La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton

Hamilton ne se renouvelle pas

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Ce roman plaira à quelqu’un qui n’a jamais (ou relativement peu) lu d’autres livres de Peter F. Hamilton. Pour quelqu’un comme moi, qui a part les Greg Mandel 2 et 3 a lu toute la production de cet auteur (et ça fait du volume), ce livre pose un problème conséquent de répétitivité et de renouvellement.

Je m’explique : ce qui est agréable chez Hamilton, c’est qu’il crée à chaque fois des univers très détaillés et très cohérents, et que ces univers sont très éloignés les uns des autres. L’univers de la Confédération est très éloigné de celui de Dragon Déchu, lui-même complètement différent de celui de Pandore / du Vide. Ce qui me pose problème dans La Grande Route du Nord, c’est qu’il s’agit à peu de choses près de l’univers de Pandore, sauf que… ce n’est pas lui. Même méthode de voyage interstellaire, même mainmise de Grandes Familles (une en particulier) sur l’économie, seule la technologie est plus proche de la notre (même si on retrouve des « cellules intelligentes », un « maillage corporel », l’équivalent d’une « ombre virtuelle » des romans précédents, etc). En plus, on retrouve les constantes de toute oeuvre d’Hamilton : Continuer à lire « La grande route du Nord – tome 1 – Peter F. Hamilton »

Accelerando – Charles Stross

Un roman de référence sur le thème de la transhumanité et des Singularités technologiques, mais qui ne plaira pas à tous

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Il s’agit clairement d’un roman de référence sur le thème de la Singularité technologique, c’est-à-dire le moment où la capacité de calcul informatique atteint un seuil tel que des intelligences post-humaines émergent et entraînent dans leur sillage des changements, technologiques ou autres, à une vitesse non plus linéaire mais exponentielle et qui surtout font du futur et du sort de l’humanité (ou plus généralement des intelligences précédentes) des territoires imprévisibles.

La description des étapes de la première Singularité, puis des suivantes, est minutieuse et détaillée. Car non, la Singularité n’est en aucun cas un processus unique, elle est multiple. Les intelligences (humaines ou autres) issues d’une Singularité donnée paraissent incroyablement évoluées, intelligentes et riches matériellement / technologiquement parlant aux intelligences ayant précédé cette Singularité, alors que pour les êtres issus de la Singularité postérieure, ceux issus de la première Singularité sont des arriérés à la limite de l’intelligence et vivant dans un bidonville. En clair, les Transhumains et les IA issues de la première Singularité, avec leur nanotechnologie, sont complètement dépassés sur tous les plans par les intelligences issues de la seconde Singularité, qui sont elles-mêmes rendues obsolètes par celles de la troisième Singularité, etc. Continuer à lire « Accelerando – Charles Stross »

L’inspecteur Zhen et la traite des âmes – Liz Williams

Un fond banal, une forme hautement exotique, et un très intéressant roman au final

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Quels sont les thèmes abordés dans le roman ?

  • Une enquête policière, ce qui est archi-banal.
  • La coopération entre deux flics de services / ethnies / états différents : idem, pensez au film Double détente par exemple, où un flic soviétique vient enquêter aux USA.
  • Le mariage inter-racial (archi-vu).
  • La traite des blanches (comme dans le film Taken, pas franchement du jamais-vu donc).
  • La mise au point d’une nouvelle drogue révolutionnaire (en matière de SF récente, de Dredd à Lucy, vous avez le choix de références…).
  • Les magouilles de tel ou tel ministère (déjà vu à de multiples reprises).

Bref, rien de nouveau sous le soleil, ce roman doit être peu intéressant êtes vous en train de vous dire… Sauf que… Continuer à lire « L’inspecteur Zhen et la traite des âmes – Liz Williams »

La Terre bleue de nos souvenirs – Alastair Reynolds

Bon premier tome d’une trilogie, très bon roman de hard-SF, mais moins original que la quatrième de couverture l’affirme

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Première précision, il s’agit du premier tome d’une trilogie, mais même si ce roman pose des bases qui seront reprises dans les deux tomes suivants, il constitue aussi en lui-même une histoire complète avec un début, un milieu et une fin et peut donc se lire de façon indépendante ou quasiment (si vous décidiez de ne pas poursuivre la lecture de la trilogie avec les deux tomes suivants, vous auriez quand-même une clôture de 95 % des arcs narratifs à la fin du tome 1). D’ailleurs, d’après ce que j’en sais, il y a d’énormes écarts temporels entre les histoires des tomes 1, 2 et 3 (des siècles ou des décennies), et les personnages ne sont pas les mêmes.

