Soleri – Michael Johnston

22

Ce cycle est potentiellement une des nouvelles références de la Fantasy politique, à condition que les tomes suivants corrigent quelques erreurs de jeunesse

soleriMichael Johnston est un auteur américain vivant à Los Angeles. Cet architecte, qui a également étudié l’Histoire, a vu le germe d’une idée naître lors d’une conférence consacrée à l’Égypte antique. Ce passionné de Fantasy et de SF, natif de Cleveland, a vu cette idée croître lorsqu’il a déménagé en Californie et visité pour la première fois le désert. Il a mis un  terme à son activité professionnelle pour se consacrer à l’écriture de son premier roman (en solo, puisque il en a co-écrit deux autres), Soleri, qui a pour ambition de mêler Fantasy, Égypte et décisions politiques tragiques inspirées par Le Roi Lear (décidément à la mode en SFFF puisque la pièce jouait aussi un rôle dans le récent Station Eleven). Ambitieux, n’est-ce pas ? D’autant plus que vu l’énorme densité d’intrigues de cour, de complots et de mystère, le côté impitoyable de la chose, et l’inspiration adossée à un classique (Shakespeare ici, Maurice Druon chez Martin), difficile de ne pas faire la comparaison avec le Trône de fer (surtout avec des expressions du genre « The horned throne »).

Bref, le lecteur abordera forcément ce roman avec certaines attentes, et toute la question est de savoir si elles seront satisfaites. Pour ma part, je répondrai : pas totalement. C’est certes un roman impressionnant (surtout dans l’aspect intrigues politiques et l’impact de certaines scènes ou révélations -surtout celle de la dernière ligne-) compte tenu de la relative inexpérience de l’auteur, mais il cumule trop de maladresses pour totalement convaincre. Par contre, la suite (qui est en cours d’écriture), si elle corrige lesdites erreurs, pourrait bien s’imposer comme une des nouvelles références de la Fantasy politique. Lire la suite

Nouvelles dans l’univers des Poudremages – Brian McClellan

28

Un éclairage capital sur l’histoire et les motivations des personnages de La promesse du sang

powder_mage_novellasEn plus des trois romans du cycle des Poudremages, Brian McClellan a aussi publié 9 nouvelles, toutes sauf une (Return to Honor, dont l’intrigue prend place entre les deux premiers tomes) se déroulant avant les événements décrits dans La promesse du sang. Et on remonte parfois très loin, puisque ces huit nouvelles se passent respectivement 35, 35, 22, 18 (et pas 19 comme on le voit parfois sur le net), 10, 8, 2 ans et enfin 8 mois avant le tome 1. Ces textes nous montrent pour l’essentiel le passé des personnages principaux et secondaires les plus marquants croisés dans La promesse du sang.

Ces nouvelles sont disponibles soit (pour la plupart) à l’unité (sous forme électronique ou audio), soit sous la forme de deux recueils en comprenant respectivement 4 et 5 (idem). Les trois premières et l’avant-dernière de ma liste sont longues, les autres nettement plus courtes.  Lire la suite

L’œil brisé – Brent Weeks

13

75 % bof, 24 % trépidant, 1% transcendant

oeil_briséL’œil brisé est le troisième tome du cycle Le porteur de lumière, après Le prisme noir et Le couteau aveuglant (le tome 4, Le miroir de sang, paraîtra en français le 28 juin, et sa critique vous sera proposée sur ce blog début juillet). Il s’agit d’un véritable monstre de… 1080 pages. Alors que ses prédécesseurs proposaient une montée en puissance plus ou moins rapide et progressive, celui-ci s’enfonce dans un relatif marasme durant les trois quarts de sa longueur totale (et 75% de 1080 pages, ça fait beaucoup…), avant de se réveiller d’un coup au début du dernier quart, devenant trépidant et très intéressant, et de ménager une énorme révélation (quasi-)finale !

Avertissement préalable : arrivé au troisième livre d’un cycle, les spoilers sur les tomes précédents sont inévitables. Ce qui suit est garanti sans révélation majeure sur l’intrigue de ce tome 3, pour le reste, c’est à vos risques et périls. Si vous ne souhaitez rien savoir, je vous conseille de sauter directement à la conclusion.  Lire la suite

La promesse du sang – Brian McClellan

55

Révolutionnaire (dans tous les sens du terme) ! 

promesse_du_sangBrian McClellan est un auteur américain formé dans les ateliers d’écriture de Brandon Sanderson et Orson Scott Card, excusez du peu ! La promesse du sang, tome introductif de la Trilogie des Poudremages, est son premier roman. Il a obtenu le prix Morningstar 2014. Le cycle s’est achevé en 2015, mais une seconde trilogie, située dans le même monde, doit voir le jour cette année. De plus, neuf nouvelles et novellas (plus deux recueils les rassemblant) se déroulant également dans cet univers ont été publiées (une se passe entre les tomes 1 et 2, les autres avant le début du tome 1, parfois bien des années auparavant. Toutes donnent un éclairage sur les personnages principaux ou secondaires du tome 1). Le premier tome a été traduit en français, avant que la série ne soit abandonnée (faute de ventes, ce qui, compte tenu de l’originalité et de la qualité du livre, est pour le moins étonnant, mais peut s’expliquer par la faible mise en avant de ce titre à sa sortie), malgré le fait que le second avait été annoncé.

