Émissaires des morts – Adam-Troy Castro – première partie : textes annexes

Une antihéroïne misanthrope paradoxalement impliquée dans des histoires profondément humanistes

cort_nouvelles_castroAdam-Troy Castro est un auteur américain dont le seul texte que j’ai lu jusque là (la nouvelle Une brève histoire des formes à venir) m’a impressionné par sa subtilité, son humour et son humanisme. Je suis donc ravi de vous apprendre, si vous ne le savez pas encore, qu’Albin Michel Imaginaire (AMI) va publier le cycle consacré à l’héroïne fétiche (de son propre aveu) de Castro, Andrea Cort. Celui-ci se compose, à la base, de trois romans, mais comprend également un nombre conséquent de nouvelles, novelettes et novellas, dont quatre qui se déroulent avant le premier tome. Ce qu’AMI va donc publier, au premier semestre 2021, sous le nom Émissaires des morts ne correspond, ainsi, pas « juste » à la traduction du tome 1 de la trilogie, Emissaries from the dead, mais comprend aussi les quatre textes courts se déroulant avant, dans la chronologie interne de cet univers, à savoir (dans l’ordre) With unclean hands, Tasha’s fail-safe, The coward’s option et Unseen demons.

L’année 2020 s’annonçant particulièrement riche en sorties VO franchement intéressantes, j’ai décidé de prendre de l’avance, en ce mois de décembre chiche en nouveautés, en lisant en anglais les textes qui seront compris dans l’ouvrage que publiera en français AMI. En commençant les nouvelles, je me suis cependant rapidement aperçu qu’il y avait beaucoup à en dire, en fait tellement qu’un seul article portant sur les cinq textes (le roman + les deux novellas, la nouvelle et la novelette) ferait entrer ladite critique dans ce que l’on pourrait appeler une dimension nébalienne. J’ai donc décidé de découper la chronique de ce que vous pourrez lire en français dans un seul ouvrage, Émissaires des morts, en deux articles : celui que vous êtes en train de lire parle des textes courts, tandis que le suivant, à lire ici, traite du roman Emissaries from the dead proprement dit. Bien entendu, lisant en VO, je ne peux me prononcer sur la qualité de la future traduction et j’utiliserai titres et termes anglo-saxons. Mais place aux nouvelles ! Elles sont présentées non pas dans l’ordre d’écriture, mais dans celui dans lequel elles se placent dans la chronologie interne de cet univers.

With unclean hands (Avec du sang sur les mains en VF)

Environ un siècle dans le futur, l’humanité s’est répandue dans l’espace, divisée en plusieurs entités politiques, la principale étant l’Hom. Sap. Confederacy. Andrea Cort, en début de carrière (l’auteur précise d’ailleurs dans le paratexte que ce sera le cas pour la majorité des textes du cycle), fait partie du Corps Diplomatique, qui, dans les faits, ressemble de façon suspecte à Contact et Circonstances Spéciales chez Iain M. Banks. Et malgré sa jeunesse et son inexpérience, c’est déjà un sacré phénomène. Étiquetée criminel de guerre dès ses huit ans (je vous laisse découvrir pourquoi à la lecture de la VF), elle a passé le reste de son enfance et de son adolescence en prison, où elle a été violée par les gardiens, avant d’exercer une sanglante vengeance. On est donc loin d’avoir affaire à quelqu’un de populaire ou de délicat, mais plutôt à une personne qui cache ses blessures psychologiques (elle a tenté à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours) sous un masque mêlant froideur et rudesse, une survivante qui a évidemment conçu envers le reste de son espèce une misanthropie quasi-absolue. Même adulte, elle reste le jouet du Corps Diplomatique (qui était responsable de son incarcération), et son destin ne lui appartient pas.

Alors à première vue, je ne trouvais pas du tout logique qu’une criminelle fasse partie de négociations diplomatiques sensibles, mais des exemples d’anciens personnages peu recommandables tirés de notre Histoire réelle exerçant, par la suite, des responsabilités en temps de paix / une fois leur pays passé à des régimes plus démocratiques existant, et les explications de Adam-Troy Castro étant convaincantes, j’ai pu suspendre mon incrédulité. Et après tout, même chez Banks, que l’on parle de Mentaux, de Drones ou d’humains, il y a également quelques psychopathes dans les rangs de Contact.

