Uncanny Collateral – Brian McClellan

Un nouveau sous-genre : la Troll-Hipster-Fantasy ! 

uncanny_collateralUncanny Collateral est une novella d’Urban Fantasy de 151 pages sortie hier qui… Comment ? Oui, vous êtes bien sur le Culte d’Apophis, pourquoi ? Vous dites ? De l’Urban Fantasy sur le Culte, mais bien sûr, et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu ? Oui, je sais que le 1er avril est passé. Non, ce n’est pas une blague. Ah mais oui, pardon, j’aurais dû commencer par là. Attendez, vous allez mieux comprendre. Uncanny Collateral, donc, est une novella ÉCRITE PAR BRIAN McCLELLAN (et auto-éditée par lui) et relevant de l’Urban Fantasy. Ce qui pose d’ailleurs d’intéressantes questions phylogéniques lorsqu’on se penche sur l’évolution de cet auteur. Mais j’y reviendrai.

Ce roman court est le premier d’un cycle, appelé Valkyrie Collections (du nom de la société pour laquelle bosse le héros). Et avec lui, on sent que McClellan a voulu proposer quelque chose de plus fun que ses précédentes séries ou stand-alone, que ce soit les deux trilogies des Poudremages ou War Cry. Parce qu’outre le sous-genre (Flintlock Fantasy pour les Poudremages, Arcanepunk pour War Cry, Urban Fantasy ici), outre le fait que cette fois, l’action ne se passe pas dans un monde secondaire (imaginaire) mais aux USA de nos jours, une grosse différence est à la fois l’absence de cadre militaire qui était jusque là systématique chez l’auteur et surtout un ton bien plus léger et moins épique. Sans faire pour autant une Fantasy à proprement parler humoristique ou sans enjeux, celle là est beaucoup plus décontractée que dans les bouquins précédents de McClellan. On peut par contre remarquer que plus il publie de livres, plus il avance dans le niveau technologique et la période d’inspiration de sa Fantasy, passant de la Révolution et de l’épopée Napoléonienne à la Seconde Guerre Mondiale, puis le XXIe siècle. C’est même à se demander ce qu’il nous prépare pour ses prochains cycles…

Au final, j’ai dévoré ce sympathique petit bouquin, je lirai les suites avec grand plaisir, et le conseille à la fois aux fans de l’auteur et à ceux qui veulent lire une histoire se passant dans un contexte mélangeant Constantine et Lucifer, avec une petite touche de Max Gladstone dedans (voir plus loin).

Univers, ressemblances

Alors n’étant pas franchement un grand connaisseur d’Urban Fantasy, cette fois je vais être bien en peine de vous indiquer à quel autre livre relevant de ce sous-genre celui-là ressemble. Mais vu que je soupçonne l’auteur d’être un peu dans le même cas que moi, je pense qu’en fait les ressemblances sont plus à chercher dans des films, séries ou comics qu’autre chose. L’univers est donc le nôtre, aux USA, dans le secteur de Cleveland, Ohio (ce qui ne doit rien au hasard : c’est là qu’est né McClellan), aujourd’hui. Sauf que… tous les dieux, les démons, esprits et autres monstres des divers mythes, légendes ou folklores sont réels. Sont ainsi cités, dans le cours du récit, des vampires, loups-garous, wendigos, les Loas vaudous (et Baron Samedi), le Bunyip de la mythologie aborigène australienne, la Petite Souris (Tooth Fairy en anglais) et j’en passe. De même, le héros bosse indirectement pour les Seigneurs de l’Enfer et la Mort elle-même, a pour partenaire une Djinn et est en relation avec des diablotins qui, comme dans le film Bright avec les orcs, remplacent, dans le rôle de l’ethnie mal-vue et placée au cœur de tous les crimes ou trafics, les minorités traditionnellement dépeintes comme telles dans les séries ou films US (afro-américains, hispaniques, etc).

Comme dans le film Constantine (que, pour ma part, j’aime beaucoup, même si la série du même nom -également savoureuse- est bien plus proche du comic d’origine), il existe des Règles (avec un grand « R ») restreignant l’intervention des Autres (comme on appelle collectivement les non-humains) sur notre bon vieux plan matériel. Et même le plus puissant des Autres, la Mort, est obligé de s’y conformer. Le but est, en gros, que le surnaturel soit le moins visible possible, et que le grand public oublie son existence. Au passage, le rôle des miroirs rappelle aussi cette oeuvre (et je ne vois guère que chez Stephen Donaldson où ils sont plus mis en vedette).

Signalons qu’il y a un gros clin d’œil à l’excellente (en VO, du moins… le doublage est une catastrophe d’une ampleur inégalée) série Lucifer : sauf qu’ici, Luci s’appelle Lucy, et qu’elle (oui, elle) est une amie très proche (si vous voyez ce que je veux dire…) d’Alek, le protagoniste. Mais dans sa façon de parler, on sent bien le jeu de Tom Ellis, et on s’attend presque à ce qu’elle sorte à Alek un « oooooh, lieutenant… ». Elle est peu visible dans ce premier roman court, mais j’espère qu’on la reverra plus dans les suivants !

