Aux comptoirs du cosmos – Poul Anderson

Un an entre deux tomes, c’est trop long, vite, une nouvelle dose !

comptoirs_cosmosAux comptoirs du cosmos est le second des cinq volumes du cycle La Hanse galactique, par Poul Anderson, après Le prince-marchand. Sa particularité est qu’en plus du truculent Nicholas Van Rijn, il introduit d’autres personnages emblématiques de la saga (dont Adzel), à commencer par David Falkayn, qui a même les honneurs de la couverture (superbe, signée Nicolas Fructus).

Ce livre comprend cinq nouvelles (de quelques dizaines de pages chacune) plus un prélude et deux interludes (quelques pages à chaque fois), ainsi qu’une préface signée par le traducteur (et un des principaux promoteurs de l’auteur en France, avec Pierre-Paul Durastanti), l’excellent Jean-Daniel Brèque. Comme d’habitude, je vais vous présenter un résumé de chacune des nouvelles, avant de vous donner mon avis les concernant, ainsi qu’un sentiment général sur le recueil. Continuer à lire « Aux comptoirs du cosmos – Poul Anderson »

Dans le sillage de Poséidon – Alastair Reynolds

Un roman intéressant même si pas tout à fait novateur, mais qui laisse un vague goût d’inachevé

sillage_poseidonDans le sillage de Poséidon est le troisième et dernier titre du cycle Les enfants de Poséidon, après La Terre bleue de nos souvenirs et Sous le vent d’acier. Il poursuit la tradition entamée avec les éditions grand format de ses prédécesseurs, avec sa couverture à bestioles dans ces tons notoirement festifs que sont le noir et le gris. Après deux romans sympathiques mais loin d’être aussi marquants que le cycle des Inhibiteurs (chef-d’oeuvre de l’auteur), ce troisième opus va-t-il parachever en beauté la trilogie ?

Dans le sillage de Poséidon est, à mon sens, supérieur à ses prédécesseurs, que ce soit sur le plan des thématiques, de l’originalité (même s’il y a encore énormément d’hommages), de la construction, du rythme ou des personnages. Malgré tout, sa fin laisse un net goût d’inachevé, tant le sort de certains protagonistes ou peuples reste en suspens.  Continuer à lire « Dans le sillage de Poséidon – Alastair Reynolds »

Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 7 – Sous-genres majeurs de la SF

ApophisComme la Fantasy, la Science-Fiction (SF) est divisée en nombreux sous-genres, et ici aussi, il y a des différences de conception entre les divers spécialistes qui ont essayé d’établir une taxonomie, ainsi qu’entre Français et Anglo-Saxons (qui mettent par exemple l’Uchronie, l’Anticipation et le Steampunk dans le même sac que la SF, ce que je ne fais personnellement pas). J’ai choisi le système qui me paraissait le plus simple et direct, c’est-à-dire celui qui consiste à subdiviser le genre en sous-catégories basées sur les thématiques abordées / le but recherché (divertissement, réflexion, ou les deux à la fois), l’emphase mise (ou non) sur les sciences « dures » ou les sciences sociales, l’ampleur spatiale et temporelle couverte (du futur proche au plus lointain, de la seule Terre à la galaxie entière, voire l’univers -ou même plusieurs !-) et la complexité de l’écriture / de la psychologie des personnages / le réalisme de l’univers / la noirceur du ton.

Je vous rappelle que comme chaque article de cette série, celui-ci reflète ma conception personnelle de la taxonomie de la SFFF, et ne correspondra donc pas forcément à celles que vous pouvez trouver par ailleurs sur le net ou dans des ouvrages spécialisés. Comme celle des sous-genres majeurs de la Fantasy, elle a été établie en tenant compte à la fois de l’importance du sous-genre en question dans l’histoire de la SF, du nombre de livres, de cycles ou d’auteur(e)s marquant(e)s généré(e)s, ainsi (il faut bien de le dire) que du succès commercial associé à ce style de romans. Et comme pour cet article, je vous conseille de lire les rubriques dans l’ordre, tant un sous-genre donné peut avoir été conçu en réaction à un autre, d’émergence antérieure. Continuer à lire « Comprendre les genres et sous-genres des littératures de l’imaginaire : partie 7 – Sous-genres majeurs de la SF »

Le regard – Ken Liu

Un texte intéressant mais relativement mineur

le_regard_liuLe regard est une novella de Ken Liu (pour une biographie succincte, voir ici) publiée en VO en 2014 et nominée aux prix Nebula 2014 et Locus 2015. La couverture de l’édition française, signée Aurélien Police, est à la fois esthétiquement réussie et rend parfaitement compte de l’importance de la vision dans l’intrigue (je trouve d’ailleurs le choix du titre français également complètement pertinent, compte tenu de ce fait).

