Places in the darkness – Chris Brookmyre

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Même si le thème central n’est pas original, ce mélange de polar et de SF reste vraiment très solide

pitd_brookmyreChristopher Brookmyre est un écrivain écossais, auteur de polars / thrillers de premier plan (son cycle Jack Parlabane s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires, et ce rien qu’au Royaume-Uni !), membre du mouvement littéraire Tartan noir (mêlant les codes du roman écossais classique et ceux du hardboiled, plus des influences européennes). Depuis quelques années, il écrit aussi de la SF, genre dont relève Places in the darkness. Un grand spécialiste du roman noir qui écrit de la Science-fiction, un résumé intéressant, un précédent essai dans le mélange des genres (Bedlam) qui avait été, en son temps, grandement apprécié par Iain M. Banks en personne, voilà qui ne pouvait qu’attirer ma curiosité ! Ma seule crainte était que l’aspect SF ne soit qu’un décor ou un prétexte, mais elle s’est révélée infondée : il est en fait au cœur de l’intrigue.

Au final, même si la thématique SF centrale n’est pas originale, et a été vue (en -un peu- mieux) ailleurs (notamment chez Dieu Gérard Klein et Greg Egan), elle reste solidement traitée, et, ajoutée à un aspect polar qui, sans surprise, se révèle très bon, donne un roman franchement très recommandable pour un lecteur anglophone aimant ce style de mélange des genres et d’atmosphère. Lire la suite

From darkest skies – Sam Peters

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Beaucoup de potentiel, un résultat assez décevant (tout en restant d’un niveau correct)

from_darkest_skies_petersFrom darkest skies est le premier roman de Sam Peters. Les remerciements nous apprennent que l’univers du livre est issu d’une campagne de jeu de rôle (si j’ai bien tout saisi), et que l’auteur n’a lu Carbone modifié de Richard Morgan qu’après avoir écrit son propre livre. Précision heureuse, car il y a en effet certaines (vagues) ressemblances entre les deux œuvres. Mais à vrai dire, j’en verrais plus encore avec celle de Peter Hamilton, lui-même grand utilisateur de policiers du futur (Paula Myo, La grande route du Nord), voire même avec Dan Simmons (l’IA qui enquête sur sa propre mort) et Alastair Reynolds (la dite IA a été construite à partir des aperçus de la personnalité de l’épouse décédée du protagoniste disponibles en ligne, un peu comme la reconstitution d’Eunice Akinya dans la trilogie Les enfants de Poséidon).

Premier roman, donc, et cela se voit : trop ambitieux pour son propre bien, parfois maladroit ou un peu difficile à suivre, From darkest skies n’est pourtant pas dépourvu de qualités, bien au contraire. Sam Peters travaille actuellement sur la suite, Species traitor (il ne s’agit donc pas d’un one-shot, même s’il peut éventuellement se lire comme tel) et aura, on l’espère, corrigé ces défauts de jeunesse.  Lire la suite

Dogs of war – Adrian Tchaikovsky

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Encore un chef-d’oeuvre !

dogs_of_warDogs of war est le nouveau roman d’Adrian Tchaikovsky, très prolifique auteur de SFF britannique, aussi à l’aise en Fantasy qu’en SF, qui m’avait bluffé avec l’excellent Children of time. S’il s’agit toujours de science-fiction, le contexte est cette fois différent, puisqu’il concerne la Terre d’un futur très proche (une grosse génération, à priori) et s’inscrit dans le sous-genre militaire. Nous suivons un groupe de bioformes expérimentales, des animaux (chien, ours, reptile, abeilles -ah, j’ai capté l’attention de Lutin, là-) transformés par l’ingénierie génétique et la cybernétique, et utilisés pour mener une sale guerre corporatiste au sud du Mexique. Endoctrinées et dotées de puces de Feedback devant les contrôler, les bestioles finissent cependant par penser par elles-mêmes et par s’interroger sur la pertinence des ordres… Cependant, cette partie martiale n’est qu’un (long) prologue pour quelque chose de beaucoup plus profond et ambitieux, en lien avec un thème récurrent chez l’auteur : la coexistence et les relations entre formes de vie différentes, les relations entre une créature et son créateur.

Avec ce titre, nous revitalisons un peu le cycle SF biologique lancé l’année dernière et un peu laissé de côté en 2017. J’en profite aussi pour en lancer un autre, le cycle anticipation militaire, qui se propose de réunir des romans se passant dans un futur très proche et tentant de réfléchir, d’une façon un minimum réaliste, à ce que pourrait être la guerre demain.  Lire la suite

Le sultan des nuages – Geoffrey A. Landis

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Ça plane pour moi !

sultan_nuagesGeoffrey Alan Landis est un sacré bonhomme, c’est le moins qu’on puisse dire. Scientifique travaillant à la NASA (spécialiste de l’énergie solaire), il est aussi poète et un écrivain de SF très prolifique, spécialisé dans la forme courte. Il a obtenu, pour ses nouvelles et novellas, la bagatelle d’un Nebula, un Locus, deux Hugo et un prix Theodore Sturgeon, ce dernier précisément pour le texte dont je vais vous parler aujourd’hui. Il s’agit d’un roman court d’une centaine de pages (très aérées), présenté sous une superbe couverture (une de plus !) signée par l’impeccable Aurélien Police. Je n’achète plus si souvent mes bouquins sous forme physique (l’e-book coûte moins cher et prend moins de place), mais là…

