Luna – Ian McDonald

Quelle claque ! 

luna_mcdonaldIan McDonald est un écrivain britannique (irlandais par sa mère) vivant à Belfast. Les conflits d’Irlande du Nord (et les facteurs qui les sous-tendent) ont d’ailleurs marqué son oeuvre, qui est également caractérisée par son fort aspect technologique et postcyberpunk, par une tendance aux contextes exotiques (inspirés par l’Inde, la Turquie, l’Afrique, l’Amérique du sud) et par des économies et des sociétés en plein développement ou changement de paradigme.

Luna est le premier tome d’une trilogie (une nouvelle, The fifth dragon, est également un prélude à ce cycle). Le roman parle des intrigues associées aux cinq familles qui contrôlent l’industrie d’une Lune colonisée, ce qui, pour reprendre les propres termes de l’auteur, donne un « Game of Domes » ou un « Dallas de l’espace ». Les nombreux fans de McDonald seront d’ailleurs ravis d’apprendre que la traduction du tome 2 (qui doit sortir en VO le 28 mars) est d’ores et déjà entamée. J’anticipe un peu, mais je peux vous dire que personnellement, je vais attendre cette suite avec une GRANDE impatience ! Continuer à lire « Luna – Ian McDonald »

L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton

Capitaine Flam, finalement, tu es bien de notre galaxie, et pas du fond de la nuit ! 

empereur_espace_hamiltonEdmond Hamilton (1904-1977) était un auteur de science-fiction (mais aussi de Fantasy, d’horreur, de thrillers, de polars !) très prolifique, un des piliers, avec Lovecraft et Howard, du légendaire magazine « pulp » Weird Tales, ainsi que de nombreuses autres publications du même genre (dans certains cas, une demi-douzaine de ses histoires sont publiées le même mois, que ce soit sous son nom ou sous pseudonyme, parfois dans un seul magazine !). Créateur du Space Opera avec E.E « Doc » Smith, il a aussi reçu le premier prix de SF décerné par les lecteurs, un précurseur du Hugo.

Il est particulièrement connu pour le cycle Capitaine Futur (dont L’empereur de l’espace est le premier des 20 tomes, dont 19 écrits par Hamilton), beaucoup plus connu en France sous le nom de… Capitaine Flam ! Eh oui, l’anime de mon enfance était en fait issu d’une série de textes publiés dans des pulps (dont un magazine qui lui était dédié) entre 1940 et 1951, mais je ne l’ai appris que bien plus tard (alors qu’en préparant cette critique, je me suis aperçu que c’était écrit en gros dans le générique, honte extrême…). Contrairement à ce qu’on pense, le personnage n’a pas été créé par Hamilton mais par une légende des comics DC, Mort Weisinger (créateur -entre autres- d’Aquaman, de Green Arrow, et de certains ajouts fondamentaux dans l’univers de Superman).

Ce cycle est typique de la première phase de l’oeuvre d’Edmond Hamilton, celle marquée principalement par l’aventure, un aspect mélodramatique et chevaleresque, un côté extrême, « larger than life » comme disent les américains (des méchants très méchants, des enjeux énormes -le sort du monde / du système solaire / de la galaxie / de l’univers est en jeu, rien de moins-, on se balade dans les étoiles, les dimensions et le temps, etc) mais dénuée (selon ses détracteurs) de cette profondeur qui caractérise la SF dite « intelligente ». Cependant, au fil des années, et de l’évolution des goûts du public, ce style de SF d’aventure, taillé avant tout pour le divertissement, fut ringardisé, regardé de haut. Hamilton lui-même, après son mariage avec Leigh Brackett (en 1946), se mit à écrire des histoires plus « réalistes ». Pourtant, lorsqu’on gratte un peu la surface du cycle, on s’aperçoit que c’est bien moins basique que certains ont voulu le faire croire, notamment sur le plan de la description (pseudo-)scientifique très détaillée des machines présentes dans les romans (sur ce point, on pourrait d’ailleurs considérer qu’un David Weber, par exemple, est un héritier d’Hamilton) ou de la mise en avant de l’intelligence par opposition à la force brute.  Continuer à lire « L’empereur de l’espace – Edmond Hamilton »

Le problème à trois corps – Cixin Liu

Un très bon livre de Hard SF, faisant la part belle au mystère et au sense of wonder… à condition de ne pas lire la quatrième de couverture

trois_corpsCixin Liu (ou plutôt, sous la forme chinoise correcte -beaucoup de peuples asiatiques mettent le nom de famille en premier-, Liu Cixin) est un auteur de science-fiction chinois de 53 ans, le plus connu dans son pays. En plus d’être lauréat de neuf prix Galaxie (la plus prestigieuse récompense en matière de SF dans l’Empire du Milieu), il a aussi gagné le Hugo 2015 pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui (le premier d’une trilogie). Ce couronnement est doublement remarquable : d’abord parce qu’il est le premier auteur de nationalité chinoise a être récompensé par le Hugo, et ensuite parce que c’est la première fois que ce dernier est attribué à une traduction (c’est Ken Liu -aucune parenté- qui a réalisé cette dernière). Signalons au passage que ce n’est pas la version anglaise qui a été traduite en français, mais bel et bien la version originale en mandarin.