Cort, donc, fait partie de la délégation envoyée sur la planète-mère des Zinn. Ces derniers avaient jadis un immense « empire », mais se sont depuis retirés sur leur monde d’origine, abandonnant le contrôle d’amas d’étoiles entiers dès le jour où un conflit potentiel avec une autre race est devenu une possibilité réelle. Aujourd’hui, c’est une espèce mourante, au territoire réduit à son système natal, et ne produisant presque plus de descendants. Issus d’herbivores ne connaissant pas le meurtre et à peine le crime, ils fuient toute circonstance qui pourrait mener à de la violence. Ce qui ne rend donc l’objet de leurs négociations avec les humains que plus étonnant : ils cherchent en effet à échanger un prisonnier, le plus mauvais, pervers et sadique possible, contre leurs secrets technologiques. Et vu qu’ils ont des milliers d’années d’avance sur nous, même des miettes de ce savoir donneraient à la Confédération un avantage pendant des siècles en matière économique et militaire.

Le rôle spécifique de Cort est d’avaliser le transfert du détenu aux mains des Zinn. Le seul problème est qu’elle se lie d’amitié avec la fille de son futur gardien, et qu’elle réfléchit un peu trop avant d’apposer son tampon sur le document officiel. Notamment aux raisons qui poussent ce peuple pacifiste jusqu’à l’extrême à un tel échange…

Il s’agit clairement d’un bon texte, doté d’une (anti-)héroïne atypique, surtout pour une avocate et diplomate (elle déclare : « le son de la lame frappant l’os était comme une musique pour moi ») et à la psychologie extrêmement bien développée (qui plus est mise devant un choix moral horrible, celui de s’enfoncer plus avant dans la noirceur et l’impopularité pour sauver quelqu’un qui ne parviendra pas à changer le problème de fond, ou de laisser faire), nous faisant réfléchir sur de nombreuses thématiques (à commencer par le traitement des prisonniers, les compromissions faites au nom de la diplomatie et de la weltpolitik) mais il souffre pour moi de deux défauts, un mineur et un majeur. Le premier souci tient à la proximité de tout cela avec le cycle de la Culture de Iain Banks, mais n’en sera un que pour ceux qui ont lu cet auteur (et le lectorat d’AMI n’étant pas, majoritairement, issu du fandom SF, je pense que cela sera le cas pour une bonne partie des lecteurs de l’ouvrage, même si je suis fermement convaincu que ce genre de New Space Opera s’adresse plus au lectorat de Science-Fiction traditionnel qu’aux néophytes ou occasionnels) ; le second, et de très loin le plus ennuyeux, est que la chute du texte est extrêmement prévisible. Pour tout dire, j’attendais même un twist qui n’est, hélas, jamais venu. Alors cela n’anéantit pas l’intérêt de cette nouvelle d’une soixantaine de pages, car le propos de Castro (worldbuilding, character-building, etc) reste fort intéressant et car finalement, c’est plus la façon de parvenir à ce point et ses conséquences (psychologiques ou en terme de réputation) sur l’héroïne qui comptent que la nature dudit point, mais c’est tout de même à signaler. C’est un texte que vous lirez pour faire la connaissance d’Andrea Cort (et ça vaut le coup !), mais qu’à mon avis, vous ne relirez jamais.

On admirera malgré tout, comme dans Une brève histoire des formes à venir, l’aspect humaniste du texte, car ce qui est dit des Zinn est très beau : le mal, la simple idée de tuer, est pour eux un concept étranger, perturbant, car il correspond à une interaction avec l’univers qui ne consiste qu’à assouvir ses petits besoin égoïstes, et à ne laisser pour seul héritage que la souffrance occasionnée aux autres.

D’autres avis sur cette nouvelle : celui de Lutin,

Tasha’s fail-safe * (Une défense infaillible en VF)

* Out of myself, Riverside, 2004.