Le cycle est considéré comme une des références, sinon LA référence absolue de la Flintlock Fantasy. De fait, il suffit d’observer la couverture (superbe, signée Gene Mollica) et de la mettre en parallèle avec le nom de la trilogie pour comprendre instantanément, même sans rien savoir de plus sur le roman, que nous n’avons vraiment pas affaire à une Fantasy habituelle : mages, mousquets, uniforme très Napoléonien, poudre, voilà un mélange inédit, en tout cas hors de la Fantasy Historique (voir plus loin). Et non seulement ça casse les codes du médiéval-fantastique, mais en plus ça se révèle vraiment intéressant ! Le public et les écrivains anglo-saxons ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, parlant d’un des premiers romans les plus impressionnants sortis ces dernières années. Pour ma part, voilà exactement le genre de livre novateur et épique que je veux lire.  Lire la suite

La loi du tyran – Daniel Hanover

13

Un troisième tome toujours aussi solide, même si très (trop ?) inspiré par l’histoire réelle, et avec une fin qui donne une puissante envie de connaître la suite

loi_tyran_hanoverLa loi du tyran est le troisième tome du cycle La dague et la fortune, après La voie du dragon et Le sang du roi. C’est aussi le dernier a avoir été traduit, les deux autres volumes de la saga (The widow’s house et The spider’s war) n’étant « pour l’instant » pas prévus en français (traduisez : encore une série abandonnée par un éditeur tricolore). Bref, malgré toutes les qualités que je trouve à ces romans, soyez bien conscients que si vous ne lisez pas l’anglais, vous ne connaîtrez probablement jamais la fin de l’histoire. Il faudra donc vous poser la question de savoir si, dans ce cas, commencer le cycle est pertinent ou pas. Pour ma part, je vous proposerai, dans les mois qui viennent, des critiques de ces deux ultimes tomes, avec bien entendu un mot sur le niveau d’anglais nécessaire à leur lecture.

Contrairement aux deux premiers tomes, où certains personnages étaient beaucoup plus représentés, en terme de chapitres qui adoptaient leur point de vue, que d’autres, cette fois on est quasiment sur une égalité parfaite : 10 chapitres pour Clara et Geder, 11 pour Cithrin, 12 pour Marcus (et l’Apostat). Ce tome 3 est aussi un peu plus court que les autres : environ 400 pages, contre 450 et 430.  Lire la suite

Le couteau aveuglant – Brent Weeks

17

Un second tome mené tambour battant

couteau_aveuglantLe couteau aveuglant est le second volet du cycle Le porteur de lumière, après Le prisme noir. C’est le plus petit des trois tomes parus jusqu’ici (cette saga avait été conçue à l’origine comme une trilogie, mais va en réalité bientôt s’enrichir d’un quatrième volume), enfin si on peut qualifier de « petit » un livre de près de 700 pages.

L’intrigue débute quelques jours à peine après l’évacuation de Garriston, et met en jeu les mêmes personnages que dans le livre précédent. Si, si, y compris l’insupportable Kip. Qui, croyez-le ou pas, va devenir intéressant. Étonnant, non ? Vous retrouverez dans ce tome 2 tout ce qui vous a séduit dans son prédécesseur, sans la plupart des défauts de ce dernier (notamment son début diesel ou le personnage de Kip qui n’était absolument pas au niveau des autres).

Lire la suite

Les couleurs de l’acier – K.J. Parker

23

Hard Fantasy

color_of_steelK.J Parker, l’auteure anglaise de ce roman, mentionnée sur la quatrième de couverture… n’existe pas. Il s’agit en fait du pseudonyme (féminin) de l’écrivain (masculin) Tom Holt, sous lequel il a publié quinze livres, une vingtaine de novellas / nouvelles / essais et reçu deux World Fantasy Award (le prix le plus prestigieux en matière de Fantasy, l’équivalent du Hugo en SF). Tom Holt a adopté cette « identité secrète » (qui a tout de même tenu 17 ans) pour déconnecter son propre travail, orienté Fantasy humoristique / parodique (à la Terry Pratchett ou Piers Anthony) de publications au ton nettement plus sérieux ou noir.

