La miséricorde de l’Ancillaire – Ann Leckie

Miséricorde, c’est enfin fini… (ou pas)

misericordeLa miséricorde de l’Ancillaire est le troisième volume des Chroniques du Radch. Ce n’est cependant pas l’ultime roman qui se déroule dans cet univers : la publication d’un nouveau livre est prévue (en VO) pour l’automne 2017 (je ne sais pas, par contre, s’il reprendra l’intrigue et les personnages de la trilogie existante, même si l’annonce faite à son sujet par l’éditeur anglo-saxon laisse à penser que ce sera le cas).

Ce roman a reçu (comme ses deux prédécesseurs) le prix Locus, édition 2016. Après un tome 2 qui faisait si peu avancer l’intrigue principale qu’il tenait en fait plus du tome 1 bis que du tome intermédiaire classique d’une trilogie, ce tome 3 lui donne-t-il une conclusion satisfaisante, voire « brillante », comme le prétend la quatrième de couverture ? Sans grande surprise, la réponse est non. Continuer à lire « La miséricorde de l’Ancillaire – Ann Leckie »

Le problème à trois corps – Cixin Liu

Un très bon livre de Hard SF, faisant la part belle au mystère et au sense of wonder… à condition de ne pas lire la quatrième de couverture

trois_corpsCixin Liu (ou plutôt, sous la forme chinoise correcte -beaucoup de peuples asiatiques mettent le nom de famille en premier-, Liu Cixin) est un auteur de science-fiction chinois de 53 ans, le plus connu dans son pays. En plus d’être lauréat de neuf prix Galaxie (la plus prestigieuse récompense en matière de SF dans l’Empire du Milieu), il a aussi gagné le Hugo 2015 pour le roman dont je vais vous parler aujourd’hui (le premier d’une trilogie). Ce couronnement est doublement remarquable : d’abord parce qu’il est le premier auteur de nationalité chinoise a être récompensé par le Hugo, et ensuite parce que c’est la première fois que ce dernier est attribué à une traduction (c’est Ken Liu -aucune parenté- qui a réalisé cette dernière). Signalons au passage que ce n’est pas la version anglaise qui a été traduite en français, mais bel et bien la version originale en mandarin.

Une adaptation cinématographique de ce livre doit sortir en 2017. Il a été vendu à un million d’exemplaires en Chine, où il est sorti en 2007.
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Latium – Tome 1 – Romain Lucazeau

Banks et Simmons ont un digne héritier, il est français et s’appelle Romain Lucazeau

latium_1Latium est la grosse sortie de la collection Lunes d’encre, chez Denoël, de cette fin d’année 2016. Si imposant (deux millions de signes) qu’il a du être coupé en deux (le tome 2 sortira le 4 Novembre), cet ouvrage, fruit de six ans de travail, n’est cependant, aussi sidérant que cela puisse paraître, que le premier roman (mais pas le premier texte) de son auteur. Il est présenté, par le directeur de collection, comme un manuscrit comme on en reçoit peu dans une carrière, comme un parfait exemple de la SF qui fait autant rêver que réfléchir, comme une fusion de batailles spatiales flamboyantes, de théâtre classique et de philosophie, comme un digne héritier de Simmons et de Banks. Enfin, l’auteur, une pointure (Normalien de la rue d’Ulm, agrégé de philo, enseignant et chercheur en philosophie politique à Paris-IV Sorbonne et à l’Institut d’études politiques,  conseiller en stratégies économiques et consultant auprès de grandes institutions publiques françaises et internationales), a une ambition : rapprocher la SF de la littérature blanche.