Une adaptation cinématographique de ce livre doit sortir en 2017. Il a été vendu à un million d’exemplaires en Chine, où il est sorti en 2007.
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Children of time – Adrian Tchaikovsky

Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Continuer à lire « Children of time – Adrian Tchaikovsky »

L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny

L’oeuvre de Zelazny ne s’arrête pas aux Princes d’Ambre, en voici une belle démonstration

Je remercie madame Nathalie Weil, des éditions Mnemos, de m’avoir offert la possibilité de lire cette intégrale

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Alors que le français lambda a au moins vaguement entendu parler d’Isaac Asimov ou d’Arthur Clarke, le nom de Roger Zelazny, en revanche, reste en grande partie inconnu. Et même chez ceux qui le connaissent, il se réduit souvent à sa série des Princes d’Ambre, son cycle le plus « commercial ». Et pourtant… l’oeuvre de Zelazny est tellement, tellement plus vaste que ça. Décédé en 1995, à l’âge de 58 ans, l’écrivain américain était l’heureux titulaire de 3 prix Nebula et de… 6 prix Hugo, et l’auteur de 42 romans et 230 nouvelles, excusez du peu ! Conteur de grand talent, romancier cassant les codes, brouillant et mélangeant les genres, Zelazny ne nous parle pas du simple mortel, mais de celui qui est au-delà de cette condition, qui est ou est devenu un dieu ou un immortel. Le livre que je vais vous présenter aujourd’hui en est un bon exemple.

Les éditions Mnemos viennent en effet de publier, sous le nom L’île des morts, une intégrale des textes se déroulant dans l’univers de Francis Sandow, qui, outre le roman du même nom, comprend Le sérum de la déesse bleue, ainsi que cinq nouvelles. Ces textes s’inscrivent tous dans une même histoire de l’expansion humaine dans la galaxie, comme nous l’apprend la très érudite préface, expansion qui couvre deux millénaires et se divise en quatre phases. Les textes ne sont donc pas présentés dans l’ordre de leur publication, mais dans celui où ils se situent dans la chronologie interne de cet univers. La phase 1 de l’expansion est couverte par la nouvelle En cet instant de la tempête, la phase 2 par Cette montagne mortelle, Lugubre lumière et par la novella L’île des morts, la phase 3 par le roman court Le sérum de la déesse bleue, tandis que la phase 4 comprend Les Furies et Clefs pour décembreContinuer à lire « L’île des morts – Intégrale – Roger Zelazny »

Saison de gloire – David Brin

Un planet-opera féministe, initiatique et orienté SF biologique de très grande qualité, mais avec quelques défauts le privant du statut de chef-d’oeuvre

saison_de_gloireSaison de gloire est une réédition du roman La jeune fille et les clones de David Brin, dont le nouveau titre est beaucoup plus conforme à celui de la VO (Glory Season). Paru en 1993 (1997 pour la VF), ce livre, s’il n’est pas le plus connu de son auteur (il est largement éclipsé, en terme de notoriété, par le cycle de l’élévation), est en revanche un des plus réussis. Il parvient, en effet, à réaliser une alliance très rare : celle de l’aventure et du sense of wonder propre à la SF de divertissement avec la profondeur des thématiques et de leur exploitation propre à la SF (pour reprendre l’expression de Vandana Singh) « signifiante ». C’est aussi un planet opera, un roman initiatique et une histoire de Science-fiction à dominante biologique d’une très grande qualité (il fait d’ailleurs partie de mon « cycle » de lectures SF orientées biologie). Pourtant, il reste affligé de certains défauts, dont certains assez agaçants, qui font que personnellement, je ne le classifierais pas dans mes romans « cultes ». C’est « juste » un excellent roman, pas un chef-d’oeuvre. Continuer à lire « Saison de gloire – David Brin »

Le prince-marchand – Poul Anderson

Truculent, tonitruant, excellent

prince_marchand_1Poul Anderson (1926-2001) est un des géants de la science-fiction, romancier et nouvelliste très prolifique (titulaire de sept prix Hugo et de trois Nebula, excusez du peu !), et également excellent auteur de Fantasy : son roman l’épée brisée reste une des œuvres les plus fondamentales du genre aux Etats-Unis. Une de ses nouvelles (présente dans le recueil Le chant du barde) est une des sources d’inspiration de James Cameron pour Avatar. Pour la petite histoire, c’était également le beau-père de… Greg Bear. Quelle famille d’écrivains de SF !