Beaucoup de lectrices et lecteurs ont récemment découvert l’auteur via le magistral l’Homme qui mit fin à l’Histoire (dans la même collection), et peuvent aborder cette seconde novella avec des attentes élevées aussi bien en matière de qualité d’écriture que d’importance du fond, de profondeur des thématiques abordées. Je préfère prévenir ces gens là tout de suite : c’est une mauvaise idée. Le regard est un texte de SF à la fois beaucoup plus classique, plus mineur et qui ne propose pas une réflexion aussi pointue (bien qu’elle soit très, très loin d’être absente). Je l’ai même trouvé inférieur, sur ce plan, à une simple nouvelle de l’auteur, Une brève histoire du tunnel transpacifique, il est vrai exceptionnellement dense à ce niveau là.

Pour autant, si on aborde ce texte pour ce qu’il est (un roman noir dans un contexte SF Cyberpunk), il reste franchement intéressant, surtout via son application radicale de la théorie Béhavioriste.  Continuer à lire « Le regard – Ken Liu »

Le samouraï virtuel – Neal Stephenson

Que de maladresses et de lourdeur dans la narration…

samourai_virtuelNeal Stephenson est un auteur américain de science-fiction et d’uchronie, titulaire de quatre Locus, d’un Hugo et d’un Grand Prix de l’Imaginaire (ce dernier ayant été attribué au roman dont je vais vous parler aujourd’hui), excusez du peu ! Egalement connu, selon l’édition française à laquelle vous avez affaire, sous son titre original Snow crash, Le samouraï virtuel marque une étape fondatrice dans le passage du cyberpunk classique à son évolution, le postcyberpunk (voir mon article si vous ne connaissez pas ces termes), via sa fin très positive (ce qui, dans un cadre Cyberpunk / dystopique, signifie surtout que les héros font évoluer les choses dans le bon sens). Cependant, il constitue surtout une parodie du Cyberpunk classique, et il faut avouer que beaucoup d’éléments plaident en ce sens (à commencer par le nom du protagoniste -qui s’appelle Hiro… Protagoniste- ou son emploi de livreur de pizzas… pour la Mafia).

J’aborde cependant ce livre avec confiance, ayant beaucoup apprécié, il y a quelques années, un autre livre de l’auteur (un des romans fondamentaux du sous-genre Nanopunk, L’âge de diamant). Au final, s’il n’est pas dépourvu de qualités, Le samouraï virtuel est aussi et surtout affligé d’un nombre énorme de défauts, qui font que je n’ai guère été convaincu par cette lecture, la forme torpillant complètement un fond thématique hyper-intéressant à la base.  Continuer à lire « Le samouraï virtuel – Neal Stephenson »

L’oeil d’Apophis – Numéro 2

Eye_of_ApophisDeuxième numéro de la nouvelle série d’articles que je vous propose : l’œil d’Apophis (car rien n’échappe à…). Je vous en rappelle le principe : il s’agit d’une courte présentation (pas une critique complète) de romans qui, pour une raison ou une autre, sont passés « sous le radar » des amateurs de SFFF, qui ont été sous-estimés, mal promus par leur éditeur, ont été noyés dans une grosse vague de nouveautés, font partie de sous-genres mal-aimés et pas du tout dans l’air du temps, ont pâti de critiques parfois très fantaisistes en donnant une idée très distordue, et j’en passe. Chaque article vous présente trois romans : ceux choisis aujourd’hui (encore de la SF, désolé pour les amateurs de Fantasy ou de Fantastique, ça viendra plus tard) ont un point commun : une exploitation originale d’un thème pourtant cent fois vu au moment de leur parution.

Attention, je ne vous dis pas forcément que les romans que je vous présente sont des chefs-d’oeuvre à acheter absolument, ils peuvent avoir des défauts parfois importants. En revanche, ils ont aussi de grandes qualités, qui en font des lectures très intéressantes pour certains lecteurs ou dans le cadre de certaines thématiques précises de la SFFF.