Alors, Latium est-il un bon livre de SF (et d’uchronie), donnera-t-il envie de lire Corneille et Leibniz comme Simmons nous a donné envie de lire Keats, Shakespeare et Homère ? Ou la magnifique couverture de Manchu cache-t-elle un roman pédant et ennuyeux ? Continuer à lire « Latium – Tome 1 – Romain Lucazeau »

Les bas-fonds de Mesa – David Weber & Eric Flint

Les combats au sol font une entrée significative et tonitruante dans l’Honorverse

mesaLes bas-fonds de Mesa est la traduction de Cauldron of ghosts, troisième tome de la série dérivée du cycle d’Honor Harrington appelée La couronne des esclaves, après le livre du même nom et Torche de la liberté. Une fois encore, le roman est coupé en deux volumes, de respectivement 384 et 428 pages, à 19 euros l’unité.

L’action se déroule quelques mois après les événements du livre précédent, et reprend les personnages des tomes 2 et (en partie) 1. Le moteur de l’intrigue est la mission montée par Victor, Anton, Thandi et quelques autres sur Mesa, dont on commence à peine, dans la galaxie, à prendre la véritable mesure. Loin d’être « juste » la planète des esclavagistes génétiques de Manpower, ce monde est en effet au centre d’une conspiration visant à changer à jamais la nature de l’être humain et à conquérir, au passage, toute la galaxie. Si, à première vue, on pense être reparti sur les mêmes bases que dans le roman précédent (espionnage, barbouzes et black ops), on s’aperçoit, dans le tome 2, qu’on a en fait affaire à un livre beaucoup plus militarisé que ses deux prédécesseurs, se rapprochant donc en fait d’une part de l’autre cycle dérivé, et d’autre part du cycle principal consacré à Honor Harrington elle-même. A une différence près, mais colossale : cette fois, la majorité des combats se déroule… au sol, une grande première dans l’Honorverse à ce niveau d’intensité / nombre de pages.

Les deux tomes du roman couvrent une période qui s’étend sur En mission, L’orage gronde et l’Ombre de la Liberté (ce dernier étant le troisième tome de l’autre sous-cycle, Saganami, et dont la lecture est un gros plus pour la compréhension de la fin -même si elle n’est pas indispensable-). La fin du livre est le point le plus avancé atteint dans l’échelle temporelle de l’Honorverse (Octobre 1922 Post-Diaspora). Remarquons d’ailleurs, en fin de tome 2, la présence, en plus de l’indispensable Dramatis personæ, d’une chronologie complète de l’Honorverse (tirée du wikia qui lui est consacré).

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Dark Vador vs Monsieur Spock – Olivier Cotte / Jeanne-A Debats

Le concept était intéressant à la base, mais l’ignorance totale des fondamentaux même de Star Trek manifestée par les auteurs fait rapidement s’effondrer tout l’édifice

J’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio. Je remercie d’ailleurs ce site, ainsi que les éditions Dunod.

dark_vador_vs_spockLe concept mis au point par les deux auteurs (dont Jeanne-A Debats, un nom connu des amateurs de SFFF) était à la base intéressant : départager Star Trek et Star Wars pour le titre de plus grande saga de SF de tous les temps via un match en 101 rounds, comprenez 101 paragraphes essayant, en un recto (plus une illustration ou un tableau récapitulatif), de comparer les deux œuvres sur différents thèmes, du plus concret et sérieux au plus futile.

Ceux qui me suivent depuis un certain temps savent que j’ai une règle : je finis toujours un livre commencé. Sauf que toute règle a une exception, et qu’il ne m’a pas fallu plus de 41 pages (sur 220) pour me forger une opinion définitive (et je le dis tout de suite, très négative) sur cet ouvrage. En effet, lorsqu’on a l’ambition de comparer deux sagas, la condition sine qua non est de connaître les deux univers et d’en avoir compris et assimilé les fondamentaux. Il ne m’a hélas pas fallu bien longtemps, en tant que Trekkie chevronné, pour m’apercevoir que les deux auteurs ont une connaissance de l’univers de Star Trek que je qualifierais de très lacunaire et (très) superficielle, et que (et c’est le plus important) ils n’ont strictement rien compris aux fondamentaux de cet universContinuer à lire « Dark Vador vs Monsieur Spock – Olivier Cotte / Jeanne-A Debats »

