamental dans le paysage SF. Au cours de sa longue carrière, il a été un éditeur, un agent littéraire et bien entendu un écrivain de premier ordre, lauréat de quatre prix Hugo et de trois Nebula, les plus prestigieux du genre (il est la seule personne a avoir reçu le Hugo à la fois comme auteur et comme éditeur – du magazine If -).

Sous sa casquette d’auteur, il est particulièrement connu des aficionados de SF pour La Grande Porte (Hugo / Locus / Nebula / prix John W. Campbell 1978), et peut-être surtout pour Planète à gogos (co-écrit avec Cyril M.  Kornbluth), satire féroce de la publicité et du capitalisme débridé. Ce spécialiste des dystopies a également écrit des livres comme Homme Plus (qui décrit, dans un futur proche, la transformation par la NASA d’un astronaute, par le biais de la cybernétique et de la chirurgie, afin de lui permettre de vivre de façon autonome sur Mars – ainsi que la transformation psychologique qui s’ensuit -) ou Plus de vifs que de morts, le roman court que je vous présente aujourd’hui.  Continuer à lire « Plus de vifs que de morts – Frederik Pohl »

Cookie Monster – Vernor Vinge

Dixie Mae a le sentiment qu’elle n’est plus au Kansas

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Etant donné que je vais vous reparler très prochainement en détails de cet auteur, je ne vais pas vous faire sa bio dans cette critique, vous pourrez en apprendre plus sur lui, si vous ne le connaissez pas, dans celle d’Un feu sur l’abîme.

Cette histoire est ce que les américains appellent une novella (en France, nous employons plus volontiers le terme de « roman court »), c’est-à-dire un texte dont le nombre de mots est situé entre ceux d’une nouvelle et d’un roman. C’est le troisième sorti dans une nouvelle collection, Une heure-lumière, créée par Le Belial’ et tout spécialement dédiée à ce format intermédiaire, ainsi qu’à la publication de textes primés (Hugo, Nebula) mais jusqu’ici inédits.

Personnellement, je salue cette initiative : des textes de qualité, inédits, une édition soignée, de grands auteurs, un prix attractif, que demande le peuple ? De plus, j’ai la nostalgie de cette époque, lorsque j’étais adolescent, où on trouvait de courts romans (chez Pocket SF, principalement), de moins de 280 pages, en gros (et souvent de 150-220) pas chers, de qualité et lus en une après-midi pluvieuse ou une longue soirée lecture. Il y avait notamment des tonnes de Moorcock, qu’on ne trouve plus aujourd’hui à l’unité, seulement en Intégrales. Continuer à lire « Cookie Monster – Vernor Vinge »