Dans la version électronique en VO que j’ai lue, l’auteur précise qu’il s’agit du seul texte (long ou court) du cycle qui se déroule entièrement sur la base d’opérations de Cort, à savoir le monde artificiel O’Neill (l’auteur parle de « cylinder world ») appelé New London, et également le seul où elle est physiquement en présence de son supérieur (et tuteur légal), Artis Brigen, qui, dans le reste de la saga, apparaît essentiellement hors-champ ou à distance. Cette novelette mélange aussi deux modes de narration (je vais en reparler), celui qu’on trouve dans le reste du cycle (à la première personne du singulier) et un autre spécifique à ce texte en particulier (à la troisième personne).

Nous commençons par suivre la Tasha qui donne son titre à ce texte. Elle mène deux missions en parallèle sur New London : la première, officielle, est de faire une analyse économique des nations corporatistes humaines rivales de la Confédération (qui, elle-même, rassemble une grande variété de civilisations et 81% de l’Humanité) ; la seconde, officieuse, est d’y introduire de fausses données pour le compte d’un commanditaire dont l’identité se dévoilera plus tard dans le texte. Un soir, alors qu’elle rentre chez elle, elle est attaquée au couteau, et passé le premier moment de surprise, elle s’aperçoit qu’elle connaît son agresseur et que celui-ci est très entraîné. Elle parvient à s’enfuir mais est blessée.

C’est à ce moment seulement qu’apparaît Andrea Cort (et que la narration bascule de la troisième à la première personne du singulier) : en résidence surveillée depuis trois mois et la conclusion de l’affaire Zinn (décrite dans la nouvelle précédente, pour ceux qui roupillent), elle est réveillée en sursaut et conduite devant son boss, Artis Brigen, un curieux personnage qui subit de fréquents traitements de rajeunissement pour toujours avoir l’apparence d’un enfant d’environ quinze ans. Nous sommes deux semaines après l’agression de Tasha, dont les blessures ont été soignées mais qui a déclenché un implant cérébral de sécurité qui empêche toute action, sensation ou autre activité de sa part mais met son esprit (et les informations qu’il contient) à l’abri de quiconque ne possède pas un certain mot de passe. Un indice qu’elle a laissé pointe vers Andrea, qui, de plus, était une ancienne camarade de fac de droit. On apprendra aussi pour qui Tasha travaille et la nature de sa traîtrise, si j’ose dire. Et l’investigation menée par Andrea sur toute cette affaire se révélera savoureuse ! (l’aspect SF d’enquête, omniprésent dans l’ensemble du cycle, était déjà vaguement visible dans la nouvelle précédente, mais il est beaucoup plus net dans celle-ci).

Cette seconde nouvelle m’a parue bien plus convaincante que With unclean hands sur le plan du scénario (et j’ajoute que la chute est excellente). On avait déjà compris dans ce dernier texte que Cort était juriste, mais plus précisément, on apprend ici qu’elle bosse pour le Juge-Avocat, ce qui implique donc, pour ceux qui connaissent mal la façon dont cela fonctionne aux USA, qu’elle est militaire ou du moins qu’elle a un statut la liant à la Défense, en plus du Corps Diplomatique (là encore, on pense à Iain M. Banks : Circonstances Spéciales est la branche martiale / de renseignement de Contact, donc des diplomates). Et elle se révèle une enquêtrice redoutable, mieux que Harmon Rabb et Daniel Kaffee réunis ! D’ailleurs, puisqu’on parle de références télévisuelles ou cinéma, Cort, c’est un peu Dexter Morgan également : combattre les « monstres », les meurtriers, est la seule rédemption possible pour avoir été l’un d’entre eux pour la jeune femme.