Le sultan des nuages constitue un mélange de Postcyberpunk, de Hard-SF (compréhensible sans problème) et de Planet Opera, servi par une vision pleine de Sense of wonder et non dépourvue d’une certaine poésie (ce qui se comprend sans peine vu le background de l’auteur). Décrivant une forme de colonisation de la planète Vénus, il s’impose comme une des références dans ce domaine, aux côtés des textes d’écrivains plus prestigieux comme Ben Bova, Alastair Reynolds ou Kim Stanley Robinson en personne.  Lire la suite

The last good man – Linda Nagata

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Un contexte et des personnages très solides, mais un roman globalement un peu long et qui manque un poil de nervosité

last_good_man_nagataLinda Nagata est une auteure américaine basée à Hawaï, publiant ses livres sous son propre label, Mythic Island Press, et titulaire d’un prix Locus et d’un Nebula. Un seul de ses romans a été traduit en français. Connue pour être la reine du nanopunk, elle s’est réorientée ces dernières années vers une SF militaire (à fort aspect thriller) se déroulant dans un futur proche. Après sa trilogie Red, son nouveau livre (un one-shot), The last good man, nous plonge à nouveau dans ce type de contexte.

SF d’anticipation, Postcyberpunk, The last good man est aussi une SF militaire d’un type paradoxalement assez marginal, dans le sens où elle se passe sur Terre, sans vaisseaux spatiaux et dans un futur très proche. On peut d’ailleurs être étonné par le fait que ce genre de background ne soit finalement que minoritaire en SF militaire, même si certains techno-thrillers sont plus ou moins à la limite du genre.  Lire la suite

Le regard – Ken Liu

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Un texte intéressant mais relativement mineur

le_regard_liuLe regard est une novella de Ken Liu (pour une biographie succincte, voir ici) publiée en VO en 2014 et nominée aux prix Nebula 2014 et Locus 2015. La couverture de l’édition française, signée Aurélien Police, est à la fois esthétiquement réussie et rend parfaitement compte de l’importance de la vision dans l’intrigue (je trouve d’ailleurs le choix du titre français également complètement pertinent, compte tenu de ce fait).

Beaucoup de lectrices et lecteurs ont récemment découvert l’auteur via le magistral l’Homme qui mit fin à l’Histoire (dans la même collection), et peuvent aborder cette seconde novella avec des attentes élevées aussi bien en matière de qualité d’écriture que d’importance du fond, de profondeur des thématiques abordées. Je préfère prévenir ces gens là tout de suite : c’est une mauvaise idée. Le regard est un texte de SF à la fois beaucoup plus classique, plus mineur et qui ne propose pas une réflexion aussi pointue (bien qu’elle soit très, très loin d’être absente). Je l’ai même trouvé inférieur, sur ce plan, à une simple nouvelle de l’auteur, Une brève histoire du tunnel transpacifique, il est vrai exceptionnellement dense à ce niveau là.

Pour autant, si on aborde ce texte pour ce qu’il est (un roman noir dans un contexte SF Cyberpunk), il reste franchement intéressant, surtout via son application radicale de la théorie Béhavioriste.  Lire la suite

Le samouraï virtuel – Neal Stephenson

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Que de maladresses et de lourdeur dans la narration…

samourai_virtuelNeal Stephenson est un auteur américain de science-fiction et d’uchronie, titulaire de quatre Locus, d’un Hugo et d’un Grand Prix de l’Imaginaire (ce dernier ayant été attribué au roman dont je vais vous parler aujourd’hui), excusez du peu ! Egalement connu, selon l’édition française à laquelle vous avez affaire, sous son titre original Snow crash, Le samouraï virtuel marque une étape fondatrice dans le passage du cyberpunk classique à son évolution, le postcyberpunk (voir mon article si vous ne connaissez pas ces termes), via sa fin très positive (ce qui, dans un cadre Cyberpunk / dystopique, signifie surtout que les héros font évoluer les choses dans le bon sens). Cependant, il constitue surtout une parodie du Cyberpunk classique, et il faut avouer que beaucoup d’éléments plaident en ce sens (à commencer par le nom du protagoniste -qui s’appelle Hiro… Protagoniste- ou son emploi de livreur de pizzas… pour la Mafia).

J’aborde cependant ce livre avec confiance, ayant beaucoup apprécié, il y a quelques années, un autre livre de l’auteur (un des romans fondamentaux du sous-genre Nanopunk, L’âge de diamant). Au final, s’il n’est pas dépourvu de qualités, Le samouraï virtuel est aussi et surtout affligé d’un nombre énorme de défauts, qui font que je n’ai guère été convaincu par cette lecture, la forme torpillant complètement un fond thématique hyper-intéressant à la base.  Lire la suite