Le tropique des serpents – Marie Brennan

Un tome 2 qui marque quelques évolutions mais qui, fondamentalement, est une copie du premier

tropic_of_snakesLe tropique des serpents est le deuxième volume des Mémoires de Lady Trent, après Une histoire naturelle des dragons. Rappelons que le cycle comptera cinq tomes au total, que le quatrième est sorti en avril aux USA , et que le dernier est prévu au printemps 2017. L’auteure a déjà annoncé qu’il n’y aura pas de romans supplémentaires, mais potentiellement des nouvelles / novellas devant combler certains blancs (l’une d’elles a déjà été écrite et se déroule entre deux des livres).

Une fois de plus, c’est l’illustration de couverture de Todd Lockwood qui nous frappe en premier. Signalons aussi que les illustrations intérieures en noir et blanc sont toujours présentes, bien que relativement inégales (mais le portrait en page 41 est juste magnifique -la demoiselle est vraiment très jolie-).

Nous avons cette fois affaire à une Isabelle de 23 ans, ayant une aura un peu plus solide sur le plan scientifique, et surtout nettement plus indépendante et libre de ses mouvements que dans le tome précédent (du moins en première approximation). Elle va s’embarquer pour l’équivalent local de l’Afrique pour y étudier les espèces de dragons indigènes, sans se douter qu’elle va mettre les pieds dans un bel imbroglio politico-miltaro-industriel.  Continuer à lire « Le tropique des serpents – Marie Brennan »

Children of time – Adrian Tchaikovsky

Un Bernard Werber 2.0 rencontre Vinge, Brin et Baxter dans un chef-d’oeuvre de Hard SF anti-Starship Troopers mettant au centre de son univers la coopération, l’empathie et l’ouverture vers l’autre

children_of_timeAdrian Tchaikovsky est un auteur britannique confirmé (et, dans la vie de tous les jours, un juriste), écrivant aussi bien de la Fantasy (son cycle Shadows of the Apt, qui compte la bagatelle de dix romans, plus un peu de Flintlock et même de la Fantasy à la limite de la parodie) que de la science-fiction. Children of Time relève de ce dernier genre : lauréat du prix Arthur Clarke 2016, ce livre a impressionné d’autres écrivains de SF (et pas des moindres : citons James Lovegrove et Peter Hamilton) par l’ambition de son propos. L’auteur est un entomologiste amateur, et le monde des insectes a fortement inspiré son oeuvre (dans Shadows of the Apt, chaque civilisation tire son nom et certaines de ses particularités d’un type d’arthropode particulier). De plus, souvent, dans ses livres, la technologie n’est pas statique mais évolue constamment. Children of time ne fait pas exception : suite à une expérience d’élévation (comme chez David Brin) qui a mal tourné, nous suivons l’évolution de races d’araignées, de fourmis et d’autres créatures sur une planète extrasolaire, tout en contemplant les efforts désespérés des derniers représentants de l’humanité pour survivre à l’auto-destruction de la Terre.

C’est avec cet ouvrage que j’inaugure la lecture (quasi-)systématique d’au moins un livre en VO chaque mois. Afin que vous soyez à même de les retrouver très facilement, les romans lus en anglais sont regroupés en tags (le nuage d’étiquettes se trouve tout en bas de la colonne de droite du blog), un pour la Fantasy, un pour la SF, un pour l’uchronie, etc. Cliquez sur le tag correspondant et vous arriverez sur une page centralisant toutes les critiques concernées.  Continuer à lire « Children of time – Adrian Tchaikovsky »