Ce roman présente plusieurs points sortant de l’ordinaire, qui le rendent plutôt original alors qu’il est pourtant bâti sur une base (un siège subi par une cité) qui ne l’est pas. C’est le premier de la Trilogie Loredan (du nom du protagoniste). Signalons les superbes couvertures qui mettent l’accent sur les différents artisanats qui sont très présents dans l’univers et l’intrigue. Lire la suite

Le sang du roi – Daniel Hanover

5

Encore plus intéressant que le tome 1 (et pourtant la barre était placée haut)

sang_roi_hanoverLe sang du roi est le deuxième tome du cycle La dague et la fortune, après La voie du dragon. Connaissant la propension de Daniel Hanover (et de Ty Franck) à faire disparaître ou apparaître des personnages principaux dans chaque nouveau tome de The Expanse, vous vous demandez peut-être si on retrouve Cithrin, Geder, Marcus, Dawson, Clara et l’Apostat, les protagonistes (et narrateurs) de La voie du dragon, dans cette suite. La réponse est oui : nous retrouvons nos héros quelques mois après les événements ayant eu lieu à la fin du tome 1. Chaque chapitre est aussi vu selon le point de vue de l’un d’entre eux. Par contre, il y a des différences dans le nombre de chapitres auquel chacun a droit (sachant que leur nombre total est quasiment égal -46 au lieu de 47- par rapport au tome 1) : les deux changements les plus notables concernent Clara (qui passe de 2 à 7 chapitres) et Cithrin, qui est le personnage le plus représenté, avec 12 d’entre eux (au lieu de 14 pour Geder dans La voie du dragon).  Lire la suite

Le prisme noir – Brent Weeks

14

Malgré une mise en place longue et assez terne, ce roman monte en puissance de façon vertigineuse et se termine par un dernier quart flamboyant

prisme_noirBrent Weeks est un auteur américain de Fantasy qui a atteint une certaine notoriété avec son premier cycle, l’Ange de la Nuit (publié chez nous par Bragelonne). Le prisme noir est le premier volume d’un second cycle, totalement distinct du précédent, et intitulé Le porteur de lumière. Initialement prévu pour être une trilogie, ce dernier se transformera en tétralogie en octobre avec la parution d’un nouveau tome, The Blood Mirror.

Le prisme noir est un roman de Gunpowder Fantasy, mais dans lequel l’aspect magie est presque plus important que l’aspect mousquets & canons (bien que ces derniers soient très présents). Magie qui, un peu comme chez Brandon Sanderson, se veut innovante, cherche, dans sa théorie et sa pratique, à sortir des sentiers battus (ou du flou artistique qui caractérisait la Fantasy dans ce domaine à une certaine époque).

Sur un plan bassement matériel, c’est un énorme pavé (960 pages, une centaine de chapitres !), à la couverture ma foi fort esthétique. Lire la suite

La voie du dragon – Daniel Hanover

12

Le Trône de Fer rencontre The Expanse

dragon_way_1

Ce roman est le premier d’un cycle (La dague et la fortune -car oui, malgré la couverture ci-contre, c’est le nom du cycle, pas du roman) qui en compte cinq en VO, les trois premiers ayant été traduits en français au moment où je rédige ces lignes. L’auteur ne vous évoque peut-être rien, et pourtant : c’est un des (nombreux) pseudonymes de Daniel Abraham, plus connu pour utiliser, avec Ty Franck, le pseudonyme commun de James S.A. Corey, l’auteur de The Expanse.

Mr Abraham est le scénariste des comics Game of Thrones, et il a co-écrit un roman (Le chasseur et son ombre) avec G.R.R. Martin. Vous ne serez donc pas surpris si l’univers de ce livre (ainsi qu’un des personnages principaux) présente des ressemblances avec celui du Trône de Fer. Importance passée des dragons, intrigues politiques et militaires intra- et inter-royaumes, présence de « Cités Libres », émergence d’une « nouvelle » religion très attachée à la vérité et la vertu, personnage ressemblant comme deux gouttes d’eau à Samwell Tarly, bien des choses sont là pour rappeler le cycle phare de G.R.R. Martin. Cependant, on retrouve aussi un élément typique de The Expanse : la narration. L’histoire est en effet contée du point de vue des trois personnages principaux et de trois personnages secondaires. Chaque chapitre adopte un unique point de vue, et on change de protagoniste de l’un à l’autre. Contrairement au Trône de Fer, qui adopte une narration similaire, il y a beaucoup moins de points de vue différents (sur les 47 chapitres du livre, 43 adoptent celui de seulement 4 personnages), et comme dans The Expanse, les routes des protagonistes, ou au moins leurs destins, vont finir par se croiser, s’éloigner ou se recroiser.

Alors, est-ce juste une pâle copie du Trône de Fer ou est-ce tout de même intéressant et original sur certains plans ?  Lire la suite