On en saisit aussi plus sur sa personnalité, notamment via un rapport d’évaluation émis par la Sécurité Interne à son sujet : elle y est décrite certes comme instable, anti-sociale, se vouant à elle-même une haine féroce, colérique et paranoïaque, mais aussi et surtout comme dotée d’une rare intégrité et d’une intelligence acérée. Bref, ce n’est pas quelqu’un que l’on apprécie, mais en revanche on peut lui faire confiance, y compris en lui confiant sa vie, et de fait, sa complexité et ses contradictions en font un personnage prodigieusement intéressant pour le lecteur, à défaut d’être toujours sympathique ou attachant (c’était le cas dans la première nouvelle, moins dans celle-ci).

L’aspect technique du worldbuilding est discret mais fascinant : on peut se créer un compagnon artificiel pour partager sa couche sans les complications liées à une vraie personne, changer sa couleur de peau ou celle de ses yeux à volonté, les implants cybernétiques sont communs, etc. La nature de l’implant de sécurité de Tasha est tout à fait excellente, elle aussi (vous y repenserez la prochaine fois que quelqu’un vous mettra une mauvaise chanson dans la tête !).

Si je devais pinailler et trouver un défaut à Tasha’s fail-safe, qui est globalement un très bon texte, ce serait cet étrange changement de mode de narration au beau milieu qui, à mon avis, ne s’imposait pas vraiment : Castro aurait tout aussi bien pu demeurer dans une narration à la troisième personne, pour une fois, car ce qui est décrit de la personnalité d’Andrea Cort l’est d’une façon qui ne nécessite pas la plongée dans sa tête permise par celle à la première personne du singulier. En effet, dans ce texte, elle est surtout décrite par les autres.

D’autres avis sur cette nouvelle : celui de Lutin,

The coward’s option *

* In two minds, Riverside, 2004 (c’est beau à en pleurer !).

Andrea Cort est arrivée sur la planète Caithiriin, un monde glacé à l’atmosphère ténue, depuis une dizaine de jours. Un humain de la mission diplomatique locale, Griff Varrick, a été pris sur le fait en train de voler des reliques locales, et a tué un garde Caith (une espèce simiesque sadique et xénophobe). Ces derniers veulent lui faire subir la méthode d’exécution locale, un horrible processus qui occasionne une mort lente prenant jusqu’à cinq jours. Cort est le dernier recours légal de Varrick, mais elle ne peut rien pour lui. Elle croit avoir joué sa dernière carte quand il insinue que les indigènes disposeraient d’une méthode alternative, moins cruelle et lui permettant de continuer à vivre (et dont je vais soigneusement éviter de vous parler, pour ne pas vous gâcher la suite de l’intrigue). Oui mais voilà, Cort va s’apercevoir que si cette méthode se répandait au-delà de ce monde, elle occasionnerait d’énormes et sinistres conséquences dans l’espace humain. Et cette découverte va la mettre devant un problème insoluble… ou presque !

Il s’agit sans conteste du meilleur texte des quatre, avec un scénario très astucieux (notamment dans la façon de mettre en place, mine de rien, des éléments qui vont se révéler capitaux par la suite). Passé une certaine révélation, la fin est prévisible, mais elle n’en reste pas moins jouissive pour autant, et cette parabole sur le libre-arbitre demeure positivement intéressante. En parallèle de l’intrigue proprement dite, on nous propose une réflexion sur les accords légaux inter-espèces, une nouvelle fois sur un traitement éthique des prisonniers (et plus précisément des condamnés à mort, ici) mais aussi sur les possibilités de réinsertion dans une société technologique futuriste et, surtout, sur le contrôle gouvernemental et ses dérives.

On admire le soin avec lequel Castro a soigné les cultures des diverses races qui apparaissent dans son cycle. J’en profite d’ailleurs pour préciser qu’on apprend que les humains se sont répandus sur des dizaines de milliers de mondes (ce qui rend d’ailleurs la mention faite explicitement par l’auteur dans le paratexte selon laquelle la première des quatre nouvelles aurait lieu environ un siècle dans notre futur assez étonnante, vu que cela suppose une conquête spatiale interstellaire prodigieusement vigoureuse en un temps si court), administrés par des centaines de formes de gouvernement.