Rêves d’acier – Glen Cook

Madame et le Temple Maudit

reves_acierRêves d’acier est le second (et dernier) des Livres du Sud, deuxième sous-cycle de la Compagnie noire (je considère, comme les américains, que La pointe d’argent fait le lien entre les Livres du Nord et ceux du Sud, et ne fait pas partie de ces derniers). Il constitue la suite directe du tome précédent et reprend exactement là où ce dernier s’est arrêté. Pour autant, il y a une différence de taille : le narrateur. Poursuivant jusqu’à son terme logique une démarche entreprise depuis deux tomes déjà et consistant à mettre la Dame de plus en plus en avant, Glen Cook en fait à la fois le Capitaine et l’Annaliste de la Compagnie noire. Dans les annales, Rêves d’acier sera donc connu comme « le livre de Madame », tout comme les précédents étaient les « livres de Toubib ».

Inutile de dire qu’à lui seul, ce changement de narrateur (et de rôle de ce personnage emblématique du cycle dans son ensemble) rend déjà ce roman très intéressant, un jugement qui ne fera que se confirmer au fur et à mesure de sa lecture.

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The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey

James S.A Corey fait son « Aux mains de l’ennemi »

abaddons_gateLa porte d’Abaddon est le troisième tome du cycle The Expanse, après L’éveil du Léviathan et La guerre de Caliban. Une chose va probablement vous sauter immédiatement aux yeux : cette fois, Actes Sud propose une couverture un minimum esthétique, contrairement à l’horreur mauve et jaune fluo du roman précédent de la série. C’est en fait celle de la version originale, signée Daniel Dociu (un nom bien connu des aficionados de MMORPG), qui a été reprise, et on espère qu’il en ira de même pour les livres suivants.

Je ne vais pas faire durer le suspense : ce roman est, et de loin, le moins intéressant des trois déjà parus (le cycle en compte actuellement 5 en VO, 3 autres sont prévus -dont un cette année-, ainsi qu’un total de 5 novellas et 2 nouvelles). En fait, ce qui y est raconté n’aurait dû constituer qu’une partie du tome suivant, à mon avis, ou au moins être raccourci pour aller à l’essentiel. Parce que là, en gros, il y a quelque chose comme 300 pages qui ne servent à rien, et qui, en plus, sont racontées non pas platement, mais qui peinent à impliquer et plus encore à passionner le lecteur. Le parallèle avec un roman du cycle Honor Harrington est assez net, ce que je vais m’employer à vous expliquer dans ce qui suit.  Continuer à lire « The Expanse – tome 3 – La porte d’Abaddon – James S.A. Corey »

Jeux d’ombres – Glen Cook

Un très bon tome, mais qui souffre de la comparaison avec ses prédécesseurs et qui n’est pas exempt de défauts parfois assez sérieux

compagnie_noire_5Jeux d’ombres est le premier roman d’une nouvelle phase du cycle de la Compagnie Noire : les Livres du Sud. Il fait suite aux trois livres du Nord (La compagnie noire, Le Château noir, La rose blanche) et au tome de transition entre les deux sous-cycles, La pointe d’argent. D’ailleurs, les événements du roman se déroulent en parallèle de ceux de ce dernier livre, du moins au début. Il est donc plus facile de saisir certaines références si on a lu La pointe d’argent en quatrième position et pas en sixième comme la numérotation adoptée par les deux éditeurs français le préconise.

Ce roman marque de très nombreux changements, dont un de taille : un complet déplacement géographique de la Compagnie vers son continent d’origine, globalement inspiré par notre Afrique terrestre. L’enjeu des Livres du sud est en effet de montrer le retour aux sources entrepris par l’unité vers sa ville de naissance, la fameuse Khatovar dont nous entendons parler depuis longtemps à ce stade.

J’attire votre attention sur le fait qu’arrivé au tome 5 d’un cycle, les spoilers sur le contenu des tomes précédents sont inévitables, ce qui fait que cette critique en contient fatalement. Par contre, elle est garantie sans spoiler majeur sur l’intrigue propre à ce roman.  Continuer à lire « Jeux d’ombres – Glen Cook »