Ensuite, il s’agit d’un nouvel Alastair Reynolds, spécialiste incontesté de hard-SF très connu pour son cycle des Inhibiteurs. La question que vous vous posez probablement est : est-ce que ça y ressemble, en terme de style ou d’univers ? La réponse est essentiellement non, le style d’écriture tend plus vers Kim Stanley Robinson (du moins c’est mon ressenti), tout comme l’univers d’ailleurs, qui ne comprend que quelques éléments en commun avec celui des Inhibiteurs (je ne vais pas révéler lesquels pour ne pas spoiler). Continuer à lire « La Terre bleue de nos souvenirs – Alastair Reynolds »

Echopraxie – Peter Watts

J’ai bien peur d’être d’accord avec l’auteur…

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… lorsqu’il prédit, dans la postface, que Echopraxie va être sa plus grosse gamelle depuis son roman Béhémoth, surtout en comparaison de l’amour dont bénéficie Vision Aveugle (roman précédent se déroulant dans le même univers qu’ Echopraxie).

Il fait cette prédiction parce qu’il pense qu’il va demander au lecteur une suspension d’incrédulité un peu trop grosse pour lui (religion et hard SF, déjà…), mais, tout en ne faisant pas l’erreur d’écarter tout à fait cette hypothèse, je pense que Echopraxie va se planter pour deux raisons beaucoup plus terre-à-terre :

  • La comparaison avec Vision Aveugle.
  • Le fait que les thèmes et l’intrigue sont beaucoup trop obscurs.

Développons : Continuer à lire « Echopraxie – Peter Watts »

Le cycle de Takeshi Kovacs – Tome 3 – Furies déchaînées – Richard Morgan

L’apogée d’un cycle de référence en matière de Post-Cyberpunk

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J’ai eu énormément de mal à me procurer ce troisième tome des aventures de Kovacs, qui est resté indisponible (neuf et / ou d’occasion à un prix raisonnable) pendant plusieurs années. Du coup, il s’est passé beaucoup de temps entre ma lecture des tomes 1-2 et celle de ce troisième opus. Et donc, j’avais presque oublié à quel point ce cycle était un mélange éblouissant de Post-Cyberpunk, de SF militaire, de techno-thriller, et de roman noir. Mais tout m’est revenu, comme un coup de poing dans la figure : le monde extrêmement détaillé et cohérent, les dialogues d’une immense qualité, l’ambiance particulièrement prenante et bien rendue, la richesse des intrigues, la profondeur des personnages.

Ce troisième tome a toutes les qualités des deux premiers, mais en encore plus poussé : monde, intrigue et psychologie des personnages encore plus riches, plus de combats, plus de sexe, plus de dialogues. Normalement, si vous avez aimé les deux premiers, il y a peu de chances que vous n’aimiez pas celui-ci. D’autant plus que l’intrigue y est d’une remarquable habileté : Morgan distille tout au long du récit des petits détails, que vous ne remarquez pas forcément, mais qui prennent tout leur sens et qui reconstituent de façon très habile un remarquable tableau général à la fin. Fin qui est vertigineuse et qui aurait fortement appelé une suite (passionnante), qui apparemment ne viendra jamais. Et ça, c’est vraiment dommage.
Certains éléments de ce 3ème livre (Annette, les DéClass, les Minmils) rappellent le monde de La Veillée de Newton de Ken MacLeod, mais en beaucoup mieux fait et en nettement plus intéressant. A noter également la présence de Yakusa du futur, donc si vous aimez ce genre d’ambiance, ce livre pourra également vous intéresser.

Si jamais vous passez par là par hasard et que vous n’avez jamais lu les tomes 1 et 2, mettez-vous au cycle d’urgence : vous trouverez difficilement mieux en matière de SF tout court et strictement rien de mieux en matière de SF (post) Cyberpunk mâtinée de SF militaire. Attention toutefois à ne pas avoir de problèmes cardiaques, c’est de la SF survitaminée et ce n’est pas pour les poètes (bon, c’est pas les Aux’ non plus, hein).