On peut tout de même dégager quelques ressemblances littéraires, en cherchant bien, puisque ces entités surnaturelles là sont aussi impliquées dans des activités légales et financières ou commerciales que les divinités chez Max Gladstone, et que l’intrigue tourne autour d’un trafic d’âmes, comme chez Liz Williams (ce qui me fait penser qu’il faudra que je continue ce cycle un jour…).

Intrigue, personnages

Alek Fitz (c’est le Hipster badass représenté sur la splendide couverture -sa partenaire, elle, parle de « Techno Viking »-) est agent de recouvrement de créances pour la société Valkyrie Collections, dans la région de Cleveland, Ohio. Bof, me direz-vous. Sauf que… cette boite ne récolte pas de l’argent impayé, mais… des âmes, promises aux Seigneurs de l’Enfer par contrat, qui n’a pas été honoré (d’où le fait qu’on appelle les types comme Alek des reapers -faucheurs-). Sauf que Fitz n’est, comme Sven Tveskoeg (si vous ne savez pas qui est ce dernier, vous n’avez pas lu le livre de SF le plus bourrin de l’Histoire…), que « presque humain », vu qu’il a… du sang de Troll dans son ascendance. Et que parmi ses tatouages, celui représentant Mjolnir et l’autre représentant la griffe de Grendel sont tout sauf anodins. Tout comme le code-barre qui marque le fait qu’il appartient (littéralement) à sa patronne, Ada (qui a un vague parfum d’Hetty dans NCIS : LA, je trouve, même si ce n’est probablement qu’une impression très personnelle). De même, l’anneau qu’il porte au doigt est tout sauf banal : il ne peut l’enlever sous peine de mort, et il contient une Djinn, surnommée Maggie (c’est la jolie brune sur l’illustration de la première de couv’), vieille de sept siècles, enfermée dedans depuis cinq, et qui ne peut en sortir qu’un jour par an, lors de l’anniversaire de son emprisonnement. Par contre, elle peut mettre ses sens magiques au service d’Alek, elle lui parle par télépathie, et si un ennemi se rapproche suffisamment de l’anneau, elle peut utiliser (de façon meurtrière) sa maîtrise du feu.

L’intrigue principale consiste en une mission donnée par la Mort elle-même, le plus puissant, craint et respecté de tous les Autres. Adoptant une forme masculine (ressemblant à Keith Richards avec un t-shirt AC/DC et une clope au bec en permanence -oui, voilà, comme John Constantine-), et se faisant appeler Ferryman (le Passeur), Mort révèle à Alek que quelqu’un a volé des centaines d’âmes dans les entrepôts des Seigneurs de l’Enfer, mais que vu qu’ils en ont des tonnes, ils ont mis du temps à s’en apercevoir. Le problème étant (un peu comme dans Summerland, d’ailleurs)  que cela risque d’avoir des conséquences disons « structurelles » sur le domaine de la Mort. Et la dernière fois que c’est arrivé, il y a eu un contrecoup sur Terre, qui s’est révélé être… la Peste Noire et ses 25 millions de morts. Il faut donc découvrir qui a fait le coup et pourquoi.

En parallèle, l’auteur développe deux intrigues secondaires, toutes deux centrées sur le passé (mystérieux) des deux protagonistes, Alek et Maggie. On sent d’ailleurs qu’elles vont servir de fil rouge aux différentes novellas du cycle.

Mon avis

Ah, nom de moi-même, quel pied ! Après deux lectures poussives, j’ai été ravi d’avoir affaire à un bouquin au style fluide et agréable. McClellan est toujours aussi efficace (il l’a amplement prouvé, que ce soit dans la forme longue ou dans la courte), à la fois pour brosser à grands traits un monde intéressant (même si, pour le coup, pas aussi original en matière d’Urban Fantasy que sa Fantasy à poudre de la Révolution ou son Arcanepunk Seconde Guerre mondiale), des personnages attachants (je dirais que Alek rivalise avec Teado, voire Taniel, mais toutefois pas avec Tamas, et que Maggie intrigue beaucoup), et un scénario qui maintient un intérêt constant chez le lecteur (un sens du rythme impeccable et une narration à la première personne immersive aidant bien sur ce plan là). Sans compter un côté relativement léger (un bouquin qui mélange la Petite Souris, une version féminine de Lucifer et la Mort qui ressemble à Keith Richards, faut oser ! On peut aussi citer le « endless wallet », version moderne du « bag of holding » de D&D), pas prise de tête et buddy-movie fort sympathique. C’est simple, je ne vois aucun réel défaut (à part d’originalité, mais dans un sous-genre de toute façon très stéréotypé, finalement peu importe) à ce roman court.