On réalise aussi que le fait que Cort soit liée à vie au Corps n’a pas que des désavantages pour elle : cela lui permet de bénéficier de l’immunité diplomatique, qui la met à l’abri des poursuites judiciaires de ses ennemis. Là où ça devient très intéressant, c’est que Cort a un intérêt personnel dans le traitement au centre de l’intrigue : il pourrait signifier la fin de sa servitude envers cette administration. De plus, on admirera l’habileté avec laquelle l’auteur a construit la personnalité asociale de Cort pour mieux l’exploiter après le twist dans l’intrigue.

Comme avec l’implant de sécurité de Tasha, on louera la façon dont Castro exploite astucieusement la technologie au service de son intrigue, même si ce n’est pas totalement du jamais-vu (cf, sur un registre connexe, le très méconnu mais excellent Suprématie). Les deux textes (celui-ci et Tasha’s fail-safe) ont d’ailleurs ceci de commun qu’ils confrontent des personnages au fait d’être emprisonnés… dans leur propre tête !

Notez que toutes les histoires mettant en scène Andrea Cort font partie d’un univers commun nommé AIsource Infection, et que c’est le premier texte dans lequel on entend parler desdites IA (on n’en verra une que dans la nouvelle suivante, cependant).

Unseen demons (Démons invisibles en VF)

L’action se déroule plusieurs années plus tard (et un an avant le roman Emissaries from the dead). Cort n’est plus une arpette mais désormais une figure bien connue (même si controversée) de la communauté diplomatique, largement reconnue comme une force avec laquelle il faut compter. Ce texte, le premier relatif à ce personnage publié, est, dans l’ensemble, typique du sous-genre dans lequel se place ce cycle : la SF d’enquête, ou, comme le dit lui-même Adam-Troy Castro, un polar dans un habillage science-fictif. Il marque toutefois une étape essentielle du cheminement de Cort, en lui donnant l’épiphanie qui conduit à la trilogie de romans proprement dits.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une remarque qui me paraît importante sur la forme : l’auteur admet qu’il est conscient que certains points de ce texte contredisent ceux écrits après lui (mais se plaçant parfois avant lui dans la chronologie interne de cet univers). Il avoue toutefois ne pas s’être fatigué à corriger ces incohérences. Alors Castro, je l’aime bien, il écrit bien, il a une bonne bouille, c’est visiblement, vu l’humanisme qui transparaît clairement dans son oeuvre, une belle personne, mais quand on voit qu’un des romans du cycle n’existe qu’en version audio, que quelques corrections rapides à faire (et parfois capitales : il se contredit complètement en parlant d’une histoire de la Confédération qui remonterait « à des siècles », ou quand il mentionne que New London est un « wheelworld » au lieu d’un cylindre O’Neill) n’ont pas été faites, et que cette quatrième nouvelle est (et c’était le cas, à un degré moindre, des trois autres -en VO-) littéralement truffée de coquilles et autres erreurs, on se dit qu’on a tout de même affaire à quelqu’un qui 1/ est un poil feignant et / ou 2/ qui devrait changer de maison d’édition anglo-saxonne. De ce point de vue là, et au moins en français, nul doute que la publication chez AMI va clairement changer les choses !

Mais revenons à nos moutons : l’action se place cette fois sur la planète Catarkhus. Cort est confrontée à un problème original : un membre humain du Corps s’est révélé être un tueur en série, ayant découpé en morceaux au moins une demi-douzaine de membres de l’espèce locale. Sa culpabilité ne fait aucun doute : il y a des témoins, il a avoué, s’en vante, même. Non, le souci est ailleurs : il sait qu’il n’a rien à craindre pour ces méfaits. Non pas parce que le Corps se bat bec et ongles pour que, dans la mesure du possible, et malgré les accords inter-espèces, les criminels humains soient jugés et détenus par leurs congénères, mais parce que pour que les indigènes le jugent, il faudrait que Cort puisse réunir un jury et un juge. Sauf que… cela n’existe pas au sein de cette race, pas plus que des lois ou même la notion qu’un crime a été commis !