Le Prince-Marchand, premier des cinq volumes de La Hanse Galactique, nous projette au début du 25ème siècle, où nous suivons les aventures du truculent Nicholas Van Rijn, marchand interstellaire, personnage haut en couleurs au verbe haut, amateur de tabac, d’alcools fins, de bonne chère et de jolies femmes. Ce volume 1 comprend une nouvelle d’une quarantaine de pages (Marge bénéficiaire), un roman court (Un homme qui compte) qui en fait 200, ainsi qu’une chronologie de l’univers commun au Commonwealth de Van Rijn et à l’Empire Terrien (un État qui lui est postérieur) des aventures de Dominic Flandry (concernant ce dernier, je vous renvoie à l’excellent article de Lutin sur son blog Albedo). Continuer à lire « Le prince-marchand – Poul Anderson »

Guerre et Dinosaures – Victor Milan

Un univers mélangeant beaucoup trop d’influences, une narration un peu trop sur courant alternatif

dinosaur_warVictor Milan est un auteur américain très prolifique et adepte, comme son ami Daniel Hanover, de l’utilisation de pseudonymes. Il a rédigé plus de 100 romans, dont certains situés dans des univers partagés célèbres, comme ceux de Star Trek, des Royaumes Oubliés, Wild Cards (série de livres popularisée par G.R. R. Martin)  ou Battletech. Il écrit aussi bien de la science-fiction (orientée cyberpunk) que de la Fantasy. Le roman qui nous occupe aujourd’hui fait partie de ce dernier genre (du moins au premier abord : les choses sont en fait plus complexes) : c’est le premier d’une trilogie qui, à terme, pourrait être étendue à un second cycle de 3 romans, plus des textes courts. La sortie du second tome est prévue (en anglais) en juillet.

Comme le souligne la citation de  G.R.R. Martin sur la couverture, ce cycle peut être considéré comme « un croisement entre Jurassic Park et le Trône de Fer ». Mais est-on sur la qualité de ce dernier ? Vous et moi avons déjà rencontré ce genre de comparaison, par exemple sur Les Mille noms de Django Wexler, et à chaque fois elle s’est révélée peu pertinente, sinon grossièrement exagérée. Ne faisons pas durer le suspense : la réponse est non, nous sommes loin de la qualité de l’illustre cycle de G.R.R Martin.  Continuer à lire « Guerre et Dinosaures – Victor Milan »

World of water – James Lovegrove

Globalement moins intéressant que le tome 1, mais avec une fin surprenante qui rattrape tout le reste

world_of_waterCe roman (en anglais) est le second tome des aventures de Dev Harmer, après World of fire. On rappelle le principe de ce cycle : Dev, agent d’Interstellar Security Solutions, voit sa conscience transférée de planète en planète dans des corps clonés, adaptés aux conditions locales, afin de régler les problèmes provoqués par les agents de Polis+, la nation IA avec laquelle la Diaspora est désormais en paix après avoir mené une longue guerre. Paix qui n’empêche donc pas les coups fourrés, du type sabotage, subversion et sédition. La particularité de la série est que chaque monde visité (un par tome) est caractéristique d’un type de planète donné : thermoplanète (similaire à Mercure) dans le tome 1, planète-océan dans ce tome 2. Comme à la fin de World of fire, le dernier chapitre du livre nous donne un aperçu de la prochaine mission de Dev (sur la planète « de vacances » Pearl 2) et le titre du livre suivant : World of air. L’aspect « élémentaire » (comme on dit en Fantasy) se confirme donc, et on peut parier sans grand risque sur un tome 4 qui s’appellera World of earth.

World of fire était intéressant et agréable à lire, sans pour autant révolutionner le genre ou accéder au statut de chef-d’oeuvre : en est-il de même pour ce tome 2 ? Je précise qu’à condition de connaître les bases de l’univers (transfert de conscience, guerre froide avec la civilisation IA Polis+), vous pouvez tout-à-fait lire ce tome 2 de façon indépendante, les romans du cycle étant assez peu connectés entre eux (à part par un héros commun).  Continuer à lire « World of water – James Lovegrove »

Marée Stellaire – David Brin

Un incontournable de la science-fiction centrée sur les extraterrestres, un modèle de construction d’univers

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C’est avec une grande déception et une certaine tristesse que j’ai récemment fait une critique impitoyable (mais correspondant honnêtement à mon ressenti) d’un roman de David Brin, auteur que j’apprécie particulièrement par ailleurs. Pour ceux qui ne connaîtraient pas son oeuvre, il me semblait donc très important de « rééquilibrer la balance » en leur présentant son livre le plus emblématique et le plus réussi, Marée Stellaire. Sorti en VO en 1983, ce roman est titulaire à la fois du prix Hugo et Nebula, ce qui en fait, sur ce plan, l’égal de références prestigieuses comme Dune, Neuromancien ou, pour rester dans le Planet Opera, l’Anneau-Monde de Larry Niven. Il s’agit du second livre d’un cycle, dit de l’Élévation, mais c’est pour moi le véritable début de ce dernier.

Mais, allez-vous me demander, qu’est-ce qui rend ce roman si intéressant, pour ne pas dire incontournable, qu’est-ce qui en fait un des romans « cultes » d’Apophis  ? La réponse est simple : son univers. Continuer à lire « Marée Stellaire – David Brin »