Vous pouvez retrouver tous les articles de la série en cliquant sur ce tag, également présent en fin d’article et en bas de la barre latérale du blog.  Continuer à lire « L’oeil d’Apophis – Numéro 2 »

La cité du futur – Robert Charles Wilson

Pas mauvais, pas désagréable, mais aussi pas marquant, pas novateur et pas assez développé

cité_futurRobert Charles Wilson est un auteur californien ayant par la suite obtenu la nationalité canadienne. Très prolifique, très largement traduit en français (à ma grande satisfaction) et considéré par Stephen King comme le meilleur auteur de Science-Fiction vivant, il est titulaire d’un grand nombre de prix, dont un Hugo pour l’excellent Spin. Mine de rien, La cité du futur est le septième roman de cet auteur que je lis (et non, il n’y a pas de critiques, c’était bien avant le blog).

Sans être un mauvais roman, La cité du futur ne fera pas partie de mes livres préférés de l’auteur (BIOS et Spin), et s’est révélé plutôt décevant sur plusieurs points, dont une narration molle, sans réelle surprise et un aspect purement SF qui peine à renouveler les thématiques du voyage dans le temps, des mondes parallèles ou des uchronies (si les distinctions entre ces termes sont floues pour vous, je vous invite à consulter mon article sur le sujet).

Signalons qu’une fois encore, Aurélien Police s’est surpassé, nous offrant une couverture à la fois esthétique, catalysant l’imagination / donnant envie d’en savoir plus et capturant parfaitement l’esprit du roman (particulièrement de sa fin crépusculaire). Continuer à lire « La cité du futur – Robert Charles Wilson »

L’œil d’Apophis – Numéro 1

Eye_of_ApophisIl y a un quart de siècle, plusieurs magazines de Jeu de rôle ont eu la brillante idée de proposer dans chaque numéro un article présentant des jeux peu connus du grand public mais qui, pourtant, étaient intéressants sur un plan ou un autre. J’ai à mon tour décidé de reprendre le concept, mais en l’appliquant à des romans de SFFF passés, pour une raison ou pour une autre, « sous le radar » des amateurs de littératures de genre. Une de ces séries d’articles s’appelait « In the Ghetto », titre que j’ai d’ailleurs failli reprendre parce qu’il me plaisait beaucoup. Après avoir hésité avec « Sous le radar » et « Eye in the sky« , j’ai finalement décidé d’intituler ce nouveau type d’article « L’œil d’Apophis » (<– Parce que rien n’échappe à…).  Continuer à lire « L’œil d’Apophis – Numéro 1 »

All systems red – Martha Wells

Tous les systèmes sont effectivement dans le rouge…

all_systems_redAll systems red est une novella de 160 pages écrite par Martha Wells, une auteure Texane de Fantasy et de SF dont j’aurai l’occasion de vous reparler en plus amples détails lorsque je lirai ses cycles Île-Rien / La chute d’Île-Rien. Notez que sa parution est curieusement échelonnée : la version électronique est disponible dès le 2 mai, la version physique à partir du 7 août seulement. Elle fait partie d’un cycle (The Murderbot diaries) qui en comprendra au moins une autre.

Ce roman court est présenté, sur Goodreads, comme un mélange entre Westworld et le cycle de la Culture de Iain M. Banks. Culture / Banks, hop, les mots magiques ont été prononcés, il n’en fallait pas plus pour que je m’intéresse à ce texte, qui a en plus le bon goût d’être rapide à lire, ce qui correspond plutôt à mes envies du moment.  Continuer à lire « All systems red – Martha Wells »

La maison des Derviches – Ian McDonald

Une mise en place des pièces du puzzle lente mais magistrale

maison_dervichesAprès l’excellent Luna, je poursuis mon exploration de l’oeuvre de Ian McDonald avec La maison des derviches, qui est à la fois proche et très éloigné de la dernière parution de l’auteur (Je vous annonce aussi que Le fleuve des dieux et La petite déesse seront au programme dans le futur). Ce roman a, entre autres, reçu le Prix Planète SF des blogueurs (le groupement auquel j’ai l’insigne honneur d’appartenir depuis quelques mois) 2013.

Cette fois, l’action se passe sur Terre, plus précisément en Turquie en avril 2027. Alors qu’Istanbul est écrasée par une canicule précoce, les destins, à priori séparés, de personnages dont le seul point commun est d’habiter dans une ancienne Maison des Derviches vont se croiser, l’occasion pour l’auteur de décrire un futur très détaillé d’une Turquie où se croisent Europe et Asie, tradition et modernité, religion / mysticisme et nanotechnologie.  Continuer à lire « La maison des Derviches – Ian McDonald »