Et pour cause… L’espèce insectoïde locale, bien qu’on ait prouvé qu’elle était intelligente, est formée de membres pratiquement dépourvus de sens, insensibles à la douleur, avec qui on a été incapable de communiquer, qui ne perçoivent pas les autres races présentes sur leur sol, n’ont ni société ni même réel sens de l’individualité, bref qui vivent confinés dans leur monde interne et ne perçoivent pas les extra-Catarkhans qui les entourent. Emil Sandburg, le tueur en série, n’est donc qu’un « démon invisible ». Cort va se donner pour tâche de le faire condamner, et va réaliser une chose, au passage, liée à son histoire personnelle, dont les pleines conséquences ne vont se faire sentir que dans la trilogie de romans, à commencer par Émissaires des morts dont je vous parlerai d’ici quelques jours, dans la seconde moitié de cette critique géante, druilletsquo-nébalo-wagnérienne.

Ce texte, mi-enquête policière, mi-drame de prétoire (ah, le Compromis de Cort !), est encore une fois très bon, même si je le placerais en-dessous de The coward’s option. Il tourne énormément autour de la communication et de ses difficultés, des gouffres d’incompréhension qui existent aussi bien entre races alien différentes qu’entre membres d’une même espèce, mais parle aussi des lois inter-espèces (et de leur application) ainsi que des protocoles de Premier Contact au sein d’une communauté galactique civilisée. On y réalise la réputation peu flatteuse dont jouissent les humains dans cette dernière, celle de meurtriers enclins à chercher à échapper à la justice des autres et que certains voudraient confiner sur leur propre monde (ce qui, à ce stade, va vous rappeler quelques souvenirs). On se dit que Cort, pour une diplomate, a une singulière opinion de toute espèce intelligente, humains y compris : elle déclare « Montrez-moi une créature capable de penser et je vous montrerai quelqu’un indigne de confiance », avant d’ajouter « et je ne me compte pas parmi les exceptions ». On réalise toutefois que la Confédération, par exemple, est capable de s’améliorer : jadis puissance colonialiste, soumettant les indigènes plutôt que de chercher à les comprendre ou les respecter, elle a désormais complètement changé d’attitude.

Conclusion partielle – textes courts

Ces quatre textes constituent une œuvre de New Space Opera mâtiné de SF d’enquête de grande qualité, avec un univers très travaillé (notamment au niveau des cultures des différentes races extraterrestres formant la communauté galactique et les relations et lois les liant), des scénarios souvent fort astucieux, des thématiques profondes et puissamment humanistes, et peut-être surtout une antihéroïne fascinante, sorte de mélange d’Harmon Rabb / Sarah MacKenzie (de JAG) et de Dexter Morgan (de Dexter ; dans sa dimension : la tueuse qui conduit d’autres tueurs devant la justice). Bref, vu que ces quatre textes courts vont être intégrés (en plus d’un roman) à l’ouvrage Émissaires des morts à paraître chez AMI en 2021, à ce stade de ma lecture, je ne peux que recommander chaudement ce dernier !

***

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16 réflexions sur “Émissaires des morts – Adam-Troy Castro – première partie : textes annexes

  1. Ping : Sortie prévue en 2020-2021, déjà chroniqué sur le Culte d’Apophis ! | Le culte d'Apophis

  2. Apo, tu es notre Richard Burton nous éclairant vers les sources du Nil. Grand merci.
    Moi qui voulait lire mon fond de PAL avant tout en 2020, c’est pas encore gagné, sob!
    (aaaah! Sarah MacKensie de JAG!!!)

    Aimé par 1 personne

    • J’aime beaucoup la comparaison. Et oui, pour vider sa PAL en 2020, ce n’est pas gagné. Dans mon programme de lecture, les nouveautés intéressantes sont surlignées en bleu. Eh bien c’est simple, en 2020, il y a du bleu quasiment tous les mois, et en juillet… il n’y a que du bleu.
      (cette fois, en voici, la preuve -s’il en fallait une-, même en matière de femmes, tu es un homme de goût !).

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  8. Ping : Une Défense Infaillible – Adam-Troy Castro – Albédo

  9. Ping : Le Janissaire – Olivier Bérenval | Le culte d'Apophis

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