Bref, McClellan se révèle aussi convaincant en Urban Fantasy qu’il l’a été dans d’autres divisions taxonomiques du genre, même si cette fois, on sent un bouquin fait pour se faire plaisir et pas forcément pour être aux avant-postes de la révolution de la Fantasy ou pour proposer une histoire épique, pleine de bruit et de fureur. Ce qui ne veut pas dire que ce roman court manque de fond : il y a tout de même un réflexion sur la façon dont des êtres surnaturels pourraient s’intégrer à une société moderne ou sur la tentative des minorités (comme les morts-vivants ou les diablotins) de se faire une place au soleil parmi des Autres plus dangereux, puissants et respectés qu’eux (sans parler des humains). Dans l’ensemble, ça m’a vaguement rappelé l’esprit (plus que la lettre) dans lequel a été écrit Kings of the wyld, le côté Fantasy sans prise de tête, fun, avec des persos attachants, des clins d’œil à la pelle et le sentiment qu’il y a une playlist derrière (McClellan cite régulièrement des chansons écoutées ou chantées par les personnages, comme You spin me round de Dead or Alive ou Sweet Dreams d’Eurythmics).

Sinon, petit point très personnel, il y a un clin d’œil que j’ai adoré : à un moment, Alek utilise sur son Glock un silencieux magique qui marche vraiment comme les gens pensent que ces accessoires fonctionnent. Si vous ne vous y connaissez pas en armes à feu, à part dans les conditions les plus favorables (.22LR subsonique, silencieux de bonne qualité), votre arme fera toujours plus de bruit que le « plop » entendu dans les films / séries. Avec un calibre plus important et des munitions supersoniques, et même avec un silencieux de qualité, le bruit sera réduit au mieux à celui d’un pétard mais restera toujours très audible. Même si dans certains cas (calibre .50 d’un Barrett ou dérivé, par exemple), cela restera toujours infiniment préférable au rugissement d’un tir sans modérateur de son.

Niveau d’anglais : facile.

Probabilité de traduction : vu le format novella et que depuis la tentative avortée par Eclipse (qui porte bien son nom…) McClellan ne motive pas assez les éditeurs français pour qu’ils se lancent dans une traduction, je dirais zéro. Même si le fait qu’il s’agisse d’Urban Fantasy peut éventuellement jouer en sa faveur.

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22 réflexions sur “Uncanny Collateral – Brian McClellan

    • Franchement, Brian McClellan est pour moi un des auteurs récents de Fantasy de tout premier plan. Ses bouquins bénéficient d’ailleurs de notes hallucinantes sur Goodreads.

      Eh bien figure-toi que j’ai déjà commencé à travailler sur une version améliorée du guide. Il est même possible que je fusionne le Guide taxonomique et celui de conseils de lecture, au moins partiellement. Mais c’est un projet à long terme, qui ne verra le jour qu’en 2022 ou plus tard.

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  1. L’urban fantasy, pour moi aussi, c’est souvent un gros rendez-vous manqué. Entre le deux fois trop long « Dernier Magicien » de Meghan Lindholm et deux-trois machins m’ayant vaguement attiré mais YA, ça me passe totalement entre les deux oreilles (à part si on met dans cette catégorie la saga jeunesse « Gregor », qui est vraiment du bon boulot). J’ai bien une idée d’univers pas du tout cliché qui répondrait à ce sous-genre, mais une histoire… Rien de convaincant.
    Sinon, ça m’a l’air pas mal comme bouquin ! Il va falloir que je me penche moi aussi sur ce qu’on a fait dans le domaine…

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  2. Hello Apophis,

    en Urban Fantasy il y a les dossiers Dresden de Jim Butcher, un personnage de magicien qui enquête dans le paranormal, c’est léger et fun, voire subtilement dérangé, et puis Rebecca Kean de Cassandra O’Donnell, une bombe badass qui castagne du démon à tout-va, je ne garantis pas une écriture raffinée mais c’est très drôle aussi, et léger comme il se doit.

    Merci pour tes Superbes critiques, ça cartonne !

    Aimé par 1 personne

    • Merci !

      Oui, j’ai une connaissance « théorique » de l’Urban, mais j’en ai lu très peu. J’ai le premier tome des dossiers Dresden en stock, et je finirai bien par le lire et chroniquer un beau jour. Merci pour les conseils en tout cas 😉

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  3. Ai-je bien lu? De l’urban fantasy sur ton blog? 😉 Et tite question? Comment tu sais cela sur les armes à feu? Pour ma part, je pensais vraiment que les silencieux sur une arme faisaient le son que l’on entend dans les films! Tu viens de m’apprendre un truc.

    Aimé par 1 personne

    • Mon oncle est armurier, je m’intéresse donc aux armes en général (à feu et blanches) depuis que je suis adolescent. De plus, je suis pas mal de chaines Youtube parlant de tir, ce qui permet de confronter la théorie à la pratique. Dans un cas idéal (très petit calibre, munitions subsoniques, bon silencieux), le bruit peut être très discret, mais ce n’est en aucun cas le vague chuintement des films pour la majorité des armes qui y sont montrées. D’ailleurs, en général, pour qui s’y connaît en armes, la plupart des films sont une vaste plaisanterie : armes non-approvisionnées (sans chargeur) semblant tout de même tirer, bruits ne correspondant pas au bruit réel de l’arme, etc.

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